‹ Vingt années de rectoratChapitre 78 sur 112 · LE TRENTENAIHE DE L'UNIVERSITE · texte numérisé non relu

LE TRENTENAIHE DE L'UNIVERSITE

truction dune chapelle monumentale, quand la foudre révolutionnaire, éclatant menaçante, arrêta les travaux au premier coup de pioche.

Il nous faudrait dire aussi parallèlement la succession ininterrompue et progressive des institutions d'enseignement, d'études, de religion, etc, relatées dans nos précédents Rapports. Gomme l'homme à trente ans, notre Institut de trente années est donc entré dans la plénitude de sa vie et de ses forces. C'est un organisme qui marche, et qui ne demande qu'à se fortifier encore, en travaillant et produisant, si Dieu le croit utile à son service.

Dans cet état de choses, nous considérons comme notre premier devoir et notre première force d'avoir et de garder nos étudiants à nous, recevant l'enseignement de nous, afin que ce soit bien un enseignement chrétien, sans nul partage ni recours autorisé à l'enseignement de l'Etat. Il est vrai que récemment des voix parties des régions les plus avancées du Modernisme nous firent l'invitation étrange d'abdiquer à l'amiable ce premier devoir d'éducateurs chrétiens, pour envoyer nos élèves aux Facultés officielles, en ne gardant pour nous que la modeste fonction et bien infime action de répétiteurs et conférenciers en chambre. Vous vous souvenez peut-être, Messieurs, du très vif débat, qu'en juin et juillet dernier, cette question souleva dans une presse plus partagée et plus indécise que de droit. Sous le titre <¥ Abdication des Facultés catholiques, nous refusâmes publiquement tout compromis avec ce que nous tenons pour un embauchage dangereux. Je priai ces étranges amis de nous laisser encore, nous Français de frontière, à ce vieil idéal d'Université catholique, exclusivement catholique, conçu par les illustres promoteurs de la loi de 1875, béni par le Saint-Siège, soutenu par nos évêques, réalisé tant bien que mal, mais enfin réalisé dans cette brave ville de Lille, à laquelle, depuis son siège de 1792, la France peut bien pardonner un peu d entêtement (1).

D II est curieux de constater que, dès 1898, ces tendances de conciliation entre l'enseignement officiel et les exigences religieuses des l'a-

Il nous restait le devoir de combler dans nos rangs les vides que la mort ou l'absence y avait faits. Au conseil supérieur, M. le vicaire général Margerin, l'ancien curé de Fourmies, dont le nom évoque un souvenir héroïque, remplace MëT Lobbedey, promu au siège de Moulins. Mgr Lobbedey fut jadis mon distingué frère d'armes au Collège Saint-Joseph. J'étais personnellement heureux du lien, presque aussitôt rompu, qui le rattachait à notre Université. Mais, comme du temps de César, les Eduens d'aujourd'hui avaient eu recours à Rome. Comme alors aussi, Rome vient de leur choisir un chef jadis nourri dans son sein : ne le retenons pas dans le notre; une autre patrie attend de lui le salut et la paix.

Le Conseil d'administration, en deuil de M. le comte de Nicolay, domicilié à Boulogne, a demandé à Boulogne de le remplacer par l'homme de grand bien qui y personnifie l'action catholique, par l'autorité de son nom et de ses services. M. Léon Delcoitr/, qui précédemment nous avait donné comme étudiants ses deux fils, deux docteurs endroit, a bien voulu accepter de prêter le concours de son dévouement et de son expérience à notre administration. Qu'il en soit respectueusement remercié.

Le remplacement de M. Delachenal était un gros problème. La bonne Providence l'a heureusement résolu. Elle avait son candidat. Elle nous le tenait en réserve depuis le jour où, il v a quinze ans, un jeune docteur en droit sortait de notre faculté, avec tous les succès, très considéré, très aime de ses maîtres, qui ne le perdirent plus de vue. Depuis lors, l'homme a grandi dans sa situation, dans les œuvres, dans l'étude, comme dans la pratique judiciaire du droit civil, qu'il n'a cesse d'approfondir. Je

milles chrétiennes avaient rie dénoncées par M. le Doyen Amédée de Margerie, dans un Rapport très explicite, très convaincant et en même lemps très alarmant, présenté au Congrès catholique de Lille, sous le titre de : Un Péril de l'Enseignement chrétien aux Facultés catholiques. < .'est une maîtresse pièce qui emprunte une force spéciale au passé de son auteur, et à sa qualité d'ancien Doyen de la Faculté officielle de Nancy. V. auVol.de l'Assemblée générale du Congrès 1898, — et an Bulletin de l'œuvre des Facultés catholiques. Tome XX, avril 1899, p. 191.

ne puis tout dire de lui ici et devant lui. Mais je suis assuré que la promotion de M. Paul Delepoulle au titu- Jariat de cette chaire sera justement appréciée par tous ceux qui le connaissent, et applaudie par tous les amis de l'Université.

