‹ Vingt années de rectoratChapitre 70 sur 112 · JUBILE SACERDOTAL · texte numérisé non relu

JUBILE SACERDOTAL

du Nord s'est conquis, entre ses sœurs, une place d'honneur et un bon renom, c'est — j'aime à le proclamer — à cette impulsion et direction initiales, c'esl à son premier et grand Recteur qu'elle le doit. Que Votre Excellence en soit remerciée!

Monseigneur le Chancelier, ce titre plus haut dont nous vous saluons présentement, a-l-il ailleurs qu'à Lille et que chez, nous, sa pleine et très effective signification? Je ne sais. Ici, pour nous, il signifie le gouvernemenl supérieur, la vigilance attentive, l'action discrète mais souveraine de lame sur tout le corps qu'elle anime puissamment, bien qu'invisiblement. Par en haut, il signifie Rome, le Saint-Siège. l'Eglise ; le réflecteur de sa lumière, le rayonnement de sa chaleur, le dispensateur de ses grâces. — Et quel autre, Monseigneur, élaii pins que vous désigné et préparé à représenter el personnifier, auprès de notre Institut, l'autorité de «elle Rome dont vous lïiles. au Séminaire français, à peine fondé alors, le disciple inoubliable el inoublié. je le sais? Cette Rome qui vous revit au Concile du Vatican, aux côtés de notre4 grand Pontife, le cardinal Régnier, qu'il me Faut saluer aussi en ce jour! Cette Rome enfin qui, tout récemment, vous élevant à une plus haute prélalure. disait assez par là que, si la suprême autorité de l'Eglise daignait être contente de nous. elle s,iv;iit que le mérite et l'honneur en devaient remonter premièrement à vous. Qu'à vous aussi, Monseigneur, et par vous jusqu'à Elle, en remontent l 'action de grâces et le religieux hommage!

Et maintenant quelle fête, Messieurs ! quelle fête éloquente et consolante nous fut donnée tout à l'heure! Assurément, Monseigneur, rien dans votre souvenir n'égalera jamais celle première messe du 10 juin 1854, dimanche de la Trinité, célébrée à Rome par vous dans la vénérable chapelle de la Crèche, à Sainte-Marie-Majeure. Un témoin alors l'a décrite, votre ami. votre condisciple, votre compatriote, le saint abbé Lelièvre, à la veille alors de se faire lui-même l'incomparable apôtre de la charité de Jésus-Christ dans les deux mondes. Et voici qu'aujourd'hui, cinquante ans après, c'est en présence de l'Université du Nord, votre fille, en présence de voire famille, si chrétienne et en si universelle considération, qu'il vous est donné de célébrer solennellement le même auguste sacrifice. Et cela, dans la solennité éminemment romaine de Saint-Pierre et Saint-Paul. Et cela, sur l'autel de celle

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Notre-Dame de la Treille que vous avez placée en tête de nos armoiries, Sedes sapientiœ; dont vous vous fîtes l'historien, à qui vous avez dédié votre monumentale histoire de la collégiale de saint Pierre. Et cela, dans les mêmes jours où elle se trouve solenniser, elle aussi, le cinquantième anniversaire de la triomphale inauguration de son culte, en ce saint lieu!

Nous l'avons invoquée, implorée pour vous, Monseigneur, cette Vierge que l'Eglise a nommée dans sa liturgie, Virgo sacerdos. Nous vous le devions bien, nous qui eûmes plus delà moitié de ces cinquante années de votre ministère. Son Fils nous exaucera, voyant l'ardeur de nos vœux. Il nous a exaucés déjà, en vous rendant une santé qui est notre bien, presque autant que le vôtre.

Puisse-t-elle bientôt nous exaucer plus en grand, en soulageant nos cœurs du poids de l'angoisse mortelle qui, à cette heure, oppresse le cœur de l'Eglise de France, et qui jette sur cette belle journée un sombre nuage de tristesse iiliale et d'épouvante.

Mon dernier vœu, Monseigneur, est pour qu'il vous soit donné de saluer enfin notre délivrance trop lente à venir. En attendant « : Sursum corda, le cœur en haut! » Telle est la devise de vos armes. C'est l'histoire de votre vie, puisse-telle être celle de la nôtre !

Après ces paroles, Mgl* le Chancelier très ému prend la parole pour remercier Mgr le Recteur, qui lui a fait, dit-il, une part trop grande dans la fondation de l'Université. Cette œuvre est due, avant tout, à la bénédiction de Dieu, puis au concours généreux des catholiques du Nord et au dévouement des distingués collaborateurs de la première heure, dont plusieurs sont assis à cette table, dont tant d'autres, hdas ! nous ont quittés pour une vie meilleure. L'Université Catholique s'est développée, elle a grandi et prospéré au milieu de difficultés inouïes. Le passé doit nous être garant de I avenir. La Providence divine continuera à nous protéger. I /Université Catholique se maintiendra; elle passera à travers les orages actuels, et, comme les vieux chênes secoués par la tempête, elle s'affermira d'avantage encore et trouvera, dans ces épreuves mêmes, une nouvelle stabilité.

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ANNEXE II

M. l'abbé Lebel

M. l'abbé Lebei succomba à sa blessure, le 20 août 1904, à Koches-sur-Rognon (Hte-Marne). Nous donnons ici, on les abrégeant, les détails suivants extraits de la notice que lui consacra M. le professeur Lecigne, son ami. Revue des facultés catholiques de Lille, mars 1907 :

M. Lebel était un savant d'une activité et d'un labeur prodigieux. La géographie physique qu'il enseignait chez nous, et à rinstitul de Paris e1 à la Rue des Postes, n'avait pas de secret pour lui. Il professait très bien: et la limpidité de son exposition égalait l'abondance et la sûreté de ses informations. Sa passion pour la géographie n était pas exclusive. Il aimait l'histoire et la pratiquait en savant. La mort le surprit préparant une thèse de Doctorat sur les Monnaies mérovingiennes. Depuis quelques années, la critique des textes sacrés passionnait tous ses loisirs. Il aidait dans ses travaux M«' Graffin. le célèbre orientaliste. L'Kvangile de saint Marc était spéciahment l'objet de ses études, et le travail qui en avait été le fruit était à la veille d'être publié sous le patronage de M. Yigouroux. C'est ce savant de premier ordre à qui l'anarchiste Baumann cria, lors de la première confrontation : « En fous tuant, j'ai voulu arracher une pierre à la Bastille de l'ignorance! »

Il y avait quelque chose de plus beau, de plus rayonnant encore que son intelligence, c'était son cœur. « Il était si bon! » C'est le mot qui. le lendemain du crime, vint sur toutes les lèvres. Il donnait sans compter. Tous les mendiants

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