LA BÉNÉDICTION PONTIFICALE
Le lendemain de la fête, Mgr le Recteur recevait du cardinal Rampolla la dépêche suivante :
« Sa Sainteté s'est grandement réjouie de l'hommage d'affection et de soumission que lui a adressé l'Université de Lille, à l'occasion du vingtième anniversaire de sa fondation. Elle envoie de tout son cœur sa bénédiction apostolique au Chancelier, au Recteur, aux Doyens, aux Professeurs, aux Etudiants et à toutes leurs œuvres.
« Cardinal Rampolla. »
ANNÉE ACADÉMIQUE
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SÉANCE SOLENNELLE DE RENTRÉE
DISCOURS DE MGB LE RECTEUR Trois fonctions de l'Université :
Messeigneurs, Messieurs.
Nous voici donc revenus à cette vieille salle Ozanam que nous n'avions quittée momentanément que parce qu'elle semblait s'abandonner elle-même. Nous la quittions avec regret, comme on fait la maison maternelle. Ne l'était-elle pas en effet? N'avait-elle pas, il y a bientôt vingt-cinq ans, préparé notre berceau, assisté à notre naissance, abrité les fêtes de notre adolescence, vu s'asseoir à ces sièges d'honneur les Evêques, nos premiers pères; reçu dans son enceinte cette succession d'environ quatre ou cinq mille étudiants, que, depuis vingt ans, lui ont amenés des séances de rentrée comme celle-ci; enlin n'a-t-elle pas entendu, à cette place, dans nos congrès régionaux, les voix puissantes qui ont porté le nom de ces
assemblées grandioses à toutes les frontières de la France et au delà ?
Aussi bien, Messieurs, nous ne l'avions pas quittée sans espoir de retour; et c'est avec une vive joie, une vraie joie filiale, que nous la retrouvons à cette heure, rafraîchie, embellie, parée, plus ouverte à la lumière, plus à l'abri de tout péril , plus digne d'une telle assistance, enfin comme renaissante dans une jeunesse renouvelée, moyennant la magie de je ne sais quelle baguette d'or tenue par je ne sais quelle main de fée qu'au nom de l'Université, comme de tous les catholiques, j'ai voulu d'abord saluer de ma reconnaissance.
Hélas ! que ne puis-je aujourd'hui lui présenter sur cette estrade tous ceux qui, il y a deux ans, y siégeaient aux bancs de nos cinq Facultés? Nous avons été éprouves bien cruellement cette année. « Les morts vont vite », Messieurs, nos morts vont vite! Gand, Vallin, Lienhart, Didier, que de deuils ont fondu sur notre famille universitaire! Que de noms effacés du livre de nos vivants <Ficibas, mais qui, j'espère, sont inscrits au livre de la vie éternelle! Et ces noms, que de talents, que de services, que de mérites acquis, que d'espérances brisées ils représentent et nous rappellent!
Je ne puis évoquer un par un le souvenir de chacun de ces chers disparus; et il me faut laisser à MM. leurs Doyens la consolation de leur payer aujourd'hui la dette d'un regret dont l'amertume n'est tempérée que par la chrétienne assurance du revoir. Mais comment ne pas [n'arrêter un instant devant la noble et fière et souriante figure du premier d'entre eux, Adrien Gand, professeur de Droit criminel, celui que sur sa tombe M. de Vareilles saluait du nom de Juste : « un Juste qui n'a pas seulement étudié le Droit, appliqué le Droit, enseigné le Droit, mais qui s'est lui-même sacrifié pour la dignité et l'affirmation d'un droit supérieur et divin, le droit contre lequel il n'y a pas de droit ».
