‹ Vingt années de rectoratChapitre 6 sur 112 · INSTALLATION DE M81 LE RECTEUR · texte numérisé non relu

INSTALLATION DE M81 LE RECTEUR

Ce n'est pas certes à cette heure que je la retirerai : j'aurais d'ailleurs trop à y perdre. Et si mon titre me rappelle que je me dois à nos étudiants comme un père, vous ne refuserez pas, chers Collègues, de me considérer toujours comme un ami, un frère.

« Vous m'aiderez donc dans l'accomplissement de cette tâche; vous pourrez par là adoucir l'amertume de plus d'un sacrifice. Je n'en puis douter d'ailleurs, après le hon accueil que vous avez bien voulu faire à ma nomination. J'en suis touché plus que je ne puis le dire. Continuezmoi cette assistance ; et tous ensemble consacrons-nous entièrement à l'œuvre qui ne peut aboutir à ses nobles lins qu'en étant l'œuvre de tous. Ainsi opposera-t-elle à l'ennemi qui l'assiège cet invincible rempart dont parle l'Écriture : Frater cum fratre conjunctus civitas firma. »

Mgr le Chancelier, suivi de MBT le Recteur et du personnel des Facultés, se rendit ensuite à la chapelle, et là, au pied de l'autel, le nouveau Recteur lut en son nom, la main sur le saint Evangile, la profession de foi du pape Pie IV. Lorsqu'il eut terminé, l'assistance tout entière s'unit au chant du Sub tuum, et à l'invocation trois fois répétée à Saint-Joseph, patron de l'Université catholique de Lille .

L<' dimanche suivant, 19 février, 1er dimanche du carême, Mgr le Recteur, ouvrant la station quadragésimale, adressa son premier entretien à Messieurs les Étudiants : l'Étudiant, hier, aujourd'hui, demain. Y. Annexe, ciaprès, p. 22.

SÉANCE SOLENNELLE DE RENTRÉE DES FACULTÉS

Le jeudi 29 novembre eut lieu, après plusieurs années d'interruption, la Séance solennelle de rentrée, sous la présidence de S. G. M"r Monnier, évêque titulaire de Lydda, vicaire général capitulaire du diocèse de Cambrai et chancelier émérite de l'Université, et de Mgr Dennel, évêque d'Arras. Sur l'estrade siégeaient, revêtus de leurs costumes et insignes, MM. les Doyens et Professeurs des cinq facultés de Théologie, Droit, Médecine, Lettres et Sciences, ainsi que les Directeurs des Écoles supérieures annexes. Parmi la très nombreuse assistance qui remplissait la salle, on remarquait au premier rang MM. les Vicaires capitulaires, M. Henri Bernard, président du Conseil d'administration, et les autres membres de ce même Conseil, MM. les Doyens et Curés de la ville, un grand nombre de membres du clergé des deux diocèses de Cambrai et d'Arras, et beaucoup d'étrangers de distinction, réunis à Lille, à l'occasion du Congrès des Catholiques du Nord et du Pas-de-Calais.

Mgr le Chancelier, en raison d'un grand deuil récent, a cru devoir s'abstenir de cette solennité.

Mgr le Recteur a ouvert la séance par le discours qui suit. Après lui la parole a été donnée successivement à M. l'abbé Moureau, doyen de la Faculté de Théologie, à M. le Comte de \ areilles-Sommières, doyen de la Faculté de droit, à M. le docteur Desplats, doyen de la Faculté de médecine, à M. de Mar-

gerie, doyen de la Faculté des lettres, à M. Chautard, doyen de la Faculté des sciences, à M. le colonel Arnould. directeur de TEcole des Hautes-Etudes industrielles.

