UN MARTYR
l'Extrème-Onction. La connaissance ne revint pas. Vers quatre heures, la respiration cessa comme s achevaient les prières des agonisants.
La dernière œuvre de la maladie avait été de le transfigurer pour lui donner d'une manière frappante un visage de Christ. Tel il nous parut sur son lit de mort. L'illusion était encore complétée par la cicatrice bleue de la plaie du front.
Mgr l'Evèque de Langres, averti de la mort de M. l'abbé Lebel. écrivit à M. l'abbé Marchai cette lettre qui fut lue devant le catafalque, avant l'absoute :
Y Langres, le 28 aoûl i '.*<>'• .
« Cher Monsieur le Cure.
« Je reçois votre dépêche m 'annonçant la mort de ce pauvre abbé Lebel.
« Hélas! quel pénible fin pour ce bon prêtre!
« Victime à la fois de la folie qui sévit sur beaucoup, il pavé, innocent, les fautes de ceux qui s'amusent du peuple, en lui faisant croire que nous sommes ses ennemis!...
« Pauvre abbé Lebel! Je le revois encore sur son lit d'hôpital, me disant qu'il pardonnait à son assassin.
« Quelle belle àme! Quel vrai cœur de prêtre!
a Dites bien à sa famille quelle part je prends au deuil qui la frappe. Dites-lui surtout qu'elle ne s'attriste point du départ pour le ciel du cher disparu. C'est un martyr qui intercédera désormais pour elle auprès de Dieu.
« Le savant est perdu pour l'Eglise et la France; mais le saint nous reste; n'est-ce pas, cher Monsieur le curé?
« Recevez, je \<»us prie, l'assurance de mon bien alîeclueux dévouement en Notre- Seigneur.
« Votre évèque bien attristé.
« -~ Sébastien, évèque de Langres. »
ANNÉE ACADÉMIQUE
M. PHILIBKIM VRAI
SÉANCE SOLENNELLE DE RENTRÉE
DISCOURS DE Mgr LE RECTEUR L'année funèbre.
Messeigneurs, (1)
Mesdames,
Messieurs,
Nous venons de traverser une année de grands deuils. I ls sont si récents encore, les coups de la mort furent si soudains, si pressés, si nombreux, les têtes frappées étaient si hautes, et nos pertes sont si grandes, qu'à cette heure ni moi ni vous ne pouvons quasi penser à autre cliose. M. Philibert Vrau, M. Amédée de Margeri<\ M. 1 abbé Cornu, naguère supérieur du Séminaire académique, M. le doyen marquis de Vareilles, M. le docteur Schmitt, M. le doyen Boulay ; que de noms et quels noms!
i M Saunoi s, archevêque de Cambrai.
M Williez, évêque d'Arras.
M- Deramecourt, évêque de Boissons.
M Non nier, évêque deLydda.
Or ne vous semble-t-il pas que plus poignant encore est leur souvenir, en cette solennité où vous étiez accoutumés, Messieurs et Mesdames, à les voir monter ici, à ces sièges d'où plusieurs vous faisaient entendre des discours qui vous tenaient sous le charme, et que vous couvriez de vos applaudissements?
M. Philibert \'rau, pour commencer par lui, échappe à la louange. C'est d'abord parce qu'il est au-dessus d'elle, à la fois par sa grandeur et par son humilité, ayant toujours habité cette région supérieure où les Saints ont coutume de cacher en Dieu seul le secret de leur vie et de leurs œuvres. Plus qu'aucun autre, celui-ci amis toute son étude à n'en rien livrer aux hommes. Et cependant, quand l'histoire se fera de tout ce vaste mouvement religieux dont Lille a été un des centres les plus puissants, durant la seconde moitié du xix siècle, il faudra bien qu'alors on se demande d'où et de qui en est parti le branle? On en découvrira sans doute d'illustres ouvriers. Mais si l'on veut savoir ou se trouvait le grand générateur qui, sans paraître, a cependant actionné tout le travail, c'est dans le sous-sol caché de cette humilité, de cette obscurité, qu'il faudra descendre. G'esl là qu'on trouvera le foyer principal de ces mystérieus énergies, parce que la brûlait le feu sacré d'un amour capable de soulever la terre vers les cieux.