Il était alsacien, il était docteur de la Faculté de Strasbourg, il avait été juge suppléant à Thionville, substitut
successivement à Sarreguemines, à Sedan, à Metz; à Metz où, en 1870, le jeune magistrat avait eu la douleur indignée de voir les portes s'ouvrir aux envahisseurs de sa chère patrie. Il était devenu juge d'instruction à Lille, en 1871; il y avait choisi une compagne digne de lui au sein d'une de ces vieilles familles lilloises « qui sont les plus glorieux monuments de la cité, des monuments qui se restaurent et se rajeunissent eux-mêmes ». Il y avait pris rang à la tête de presque toutes les œuvres catholiques qui y fleurissent, particulièrement celles de la charité et de la paix sociale. Puis, le jour étant venu où les événements le mirent en demeure de déployer la vertu suprême du vrai magistrat, le courage civil, il n'avait pas hésité. C'était à l'époque des iniques décrets du 20 mars 1880 contre les congrégations. Ne prenant conseil que de sa science de juriste et de sa conscience de chrétien, M. Gand, 18 août, adressa au garde des sceaux, en quatre lignes, sa démission de juge d'instruction, sans abandonner toutefois le service de la justice, disaitil. Il la servit encore en effet, sur son siège, à la première chambre civile de Lille, et il y siégeait aux côtés du président Le Roy, le jour où ce président à l'antique, prononçant contre le préfet, y dit le droit avec autant d'énergie que de majesté. C'était équivalemment renoncer à ses fonctions, comme le firent dans le même temps, et pour la même cause, les trois cents magistrats du ministère public et de la magistrature assise, coupables d'avoir refusé de trahir le devoir.
Deux ans après, 1883, M. Gand venait à nous, et il montait, avec tous les honneurs de la guerre, dans cette chaire de Droit criminel qu'il allait occuper seize années avec une compétence spéciale. 11 apportait en plus à l'Université un dévouement sans limite, une activité sans égale, n'épargnant ni démarches, ni négociations, ni séances d'études, ni correspondance suivie, dès qu'il s'agissait d'accroître l'influence et le prestige de l'Institut catholique qui s'honorait de lui. Il fut un des fondateurs de notre Section des sciences sociales et politiques, et il
ne cessa plus de présider à son fonctionnement. Il provoqua la création du cours d'enseignement supérieur des jeunes filles. ïl était constamment au service de ses collègues et de nos étudiants, particulièrement des jeunes alsaciens, assurés de trouver en lui le plus obligeant des mentors et le plus gracieux des compatriotes.
Il faudrait rappeler aussi l'homme d'œuvres et de zèle qu'était ce grand chrétien : membre du conseil de fabrique de sa paroisse, président de la Confrérie paroissiale du Saint-Sacrement, président du Comité de l'œuvre des Cercles catholiques d'ouvriers, administrateur de l'Œuvre de Notre-Dame de la Treille, membre de l'Office central des œuvres de charité, membre visiteur des Conférences de Saint- Vincent de Paul. Et, à la source de cette activité infatigable, une foi profonde, une piété virile dont le spectacle ravonnait l'édification et la lumière sur tout ce qui l'approchait .
Tout proche de lui on en ressentait le parfum. Chez ses filles germaient de sublimes vocations. L'aîné de ses fils lui était déjà un sujet de légitime orgueil et de grande espérance. Cette espérance et cette fierté, la Faculté, son autre famille les ressent aujourd'hui plus vivement que jamais.
« Or un matin, 3 mars, l'Université apprit avec stupeur que son grand ouvrier n'était plus. Il était tombé tout d'un coup. La veille, elle l'avait vu faire, comme à l'ordinaire, son cours de doctorat. Sa dernière journée avait été la plus remplie et la plus belle de son existence. Il l'avait commencée par la prière et le travail, il la continua par plusieurs visites utiles ou charitables, par l'assistance à un conseil d'œuvres, par une longue adoration dans l'église du Sacré-Cœur, par un dîner qui était encore un conseil et une œuvre. 11 la termina par une mort rapide et admirable. Avant les siens, avant le médecin, avant le prêtre qu'il avait fait appeler, il comprit que le mal subit qui l'envahissait, c'était la mort. Avec une foi et un courage dignes d'envie, il fit le sacrifice de sa vie, de tout le bonheur qui l'entourait. Il dit adieu aux êtres chers qui
TROIS FONCTIONS DE L'UNIVERSITÉ. :>4l
lui donnaient ce bonheur, il eut une pensée pour l'Université à laquelle il léguait son fils. Il suivit avec une pieuse attention les cérémonies de l'extrême-onction; il répondit lui-même aux prières du prêtre. Et alors il s'endormit doucement dans le Seigneur, après avoir donné à sa famille, à ses élèves, à nous tous, cette dernière et .sublime leçon (1)! »
Cette année, la moisson de nos succès académiques présente une bonne moyenne. Elle eût été bien supérieure et fort brillante, si les examens de la section des sciences désignée par le nom de P. C. N. (Physique, chimie, sciences naturelles) n'étaient venus, en dernière heure, en abaisser le niveau. Toutefois si, sur ce terrain d'une culture plus difficile, le rendement fut moins heureux, je dois à la justice de n'incriminer ni l'impartialité du jury d'examen, ni encore moins la préparation et le travail des candidats. Je ne me plaindrais, et cela j'en ai le droit, que des conditions d'inégalité légale desquelles n'ont pas su encore triompher des conscrits placés en face d'un programme touffu sur lequel il leur fallait répondre à des maîtres qu'ils voyaient pour la première fois, qui ne savaient pas leur nom, dont ils n'étaient pas, eux, les disciples, les enfants, les familiers de chaque jour, dont ils n'étaient que les justiciables d'une heure, et dont la justice leur fit peur. Mais ceux qui ont fléchi ne sont tombés que d'un genou; ils se relèveront et retourneront au feu.
