‹ Vingt années de rectoratChapitre 8 sur 112 · HIER, AUJOURD'HUI, DEMAIN · texte numérisé non relu

HIER, AUJOURD'HUI, DEMAIN

vez à vos maîtres que j'appelle vos pères, à vos condisciples, à vos frères. Car l'Université qui est une école pour l'esprit est une famille pour le cœur.

Ce que sont vos maîtres, chacun le sait, et en cela le suffrage du pays fait écho à votre reconnaissance. Cette reconnaissance est la première chose que vous leur devez, chers Messieurs; et vous ne pouvez mieux leur en payer le tribut qu'en vous rendant dociles à ce qu'ils demandent de vous. — Or ce qu'ils vous demandent, c'est d'abord votre assiduité et docilité habituelles aux doctes leçons que vous irez recueillir au pied de leurs chaires, dans un esprit attentif et un cœur charmé : vous serez leurs auditeurs fidèles. Ce qu'ils vous demandent ensuite, c'est le travail d'études, travail accumulé qui fera de vos jeunes années une caisse d'épargne progressivement enrichie d'un trésor, dont la somme, constituant votre valeur personnelle et professionnelle, vous permettra d'apporter votre part contributive au service majeur de la société :vous êtes leurs étudiants.

Mais, faut-il que je vous le dise? Ni votre docilité d'auditeur fidèle ni votre labeur intime d'étudiant consciencieux ne répondent complètement à la conception que je me fais de vos communications d'intelligence et d'âme avec les maîtres du savoir. Il est un nom plus haut, consacré par l'histoire, illustré d'âge en âge par les plus illustres personniiications : c'est celui de disciple. Le nom de disciple entendu au sens antique; le disciple non d'un jour mais disciple pour toujours; le disciple épousant, s'assimilant, s'identitiant la doctrine du maître, pour la continuer, l'étendre, et devenir ainsi une des colonnes de ce qu'un jour on appellera l'Ecole de cet homme ou l'Ecole de ce lieu. J'ai fait quelquefois ce beau rêve pour nos facultés catholiques de Lille.

Ne serait-ce qu'un rêve? Est-ce tout encore? Non. me répond Saint Paul. Des maîtres, vous en trouverez par milliers, decem millia pœdagorum habetis : mais des maîtres qui soient des pères, voilà la perfection et la rareté à la fois. sed non multos patres. Toutefois, grâce à Dieu, cela n'esl pas si rare d se peut voir parmi nous. J'en sais beaucoup qui, par la bonté, le dévouement, la tendresse, sont les pères de leurs étudiants. Donc en retour, Messieurs, par votre respect, votre confiance, votre reconnaissance, vous leur serez de vrais fils. Et si cette paternité c'est aussi l'autorité, la haute autorite, l'autorité qui commande, la fermeté qui résiste, la force

qui maintient, pour ces choses-là aussi soyez reconnaissants. Et pour ces pères, ces pères plus pères que les autres, même au sein de leur juste rigueur, ah! je vous en prie, soyez fils.

Enfin vous serez frères les uns envers les autres; frères d'armes, vous serez pareillement des frères dame; la société d'études communes qui vous lie sera encore une société d'amitié et de services. Et en vérité, c'est bien le moins. Messieurs, que nous nous aimions entre nous, il y a tant de gens par le monde qui ne nous aiment pas! Mais vous n'oublierez pas que s'aimer c'est s'aider : un lien de solidarité vous unit les uns aux autres, serrez-le. Cela s'appelle avoir l'esprit de corps: et si ce mot signifie que tous les membres de ce corps se tiennent, unis dans un même esprit qui fait sa force : ;ih! Messieurs, croyez bien que cet esprit c'est le bon; et c'est celui-là que je vous souhaite !

Ne voyons-nous pas d'ailleurs comme ce lien de fraternité, vous le nouez entre vous, de toute manière : fraternité de foyer, vos maisons de famille; fraternité de bonnes œuvrer, conférences de saint Vincent de Paul; fraternité de piété, congrégation, adorations; fraternité de faculté, association d internes, etc.. fraternité de patrie : associations par provinces, etc., etc.. autant d'anneaux d'une chaîne dont Dieu même tient le bout pour vous attacher à lui : ut sint unuml...

Cette fraternité, Messieurs, soyez-en jaloux, et par là je veux dire que vous n'y souffrirez ni défection chez vous, ni intrusion d'ailleurs. Une autre jeunesse grandit à coté de la vôtre. Je n'en médirai pas en disant qu'elle ne pense pas comme vous, qu'elle ne vit pas comme vous. Ce ne sont pas seulement deux jeunesses qui se lèvent en présence l'une de l'autre, ce sont deux troupes qui ne reçoivent pas le même mot d'ordre, ni ne marchent sous le même drapeau. Regardez le leur : il ne porte pas le nom de Dieu. Que cette autre jeunesse vous la teniez pour ennemie, le Ciel me garde de vous le dire ; qu'elle vous soit et demeure étrangère, je le souhaite pour vous. Ce que vous auriez à gagner à vous mêler à elle ou à l'appeler à vous, je ne le puis comprendre; ce que vous auriez à y perdre, je ne le vois que trop. Je me souviens qu'au début de ce siècle, deux cris opposés retentissaient de chaque côté du canal Saint-Georges. L'Angleterre criait union : Tirlande, avec son O'Connell, criait désunion, séparation, parce qu'elle savait que l'union c'était pour elle l'absorption. C'esi

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