Entre tant d'œuvres, pour lesquelles M. Vrau a dépense tout ce qu'il eut et tout ce qu'il fut, je crois pouvoir affirmer qu'aucune ne fut aimée de lui à L'égal de notre Université. Le legs qu'il nous lit de son cœur par son testament a cette haute et tendre signification. Et ce ne nous est pas un médiocre sujet d'émotion d'être les légataires et les gardiens d'un cœur, qui de son vivant, n'eul de battements que pour le règne de Jésus-Christ. En retour, il m'est doux de penser que, depuis trente ans, nos Facultés catholiques, parce qu'elles sont bien catholiques, n'ont pas été sans apporter quelque joie à cette grande àme. Ce fut beaucoup parmi vous, chers collègues, qu'il choisit les chefs intelligents et dévoués de -
œuvres sans nombre. Je vous en félicite; car d'avoir été le collaborateur, l'auxiliaire, le compagnon d'un tel serviteur de la gloire de Dieu et du salut des hommes, peut suffire au mérite et à l'honneur d'une belle existence.
M. Vrau s'éteignit, doucement et saintement, le 16 mai 1905.
Quelques mois après, M. Amédée de Margerie allait le rejoindre. Il vous sera parlé tout à l'heure de l'enseignement du maître et de son décanat de vingt-cinq ans. Voulez-vous me permettre la consolation de parler un peu de sa personne et de ses œuvres?
Je me souviens qu'en 1876, lorsque le nom de M. de Margerie éclata dans le public, en tête de ceux que votre comité fondateur s'en allait recrutant par la France entière, chacun comprit et dit que Lille allait faire grand! Lui et son digne frère Eugène étaient depuis longtemps entrés dans la célébrité, quoique non par la même porte, non plus qu'ils n'y avaient marché d'un pas égal. A Poitiers, à Orléans, on avait vu le jeune et brillant professeur du lycée prendre la tête de toute notre jeunesse catholique, et la conduire, conquise par son exemple et sa parole, au pied de la chaire de M"1 Pie et celle de M^ Dupanloup, alors tous deux au printemps de leur épiscopat. Que ce m'est donc un beau souvenir! Il avait la foi lumineuse, le zèle ardent, l'amour des pauvres, celui de l'Eglise, par où ces deux grands évéques l'avaient aimé, choyé et attiré à eux. Il avait L'esprit, la parole, le savoir, la distinction, la grâce, le charme enfin, par où il plaisait beaucoup dans le monde, le meilleur monde. Et là aussi ce charmeur était un pêcheur (l âmes.
Sa thèse de Doctorat-ès-lettres, qu'il écrivit alors, était toute chrétienne, fond et forme : la Philosophie de saint Bonaventure. Elle le conduisit à la Faculté de Nancy, où ildemeura vingt ans, où il assit son foyer, où il -t' dressa une chaire de philosophie éloquente que le Nancy chrétien et littéraire venait assiéger le soir. Il y fut de
420 DISCOURS DE BENTRÉE 1905.
toutes les œuvres, de toutes les associations, cercles, académies, conseils, et aussi de tous les combats livrés par les catholiques lorrains pour le droit et la liberté du Pape et de l'Eglise. A l'époque du Concile, on le vit, lui laïque, lui fonctionnaire, prendre courageusement la défense de la vraie doctrine dans deux brochures d'histoire critique : Honorius, Les Decretales. Le P. Gratry à qui ces Lettres étaient adressées, avait été pour lui un maître et lui demeurait un ami. Mais « pins amie que Platon lui était la vérité ».
Là encore, de Nancy, de son enseignement normal, de s< - ( •-•nferences publiques, sortit une trilogie d'ouvrages, vécus avant d'être ou écrits ou parlés : Sa Théodicée, en deux volumes, couronnée par l'Académie française; son livre de Ld Famille, que l'on dirait un calque de son [uopre foyer; La restauration de la France, écrite à la suite de nos désastres de 1870, sur notre frontière envahie, en face de tant de champs de bataille. Ainsi Dieu, la Famille, la Patrie : c'était son àme tout entière!