DISCOURS DE M*1 LE RECTEUR « Je maintiendrai. »

Messeigneurs,

Messieurs,

La grande Institution dont le gouvernement vient de m'être confié, a reçu précédemment de mon vénéré prédécesseur une sage et forte organisation. Depuis l'origine de cette œuvre dont la fondation lui est grandement redevable, Mgr Hautcœur n'a cessé de lui imprimer ce caractère d'ordre, de puissance et de magnificence, qui a placé notre Institut si haut dans les prédilections de l'Eglise et dans l'estime des hommes. Il ne faut pas l'oublier : ce fut une véritable création que cet ouvrage ; dans Tordre matériel, intellectuel et administratif, il y avait tout à faire. Et tout fut fait, Messieurs. En même temps qu'il présidait, avec une rare compétence, à ces constructions monumentales qu'il savait mettre en harmonie avec tous nos services, Mgr le Recteur méritait mieux encore de l'Université en édifiant ces statuts, ces règlements, toute cette constitution intérieure enfin, qui fait la beauté comme la solidité de ce grand corps.

Un tel travail poursuivi pendant plus de douze années, — et quelles années ! — malgré des difficultés sans cesse renaissantes, doit prendre une place première dans la reconnaissance de l'Eglise, de la province et du pays tout entier. J'ose même le prédire sans craindre de me tromper : l'honneur dû à un tel labeur, couronné par de tels succès, grandira dans la mémoire des générations à venir. Il est beau d'avoir été le premier d'une chose, lorsqu'on l'a portée si haut et qu'on l'a menée si loin. Qu'est-ce donc lorsque cette chose est de celles qui peuvent

procurer ou rendre à un pays la vérité, la force et le salut?

L'Église, qui est fidèle, a su le reconnaître, et elle l'a reconnu à sa noble manière. Lorsque Sa Grandeur Mgr l'Évêque de Lydda, chancelier de l'Université depuis la fondation, crut devoir décharger de ces fonctions académiques une existence partagée entre tant de travaux qui le rendent si cher à tout le diocèse, le Saint-Siège n'eut pas à chercher bien loin l'homme, le Prélat, que la Providence avait réservé pour lui succéder à ce premier rang. Celui qui avait bâti notre Institut catholique sur la pierre fondamentale qui est au Vatican, était tout désigné pour représenter l'autorité de Rome auprès de son propre ouvrage. Le placer à ce haut poste de confiance et d'honneur, c'était proclamer devant tous qu'il avait excellement mérité de l'Église; c'était nous dire, à nous, que nous lui devions déférence, dévouement, obéissance, dans l'ordre de son éminente mission. Ce nous sera à la fois un devoir et un profit d'y demeurer fidèles.

Ce nous sera personnellement à nous un allégement à la charge qui est venue fondre sur notre tête de tout le poids de cette même autorité suprême. Le Maître qui nous a intimé ses ordres inéluctables ne nous a pas demandé si nous étions capables de nous séparer d'une famille d'enfants aimables et dociles, de frères distingués et dévoués, à laquelle nous étions attachés pas toutes les fibres d'un cœur qui saignera longtemps de ce déchirement. Nous n'avons pas eu davantage à lui objecter que nous n'étions plus dans l'âge des vives résolutions et des longues entreprises. Il nous avait été répondu par avance que l'œuvre était de Dieu et qu'il la ferait plus que nous, tout en la faisant par nous.

Si donc la Providence, dont l'action n'a cessé d'éclater dans toute cette œuvre en traits si prodigieux, veut bien s'accommoder de l'instrument qui lui est prêté, c'est qu'elle veut qu'il sorte de là plus de gloire pour Elle, plus de raison d'humilité et de confiance pour nous. Aussi bien, nous tenons à le déclarer aujourd'hui en cette séance solen-

nelle, il est ici un Maître au-dessus de tous les maîtres, Notre-Seigneur Jésus-Christ ; et c'est lui qu'en ce jour nous proclamons officiellement Grand-Maître de notre Université. Le jour du couronnement des souverains d'Angleterre, lorsque le roi ou la reine ont placé de leurs propres mains le diadème sur leur tête, tous les grands du royaume s'approchent tour à tour, et, étendant la main vers cette couronne royale, ils disent, dans une vieille formule française qui date de la conquête normande : « Je maintiendray ! » Messieurs, c'est sur l'Evangile de Jésus- Christ, notre Roi, que j'ai prêté serment au jour de mon installation; c'est son règne que j'ai reçu la mission de promouvoir dans nos Facultés; c'est sa couronne que j'ai le devoir de protéger et de défendre : Je maintiendrai/.