Monseigneur le Coadjuteur,

Daignez agréer que je m'incline devant votre Vénérée Grandeur, pour saluer, en notre nom à tous, votre joyeux avènement. Ce nous est particulièrement une fête. Vous nous aviez déjà conquis par votre parole, vous nous aurez bientôt conquis par votre bonté. Votre promotion nous est premièrement une consolation, par le secours aussi délicat que puissant qu'elle promet, qu'elle assure, à la vieillesse de notre très aimé pasteur et père, Mgr l'Archevêque de Cambrai. Elle nous est en même temps une grande espérance et un réconfort nécessaire, par la sagesse et la vaillance bien connues que vous apporterez dans le gouvernement et la défense de notre Eglise, à cette heure d'une bataille dont l'enjeu n'est rien moins que son existence même. Permettez donc que, suivant l'ancien rit féodal, l'Université catholique de Lille, votre féale sujette et vassale, ployant le genou devant son suzerain, et plaçant ses mains dans la vôtre, y remette son épée, y dépose son serment, et vous fasse hommage-lige de sa personne et de son service.

Maintenant est ouverte l'année 1906-1907. Que sera-tclle, Messieurs? Que sera-t-elle pour l'Église, que sera t-elle pour nous? Je ne puis prédire, n'osant prévoir. La seule chose que j'affirme c'est que nous avons foi dans notre œuvre, l'œuvre des Facultés catholiques. Et cela parce que — je l'ai déjà dit — les destinées du savoir chrétien, de l'enseignement chrétien supérieur sont liées aux intérêts essentiels du christianisme et à la perpétuité de la foi dans notre société. C'est au nom de la science, et sous le prétexte d'un soi-disant antagonisme irréductible

entre la science et la foi, que le christianisme est combattu, que la foi est abandonnée, jusque par ces multitudes à qui le mensonge est apporté, imposé, par l'école, par la presse et par la cruelle imposture et menace des puissances du jour. C'est des Facultés athées et des hautes Ecoles officielles que sont sortis, que sortent encore non seulement les plus impies négateurs, mais les plus violents persécuteurs de la foi. Conséquemment c'est à d'autres Facultés que les leurs, aux Facultés catholiques, qu'il appartient et qu'il incombe d'élaborer et de distribuer une science meilleure, la vraie, celle qui, préservant le dépôt des vérités nécessaires, l'enrichira des conquêtes nouvelles du savoir, et fera honneur à Dieu de tous les progrès de la pensée humaine. Ce jour sera le vôtre, Messieurs les étudiants. Sachant quel passé vous représentez, quel idéal vous personnifiez, quel avenir vous préparez, je vous disais, il y a quelques jours, à la Messe du Saint-Esprit : Soyez dignes de vos traditions, de votre éducation, de votre mission directrice; et, d'un cœur vaillant et fier, entrez, l'heure venue, dans le combat de la vie. Mais, ajoutais- je aussitôt, entrez-y armés, entrez-y unis, entrez-y bruis. Exercez-vous ici, dans le travail, dans la prière, dans la victoire morale sur vous-mêmes, chaque jour. Soyez prêts; et plus tard, lorsque les masses, détrompées de leurs erreurs, déprises de leurs illusions, dégoûtées des sophistes devenus leurs tyrans, sentironl le besoin d'esprits éclairés, de caractères fermes, de cœurs élevés, capables de les diriger en les aimant, en le> aidant, en les servant, les masses reviendront à vous. Elles se souviendront, j'espère, qu'il y a quelque pari des hommes qu'on leur avait dépeints comme les ennemis de leur temps et de leur patrie; et, découvrant qu'au contraire là sont leurs seuls amis, ils les appelleront des sauveurs. C'est ([n'en effel le navire qu'ils montent, dont ils auront appris la manœuvre à nos écoles, et qui viendra recueillir naufragés et épaves, est de ceux dont Montesquieu a écrit, parlant de la République romaine en ses beaux jours : « C'était un vaisseau porté sur deux ancres, la Religion et les mœurs. » C'estlàqu'est le salut.

