‹ Vingt années de rectoratChapitre 65 sur 112 · JUBILÉ SACERDOTAL OU RECTEUR · texte numérisé non relu

JUBILÉ SACERDOTAL OU RECTEUR

je non eus jamais de grande — serait de m'asseoir lassé au bout du sillon dans lequel j'ai fini de jeter tout le grain que jetais capable de semer, plus d'orge que de froment; et là de terminer ma journée en regardant à l'horizon, d'un coté le soleil qui se couche me rappelant que tout doit finir, et de l'autre les premières étoiles qui montent dans l'infini, me rappelant que par delà il est un autre monde où tout recommence : celui auquel j'aspire et où m'attend le Père.

ANNÉE ACADÉMIQUE

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CD

SÉANCE SOLENNELLE DE RENTRÉE

DISCOURS DE Msl LE RECTEUR La persécution. — Les Expulsions.

Messeigneurs,

Messieurs les Professeurs,

Messieurs les Etudiants,

L'Université catholique de Lille vient d'avoir la douleur de perdre son vice-recteur. C'est par lui que je commence, car ce deuil est notre grand deuil, et cette perte notre plus grande perte. Il n'avait encore que soixante-trois ans. Il y en avait dix-sept qu'il était venu à nous; il les a passés parmi nous, en faisant le bien. Il aimait notre jeunesse et il en était aimé : il a réalisé en lui ce rare et difficile idéal de l'autorité disciplinaire entourée d'affection et de popularité. C'est que chez lui le Vice-Recteur était doublé d'un pasteur. 11 était bon, dévoué, avenant à tous, souriant à tous, secourable à tous ; mais retrouvant au besoin sa fermeté dans sa

conscience, et la mettant au service de son devoir d'état, pour pénible qu'il fût.

De ce labeur il se reposait dans la pensée qu'en servant notre œuvre d'enseignement et d'éducation supérieurs, il se faisait, pour sa bonne part, l'ouvrier d'une grande chose. Cette chose, cette œuvre, cette Université, il l'aimait jusqu'à l'enthousiasme ; et nul ne fit plus que lui pour répandre son nom, dilater son action, et exalter sa gloire, dont il faisait un peu la sienne. Dans ses tournées conquérantes, il parlait d'elle avec une chaude conviction, il la représentait avec distinction. Et Y Aima Mater, pour laquelle il avait tout quitté, n'aurait pas eu de rivale dans ce beau cœur, si l'inoubliable Alsace n'était restée pour lui, toujours et partout, « Albe, son cher pays et son premier amour ». C'était encore par là que son cœur demeurait jeune, tandis que l'esprit était resté antique par son goût de l'antiquité. Ainsi les Lettres latines, les seules qui comptassent pour lui, émaillaient-elles ses discours de leurs passages les plus connus; et ces souvenirs d'école, qui étaient aussi les maximes des vieux âges, achevaient de jeter sur lui un reflet de vénérabilité qui seyait bien à ses cheveux blancs.

Et voici qu'il n'est pins, on ne le reverra plus ici... En vérité, Messieurs, on a peine à le croire, tant la place qu'il tenait parmi nous était grande! Des coups redoublés frappés à son cœur de frère, peut-être d'autres aussi, y avaient fait une blessure de laquelle il est mort. Mais il est mort chez lui. Il est tombé foudroyé sur cette frontière française, derrière laquelle se plaçaient pour lui tant de souvenirs, tant de regrets, perpétuellement ramenés sur ses lèvres, parce qu'ils étaient toujours vivants et inconsolés dans son cœur.

Du moins, sur son cercueil, et à coté de sa famille, notre famille à nous aussi, la famille universitaire, a-t-elle pu faire entendre par ses représentants une juste louange reconnaissante. Et puis, il y a huit jouis, c'était nous tous, ses amis, ses collègues, professeurs

et étudiants, qui nous pressions dans notre chapelle tendue de noir. Xous y venions implorer pour son âme le repos bienheureux qu'elle a trouvé, j'espère, dans cette autre et meilleure patrie qui, elle, ne connaît pas le pied de l'ennemi, de laquelle on n'aura pas à s'exiler, et où ne montent point les révolutions, les désolations et la mort.