Je maintiendrai quand même, parmi les difficultés de ce temps et les luttes qu'il m'est aussi facile qu'effrayant de prévoir. C'est sur le champ de bataille que je reçois le commandement. Je maintiendrai à l'encontre des doctrines subversives et des pouvoirs hostiles*. C'est contre les premières que se dresse l'enseignement supérieur chrétien, et malgré les seconds. Contre les unes, avec l'aide de Dieu, je maintiendrai nos dogmes ; contre les autres, coûte que coûte, je maintiendrai nos droits. La chose dont sont le plus jalouses cette province et cette Eglise, c'est leur orthodoxie. Telle doit donc être et telle sera la belle caractéristique de l'Université catholique de Lille. Et ici surtout je demande à Dieu qu'il guide et éclaire mes démarches dans ces voies droites et hautes où ont marché nos pères, suivant la devise que je me suis choisie dans ses Livres Saints : Per vias rectasl

Que s'il y a là plus de travail que n'en comportent mes forces, je sais déjà, par expérience, quelle assistance je puis trouver dans les lumières et l'appui de nos premiers Pasteurs. Votre bienveillance, Messeigneurs, nous la continuera. J'en ai pour garantie les chaleureuses paroles que, naguère dans les retraites ecclésiastiques ou dans les chaires des grandes paroisses des deux diocèses, vous adressiez tour à tour aux prêtres et auxlidèles, en faveur

de cette Ecole d'Etat-major de laquelle sortiront les commandants et officiers de l'armée catholique dont vous êtes les chefs.

Que ne m'est-il donné de pouvoir adresser les mêmes remerciements au Pontife vénéré qui vient de laisser vacant ce grand siège de Cambrai où il avait porté l'édification de sa douce sainteté! Dès le premier jour de son trop court épiscopat, Mgr Hasley avait manifesté son affectueuse estime pour notre Institut, qui lui semblait appelé à rendre les plus grands services au vaste diocèse dont le poids écrasait ses épaules trop frêles (1). Un des derniers actes de sa sollicitude fut de pourvoir, en principe, au recrutement annuel et régulier de nos auditeurs en théologie. Évêque de sens pratique, il avait, je le sais, la conviction ferme qu'un clergé qui se tiendrait à l'écart de la science philosophique et religieuse de son temps et de son pays, devrait renoncer à toute action doctrinale et morale sur

(1) Telles sont les paroles d'encouragement que Sa Grandeur adressait à nos Facultés Catholiques, dans la première séance de rentrée qu'il présida, après son élévation sur le siège de Cambrai.

« Nous aimons, disait-il, à saisir cette solennelle occasion de témoigner notre vif intérêt pour la grande œuvre de nos Facultés Catholiques, notre constante reconnaissance pour ses bienfaiteurs, notre tendre affection pour les élèves qui en suivent les cours.

« En tête de ces bienfaiteurs, je dois faire une mention spéciale de Messieurs du Comité d'administration, et de nos excellents Doyens et Professeurs. Tous comprendront la nécessité et sentiront le noble besoin de continuer à se dévouer à la consolidation de ce grand édifice.

« Et vous, chers Étudiants, en vous voyant si intelligents, si appliqués, si courageux, si unis, nous vous bénissons comme des enfants bien-aimés, futurs défenseurs de la vérité, appuis généreux de la sainte Église, vaillants soldats de l'armée du bien.))