Ailleurs il n'en fut pas de même ; et nous gardons l'avantage auquel les précédentes sessions nous avaient habitués. Sur un total de cinq cents épreuves, parmi lesquelles les très difficiles examens de la licence es sciences et es lettres, nos succès sont cette année dans la proportion moyenne des deux tiers, proportion notablement plus élevée que celle des Facultés de Paris, prises comme type. La conclusion
1) Extrait résumé du discours prononcé à ses obsèques par M. Le doyen de Vareilles.
VINGT ANNKES DE RFXTOHAT. 16
qui en ressort est naturellement celle-ci : Donc il y a, dans ces luttes, quelque chose qui peut toujours racheter le désavantage de la position : c'est l'effort plus grand, la discipline plus ferme, et l'arme plus solide. C'est par tout cela que ces braves jeunes gens s'honorent et nous font honneur. Vous les en bénissez dans vos cœurs, pères et mères. Mais, en même temps, ne bénissez-vous pas avec eux, avec nous, le Dieu juste et bon, qu'ils avaient invoqué sur le champ de bataille, et qui, une fois de plus, a montré, quoi qu'on dise, qu'il n'est pas toujours du côté des gros bataillons ?
Mais préparer aux grades, est-ce là toute notre œuvre? Ces grades, nous en apprécions l'importance et le mérite comme la nécessaire constatation authentique sinon infaillible du savoir, et aussi comme la condition officiellement requise pour l'exercice légal de la profession ou fonction. Mais j'ai hâte d'ajouter que ce n'est là toutefois qu'un côté, et non le principal, de la conception que nous nous faisons d'une Université. Institut d'enseignement, l'Université est et doit être encore un institut d'études; l'étude universelle, comme le dit son nom d'autrefois, studium universale, et l'étude associée pour l'avancement de la science, en vue du progrès de la science elle-même. Ce que l'association industrielle a fait pour la transformation du monde matériel, l'association intellectuelle doit Le faire dans le domaine scientifique. Au moyen âge elle fut la forée des ordres religieux : voyez ce qu'a fait, dan^ le domaine de l'érudition, Tordre bénédictin jusqu'au xviu° siècle! Au xixc, l'association sacerdotale pour l'étude fut le rêve des deux Lamennais, de Gerbet, de l'abbé Bautain, de l'abbé Gratry, qui écrit, en 1851, à Mr Dupanloup : « 11 y a une oeuvre que Notre-Seigneur demande depuis un demi-siècle au clergé français : c'est un atelier d'apologétique ; c'est l'étude de la science comparée et instaurée. » Dans la pensée de l'Eglise, les Universités catholiques allaient être cela :1a science chrétienne reprenant position en face de la science apostate et reconquérant sur elle ou lui disputant du moins l'honneur du pre-
mier rang dans le haut savoir humain. La lutte aujourd'hui ne peut plus être que celle de la science répondant à la science. Tel était bien le concept qu'en présentait un des nôtres, des mieux-pensants, des mieux-disants, lorsque dans le Congrès de 1887, il nous montrait nos quatre Facultés laïques, constituant ensemble l'édifice de la vérité totale en se rattachant par le faîte à la théologie, qui les relie et les couronne, comme l'entablement couronne les colonnes et les relie à la voûte. Et notre collègue ajoutait : « Seules les universités catholiques peuvent présenter en France ce spectacle d'une chose achevée. La majesté d'un tel éditice dépasse celle des plus belles cathédrales. »