Par tout ce passé, n'est-il pas vrai. Messieurs, M. de Margerie était bien fait pour vous ? Et quand, l'arrachanl a ce .Nancy qui lui avait fait une sorte de royauté d'estime et d'admiration, vous le vîtes venir à vous, s'établir parmi vous, entouré de ses dix enfants, dans la dignité et noblesse de sentiments et de vie que nous lui avons connues, ne prites-vous pas une grande idée de ce qui s'appellerait a Lille un professeur de l'Université! M. de Margerie fut des lors tout à la nôtre pointa servir au dedans, pour la représenter et la défendre au dehors. C'est lui qu'elle déléguait à Rome, au jubile de Pie IX, pour lui porter nos hommages. C'est lui qu'elle députait a Paris pour la revendication de ses droits auprès des commissions parlementaires ou des ministres compétents. Ce fut une fois M. Jules Simon, plus tard M. Poincarre. Ni l'un ni l'autre ne se déclarèrent convaincus, leur siège, hélas! était fait; mais l'un et l'autre confessèrent que s'ils avaient pu l'être, c'eût été par lui. « Parlez, parlez encore. Monsieur de
Margeric », lui disait le premier. Il les avait charmés.
Chez vous, il se sentait dans la patrie de son âme. « Laimant qui m'attire vers le Nord, m'avait-il écrit en 1876, c'est l'intensité de sa vie catholique. » Il y apporta la sienne, ardent à toutes vos initiatives de foi, dp zèle, de charité, de défense religieuse, très souvent à leur tète, tout entier et toujours à la disposition amicale de M. Vrau, lequel ne manquait pas, à son habitude, de le mettre partout en avant, pour se réserver à lui-même l'ineffable douceur de se tenir caché derrière lui.
Mais c'est à sa Faculté qu'il fut premièrement, au gouvernement de cette Faculté, à l'enseignement philosophique de cette Faculté; cet enseignement si lumineux, si substantiel, si sûr, que couronna son puissant ouvrage critique sur Hippolyte Taine : il s'était senti de force à prendre le taureau par les cornes! Il écrivit son Joseph de Maistre; sur plusieurs points ce fut une révélation que cette étude. Il écrivit son Saint François de Sales, de qui l'âme de bonté, de piété, de charité, d'aménité, de bon sens, de bonne grâce et de bon ton était si parfaitement harmonique à la sienne. Sa traduction de la Divine Comédie, en vers par tercets comme l'original, n'est qu'un écho, lointain sans doute, mais le fidèle écho de la plus grande voix qui ait chanté en Italie. L'Académie l'a couronnée. Il faudrait dire aussi ses écrits politiques, ses écrits biographiques, jusqu'au plus récent de tous, le Comte de Lambel, qui m'arrivait hier. Et puis ce serait l'homme intime que je voudrais pouvoir peindre : ce caractère heureux, cette avenance, cette obligeance, cette distinction délicate, cette impeccable charité. Qu'avec bonheur j'en placerais le tableau dans le cadre de cette maison du Boulevard, où il régnait doucement sur la tribu de ses fils et de ses filles, leur digne et noble mère au milieu d'eux tous...
Mais arrêtez-moi, Messieurs. Aussi bien, j'ai déjà dit ailleurs sa belle vieillesse, sa pieuse retraite loin de Lille qu'il ne cessa d'aimer. J'ai dit aussi sa douce fin, sa religieuse dormition dans la paix de Dieu, dans l'amour
et dans l'action de grâces (1). Je termine donc enfin. Si engagé que soit mon cœur de ce côté, je ne puis oublier que d'autres voix m'appellent.
La dette de regret que nous avons contractée envers M. Cornu, « le Père Cornu », supérieur défunt de notre Séminaire académique, lui sera payée fîlialement par M . le Doyen de la Faculté de théologie. Le nouveau Doyen, que j'ai l'honneur et la joie de vous présenter, est M. le chanoine Pannier, notre distingué et docte professeur de langues hébraïque et orientale. Promu au décanat par NN. SS. les Membres du Conseil supérieur, il revient de Rome où le Souverain Pontife lui en a confirmé l'investiture, en le comblant des marques de sa tendresse et de bénédictions pour nous et pour lui.
La Faculté de droit s'honore d'avoir présentement à sa tête M. le professeur Selosse, en remplacement de M. le Marquis de Yareilles, le noble esprit, le grand cœur, l'ami, le maître, l'éminent jurisconsulte, l'orateur et l'écrivain, le gentilhomme accompli que, depuis bientôt trente ans, elle avait unanimement, à chaque élection, rappelé malgré lui à la présider et à la gouverner. M. le doyen Selosse vous dira ces choses ■ elles seront donc excellemment dites.