Il félicitait ensuite M&r le Recteur « d'être comme le père de tant d'excellents enfants ». « Ils sont, lui disait-il, votre couronne dès maintenant; et j'espère quelle sera auprès du Père Céleste votre gloire pour lui avoir préparé de tels serviteurs, quelle sera la part de joie que vous réserve le Cœur de Jésus pour lui avoir offert de si fidèles amis ! »

Et s'adressant à NN. SS. les Évoques d'Arras et de Lydda, M»' Hasley disait en terminant : « Messeigneurs, bénissons ensemble ceux que nous avons tant de motifs d'aimer, et daignez m'aider toujours à remplir a L'égard de nos chères Facultés Catholiques les devoirs si importants et si doux qui sont l'apanage de notre dignité et de notre charge pastorale. »

ses contemporains. Il renoncerait du même coup à l'héritage de primauté intellectuelle et sociale que lui ont laissé quatorze siècles de lumières et de civilisation. Or, s'il est entre tous un clergé qui ne peut méconnaître ce devoir ni abdiquer cet honneur, c'est assurément celui d'une province ecclésiastique dans laquelle, déjà de son temps, le cardinal Giraud aimait à déclarer qu'il connaissait vingt têtes dignes de porter la mitre.

C'était à peu près dans ces termes que je prenais la confiance de parler à Sa Grandeur, le 2 août dernier, lorsqu'Elle venait de rentrer, mortellement atteinte, de cette dernière visite de son diocèse, dont Elle avait, pour ainsi dire, marqué chaque station de son sang. Je n'ai pas à raconter dans quels termes graves et bons le Pontife mourant me parla de notre œuvre, et quelles espérances je remportai de l'audience intime qu'il daigna m'accorder exceptionnellement, sur le seuil même de son éternité. Sans doute, M?r de Goutances, qui a fait de son ami une peinture si fidèle, en connaissait quelque chose, lorsqu'il m'écrivait, quelques jours après sa belle oraison funèbre : « Je sais ce que projetait pour vos Facultés Catholiques le bien-aimé défunt. Il les a aimées jusque dans la mort. »

La mort, qui a rompu le fil si frêle de cette existence, n'a pas rompu la chaîne des archevêques de Cambrai. Son successeur futur, que déjà nous vénérons avant de pouvoir le connaître, se fera l'exécuteur de ses volontés dernières ; et, trouvant la bonne semence prête à germer dans le champ dont il recevra l'héritage, il lui fera porter tous ses fruits .

Au mois de mai dernier, j'assistai aux obsèques d'un des premiers fondateurs de l'Université. M. le sénateur Charles Kolb Bernard fut et demeurera une des grandeurs catholiques de cette ville et de ce pays, qu'il représenta près de quarante années au Parlement. Notre histoire nationale dira ce que fut, dans cette longue carrière politique, le constant défenseur de toutes les causes qui ont intéresse l'honneur ainsi que la grandeur et le salut de la France.

Notre histoire régionale dira ce qu'il fut dans le service des intérêts économiques de ce pays, dont sa vénérée personne personnifiait l'esprit par une vie de travail, de droiture et d'antique vertu, qui nous demeure un noble exemple et une chère mémoire. Notre histoire religieuse dira comment, dans des jours de mensonge et de persécution spoliatrice, il a défendu le Saint-Siège, affirmé le droit, revendiqué l'indépendance du Pontife-Roi, par ses paroles et par ses écrits, avec une force de conviction, avec une largeur de vue, avec une élévation de langage qui l'ont placé au premier rang des témoins de la vérité et de la justice. Notre histoire locale dira par quelle force d'initiative et de persévérance il a semé la contrée d'institutions et d'œuvres de charité, de foi, de zèle, de prières, premier fondateur et ardent zélateur de conférences de Saint Vincent de Paul, avec toutes leurs ramifications, écoles, patronages, cercles, etc., qu'il animait du souffle de sa foi ardente et communicative. Pour nous, nous nous souviendrons surtout qu'une des dernières causes politiques à laquelle il prêta sa parole au Sénat, juillet 1875, fut celle de la liberté de l'enseignement supérieur ; et notre reconnaissance avec notre admiration le suivra par délace lit funèbre duquel le grand catholique romain avait dit, en entrant dans sa dernière nuit : « Je me couche radieux, avec la bénédiction du Saint-Père! » (1).