X'est-il pas vrai, Messieurs, que, si on en avait le choix, c'est bien pour cette patrie supérieure qu'on opterait, à l'heure mauvaise où nous sommes? N'est-il pas vrai qu'au regret que nous laissent ceux qui y sont appelés avant nous se mêlerait quelque secrète envie, si nous n'étions retenus ici-bas par la chaîne du devoir, qui est d'or, et dont le bout est dans la main de Dieu. Or, le devoir c'est le combat; et l'enjeu en est si grave, et la cause si belle, qu'on ressent et qu'on goûte quelque joie virile et fière à rester là, à servir là, à tenir là, jusqu'au bout de ses forces, jusqu'au bout de ses ressources, jusqu'au bout de ses années et de ses jours, jusqu'au bout de son droit aussi bien que de son devoir Telles sont nos pensées à tous. J'ai voulu les redire.

Il n'était pas possible que, dans la crise générale de toutes les choses catholiques, nous n'eussions pas notre part des souffrances de l'Église. Dès les premiers mois de cette dernière année académique, il se fit dans notre édifice universitaire un ébranlement, que ceux-là purent prendre un instant pour le commencement de la fin qui ne savent pas sur quelles hauteurs sacrées ses fondements reposent : Fundamenta ejus in montibus sanctis.

Il y eut donc un jour où notre séminaire apprit avec consternation que les prêtres de Saint-Lazare, préposés à sa direction, ne pouvaient plus y résider, et qu'il leur fallait partir incontinent. Quel crime avaient-ils commis? Avec M. Cornu et ses dignes confrères, c'était la bonté, la sagesse et la paternité qui, depuis vingt années,

gouvernaient cette Ecole normale supérieure de nos séminaires et collèges de la province de Cambrai. Avec la Congrégation de la Mission, c'était la fidélité à ce a vieux moule ecclésiastique » dans lequel était coulé traditionlement le noble et pieux clergé français qui avait fait si grand le xvnc siècle. Avec saint Vincent de Paul, son fondateur et père, c'était le type populaire de la sainteté au service de la plus merveilleuse charité, personnifié, incarné dans le pauvre prêtre sorti du peuple, qui fut proclamé « le Père du peuple » par l'universelle reconnaissance de son temps. Un tel nom n'eût-il pas dû garantir de la foudre ceux qui l'ont hérité de lui, et de (jui c'est le nom de famille? Mais, ces foudres du pouvoir, celui qui, à cette heure, les porte dans ses mains, a bien affaire de compter avec Vincent de Paul, ses séminaires, ses prêtres ! Se souvient-il seulement qu'il fut autrefois leur élève? — Ils furent les premiers frappés, ils le furent partout; et le coup qui les avait atteints ici, à Lille, allait bientôt après être porté au (irand Séminaire de Cambrai, c'est-à-dire au cœur d'un grand diocèse tout entier.

Est-ce tout? Hélas! non. Dans les mêmes jours, les religieux, supérieur et infirmiers du Dispensaire Saint- Camille étaient inquiétés, menacés et finalement expulses. C'était à la charité que notre démocratie s'en prenait cette fois. Les malades, les infirmes, les ouvriers, les pauvres, se présentèrent à notre porte, comme à l'ordinaire : elle avait dû se fermer. Mais la souffrance n'attend pas, la misère n'attend pas. Avec quelle diligence il fallut pourvoir d'urgence au remplacement des Pères et Frères Camilliens, violemment dépossédés de ce droit de bien faire, c'est à M. le Pro-Recteur qu'il faut le demander, en le plaignant d'avoir eu à débuter dans sa lieutenance par une si rude journée, mais en le félicitant d'y avoir réussi si bien. Puis, avec quel dévouement il fallut que les remplaçants se missent immédiatement à la réorganisation et à l'exercice de cette pressante assistance, M. le nouveau Directeur, les Dames infirmières le savent; et

c'est lui, ce sont elles, avec MM. nos médecins, qu'il en faut remercier.

Cependant, Messieurs, ces changements, bien que proposés ou agréés par nous, ne dispensent pas nos regrets de demeurer fidèles à ce qui fut. On voudra bien le comprendre de notre part, à nous les anciens de l'Université. Je suis trop des commencements pour avoir oublié cette arrivée des Camilliens, appelés, accueillis, présentés ici par un autre Camille, leur grand ami et le nôtre, comme le complément providentiel de notre Faculté de Médecine : la charité chrétienne à côté de la science. J'ai vu alors de trop près pour ne pas les vénérer et les aimer longuement ces hommes de haut mérite et de sainteté, le P. Tezza, le P. Carcereri, les premiers supérieurs, bientôt après trouvés dignes d'être promus, à Rome, aux premières fonctions de leur Institut. Trop de souvenirs s'attachent pour moi à cette chapelle, à cet autel, à cette chaire aussi, pour que je ne sente pas en moi quelque chose de cruellement refoulé, quand ces Pères s'en vont, quand cette chapelle se ferme, quand cette chaire se tait. Et je ne m'en console que par la certitude que ne s'éteindra pas en ce lieu, ni clans le cœur des maîtres, ni dans le cœur des disciples, ce foyer que la charité tout apostolique de saint Camille y avait allumé pour le salut du corps et de l'âme de nos frères souffrants.