Mais que dis-je? C'est vous-même, Monseigneur le Chancelier, qui dès avant notre inauguration, nous appreniez à voir dans Y Aima Mater non pas seulement la nourrice d'une génération de diplômés, mais la future reinemère d'une dynastie de savants, enrichissant le patrimoine du savoir national par leur travail coalisé, autant et aussi bien que par la préparation professionnelle des grades. « Cette Université, nous disiez-vous, par ses études propres, conçues dans le même esprit, poursuivies dans le même but, par ses travaux en tout genre, ses découvertes, ses productions et publications, fera rayonner, par delà son école particulière, la bonne lumière, le vrai progrés, la vérité complète et désintéressée sur toutes les voies que l'esprit humain s'est ouvertes en ce siècle. » Enfin, tout récemment, n'est-ce pas ainsi que vous me faisiez l'honneur de m'écrire, en réponse à quelques pages de moi sur l'utilité de V Instruction scientifique clans le clergé (1) : « Nous devons nous tenir en contact avec le mouvement scientifique de l'époque, disiez-vous. Il faut que nous ayons, dans nos rangs, des spécialistes qui fassent autorité. Puissions-nous enfin comprendre qu'il y a autre chose à faire que de préparer des examens et de
(1) V. En appendice, II, notre Lettre sur V utilité de l'Instruction itifiquc dans le Clergé,
réussir dans une sorte de dressage! Les Universités Catholiques ont une mission plus haute quelles devront s'efforcer de remplir, sans négliger, au point de vue pratique, ce que demandent le fonctionnement légal de nos collèges et le préjugé du diplôme si fortement enraciné dans notre cher pays. »
Nous sommes à l'œuvre, Monseigneur. La liste serait longue des travaux scientifiques de ce que j'appellerais notre Ecole de Lille. Pour nous limiter à cette année académique, la Faculté de théologie présente un nouveau volume de M. Jules Didiot sur les Vertus théologales; une Etude de M. Chollet sur la Morale stoïcienne comparée a la chrétienne; et surtout les savants articles de M. le chanoine Pannier sur des sujets d'Assyriologie et d'Egyptologie, son domaine spécial, dans le grand Dictionnaire de la Bible de M. l'abbé Vigouroux.
Le Droit présente plusieurs Mémoires couronnés par l'Académie des sciences morales et politiques ; un mémoire d'unjeune maître de conférences, M. Mau ricc Vaulaer, sur les Assurances ouvrir rrs, auquel le Musée-social a décerné la moitié de son prix de huit mille francs.
Les Lettres: le Brizeux <lc M. Lecigne, une thèse qui est un livre, livre historique et critique, à la fois savant et charmant, thèse soutenue non seulement avec éclat mais aussi avec un courage tranquille, méritant ainsi et le suffrage de la Faculté de Rennes et l'applaudissement de la Bretagne chrétienne. Tout récemment, l'Académie lui a décerné le prix Bordin.
Aux Sciences, M. Witz multiplie les éditions de son Traité des moteurs à gaz et à pétrole; M. Boulay reconstitue la physionomie préhistorique de notre Nord ; M. Bourgeat étudie quelques phénomènes géologiques de glissement dans le Jura; M. Lenoble a publié diverses études de chimie physique, très remarquées parles sociétés scientifiques de Bruxelles et de Bordeaux.
Je veux mentionner aussi la belle Conférence que M. le Dr Lemière, a donnée et publiée sur Pasteur à l'occasion de l'inauguration de sa statue sur une des places de no-
tre ville. Puisqu' aucun des cinq orateurs officiels, qui s'y sont fait entendre, ne s'est risqué à dire un mot de la foi de ce grand savant, c'était justice qu'un des nôtres réparât un si étrange oubli. Personne ne pouvait en porter un témoignage plus compétent que M. le Professeur de Bactériologie. 11 l'a fait chez nous scientifiquement et chrétiennement. C'est à lui que Pasteur eût tendu la main pour le remercier.