A d'autres titres, notre Institut doit ses regrets reconnaissants à ceux de nos collègues que la volonté de Dieu a éloignés de nous pour une autre vocation ou une autre mission. Je laisse à MM. les Doyens de nos Facultés à vous dire ce que furent dans leurs chaires de docteurs le R. P. Orhand et M. l'abbé Steiger; je ne me réserve que la consolation de leur envoyer les remerciements de l'Université, en y joignant pour mon compte des sentiments plus intimes, mais qui n'ont pas le droit de se produire ici.

Une dette plus grande encore nous oblige très particu-

(1) V. I);m> nos Reliques d'Histoire, la Notice complète sur ce grand homme de Dieu, de p. 12 ï *. » ;i p. .{st.

lièrement envers J/gr Dehaisnes. Qu'il agrée l'hommage de notre gratitude au nom de l'Institut, qu'il y a douze ans il avait puissamment contribué à fonder, et que, pendant quatre années passées dans les fonctions successives ou simultanées de Secrétaire général et de Vice-Recteur, il a fait bénéficier de son action, de ses lumières, de la très haute considération dont il jouit, à bon droit, auprès des prêtres et des laïques des deux départements. Ce nous a été un regret de le voir entrer dans la retraite, à l'heure où ses services pouvaient si avantageusement suppléer aux nôtres. Mais l'honorariat et le siège qu'il garde dans notre Conseil d'administration sont des liens de famille qui nous permettront encore de considérer comme une part de notre patrimoine d'honneur les savants ouvrages d'art et d'érudition qui nous l'ont repris tout entier. Enfin, si la haute prélature dont Sa Sainteté vient de l'investir a dû ajouter encore à notre vénération, rien ne pouvait ajouter à notre reconnaissance.

Mgr Dehaisnes laissait vacant un poste laborieux, le plus laborieux de tous : celui de directeur de la souscription. Le vénérable M. Marcotte nous a été accordé pour cette mission, que j'oserai presque appeler héroïque. Quitter à plus de soixante ans une paroisse où l'on est aimé et révéré, pour venir se dévouer à une existence de missionnaire et de quêteur, c'est là une abnégation et immolation de soi-même que l'on ne fait qu'à une grande œuvre, quand on a la conviction qu'elle est bien l'œuvre de Dieu. On a d'ailleurs grâce d'état pour demander aux autres lorsqu'on a soi-même commencé par donner beaucoup : Ego libentissimè impendam et superimpendar ipse. Donner, puis se donner, tel est, depuis Saint Paul, le programme de quiconque est apôtre comme lui.

C'est parmi ces vicissitudes de personnes et de choses que nos Facultés soutiennent et développent une existence qui est un continuel mystère aux yeux des hommes, parce qu'elle est un perpétuel miracle de la main de

Dieu. C'est d'un miracle de sa Providence que je parle. Que ceux qui en sont les ministres, connus ou ignorés, reçoivent ici nos remerciements pour les persévérants bienfaits dont la source se cache dans le sein de Celui qui a déclaré qu'un verre d'eau froide donné en son nom ne restera pas sans récompense. Et cette récompense, quelle ne sera-t-elle point, si ce n'est pas un verre d'eau, quelques gouttes rafraîchissantes qui découlent de cette source, mais tout un large fleuve de charité, suivant l'expression du Maître : « Celui qui croit en moi, des fleuves d'eau vive découleront de son cœur. » ?