L'abdication des Instituts Catholiques.

Réponse de M?r le Recteur au Journal des Débats, du 18 juin 1906 (1). Revue des facultés catholiques de Lille, juillet 1900.

Le 18 juin dernier, le Journal des Débats m'apportait un premier-Paris, sous ce titre qui ne pouvait manquer d'attirer mon attention : La Réforme des Instituts catholiques. Je reconnus bientôt que ce que les Débats nommaient par euphémisme une « réforme » n'était rien moins que V Abdication pure et simple de l'enseignement supérieur qu'on nous demandait d'abandonner aux mains des Facultés officielles. Renoncer spontanément à donner cet enseignement dans nos facultés libres; diriger en toute confiance tous nos étudiants, sauf ceux de théologie, vers les professeurs de l'Etat; et, pour nos propres professeurs, accepter, agréer de n'être plus que les répétiteurs de leurs propres élèves : telle est la proposition que présente à notre candeur le journal académique.

Si telle est la pensée et telles les conclusions du Journal des Débats, son article en fait remonter l'initiative aune Revue

(1) C'est la même cause que nous nous sommes cru le devoir de défendre dans un article postérieur de la Revue àe nos facultés: les Instituts catholiques entre l'Encyclique Pascendi et le Décret ministériel du S juillet 1001, reproduit par les journaux V Univers et la Croix. Nous croyons y avoir apporté, dans une controverse plus délicate, avec la même conscience de la vérité pleine, un sentiment d'affectueux et respectueux regret de nous trouver en contradiction avec un très cher et honoré confrère. (V. Revue oct. 1907.)

46i L'ABDICATION DES INSTITUTS CATHOLIQUES.

lyonnaise hebdomadaire récente, intitulée Demain, revue néo-catholique, très et trop avancée, où le visage de Fauteur a cru devoir se dérober sous cette visière : « Un professeur de l'enseignement libre! » Cette qualité n'est pas ce qui nous en étonne ni nous en effraye le moins.

L'article des Débats, il faut le dire, est d'un irréprochable atticisme de forme, à l'ordinaire du journal. Rien d'agressif, loin de là; et sa fine ironie laisse à peine percer le bout de l'ongle d'une main qui caresse pour attirer, mais qui n'égratigne pas. Ce sont des conseils d'ami qu'il nous donne, ce sont nos propres intérêts qui l'intéressent. L'Université, par son organe, ne nous menace pas, comme les Loges, de nous enlever renseignement, elle nous propose bénigncment de lui en abandonner amiablement le monopole : c'est l'histoire du guillotiné par persuasion. « Il ne s'agit pas. dit l'auteur, de supprimer « les Instituts catholiques, il s'agit de les spécialiser. A quoi « bon essayer de lutter sur tous les terrains contre l'ensei- « gnement des Facultés? C'est une lut te à la fois ruineuse « et inutile. »

« D'abord la lutte est ruineuse, dit-il, car l'enseignement « officiel bénéficie en hommes, en matériel et en subsides, • le ressource^ que l'enseignement libre ne saurait égaler. » Sur quoi le journal dénonce, — prodigalité vaine — « les h grands sacrifices que les catholiques de France se sont im- « posés à cet effet depuis 187.") ».

Et, en cil cl . les sacrifices furent grands; mais coin I tien sont plus grands les intérêts de la foi el ceux des âmes. A ceux qui estiment que nous sommes follement prodigues pour leur service, nous opposerons la réponse, magnanime et tière, <lc M*' d'Ilulst, dans ces paroles adressées par lui, en ISS.;, aux catholiques de Lille :

« On vous dira, Messieurs, que ce sont là des sacrifices dis- « proportionnés aux résultats obtenus et au nombre de vos « étudiants? A cela je sais bien ce (pic vous êtes prêts à répondre. Un personnage de comédie disait : 11 me plaît d être « battu. Vous dites, vous : 11 nous plaît d'être saignés aux « quatre veines, même pour assurer à un petit nombre de « jeunes hommes la conservation du trésor de la foi! Cela « nous plaît parce queles âmes n'ont pas de valeur marchande « sur les places commerciales: et que. pour en mesurer l'ex- « ccllence, il faut s'adresser à Jésus-Christ qui nous répond : a Chacune d'elle a coûté tout mon sang. »

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