Pourquoi faut-il, Messieurs, que ces coups de force aient eu leur retentissement jusqu'au sommet de notre Conseil d'administration, où le choc en retour a forcé M. le Président à descendre de son siège? Ce qu'il en a souffert, je le comprends, je le sais. Mais quand on a l'honneur de porter un nom sur lequel reposent de vastes intérêts, plus sacrés que les siens propres, tout homme de devoir peut estimer que le premier de ses devoirs, de ses devoirs d'état, est de soustraire ce nom aux hasards de la justice d'une époque troublée. La conscience parlait, la conscience fut obéie. Mais parce que le cœur a saigné, je m'incline avec une respectueuse

émotion. Et je me sens d'autant plus le devoir et le besoin de remercier notre honoré et toujours cher président, pour ces douze années d'une administration à laquelle la sagesse, l'ordre, le dévouement, l'esprit de paix et l'esprit de foi présidaient avec lui. Ce n'est pas un adieu. En le remerciant pour le passé, j'ai la joie de pouvoir encore le remercier pour le présent ; car, à un autre rang, M. Charles Verley n'a pas cessé de continuer à notre Commission administrative des lumières et des services qui n'ont rien perdu de leur autorité et qui gardent tous leurs titres à notre reconnaissance

M. Jean Bernard fut élu à l'unanimité président du Conseil d'administration. Il accepta de l'être. C'était faire acte de courage et de générosité, car c'était prendre le commandement sous le feu de l'ennemi. Mais c'était un Bernard, le fds de cet Henri Bernard, cet homme rare, un de nos grands fondateurs, qui, le premier, pendant douze ans avait été lui aussi, à ce poste, d'où il n'avait été relevé que par la mort. Poste de combat certes plus que d'honneur, mais, à cause de cela même, plus digne d'une grande âme ; et il nous semblait le voir, ce patriarche, descendre parmi nous, et venir joindre son vote au nôtre pour presser son digne fils de se sacrifier à ce grand bien. Je ne dirai rien de plus, sinon qu'une année d'expérience vient de démontrer à tous les yeux qu'en effet le père s'était bien survécu dans le lils.

Ne vous disais-je pas que ces remplacements instantanés et linalement tout heureux sont, dans la crise dont nous souffrons, un des traits les plus marqués de la Providence sur notre Université.' C'en est un des plus sensibles sur notre séminaire académique, que le don qui est fait pour supérieur de M. le chanoine Charé, depuis vingt-huit ans supérieur du collège de Notre-Dame des Victoires. Que Boubaix nous ait pardonné de le lui avoir ravi, je n'en suis pas bien sûr. Je comprends parfaitement les raisons qui font qu'on tient tant à lui là où il est, et qu'on le regrette tant là où il fut. Je ne peux pas les énumérer ici, de peur de lui déplaire. Mais ce qui ne lui

déplaira pas, j'en suis sur, c'est de m'entendre proclamer tout haut qu'aujourd'hui comme hier l'esprit qui inspire et anime sa maison, maîtres et élèves, est bien encore et toujours l'esprit éminemment religieux et sacerdotal de saint Vincent de Paul.

Le croiriez-vous, Messieurs? je me sens moins libre pour vous présenter notre Vice-Recteur, M. le chanoine Dewaulle. C'est que, de ce côté, je suis lié d'une vieille et imbrisable amitié. J'ai vécu beaucoup près de lui, très près. J'ai gardé de son action pastorale sur la jeunesse de notre collège Saint-Joseph de Lille un si vif souvenir d'estime et d'affection; et plus tard j'ai tant écrit, prié et supplié Mgr l'Archevêque, Mgr de Lydda, pour le disputer à Dunkerque, quand Dunkerque, hélas! nous le ravit; j'ai tant fait, plus récemment, pour qu'on le rendit à Lille, que peut-être mon jugement sera-t-il suspect de n'être plus entièrement libre à un endroit si sensible. Mais fort heureusement ce jugement, le mien, est aussi identiquement le jugement de tout le monde, de tous ceux dont il fut le maître dans nos collèges, le pasteur dans sa paroisse, l'apôtre par sa parole, le père par sa tutelle; de sorte que, cher curé des mineurs d'Auberchicourt, cher « Préfet maritime » comme vous vous laissiez appeler à Dunkerque, cher Professeur de philosophie à Saint-Joseph de Lille, c'est l'unanimité des suffrages, toute une marée montante d'affections et de désirs qui vous ramène à ce rivage ami où vous jetterez l'ancre, ad littora nota!