Une chose qu'il ne vous dira pas, c'est par quels nierites lui-même s'est trouvé naturellement indiqué pour lui succéder. Que si à ce suffrage de chez nous il fallait en joindre un autre, je rappellerais seulement que le jour même on j'avais la satisfaction de lui notifier sa promotion au décanat de la Faculté, MM. les avocats du barreau de Lille, pour des raisons semblables, Relevaient par élection à la dignité de bâtonnier de leur Ordre.
Double honneur, mais double charge. N'y aurait-ilpas
(1) V. sur M. de Margerie, 8a mort : Revue des facultés. Oct. 1905.
surcharge? Pour l'alléger au nouveau doyen, la Faculté souhaita de lui voir adjoindre un auxiliaire. L'homme n'était plus à chercher. Il le fallait en parfaite harmonie d'esprit et de cœur avec son chef, son ancien maître; très au courant du fonctionnement de la Section des sciences politiques et sociales où il le remplacerait; personnellement très sympathique aux étudiants. Pour toutes ces raisons, M. le professeur Duthoit a été présenté, choisi, et il est aujourd'hui salué Assesseur du doyen, à la Faculté de droit.
M. le docteur Duret a été nommé doyen de la Faculté de médecine et de pharmacie, en remplacement de M. le docteur Desplats. Porté de nouveau à ce poste par le souvenir reconnaissant que ses collègues ont gardé de ses précédents décanats, M. Duret l'a été particulièrement, cette fois, par la valeur exceptionnelle de son récent ouvrage sur les Tumeurs de l'Encéphale. C'est une œuvre monumentale qui le fait monter encore d'un degré dans la supérieure considération du monde médical de France et de l'étranger.
Le 20 juillet dernier, j'avais l'honneur d'écrire aux parents de nos étudiants et aux supérieurs de nos collèges ecclésiastiques, pour attirer leur attention sur une série d'importantes améliorations que nous nous proposions d'introduire dans l'enseignement et la direction de la Section de Pharmacie. « Ainsi, disions-nous, nous nous efforcerons de répondre aux besoins actuels d'une profession qui va se transformant et grandissant d'année en année, dans le pays. » Nous indiquions ces besoins; et nous terminions en annonçant qu'à la rentrée la Section de Pharmacie aurait reçu un directeur spécial, avec le titre d'Assesseur du doyen de la Faculté de médecine. Tel est le titre sous lequel je suis heureux de présenter aujourd'hui M. Carrez, pharmacien-supérieur, professeur de chimie médicale, dont le nom est à lui seul une attraction vers cette école. C'est k M. le doyen Duret qu'il appartiendra de déposer tout à l'heure sur la tombe du Docteur Schmitl le tribut de nos regrets. Il vous dira ce que fut chez lui le
chimiste et le professeur. Pour l'homme de bien, l'homme de foi, le père de famille, Tardent patriote, c'est une vision que nous eûmes trente années sous les yeux; et il n'est pas un de nous qui n'en garde dans son cœur la respectueuse et sympathique image.
Au décanat de la Faculté des sciences, M. Witz remplace M. le chanoine Boulay que la mort a surpris à l'expiration de son triennat. M. Witz remonte au poste d'honneur et de labeur qu'il occupa jadis avec distinction. Aux paroles qu'il a prononcées naguère devant le cercueil de son prédécesseur, à celles qu'il vous fera entendre dans un instant, qu'il me permette d'ajouter une phrase, pour marquer d'un trait dans cette figure du savant le caractère du prêtre apologiste et zélateur dune science plus liante. Fondateur et rédacteur de la Revue de Lille, M. Boulay n'a cesse d'y promouvoir dans le clergé l'alliance de l'instruction scientifique et des études sacrées. Solidement armé de toutes pièces, nous l'avons vu, jusque dans ces derniers jours, mener contre le modernisme des doctrines etle laxisme des conduites une vive et rude campagne. Je dis « rude campagne » : M. Boulay n'a jamais sacrifié aux grâces. Mais, tout en frappant fort, il n'en frappait pas moins juste. Son dernier geste a été pour nous montrer dans la Foi qui guérit — tel est le titre de son dernier article — l'unique mais souverain remède a la crise terrible de la Séparation: mais moyennant que cette foi fût une foi sincère, entière, éclairée, agissante, armée, associée, celle donl le Maître a dit « qu'elle vaincrait le monde ».
