L'ABDICATION DES INSTITUTS CATHOLIQUES
Lutte non seulement ruineuse, mais encore inutile. Et les raisons qu'en donnent les Débats et Demain sont de beaucoup les plus insistantes, sans être plus convaincantes. C'est d'abord, qui le croirait? l'innocuité et l'orthodoxie prétendues de l'enseignement officiel ; celle des doctrines et celle des personnes.
Personnes et doctrines seraient longues et délicates à discuter. Je ne ferai que poser quelques questions, celles-ci :
— « Lutte inutile, est-il dit, parce qu'il n'y a pas deux « sciences, ni même deux manières d'enseigner scientifique « ment. » L'auteur en est-il bien sûr ?
— « C'est le droit et le rôle de l'Eglise de veiller sur les « âmes qui se confient à elle. Mais ce soin n'a rien d'incompa- « tible avec la fréquentation des cours publics? » En êtesvous bien sûr?...
— « Peu de professeurs de l'Etat seraient capables de man- « quer à leur devoir professionnel, qui n'est pas de polémiquer « contre la religion... » — Même on lit dans Demain : « Les « professeurs de facultés, sauf de très rares exceptions, sont « ou chrétiens ou respectueux des croyances de tous. » De cela encore, de cela surtout, aujourd'hui surtout, êtes-vous bien sûr?...
Le rédacteur de l'article en est lui-même si peu certain qu'il s'empresse de chercher, et de proposer un antidote à l'intoxication dont nous nous faisons peur. « Rien, dit-il, n'em- « pécherait les Instituts catholiques d'organiser des confé- « rences complémentaires qui leur paraîtraient convenables. « de diriger le travail de leurs étudiants, et de garder ainsi « une haute main sur leur formation intellectuelle et morale. »
Mais le formateur de l'intelligence, c'est le Maître. Or, là où vous introduisez par hypothèse deux maîtres, travaillant concurremment, sinon contradictoirement, à ce même ouvrage, auquel des deux appartiendra « la haute-main » ? Auquel serat-il donné de frapper son empreinte personnelle sur cette intelligence partagée entre deux enseignements divergents ? Là est la question. Lequel des deux sera le vrai maître, le ^rand maître, le maître écouté, obéi, suivi : ou du professeur officiel, hostile ouindifférent ànos croyances religieuses, mais entouré du prestige dont l'investissent son titre, la faveur du pouvoir, la prépondérance de son vote ou de son crédit aux examens : ou bien, du maître de ces conférences dites « complémentaires », lequel, le soir de cours publics entraînants,