Messeigneurs les Evêques, Monseigneur le Chancelier, grâces vous soient rendues pour cette heureuse et totale reconstruction de presque tout Tétat-major de l'Université : M. le Pro-Recteur, M. le Vice-Recteur, MM. les Supérieur et Directeurs de notre Séminaire, M. le Directeur du Dispensaire Saint-Camille. Certesc'est bien à vous que nous la devons. Et pourtant, hélas! ce n'est pas que ce souci soit l'unique souci que vous ayez présentement; et j'ai même lieu de craindre que nous ne soyons pas le plus grave pour vous. Mais que, dans cette laborieuse et

difficile distribution des postes entre vos meilleurs prêtres, vous en ayez réservé de tels pour l'Université, voilà à quoi votre protection et prédilection paternelles se sont fait sentir et reconnaître.

J'y vois autre chose encore. J'y vois la profondeur et l'abondance des ressources dont disposent vos deux églises, pour le renouvellement de nos cadres d'officiers, en remplacement de ceux que la fatigue, la vieillesse ou la mort forcent à se retirer sous la tente ou à se coucher dans la tombe. J'en tire un heureux présage pour le jour prochain où, sur la tète de toute une génération de nos maîtres va s'appesantir la lourde main d'un autre ennemi inexorable, lui aussi, et qui s'appelle le temps.

Toutefois vous, Monseigneur de Cambrai, n'avez pas voulu attendre l'ancienneté d'âge pour reconnaître aujourd'hui le mérite de plusieurs, en les élevant à la dignité de chanoines honoraires de votre Eglise métropolitaine. MM. Boitlay, Pannier, Looten et Dewaulle sont de ceux dont on peut dire qu'ils honorent les honneurs, et nous avons toute raison de croire que vos nouveaux chanoines ne dépareront en rien le sénat vénérable dont vous venez de leur octroyer gracieusement l'uniforme.

L'Université, elle aussi, a son honorariat. Le Conseil supérieur l'a conféré spontanément et unanimement, quoique avec une arrière tristesse, à M. Villié et a M. le chanoine Jules Didiot, tous deux démissionnaires, l'un au milieu, l'autre à la fin de cette année académique. Tousdeux étaient des ouvriers de la première heure, et des meilleurs. L'un, ingénieur du corps des mines, nous venaii des tout premiers rangs de l'Ecole polytechnique; l'autre, éminent théologien, nous venait du Séminaire français et du Collège romain dont il fut un des plus brillants élèves. Tous deux étaient éminemment professeurs. Premier Doyen de la Faculté de Théologie, qu'il avait contribué à organiser à ses débuts, M. Didiot apportait

r ses leçons savantes cette ampleur de vues, cette compréhension synthétique des choses, et parfois cet éclat de parole qui faisaient de ses cours de vraies fêtes de l'esprit, spécialement pour les intelligences d'élite. C'était une semblable supériorité, netteté, limpidité dans l'enseignement mathématique, qui valaient à M. Yillié de conquérir les esprits en les éclairant, et à ceux-ci le succès assuré et constant de leurs examens publics (1). Il faudrait aussi pouvoir rappeler tous les services rendus parM.Didiot dans les œuvres catholiques, congrès, réunions mensuelles du clergé, assemblées eucharistiques, procédures pour la béatification des serviteurs et servantes de Dieu, auxquels il apportait avec sa présidence l'autorité de sa doctrine et de son caractère. De même je voudrais que la discrétion me permît de pénétrer dans j'intime du cher M. Villié. Par delà cette invariable droiture de conscience et rectitude d'esprit qui rendent son commerce et son jugement si ferme, si sûr, c'est dans son cœur de père qu'il faudrait pouvoir pénétrer pour y trouver l'endroit où il reçut le coup qui finalement le mit hors de combat. Il lui fallut donc se retirer; mais il ne

(1) M. le doyen Boulay, dans son rapport, rend ainsi hommage à l'éminent professeur et savant que fut M. Villié :

« L'état précaire de sa santé pendant l'hiver dernier a déterminé notre distingué collègue, M. Villié, à prendre sa retraite.

«C'est une grande perte pour la Faculté. Durant une période de vingtcinq années, M. Villié a porté en grande partie le poids d'un double enseignement, de l'analyse mathématique et de la mécanique rationnelle.