J'ai dit l'Institut d'études que nous devons être. Mais est-ce tout, Messieurs ? Ne concevez-vous pas, pour une Université Catholique régionale, une troisième mission : celle du rayonnement extérieur s'étendant à toute la sphère où son action a le droit et le devoir de s'exercer? J'ai longuement parlé ici, l'année dernière, de ce que nous appelons l'extension universitaire : Extension de notre enseignement à des objets nouveaux, sciences sociales et politiques, sciences biologiques et anthropologiques. Extension de notre enseignement à des auditoires nouveaux, Roubaix, Tourcoing, Armentières, et aujourd'hui, la ville traditionnellement académique de Douai. Enfin extension de notre enseignement supérieur aux jeunes filles des familles catholiques de Lille.
A la fin de novembre dernier, nous inaugurions ce dernier enseignement dans une grande et belle salle, mise gracieusement à notre disposition par les Dames religieuses de la Sainte-Union. A la messe du Saint-Esprit, célébrée en présence des mères et ie leurs filles, nous disions le grand prix qu'au nom de l'Eglise nous attachions à cette Ecole supérieure, placée entre le pensionnat et la formation familiale de la jeune fille au foyer domestique. « En nous efforçant de faire de vous des femmes solidement instruites, leur disions-nous, nous avons la conviction que nous formerons des femmes meilleures, plus utiles, mieux préparées pour le service de Dieu, comme pour celui de la famille et de la société. Nous avons aussi l'espérance de contribuer ainsi à faire de vous des femmes à la
fois distinguées et heureuses, s'il est vrai que l'habitude des choses de l'esprit est un des charmes de la vie, et que le plaisir qu'on y trouve est une des félicités les plus pures, les plus dignes de cœurs épris, comme sont les vôtres, de l'immortel agrément du vrai, du beau, du bien (1). »
Ainsi institut d'études, institut d'enseignement, institut de diffusion et de haute vulgarisation : telle est la triple conception, ici réalisée, d'une Université dans la compréhension vraiment intégrale de ce nom.
Le compte a été fait, du moins approximativement, du total d'auditeurs libres que donne l'ensemble de ces différents groupes d'affiliés. C'est certainement à plus de deux mille qu'il s'élève. Ce qui, s'ajoutant au chiffre moyen de 530 étudiants intérieurs, constitue la population totale de nos colonies et de leur métropole.
Et certes, ce n'est pas trop, ce n'est pas assez. Ce n'est pas assez pour répondre au besoin et à l'appel de ces masses avides d'entendre comme de lire, d'apprendre et de comprendre. Nous qui avons la bonne semence, soyons semeurs, et jetons-la à pleines mains. Aussi bien le temps presse, car les semeurs d'ivraie, eux, ne perdent pas de temps. Je viens de parcourir, à Y Officiel du 27 juillet dernier, le Rapport annuel qu'un professeur d'un lycée de Paris, M. Edouard Petit, écrivain au Radical, adressait au ministre de l'Instruction publique, alors M. Léon Bourgeois, sur l'instruction populaire des adolescents et des adultes. C'est là que m'est apparue, dans une lumière sinistre, la formidable coalition des chefs de l'Ecole sans Dieu, pour jeter sur les âmes de tout âge, de toute condition, de tout sexe, un filet dont le réseau s'étend indéfiniment, et dont les mailles vont se resserrant chaque jour.
Lorsque, par exemple, je lisais, dans le résumé final, qu'en cette dernière année scolaire 1897-189S, il avait été organisé dans les écoles communales 30.360 cours d'adoles-
(1) V. Annexe, p. 250. Enseignement supérieur des jeunes filles. Clôture des conférences.
cents et d'adultes, qu'on y avait donné 117.152 conférences avec ou sans projections , qu'on avait trouvé pour les faire 5.000 conférenciers, enfin qu'aux frais de cette organisation l'initiative privée ou associée avait contribué pour 1 million, les Municipalités ou Conseils Généraux pour 1.588.000 francs, et l'Etat pour le reste, je prenais alors l'idée d'un gigantesque elfort pour l'instruction du peuple. Mais, lorsque, dans ces trente-huit grandes colonnes de YO/ficiel qui feraient un volume, je ne lisais pas une seule fois le nom de Dieu ni de Religion, mais que par contre, à chaque page, j'entendais claironner les mots prestigieux de morale, de dévouement, de solidarité, de grandeur nationale, de patriotisme et de vertus civiques; tandis qu'à une page voisine, j'aurais pu lire terrifiante la statistique des accroissements de la criminalité et le tableau de notre anarchie politique et sociale, alors l'ironie des choses me saisissait amèrement. Je m'expliquais bien des misères, je touchais du doigt les fruits empoisonnés de l'arbre dont on abaissait les branches à la portée de toutes les mains; et, à travers le dithyrambe du rapport officiel, je croyais entendre passer le rire de ce Dieu proscrit, qui prenait ainsi terriblement sa revanche : Irridebit eos Dominus et subsannabit eos.
