‹ Vingt années de rectoratChapitre 33 sur 112 · ACCROISSEMENTS ET SERVICES. 18Ï · texte numérisé non relu

ACCROISSEMENTS ET SERVICES. 18Ï

dans nos cinq Facultés et nos Ecoles annexes, six cent trente étudiants effectifs, réels, tous présents au corps et répondant chaque jour à l'appel. C'est le chiffre le plus élevé que nous ayons atteint depuis notre origine.

Nous en avons premièrement remercié Dieu et la confiance des familles. Et cependant, Messieurs, je vous le disais alors, je le redisais récemment à la Messe du Saint-Esprit : nous cherchons moins le nombre que la valeur, c'est donc un choix que nous faisons. S'il en était autrement, si nous ne choisissions pas, s'il suffisait, comme ailleurs, de prendre son inscription pour nous appartenir, si nous ne demandions pas des garanties morales et religieuses pour entrer chez nous, si nous n'établissions des conditions religieuses et morales pour y rester, il faut bien qu'on le sache : ce n'est pas six cents étudiants que nous aurions aujourd'hui, c'est le double. Mais nous vous estimons trop, Messieurs et chers fils, vous, votre passé, vos familles, vos âmes, votre honneur, pour admettre ou pour tolérer auprès de vous des frères indignes de vous. Nous vous aimons trop aussi pour ne pas prendre en main, par des coups décisifs, la défense des bons contre la contagion de ceux qui, hélas! auraient cessé de l'être. Et puis nous aimons notre œuvre, sa gloire, sa beauté, et si parfois nous nous résignons à opérer des sélections dont notre cœur de père a saigné le premier, c'est que nous voulons être, dans le sens concret de ce nom, une véritable Université catholique, coûte que coûte, à tout |>rix. Il y avait autrefois des ordres de chevalerie où l'on n'entrait qu'en justifiant de plusieurs quartiers de noblesse. C'est une chevalerie pareillement que nous formons ici, chevalerie sans peur, que nous voulons aussi -ans reproche; et la noblesse dont il faut faire preuve pour en être, c'est celle qui est faite d'intégrité de vie. de religion pratique, de bon exemple, de respect de soimême et d'honneur chrétien.

Or cette chevalerie, à quel service la destinons-nous, Messieurs, sinon à celui du pays que nous leur apprenons à aimer jusqu'au sacrifice d'eux-mêmes? Et par ce côté encore n'est-ce pas un enseignement national que le nôtre? Au cours de cette année particulièrement, nous les avons vu ces jeunes chrétiens, hier encore nos élèves, se porter candidats aux Elections municipales de leurs communes respectives et y enlever d'emblée bon nombre des premières positions, non seulement dans ces deux départements, mais ailleurs. Or, ce dont nous leur avons envoyé nos encouragements et nos applaudissements, ce n'est pas d'être montés en honneurs et en autorité, c'est d'avoir fait leur devoir; c'est d'avoir préféré aux délices du foyer domestique ou à l'indolente paix de la vie privée les luttes de la vie publique et le service du pays pour lequel nous les avions armés et formés. Il a suffi d'ailleurs de lire leurs professions de foi pour s'assurer que, sur ces sièges conquis par eux de haute lutte, ce n'était pas la gloire de leur propre nom qu'ils voulaient porter, mais l'honneur de la France, moyennant le règne de la religion, de la justice et de la liberté.

Ceux qui leur succèdent ici sarment pour la même cause nationale et religieuse inséparablement. Du reste point n'est besoin de les animer au combat, mais bien plutôt de les empêcher de s'y jeter trop tôt. Et ici encore, nous croyons faire œuvre de bon patriotisme en leur disant, comme nous ne cessons de le faire : « Ne devancez pas l'appel pour vous lancer dans la mêlée des affaires publiques; attendez que de fortes études aient fait de vous des hommes maîtres des autres hommes. C'est de forger votre armure qu'il s'agit maintenant : de la qualité de votre armement dépendra pour vous le succès et pour notre cause la victoire. Vous y joindrez l'exercice, exercice de la parole, exercice de la plume, conférences scientifiques, juridiques, littéraires, des tournois, des essais; mais sous la réserve nécessaire que vous garderez votre provision de temps, de forces et de munitions pour le jour de la bataille.

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