« Ses très nombreuses leçons, l'application qu'il apportait à la correction des exercices remis par les étudiants ont fait dire de M. Villié que « ses succès d'examen n'avaient d'autre limite que la limite du nombre des candidats présentés ». Sur la liste dont il vient d'être question ses élèves arrivés à la licence sont au nombre de 52. L'influence «lu professeur s'étendait, par des publications d'un caractère très pratique, jusqu'aux étudiants des Facultés de l'État, et l'un d'eux, écrivant à un camarade, lui disait en style d'école : « Travaillez votre Villié, et vous êtes sur de réussir. »

« Que M. Villié me pardonne si je rappelle l'acte de noble indépendance dont il fit preuve en 1881, lorsque mis, contrairement à tous les usages, dans le cas d'opter, il renonça à sa carrière d'ingénieur au Corp." des Mines pour rosier fidèle à l'Université catholiqne. Nommé Doyen honoraire, M. Villié conserve sa place au milieu de nous, la reconnaissance de ses élèves et l'affectueuse estime de tous ses collègues. »

le fit qu'en disputant le terrain pas à pas, à la manière des braves, faisant face au devoir jusqu'au bout de ses forces.

C'est aussi la santé qui a commandé à M. Didiot de quitter l'enseignement. Mais il ne quitte pas, grâce à Dieu, l'étude et le travail auxquels nous devrons, j'espère, l'achèvement du grand édifice théologique dont les premières assises sont d'une structure et si forte et si belle qu'on veut espérer qu'il en pourra porter le faîtage jusqu'au ciel.

Un de ses derniers services fut de terminer, en sa qualité de président du Tribunal, le procès dit de l'Ordinaire, à l'effet de juger du martyre de quatre Filles de la Charité dArras guillotinées, le 26 juin 1794, à Cambrai, et qui furent les dernières victimes de Joseph Lebon. Dans une séance solennelle, tenue devant M*1 l'Archevêque, en la chapelle du grand séminaire de Cambrai, M. Didiot prononça ce que lui-même appelait ses novissima verba. Son Rapport laissa tous les vénérés auditeurs sous l'impression d'une admiration égale à leur reconnaissance pour ce grand travail d'histoire et de procédure canonique. Lui-même en terminant réchauffait sa calme et solennelle impartialité de rapporteur d'une flamme d'enthousiasme, en saluant par avance le jour où « l'angélique essaim des quatre filles de la Charité d'Arras déploieraient dans l'azur du ciel leurs ailes empourprées d'un sang héroïque et pur ». Et déjà il appliquait à leur trépas la parole de Léon XIII dans une cause semblable: Martyrii splendorem, ac fortiter toleratam pro Christo mortem.

Je viens de prononcer le nom de martyre. Je ne clorai pas, Messieurs, cette longue liste de noms sans en ajouter un auquel, à ce titre, se doit notre religieuse et plus sympathique confraternité. J'en dépose le tendre hommage au pied du lit de souffrance de notre bon et cher collègue. M. l'abbé Lebel. C'est en sa qualité de prêtre qu'il fut frappé, à Paris, par le plomb d'un assassin. Nous prêtres nous sommes donc tous frappés solidairement dans celui qui a payé ainsi pour toute notre famille ecclésiastique. Que Dieu le garde, comme je Peu prie, à la

science, à l'amitié, à la charité, et à renseignement de nos deux Instituts de Paris et de Lille. Si le Ciel, comme nous l'espérons, lui donne de survivre à ce sacrilège attentat, ce sera pour mieux faire éclater, par la seule vue de cette douce et pieuse victime, l'atrocité du forfait; et plus encore la monstruosité des doctrines sanguinaires desquelles était chargée l'arme du meurtrier (1).

Car enfin qu'y a-t-il entre ces fanatiques et nous ? Qu'y a-t-il au fond de ces haines et de ce sang versé ? Des doctrines, des écoles, des maîtres de destruction sauvage qui professent n'avoir qu'un ennemi: Dieu et nous! Or, je vous le demande Messieurs, quand de tels faits se présentent portés par de telles idées, est-ce bien l'heure de proscrire le seul enseignement, le seul, qui puisse sauver la société de ces suprêmes horreurs ? « Réaction alors ! » me crie-t-on : tel est, vous le savez, le grand mot, le grand crime. Eh bien, soit, réaction : oui, réaction morale contre ce débordement d'immoralité et de criminalité qui menace de tout submerger. Oui, réaction religieuse contre l'impiété imbécile dont l'école athée enténèbre des es-