Maintenant que je vous ai dit ce que nous sommes, Messieurs, et le bien que nous voulons faire, je viens vous supplier de nous aider à le faire. Travaillant chez vous, travaillant pour vous, nous avons conséquemment besoin d'être assistés par vous. Et, à ce sujet, excusez-moi de faire tomber de bien des esprits une illusion qui nous est honorable assurément, mais qui nous rapporte en définitive moins d'avantages que d'honneur. C'est l'illusion de croire que nous sommes riches, très riches, tandis qu vu réalité, nous sommes pauvres, très pauvres; ce qui QOUS fait ajourner bien des choses qui pourtant seraient pour le bien de la science et des âmes.
Il en est une qui, par-dessus les autres, s'est comme imposée à ma sollicitude. C'est pour celle-là qu'au cours de l'année dernière, je me suis présenté à vous, et que, prenant à deux mains mon pauvre cœur tremblant, je suis allé frapper à des portes choisies, et vous prier de donner à Xotre-Seigneur Jésus-Christ dans votre Université une demeure moins indigne de lui et de vous. Je prenais la confiance de vous représenter la criante indigence de cette palissade de planches, qu'il est temps enfin de faire tomber d'un soufïïe et de remplacer par la Chapelle projetée et comme appelée par les yeux, au centre de ce boulevard Vauban dont vos maisons, à vous, sont en train de faire le plus aristocratique quartier de votre ville. De l'accueil que vous nous fîtes nous vous remercions. Messieurs, nous vous remercions, Mesdames; mais remercier c'est encore demander. Nous continuerons nos démarches, jusqu'au jour où sera donnée, à moi ou à un autre, la grande joie de vous convoquer dans un sanctuaire achevé, dont chaque pierre, des fondements à la voûte, sera une prière perpétuelle pour vous et t<»us ceux qui naîtront de vous.
Messeigneurs les Évèques, il y a peu de jours votre Conseil supérieur a daigné promouvoir un des nôtres a la dignité et à l'emploi de Secrétaire gênerai, demeuré vacant depuis la mort du regretté M81 Dehaisnes. Les services signalés et désintéressés que M. le professeur Salembier n'a cessé de rendre à l'Université par son fructueux dévouement à l'œuvre de la souscription et à l'œuvre du recrutement de nos étudiants, à l'œuvre récente de nos conférences aux jeunes filles; d'autres service^ encore qui le rendent cher aux piètres de ce diocèse, comme a nos étudiants ecclésiastiques; et tout cela parallèlement ;• son enseignement d'histoire, et à des lia vaux personnels déjà presque mûrs pour la publicité : c'était plus qu'il n'en fallait pour engager envers lui la reconnaissance et la justice de l'Université. M. le chanoine Salembier, tout en conservant son titre et ses fonctions de professeur d'histoire ecclésiastique, est nommé Secrétaire général des Fa-
cultes catholiques. C'est une nomination qui, j'en suis sûr, aura de l'écho dans bien des cœurs.
Monseigneur de Lydda, votre seule présence ici et aujourd'hui nous est une grande marque de votre vieille et persévérante affection. Car nous ne pouvons oublier que c'est au lendemain d'un deuil qui vous a frappé à l'endroit le plus sensible de votre cœur, en vous enlevant un ami qui fut pour vous, plus de soixante ans, un frère d'âme et un frère d'armes, en qui nous honorions un savant, en qui nous vénérions un père, qui nous a beaucoup aimés, et qui nous laisse, avec vous, l'édification et l'exemple d'un amitié sacerdotale telle qu'on en lit le récit dans les plus belles pages de la vie et des écrits des Pères et des Docteurs des grands siècles de l'Eglise (1) .