Assurée de cette protection et divine et humaine, la confiance des familles nous est demeurée fidèle, et nous avons vu croître, d'année en année, le nombre de nos étudiants dans une progression qui, j'espère, ne s'arrêtera plus. On vous dira tout à l'heure les succès éclatants obtenus, aux examens des Facultés officielles, par nos étudiants du Droit, des Lettres et des Sciences. La Médecine aura cette année la joie de vous présenter onze nouveaux docteurs. Des renforts nouveaux lui arrivent de toutes parts. En outre, j'ai dans les mains des centaines de lettres qui, de tous les départements français, nous demandent instamment de leur envoyer quelqu'un de nos jeunes médecins, qui y seraient reçus en sauveurs. Le jour où notre Faculté pourra enfin répondre à tous ces appels ne sera pas seulement pour nous le jour d'un immense bonheur, ce sera pour le pays entier, je veux le croire, l'aube de sa résurrection morale et de son salut.

Au sein de cette marche progressive, le transfert des Facultés officielles de Douai dans la ville de Lille, couronné aujourd'hui par celui du siège de l'Académie, n'est pas de nature à décourager cet espoir. On nous a fait l'honneur de dire au Parlement, et d'écrire un peu partout, que nous étions une puissance à laquelle il fallait en opposer une autre. En vérité, Messieurs, nous ne nous savions pas si redoutables à un Etat qui dispose, en face de nous, de toutes les ressources matérielles et mo-

\in<;t années de RECTORAT. 2

raies du pays, et qui en dispose contre nous. Et par ce dernier mot, je n'entends pas, Messieurs, veuillez le croire la lutte des personnes, mais celle des doctrines et professions de foi, lesquelles pourront différer notablement, je le crains. Nous garderons les nôtres traditionnellement, nous les défendrons scientifiquement. Après cela, assez large reste encore le terrain libre des recherches et des études, pour qu'il y ait place à l'émulation; et nous ne nous effrayons pas de la concurrence. Plus large encore le champ jusqu'ici trop inculte de la formation morale de la jeunesse des Ecoles, suivant les principes harmoniques entre eux de la sagesse chrétienne et de l'honneur français. Ici encore nous sommes prêts. Pour la guider dans le bon chemin, nous avons la carte du pays, l'Evangile; le flambeau illuminateur, la foi; la force et l'appui, la grâce; et le but est devant nous. Que d'autres le poursuivent par d'autres voies, s'ils veulent: c'est leur affaire. Qu'ils y parviennent, s'ils peuvent : c'est notre souhait. Nous ne prétendons pas au monopole du bien ; nous nous réserverons, Dieu aidant, le privilège du mieux.

Seulement, en nous opposant toutes ses forces coalisées, il eût été plus loyal, plus équitable, de la part de l'État enseignant, de nous permettre au moins de lutter à armes égales. L'année académique qui A7ient de s'ouvrir verra la France célébrer fastueusement le centenaire de la proclamation de ses fameux principes de 89, résumés dans les trois mots de Liberté, Egalité et Fraternité. N'est-il pas temps qu'après cent ans d'espérances trompées, cette mère commune nous donne enfin la liberté comme aux autres, légalité comme aux autres? Alors ce serait aussi la vraie fraternité, car chacun des frères aurait obtenu, dans le patrimoine de famille, sa juste part d'enfant.

En vue de ce jour hélas! trop lent à luire sur nous, notre corps universitaire travaille à compléter ses organes. Permettez-moi de dérouler rapidement la série de nos accroissements. Si notre Administration ne bâtit plus présentement, la Charité bâtit, préparant ainsi des res-