(1) Le Rapport de M. le Doyen de Vareilles ajoute sur ce sujet : « La politique maçonnique, qui a fait couler le sang de la Faculté des Lettres, n'a point fait couler celui de la Faculté de Droit. Mais si elle n'a .1— assiné personne dans notre groupe, en revanche, elle a eu la velléité d'y trouver un assassin. Pour un peu, l'un de nos professeurs do Droit romain, qui a la modestie de la violette et ne veut pas que je le nomme, aurait été nettement accusé du meurtre d'un agent de police mort subitement sur la voie publique. Voilà à quoi on est exposé quand on a de détestables antécédents, et que toute sa vie on a servi Dieu, le peuple, la liberté, avec toutes les générosités et toutes les délicatesses d une âme supérieure.

« M. Duthoit, dont le casier politique est noir des mêmes crimes, a été L'objel d'une poursuite pour avoir fondé une école libre et pris comme professeurs des religieux laïcisés. C'est pour un délit analogue que aotre vénéré lecteur adù aller s'asseoir sur le banc de la police correctionnelle; M-r Baunard a été acquitté. M. Duthoit, à la suite d'une admirable plaidoirie de notre collègue Selosse, l'a été aussi. Mais ce qui les honore et nous honore en eux, ce n'est pas l'acquittement, c'est la poursuit^, et c'eût été bien plus encore la condamnation. »

VINCT INNÉES DE IlECTOUAT. 25

prits qui manquent encore plus de raison que de religion. Réaction politique encore, oui, si par là on entend l'aspiration de nos cœurs à un gouvernement sage, pacifique, honnête, libéral, respectueux de tous les droits et de toutes les libertés. Quant à la constitution politique du pays, dociles aux directions de notre grand pontife Léon XIII, nous ne sommes ni des révoltés ni des révolutionnaires. Nous sommes des citoyens épris de la grandeur de la France. Mais nous demandons qu'on nous fasse une République habitable, où l'Eglise trouve la justice et le respect auxquels elle a le premier droit, sinon même tous les égards qu'au delà de l'Océan une autre et grande République ne lui refuse pas.

C'était au printemps de la présente année. Le Président d'une République de bientôt 100 millions de citoyens visitait l'Université Catholique de Saint-Louis du Missouri. A son entrée dans la grande salle, M. Roosevelt, apercevant le cardinal Gibbons, devance son brillant état-major, pour aller serrer les deux mains de l'Archevêque. Le P. Recteur le salua : « Ce n'est pas en mon nom seulement que je m'avance, lui dit-il, c'est au nom des dix milliers de citoyens qui, dans toute la Louisiane, se glorifient d'avoir suivi les enseignements de cette Université, et qui ne se glorifient pas moins de n'être surpassés par personne en dévouement à la patrie et à son chef. — Nous tenons, ajouta-t-il, qu'il n'est pas de meilleur patriote que celui dont le loyalisme repose sur la raison et sur la foi. Aussi oserai-je vous assurer, Monsieur le Président, que nulle part dans votre voyage vous ne recevrez un accueil plus sincère que chez les élèves et les amis de l'Université. »

Le Président se leva, s'inclina devant l'Eminence, se dit heureux d'être l'hôte de la principale et la plus ancienne des Universités des Etats situés à l'ouest du Mississipi. Puis, de sa voix vibrante, il prononça de fortes paroles, entre lesquelles celles-ci qui sont à retenir : « Je manquerais à mon devoir, et je me considérerais comme coupable, si je venais à oublier l'article de la Constitu-

tion qui prescrit de traiter et mettre sur le même pied tous les citoyens de l'Union, de quelque manière qu'ils entendent adorer et servir le Dieu tout-puissant. Croyez que votre satisfaction de m'avoir au milieu de vous ne peut égaler celle que je ressens à m'y trouver. »

Il se trouva que, dans ce même jour, un jeune religieux soutenait solennellement ses thèses sur le domaine universel de la Théologie ; ce qu'on appelle « le grand Acte ». Le Président invité accepta d'assister à la longue « Dispute ». Puis à la fin, félicitant le vainqueur et lui serrant la main, Roosevelt salua et sortit. Il allait prendre le train rapide qui devait l'emporter vers le Colorado.