Monseigneur l'Archevêque, daignez me permettre de vous remercier par vos propres paroles. Aussi bien résument-elles excellemment tout ce discours. Je n'ai pas eu une seule fois l'honneur de vous aborder, au cours de cette année, sans recueillir de votre bouche vénérée des assurances presque prophétiques, telles que celle-ci que
(1) Mgr de Lydda venait de perdre son plus ancien ami et collègue, le compagnon de toute sa vie sacerdotale, dans Msr Destombes, vicaire général de Cambrai, expiré entre ses bras, peu de jours auparavant, 4 novembre 1898, à l'âge de soixante-dix-nenf ans.
Successivement professeur d'histoire au petit et au grand séminaire de Cambrai, missionnaire diocésain, supérieur du collège de Saint-Jean de Douai, chanoine titulaire et vicaire général de M** Régnier, supérieur des missionnaires diocésains de Saint-Charles, honoré de la prélature romaine, M*f Destombes n'était pas seulement un des prêtres les plus considérables et des plus méritants de l'archidiocèse. Il était un des In mîmes les mieux instruits du passé de cette insigne Église, qui lui doit de savants écrits : L'Histoire de l'Eglise de Cambrai, 3 vol. — La VU '/<■ Saint Arnaud, 1 vol. — Notre-Dame-de-Grâce et le culte de la Tris Sainte Vierge à Cambrai. — La Vie du Cardinal Régnier, 2 vol. ; el >'>n ^rand ouvrage : La persécution religieuse en Angleterre sous Élisabeth cl les premiers Stuarts, 3 vol., etc.
Il niversité catholique s'honora dès le commencement de la sympathie dévouée de cet homme aimable et bon, qui l'avait appelée de ses vœux cl qui l'appuya de son influence très active. Par sa parfaite distinction d'intelligence et de cœur, il nous demeure un beau et doux souvenir, comme par son savoir et ses travaux il nous fut un devancier et un modèle.
je crois citer ici textuellement : « Monseigneur le Recteur, « croyez-moi et retenez bien ceci : L'Université catho- « lique de Lille ne fait pas seulement œuvre utile d'ins- « truction et d'éducation pour l'heure présente; elle fait « surtout œuvre féconde et salutaire de préparation pour « l'avenir. Ce que vous préparez, ce que la divine Pro- « vidence prépare par vous tous, ce sont des hommes <( formés en vue d'un nouvel ordre de choses dont ils « d eviendrontles chefs. Cet ordre nouveau, quand advien- « dra-t-il? Je ne saurais le dire; mais j'affirme qu'il sera. « Et ce jour-là, ce n'est pas à la seule région des diocèses « de Cambrai et d'Arras que se limitera Faction répara- « trice dont je parle, elle s'étendra à la France tout « entière. Voilà pourquoi il faut vous faire une haute, « très haute idée de votre ministère. Il n'y a rien de « plus grand que cela. »
Monseigneur, de telles assurances données par Votre Grandeur ont pour nous l'accent du ciel. C'est à nous de nous en souvenir, c'est au Ciel de les accomplir.
P. S. — Nous renvoyons à l'Appendice, en raison de son ('tendue, la Lettre à NN. SS. les Eréques et MM. les Directeurs des Séminaires sur l'utilité de l'Instruction scientifique du clergé publiée en novembre de la présente année 1898.
Enseignement supérieur des jeunes filles.
A la Messe d'action de grâces pour la clôture des conférences, célébrée dans la chapelle des Dames de la Sainte- Union, le mardi de la Pentecôte, 31 mai, J/gr le Recteur prononça les paroles suivantes :
ALLOCUTION DE M&* LE RECTEUR Culture, parure, armure.
Mesdames, Mesdemoiselles,
C'est donc en cette matinée que doit se terminer le cours d'Enseignement supérieur que vous avez suivi durant cette année scolaire ; et c'est dans cette chapelle qu'il va se couronner par la célébration du saint sacrifice de la Messe. Or il se trouve que ce jour de la clôture de nos Conférences est i la fois celui où se clôt, pour les âmes pieuses, la longue fête du mois de Marie, votre patronne céleste; et le surlendemain du grand jour où l'Église célèbre la descente du Saint- Esprit sur les Apôtres et sur les saintes Femmes assemblées au Cénacle.
Tout cela n'est pas, me semble-t-il, Mesdames et Mesdemoiselles, sans apporter quelque lumière et édification à l'adresse particulière de cette réunion. Loin de moi, sans doute, l'étrange pensée de comparer au Collège apostolique cette Ecole commençante de lettres et de sciences. Mais