LE PATRON CHRETIEN. 17U
est la principale source et dont elle s'est faite laccumulatrice autour d'elle, est exposée à verser du matérialisme des idées dans le sensualisme des mœurs. C'est le second péril que je dénonce en elle. La terre et les mers, le sol et le sous-sol, tous les règnes de la nature, lui amenant leurs trésors, lui font des fortunes grossissantes, d'où naissent pour elle deux dangers : la tentation de la jouissance et le moyen de la satisfaire. L'or n'afflue dans ses mains que pour se transsubstantier en matière à délices, délicates ou grossières, le plus souvent grossières : le confortable, le faste, la bonne chère, le luxe et la luxure aussi, les compagnies faciles et la mauvaise vie. Entre libertins, en effet, cela s'appelle la vie; entre honnêtes gens et chrétiens, c'est la mort que cela se nomme, et la plus puante mort. L'émulation s'en mêle. C'est, entre ces viveurs enrichis, à qui aura la demeure la plus riche, la table la plus fine, la bête la plus vive, le char le plus rapide, la mise la plus récente... je ne dis rien de plus pour n'avoir pas à descendre à l'animalité. L'exemple devient contagieux : et, dans nos grandes villes, ainsi qu'il est écrit de l'ancien Israël, c'est tout un peuple d'engraissés qui de ce chef devient hélas ! un peuple de révoltés, et de révoltés contre Dieu : Populus impingatus. incrassatus, dilatatus recalcitravit. — « Etqu'ai-je besoin de Dieu? Ne me suis-je pas fait moi-même? N'ai-je pas tout ce qu'il me faut? » Ainsi, vivre sans Dieu pour jouir de tout sans remords, cela s'appellera le bonheur; jusqu'à ce qu'au travers de ce misérable bonheur, fait de paille et de boue, ('date quelque jour un coup de foudre. — j'allais dire un coup de bourse — , et que Dieu rappelle au jouisseur que lui seul est heureux, que lui seul est riche, que lui seul est éternel : Quis ut DeusP
La puissance industrielle aurait de nos jours à redouter un troisième péril, péril moral également. Comment l'appellera ije? L'absolutisme, le despotisme? J'aime mieux dire, l'esprit de domination. Ceux-là y sont exposés qui commandent aux hommes. A Dieu ne plaise, Messieurs, que je vienne invectiver contre nos chefs d'industrie, particulièrement à une heure où des grèves colossales livrent un sanglant assaut à leur autorité menacée de déchéance! Et d'ailleurs ne sais-je pas à qui je parle en ce lieu? Je m'adresse à des fils de chrétiens, chrétiens eux-mêmes, qui aiment el respectenl leurs frères, parce qu'ils aiment el adorent leur Dieu. Mais c'cstprécisénienl parce que