Assurément, Messieurs, nous n'attendons rien de semblable de ce côté-ci de l'Atlantique, nous n'en désirons pas tant. Mais je me le demande : Le jour où, parmi nous, un pareil échange de procédés serait possible entre les princes de l'Eglise et les chefs de l'Etat ne serait-il pas celui de « l'embrassement de la justice et de la paix » ? Messieurs les étudiants, vous travaillerez pour votre part à ce meilleur avenir. Dans notre récente réunion de la messe du Saint-Esprit, je vous exhortai, pour cela, à devenir des hommes de science, en demeurant des hommes de foi. ce Affirmez votre foi, défendez votre foi, propagez votre foi, et surtout exemplairement pratiquez votre foi. » Puissent ces quatre paroles, dans lesquelles je résumais pour vous le devoir chrétien, vous être ce bouclier duquel saint Paul faisait l'armure des premiers fidèles : in omnibus sumentes scutum fidei. C'est bien celui-là qu'il ne vous faut quitter qu'après la victoire ou le trépas, selon l'héroïque parole de la Spartiate à son fils : « 'II Tav, rt bèi xav : Reviens avec ou dessus! »

C'est à MM. les Doyens que je laisse, comme il est juste, le soin de vous faire connaître plus en détail le mouvement qui, cette année, s'est produit dans leurs Fa-

cultes respectives. Je ne me réserve que le plaisir, comme j'en ai le devoir, de proclamer du moins le nom de ceux de nos maîtres que NN. SS. les membres du Conseil supérieur ont promus à de plus hauts titres. — Dans la Faculté de Médecine, M. le professeur Carrez, titulaire, et MM. les docteurs Camelot et Thilliez, suppléants. — Dans la Facultés des Sciences, M. le docteur Maurice, M. le docteur Delemer et M. le docteur Van Oye, titulaires, MM. Caron et Delépine, maîtres de Conférences.

Dans la Faculté des Lettres, M. le chanoine Looten a été nommé Doyen, en remplacement de M. Charaux dont le triennat expirait cette année. Ces trois ans ont été pour le cher et vénéré Collègue une période ininterrompue de dévouement à la Faculté. Il lui a valu l'harmonie, la règle, le succès. Il en remporte l'affection reconnaissante de tous les étudiants.

Ai-je tout dit? Non, Messieurs. Aussitôt après l'avènement de sa Sainteté Pie X, « l'Université pontificale » de Lille s'est inclinée, pour être bénie, devant le trône de cet autre Pie, dont la tête apparaît comme nimbée d'une si gracieuse majesté. Nous lui avons tout récemment prononcé vos noms, Messieurs les professeurs, quelques-uns di1 vos noms. Sa Sainteté a daigné y répondre paternellement, en les apostillant d'uo titre qui les rapproche de sa cour, de son cœur, en les faisant chevaliers de Saint-Grégoire-le- Grand.. Désespérant de dire ce que ces noms représentent de mérites et de services, je me contenterai aujourd'hui de les proclamer à la suite, avec celui du très honorable commandeur qui fermera la marche.

Dans la Faculté de Droit, MM. Rothe et Trolley de Prévaux; dans la Faculté de Médecine, MM. Rogie el Faucon; dans la Faculté des Sciences, M. Monnet, sont nommés chevaliers de Saint-Grégoire-le-Grand.

La croix de commandeur du même ordre est conférée à .1/. le professeur Groussau, députe du Nord. C'est la main reconnaissante de toute l'Eglise de France, avec la nôtre, qui l'attache aujourd'hui sur la poitrine du vaillant

et éloquent défenseur de ses droits, à la tribune, dans sa Revue, comme naguère dans sa chaire de Lille.

Enfin vous apprendrez avec plaisir, Messieurs, que, sur l'initiative de M. le Curé de la paroisse de Notre- Dame de Consolation, dont il a bien mérité dans les œuvres, et avec notre concours le plus empressé, une autre décoration pontificale vient d'honorer, dans la personne de M. de Boninge, admis à la retraite, le fidèle trésorier qui fut au service dévoué de nos finances, non pas seulement depuis la naissance de l'Université, mais même dès l'avant -veille de ce premier jour.

Maintenant, Messieurs, « que Dieu nous aide, et son saint Evangile ! » Ce sont les paroles rituelles que, il y a une quinzaine de jours, lors de la célébration de la messe du Saint-Esprit, vous prononciez à la fin de votre profession de foi, la main sur le saint Livre. « Que Dieu nous aide !» 11 y a vingt-huit ans qu'il ne cesse de faire pour nous des miracles de Providence et de conservation. Qu'il daigne en faire encore un de protection et de défense à cette heure ; le temps presse !