Est-ce assez <le deuils. Messieurs'.' Je les ressens au double. Ils m'enveloppent et me serrent de plus près qu'aucun autre, moi laine de la plupart de ces frères disparus. Faut-il que je vous l'avoue ? Plus dune fois, à mesure que j'alignais leurs noms sur cette liste funèbre, j'ai été tenté de m'appliquer à moi-même la parole de Taine : « La terre qui les recouvre me monte déjà jusqu'aux genoux. » Mais, grâce à Dieu, ce n'est pas du cote de la terre que je regarde et j'aime mieux la maxime de celui
qui a dit: « Il faut marcher quand monte, en avant et audelà, par-dessus les tombeaux. »
Nous marcherons donc, Messieurs, au travail, au devoir! J'y marcherai, quant à moi, d'un pas plus lourd, il est vrai, mais soutenu de chaque côté sur le bras jeune et robuste de M. le Pro-Recteur et de M. le Vice-Recteur. M. le chanoine Rambure vient d'être prorogé dans ses fonctions pour trois nouvelles années. En le remerciant de son assistance dans le passé, je puis donc le faire déjà pour l'avenir. Quant à M. le Vice-Recteur, il est titulaire inamovible de son grand ministère sacerdotal, qui lui a déjà conquis tant de sympathies reconnaissantes.
A l'École des Hautes Études Industrielles, M. le colonel Arnould, à qui son âge et sa santé conseillaient le repos, a été amené à donner sa démission. Je lui ai répondu par le témoignage de notre gratitude pour tout ce qu'il a consacré de forces et de zèle à cette École que nous avons vu grandir sous sa direction.
Le successeur prêtre que nous lui avons donné ne sera pas, pour cet Institut, seulement un directeur : il en sera le pasteur. Licencié ès-sciences de notre Faculté, enfant de Roubaix, supérieur du grand collège de cette ville où il élevait les fils de ses condisciples d'autrefois, en relation d'amitié ou de société avec les industriels catholiques de ce chef-lieu du grand travail et des grandes affaires, M. l'abbé Ghesquier apporte ainsi à notre jeunesse de l'Ecole une influence et une expérience faite des affections et des souvenirs de sa vie entière. C'est tout cela qu'il met aujourd'hui au service de la formation scientifique, religieuse et morale des jeunes chefs d'industrie et patrons chrétiens de l'avenir.
Nous voici donc repartis. Après le terrible cyclone qui avait si gravement avarié le navire, abattu sa mature, décimé l'équipage, nous voici donc en route, malgré les vents contraires et le ciel noir. Nous avons bien marché:
et les rapports des Doyens que vous allez entendre relèvent de beaux succès.
En dehors des cours normaux, les conférences de la Section des sciences sociales et politiques ont battu leur plein à Lille et débordé sur nos villes du Nord et du Pasde-Calais.
Nos Conférences d'enseignement supérieur pour les Jeunes Filles, après avoir été, elles aussi, pourchassées par les expulseurs, atra ceu tempestate colujnbœ, se sont ralliées et abritées en lieu sur. Le nombre des inscrites a atteint la centaine. Il l'a dépassée à Roubaix où un pareil enseignement, sollicité par les familles, avec l'appui du clergé, jouit d'une faveur croissante et justifiée
Une place d'honneur doit être attribuée ici, cette année particulièrement, au « Concours annuel de sciences religieuses » établi entre les étudiants laïcs de l'Universite, Le sujet était celui-ci : « Une étude doctrinale et apologétique sur le libre arbitre ou liberté morale. » Quatre mémoires excellents, qui ensemble ne comprennent pas moins de 7 à 800 pages, se disputent le prix de 600 fr. « Le premier est hors de pair, par ses qualités maîtresses de fond, de méthode et de style, nous écrit le rapporteur du Jury. CYst un superbe travail (rame. » Et il ajoute: « On seul ce que de tris résultats supposent et produisent de préoccupations religieuses élevées dans l'atmosphère que respirent nos étudiants. » Que M. Jean Flahault, étudiant en droit, et avec lui M. Gaston Décrètent, qui se partagent le premier prix, en reçoivent mes compliments !
