CHRISTIANISME ET ATHÉISME
allait dans sou éternité, le crucifix: sur les lèvres, béni par le Pape, entouré de l'admiration de l'Europe et de la reconnaissance de l'humanité tout entière, était l'homme qui, solennellement, disait, dans une langue digne de Pascal, à l'Académie française : « Personne, quoi qu'il fasse, n'échappe à la notion de l'Infini dont le double caractère est de s'imposer et d'être incompréhensible. Quand cette notion s'empare de l'entendement, il n'y a qu'à se prosterner... La notion de l'Infini dans le monde, j'en vois partout l'inévitable expression. Par elle le surnaturel est au fond de tous les cœurs. L'idée de Dieu est une forme de l'idée de l'Infini. Tant que le mystère de l'Infini pèsera sur la pensée humaine, des temples seront élevés à son culte; et sur la dalle de ces temples, vous verrez des hommes agenouillés, prosternés, abîmés dans la pensée de l'Infini. Où sont les vraies sources de la dignité humaine, de la liberté et de la démocratie moderne, sinon dans la notion de l'Infini devant laquelle tous les hommes sont égaux?... La grandeur des actions humaines se mesure à l'inspiration qui les fait naître. Heureux celui qui porte en soi un idéal de beauté et qui lui obéit! Idéal de la science, idéal de la patrie, idéal des vertus de l'Evangile. Ce sont là les sources vives des grandes pensées et des grandes actions. Toutes s'éclairent des reflets de l'Infini. » C'était encore cet homme qui disait familièrement : « Quand on a bien étudié, on revient à la foi du paysan breton. Si j'avais étudié plus encore, j'aurais la foi de la paysanne bretonne. »
Voilà les deux hommes et voilà les deux écoles. A laquelle des deux appartiendra le monde des intelligences et par conséquent la conduite des sociétés modernes? C'est l'enseignement supérieur qui en décidera. Et dès lors je n'ai plus à vous demander, Messieurs, si jamais les Universités catholiques ont été plus nécessaires qu'à cette heure pour le sauvetage intellectuel, qui est aussi, veuillez le croire, le sauvetage social. Qui ramènera Dieu dans les lettres, dans l'histoire, dans les sciences morales, dans les sciences physiques et naturelles, dans les sciences biolo-
giques et médicales, et qui y rendra au premier Etre la place qui lui est due dans l'échelle des êtres? Qui fera cesser le divorce né des malentendus de la croyance et de l'expérience ? Qui démontrera l'accord harmonique de la raison et de la révélation? Qui rendra la science plus théologique et la théologie plus scientifique ? Qui fera la synthèse philosophique et chrétienne de ce vaste mais confus trésor intellectuel qui grossit chaque jour et qui appelle l'unité? Qui, enfin, fera descendre des hauteurs de l'école dans l'âme populaire la vérité rédemptrice et fera ainsi couler ensemble la connaissance et la foi, la justice et la paix dans le lit élargi de ce nouveau siècle qui s'ouvrira demain?
A toute cette œuvre, je sais que vous ne vous épargnez pas, Messieurs les Professeurs, et croyez que ma reconnaissance n'oublie rien ni personne de chacune de vos Facultés. Je salue la Théologie et la haute valeur de ses grades supérieurs, qu'on vient chercher de si loin. Je salue le Droit avec sa Sec lion des Sciences sociales et politiques, à laquelle Monseigneur l'Archevêque vient de convier les jeunes auditeurs du clergé, par une prime d'encouragement dont, plus qu'eux encore, nous sentons tout le prix (1). Je veux dire à la Médecine et à la Pharmacie ([lie, si le nombre de ses élèves va toujours grandissant, je sais bien que c'est au mérite de ses maîtres qu'elle le doit. Je veux dire aux Lettres que j'admire le secret qu'ont Messieurs les Professeurs de se multiplier eux-mêmes, pour multiplier le chiffre de leurs licenciés, comme on va le proclamer. Je dois une mémoire spéciale à la Faculté des Sciences où la licence mathématique vient de se faire tant d'honneur, et je ne puis oublier qu'une dette spéciale de reconnaissance nous oblige envers Monsieur le Doyen qui a bien mérité de tous durant les trois années de son décanat expirant.
Voilà notre œuvre, Messieurs. Voilà notre Institut
(1) Une dispense d'examen annuel est accordée à MM. les Ecclésiastiques du dehors qui suivent certains cours de celte section.