sources nouvelles à notre enseignement médical. Nous avions déjà reçu de sa main la maison de Saint-Camille, hospice et Dispensaire ; la maison des Incurables ; l'hospice et le Dispensaire Saint-Raphaël. Ce fut l'œuvre des premiers temps. Ayant bâti pour les malades et les infirmes, voici qu'aujourd'hui elle bâtit pour les mères, et la nouvelle Maternité Sainte-Anne encore en construction présente déjà, rue du Port, sa façade monumentale en prolongement du Dispensaire Saint-Raphaël. — Elle bâtit aussi pour les enfants. L'Asile des Incurables s'enrichit d'un hospice annexe, où soixante lits seront mis au service de ces petits malades. — En même temps des dons généreux apportent à nos collections de géologie, de minéralogie, de carpologie et de botanique de véritables trésors, dont quelques-uns nous viennent des extrémités du globe. — Notre Bibliothèque, riche déjà de plus de quatre-vingt mille volumes, reçoit chaque jour des accroissements dus particulièrement à d'intelligentes largesses. — Enfin, sur l'extrémité nord du corps principal de l'hôtel académique s'achève présentement un Observatoire, dont les puissants instruments et la coupole mobile nous ont été offerts par une main savante et libérale. Grâce à cet indispensable moyen d'observations et d'études astronomiques, nos savants pourront désormais, durant les nuits qui dans ce pays sont souvent plus belles que les jours, demander « aux cieux de raconter la gloire de Dieu et au firmament de nous révéler les créations de ses mains ».

Cependant un autre édifice, bien autrement précieux que l'édifice matériel, ne cesse de monter chaque jour : c'est l'édifice spirituel, et celui-là rien ne l'empêchera de grandir. A ce corps que je vous montrais tout à l'heure si fortement organisé, il faut une âme vivante; et l'âme qui « l'informera » sera l'âme chrétienne. « Université catholique » comme on disait hier, « Facultés catholiques » comme on dit aujourd'hui, ce nom est par lui-

même un programme qui nous oblige. Il nous oblige quatre fois : d'abord vis-à-vis de l'Eglise qui nous a fondés ; puis vis-à-vis des chrétiens qui nous ont soutenus ; ensuite vis-à-vis du monde qui attend cela de nous, enfin vis-àvis de notre conscience qui en a fait le serment. Xous n'existons que pour cela; nous ne vaudrons que par là; et c'est par là que nous durerons. Le corps organique que nous sommes pourra subir des secousses et connaît'v des atteintes morbides. Mais si l'àme reste saine et forte, il arrivera de lui ce qui arrive chez l'homme bien constitué, aux heures de crise : l'àme sauvera le corps.

L'encouragement à faire ainsi nous arrive de Rome. Avec tous les prêtres du diocèse de Cambrai rassemblés aux obsèques de leur dernier Archevêque, nous avons entendu, nous avons applaudi ces paroles émues, prononcées par Son Eminence le Cardinal de Reims, notre très puissant et très dévoué protecteur : « Votre Univer- « site, qui est la fille de Pie IX, n'est pas moins varice tablement la fille de Léon XIII, et j'ai voulu vous le dire. « Il n'y a pas longtemps encore, j'ai approché mon cœur « du cœur de notre Saint-Père, et j'ai senti quel dévoue- « ment y palpitait pour cette œuvre de sa prédilection «< etde sa sollicitude. Je l'ai senti redoubler, lorsque cette « œuvre, comme toute œuvre de Dieu, connut des jours « d'épreuves, et ses larmes m'ont dit plus haut encore « <[ue ses paroles combien il la voulait forte, unie et pros- « père pour le bien qu'en doit recueillir sa chère Eglise « de France. »

Son Émincnce ajoutait, et c'est par où je termine : « C'est (( donc à vous, Messieurs, de répondre à ces espérances u en soutenant de toutes vos ressources l'œuvre que notre « illustre et bien-aimé Pontife a le plus à cœur de voir « fleurir et prospérer, et qui fait resplendir d'un tel éclat » la magnanime charité du clergé et des fidèles. Puisse- « t-elle grandir encore, et devenir ainsi la consolation et <( la gloire de celui que la Providence divine réserve au « siège métropolitain de Cambrai, et dont nous hâtons « l'arrivée de nos vœux ! »

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