« Que son saint Evangile nous soit espoir et force. Il nous y avertit de ne pas craindre ceux qui ne peuvent tuer que le corps, mais qui ne peuvent rien contre l'âme. Gardons donc bien vivante et forte lYime de l'Université, son àme de foi, de sainteté, de science et de charité. Comme il arrive pour les tempéraments robustes, l'âme sauvera le corps. Et s'il advenait que le corps fût frappé à mort pour la cause de Dieu, Dieu a promis dans l'Évangile qu'il lui rendrait son âme : Qui perdiderit animant sua m pr opter nie, inveniet eam. Il nous ressusciterait pour des destinées meilleures, sous un ciel plus pur.

L'Expulsion.

M>r le Recteur : Revue des Facultés catholiques de Lille, 25 septembre 1905.

Nous vivions dans le plus proche voisinage de cette sainte maison. Nous abritions notre œuvre sous la prière protectrice de ces filles de Dieu. C'était Monseigneur notre Chancelier qui, depuis trente ans, était l'aumônier de leur communauté; et il la dirigeait dans la pleine observance canonique des règles de l'Église, et dans les voies élevées de spiritualité où il est maître. C'est lui qui avait grandement contribué à leur translation et installation dans leur nouveau monastère, qu'il avait édifié scrupuleusement conforme aux lois et traditions claustrales de l'ordre de sainte Thérèse.

Il y avait donc entre le Couvent et l'Université un lien de fraternité, qui, de la part du Carmel, s'affirmait par le bienfait d'une intercession de jour et de nuit, en faveur de notre Institut d'Études. Il est raconté par Thérèse elle-même qu'étant appelée à Salamanque pour y fonder un Monastère, elle y fut principalement attirée par le voisinage de l'Université de cette ville. Là, tandis que le Recteur, Martin Guttierez, prêtait aux Carmélites le service de sa direction et de ses conseils, les religieuses donnaient à la grande École d'Espagne l'assistance de leurs oraisons et de leurs sacrifices. Depuis trente ans, il s'est passé quelque chose de semblable parmi nous. Et que

de fois, quand la foudre grondait sur notre établissement et menaçait de le renverser jusque dans ses fondements, que de fois, levant les yeux vers la petite flèche de leur chapelle, nous nous sommes dit : « C'est là qu'est le paratonnerre. » Alors je prêtais l'oreille à la voix de la cloche tintant dans l'ombre, et il me semblait l'entendre me répondre : « Je suis la prière qui veille; ne crains rien. C'est pour toi que je monte ma faction nocturne devant la tente du grand Roi. »

Nous sommes donc frappés avec les Carmélites, frappés en elles. Nous sommes tristes pour nous, encore plus que pour elles. Elles, lorsque, deux jours avant que « l'abomination de la désolation n'entrât dans leur sanctuaire », je fus leur porter mon adieu, je les trouvai sereines, et fières de souffrir pour leur immortel Jésus. « C'est notre métier », me disait la mère Prieure. Aussi bien leur Dieu leur restera, en Belgique comme en France. Mais ce ne sera plus la France. Les négociatrices de la paix entre notre terre et le ciel ont reeu outrageusement leur congé de chez nous. Serait-ce, grand Dieu! la rupture des relations entre nous et la souveraine et divine Puissance de ce monde et de l'autre?

L'Université devait être là. et elle y fut. Elle y aurait été tout entière, si nos étudiants n'eussent été en vacances. Du moins y fut-elle représentée grandement, noblement et vaillamment. Dès l'alerte du jeudi, on put y voir, pendant six heures d'une pénible mais patiente attente, nos professeurs et élèves alors présents à Lille, en tête desquels je salue M. le le député Groussau, MM. Duthoit, Lecigne, Lemière, Dhalluin, MM. Douvrin, Cardon, Henri Barbry, président de la Jeunesse catholique, d'autres encore que je voudrais connaître, pour les inscrire tous à ce tableau d'honneur. Le lendemain, vendredi, ils étaient là encore, ceux du moins qui avaient pu s'y retrouver à cetle heure matinale, de nuit plus que de jour, sinon pour s'opposer, du moins pour protester contre l'indignité de cette œuvre de ténèbres.

Mgr Hautcœurdut gémir, dans son cœur de père, de ne pouvoir se présenter là devant l'autel, à la tête de la famille religieuse, dont il est, depuis trente ans, le directeur et soutien. Dans l'éloignement que lui commande, à cette heure, le soin de sa santé, il avait choisi et laissé là, pour être son lieutenant, M. le chanoine Dewaulle, Notre bon et cher Vice-Recteur était bien l'homme: le prêtre, de qui le caractère, le dévoue-

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