Dans un tout autre ordre de choses, nos Dispensaires additionnent par mille et par mille le chiffre des assistés : c'est sur notre œuvre la bénédiction de la charité. — Nous avons notre Congrégation de la Sainte Vierge, nos retraites, nos veilles saintes, nos communions : c'est sur notre œuvre la bénédiction de la prière et de la grâce de Dieu. — Nous avons notre arsenal, munitions et armement : notre Bibliothèque compte présentement 175.824
volumes. — Le renouvellement de notre Souscription décennale est en bonne voie. Il n'est pas achevé encore ; mais les mains qui se tendent vers nous le font de si bon coeur, que ni ce cœur ni ces mains ne se refermeront plus. — Enfin, je ne puis oublier que, pour la défense de l'Église, nous avons au Parlement une parole qui s'honore d'être sortie d'ici. Elle y a conquis, là-bas, toutes les admirations et gagné beaucoup de convictions, ne pouvant, hélas! y conquérir tous les suffrages. C'est pour l'en féliciter, qu'au mois dernier, ses collègues de toutes les Facultés lui ont envoyé solennellement leurs cartes illustrées, auxquelles j'ai mis l'adresse (1).
Notre rentrée, malgré les nombreux et pressants engagements militaires, vient de se faire, dans des conditions et proportions numériques inespérées, spécialement pour l'année préparatoire à la Médecine, dite P. G. N., et pour la Faculté de Droit. — De belles thèses sont soutenues par nos jeunes docteurs, de bons livres se préparent chez .Messieurs les professeurs. — Je n'oublie pas les Revues : Revue des Sciences ecclésiastiques; Revue des Sciences médicales ; Revue de Lille; Les Mémoires et Travaux dont il vous sera parlé. — Mais je dois un mot de bienvenue à la nouvelle Revue des Facultés Catholiques, revue grand format, revue illustrée, revue gratuite ou peu s'en faut, revue mensuelle, qui vous présentera dans un beau cadre, le conspect général de notre vie universitaire... Or savez- vous pourquoi je me permets auprès de vous cette impudente réclame qui vous fait sourire ? C'est que j'ai personnellement le plus gros intérêt engagé dans L'affaire, puisque, si vous daignez recevoir ces pages et les lire, vous me procurerez ainsi, Messieurs et Mesdames, l'occasion et l'honneur de vous y entretenir chaque mois, comme je le fais en ce jour.
1 1 Y. Annexe II. p. 146. Hommage à M. (iroussau. — Lettre de M-< le Recteur. Revue <!<■> Facultés Catholiques. Aoril J(.h>:>.
Paulo majora canamus. C'est maintenant vers vos vénérées Grandeurs que je me retourne, Messeigneurs les Evoques, pour déposer à vos pieds l'hommage de toute cette œuvre, dont vous fûtes les fondateurs, dont vous demeurez les protecteurs et premiers bienfaiteurs. Puissent ces sentiments reportés par vous, Monseigneur de Lydda, à Monseigneur l'Archevêque, lui être un adoucissement à la douloureuse impuissance qui le tient éloigné de nous! Valide et militant, nous l'aimions et l'admirions marchant à notre tête et nous animant de sa vaillance. Impuissant et soutirant, forcé de s'abriter sous sa tente, nous l'en aimons davantage encore, dune plus filiale tendresse, compatissante et reconnaissante à la fois. Je dis reconnaissante, car nous savons que se tenir attaché à la croix est un ministère rédempteur, et qu'y offrir goutte à goutte le sacrifice de ses souffrances, c'est excellemment faire acte de Bon Pasteur donna.nl sa vie pour ses brebis.
Excelsiorl c'est jusqu'au Pasteur suprême que pour terminer je porte notre hommage. Tout récemment, M. Groussau, M. Pannier, tour à tour admis à son audience, v onl recueilli de bonnes paroles sur notre Université. Mais le Saint-Père ne s'en est pas tenu aux paroles à notre égard; et j'ai reçu de lui, ces jours derniers, pour trois d'entre nous, un témoignage effectif de sa paternité, qui repondra à leur mérite et à votre attente fraternelle.
Vous serez donc heureux d'apprendre, premièrement, qu'un de nos ouvriers de la toute première heure, qui, depuis bientôt trente années a bien mérité de la Faculté de droit où la chaire de son digne fils s'élève a côté de la sienne, M. le professeur Emile Vanlacr est nommé chevalier de Saint-Grégoire-le-Grand.
Il y a juste 29 ans, novembre L876, M?r Hautcœur,
ayant déclaré ouverte la Faculté catholique de médecine, le second étudiant qui vint se présenter à lui était un enfant d'Hazebrouck « tout jeune et chétif », a-t-il écrit de lui-même. Cet étudiant de première année de 1876, devenu docteur, devenu professeur, conférencier, écrivain, poète à ses heures, et demeuré «jeune », mais non chétif, M. le docteur Agi/ le Delassus, peut aujourd'hui joindre k tous ces titres celui de Chevalier de Tordre de Saint- Grégoire-le-Grand.
Pour la Faculté des sciences, le nom présenté pouvait certes l'être en toute confiance. C'est celui d'un maître, grand travailleur, fils de ses œuvres, dévoué à sa science, dévoué à ses élèves, se multipliant pour eux, très aimé d'eux, zélé d'ailleurs pour tout bien. Tel est le très digne fils qu'en la personne de M. le professeur Emile Lenoble,\e Saint Père a décoré de l'ordre de Saint-Grégoire-le-Grand.
Grégoire-le-Grand, l'illustre et sublime Pontife du VIe siècle, aima beaucoup la France. Il la magnifie dans ses lettres. C'est lui qui écrivait à un de nos rois mérovingiens que « sa couronne était autant au-dessus de toutes les couronnes, que sa nation, la nôtre, était audessus de toutes les nations ». Il trouva l'Europe encore barbare, il la civilisa, en la faisant chrétienne, et pour cela la rattachant au Saint-Siège, comme à la source môme de la vie pour toute société : il n'y en a plus d'autre depuis l'Evangile.
Telles sont, Messieurs, les grandes choses dont le souvenir et la leçon rayonneront de la croix attachée sur la poitrine de nos trois collègues. Avec vous, je les félicite d'appartenir à une chevalerie instituée en l'honneur et sous le vocable du saint Pape et Docteur que douze siècles de civilisation reconnaissante ont surnommé « le
(.KAND ».
Après la lecture du Rapport de MM. les Doyens et la Proclamation des médailles et récompenses, M*' l'Evëquc d'Arras président a clôturé la séance par ces paroles :
« ... Je demande que la réunion se termine par les trois
grands actes de notre vie de catholiques : un acte de charité en promettant à Dieu de ne pas reculer devant le sacrifice, quand il s'agira de défendre sa cause et de secourir le prochain; un acte de foi, avec la conviction que rien ne prévaudra contre ses desseins miséricordieux; un acte d'espérance aussi avec les sentiments si bien exprimés par M. de Bornier dans la Fille de Roland.
.... 0 France, ù douce France, Terre du dévouement, de l'honneur, de la foi. Il ne faut donc jamais désespérer de toi, Puisque, malgré tes jours de deuil et de misère, Tu trouves un héros, dès qu'il est nécessaire.
Philibert Vrau
Les facultés catholiques de Lille devaient à M. Philibert Vrau leur fondateur, administrateur et bienfaiteur insigne, un hommage spécial. Le vendredi, 9 juin à 11 h. 1/4, un service solennel fut célébré dans la chapelle de l'Université, tendue de noir et toute remplie.
Derrière les membres de la famille et le Conseil d'administration, étaient groupés MM. les doyens et professeurs, le Séminaire académique, les étudiants, les employés des facultés. Les cours avaient été suspendus, comme le jour des funérailles, en vue de permettre à tous d'assister à la cérémonie. La messe solennelle de Requiem fut chantée par M. le Pro* Recteur.
Après l'Evangile, Mgr le Recteur prit la parole, devant un auditoire qui était celui des plus grands jours de l'année académique.
DISCOURS DE M*' LE RECTEUR
Messieurs de l'Umversité,
L'heure n'est pas venue encore de parler, comme il convient, de celui que nous pleurons. Et pour ce moment, Messieurs, la seule parole que je prononcerai sur lui est celle qu'il y a trois semaines nous entendions répéter par les chrétiens et les chrétiennes, à genoux devant son lit funèbre ou autour de son cercueil : « C'est un saint! Cestun saint! » Et ils regardaient le ciel.