HIER, AUJOURD'HUI, DEMAIN
<[ue l'une était catholique, que l'autre ne l'était plus. Ce qui les divisait, ce n'était pas une question de personnes ni de race, c'était une question de foi.
Encore un moment pour vous dire, mes chers fils, ce que vous serez demain. Ce dernier mot sera un mot d'espérance et de joie.
Vous serez des hommes, n'est-ce pas? On dit que c'est ce qui nous manque le plus aujourd'hui. Mais vous, vous n'aurez pas été jetés, grâce à Dieu, dans le moule des autres. Vous ne serez pas seulement des hommes instruits, gradés, reçus docteurs comme les autres ; mais pour le devenir, et l'être authentiques comme tels, vous aurez dû travailler, étudier, savoir plus que les autres : c'est la fatale mais glorieuse condition faite aux minorités. De même pour votre vie morale, vous aurez dû vous garder, vous préserver, vous fortifier et conserver mieux que les autres : c'est la lutte, c'est l'épreuve; vous en toucherez le prix plus élevé que les autres.
Et puis Dieu fera le reste. Qu'il fasse de vous des hommes chefs des autres hommes, je l'en prie chaque jour, et je n'ai pas de plus ardent désir pour chacun de vous. C'est aux premières places, aux premiers postes que je vous veux, et que déjà je vous vois. Premiers aux affaires, aux fonctions, aux conseils, aux commissions, représentations, administrations, partout où des catholiques peuvent entrer par une porte haute, sans ramper, traîner leurs pieds ou humilier leurs fronts. Ici, j'ai pour vous, je le confesse, des ambitions sans limites ; non pour que vous en recueilliez l'orgueil ou la fortune, mais pour que vous en ayez le mérite, les âmes le profit, et Jésus-Christ la gloire.
Pour cela vous serez des chrétiens, j'ajoute de grands chrétiens. Il y en a trop aujourd'hui de ces chrétiens en l'air dont parlait déjà Tertullien de son temps : in ventum et si volueris christiani. Nés comme vous êtes, élevés comme vous le fûtes, sortis de tels foyers et de telles écoles, vous ne pouvez pas être de ces ombres. Chrétiens de surface, chez qui les pratiques extérieures masquent le vide des vertus; chrétiens de sentiment chez qui les émotions pieuses remplacent les nobles impulsions et inspirations: chrétiens de mouvement et d'agita-
tion, à défaut d'action virile et d'entreprises courageuses. C'est bien d'eux qu'on pourrait dire hélas ! que plus il y a de chrétiens, moins il y a de christianisme. Christianisme intégral et chrétiens tout d'une pièce, voilà avec quoi et avec qui nous pourrons refaire notre société. A l'encontre des païens et des Samaritains, c'est de pierres carrées que le peuple de Dieu se servit pour reconstruire la Ville sainte : lapidibus quadratis ad munîtionem.
J'aurais à vous dire encore que, plus que chrétiens, vous devez être apôtres : apôtres parla parole, par l'exemple et par la charité... Mais il faut que je termine. Aussi bien n'est-ce que le programme de nos instructions que je vous esquisse aujourd'hui, et cet apostolat j'aurai encore à vous le prêcher tant de fois !
En somme, qu'ai-je voulu et qu'est-ce que j'attends de vous? Ce que Jérôme attendait de son plus cher disciple : Que vous soyez en tout les meilleurs, les plus grands, les plus parfaits, pour être dignes de votre éducation et de votre destinée : Totum summum, totum perfectum in te desidero.
Je vais prier pour cela avec vous, et pour vous. Et vous, mes chers fils, ne prierez-vous pas pour moi? Tant de liens vont nous unir les uns aux autres désormais! Dieu m'est témoin que je vous apporte tout ce que j'ai dans l'esprit et le cœur, pour être à votre service. Mais l'homme apporte si peu de chose, même quand il donne huit ! Heureusement Dieu est là pour suppléer à ce peu. Il y a dix jours que je lui demande, je pourrais dire jour et nuit, de me faire pour vous ce cœur nouveau, dont parle Lacordaire : fort comme le diamant et tendre comme une mère. Qu'il me le donne, qu'il vous crée en retour des cœurs de fils, et qu'ensemble dès ici-bas nous présentions au cœur de Dieu la face d'une famille unie, d'une famille sainte, d'une famille heureuse, image et prélude de celle que nous formerons au ciel. Ainsi- soit-il.
ANNÉE ACADÉMIQUE
M. Henri BERNARD, Président du Conseil d'Administration.
DISCOURS DE M*1 LE RECTEUR
L'audience de S. S. Léon XIII.
Messeigneurs,
Messieurs,
Le 17 du mois dernier, j'avais l'honneur d'être admis à l'audience du Saint-Père. Par un hasard heureux, où je me plus à reconnaître une spéciale attention de la Providence, je me rencontrai inopinément clans l'antichambre de Léon XIII avec un de Messieurs les Vicaires généraux de Cambrai et avec un de Messieurs les Archiprêtres de Lille. On eût dit que les bons anges de votre diocèse, Monseigneur, avaient conspiré en secret pour réunir à la même heure, sous la main et aux pieds du Souverain Pontife, la triple et authentique représentation et de votre insigne Eglise métropolitaine, et de la grande cité catholique du Nord, et de son Universiic que je venais demander au Docteur des docteurs d'encourager et de bénir.
Je n'ai pas à reproduire ici les paroles de personnelle et extrême bienveillance que daigna m'adresser Sa Sainteté, avec une condescendante bonté qui rappelle Celui dont il est le vicaire. Ses bras s'ouvrent avec le çreste du Venite ad me omnes. Puis ils se referment avec celui du Jam non dicam vos servos, vos autem dixi amicos. Mais ce que je vous dois à vous, Messieurs, c'est le rapport fidèle des paroles que notre Père a dites de vous, qu'il a dites pour vous, afin que je vous les transmette comme un trésor de vérité, d'espérance et de grâce.
Je lui faisais donc, à genoux, mon hommage de vassalité, au nom de cette Université dont il est le suzerain. Et lui me répondait qu'il la tenait pour sa fille, la sachant persévéramment fidèle à l'esprit comme à l'amour de l'Eglise sa mère.
Je lui parlai de nos combats, et des ;iss;iuts qu'il lui faut affronter pour repousser, exister et grandir. Le Saint- Père me répondait « qu'elle n'avait qu'à demeurer dans la vérité et dans la charité. Et qu'en retour Jésus-Christ la garderait précieusement comme la prunelle de ses yeux».
Je lui dis aussi nos consolations et nos espoirs : « Je m'en suis réjoui avec vous, me fut-il répondu. Croyezmoi : ces grandes Ecoles peuvent et feront beaucoup pour le salut de la France ! »
Je métendis un peu sur la faculté de Médecine. Il me d'il : « Vos médecins, je vous dis qu'ils doivent être comme les apôtres, « la lumière du monde et le sel de la terre ». Lumière dans leur enseignement, sel préservateur ef conservateur dans la société. » Il ajouta : ce Ils ne sont pas, comme tels autres, des médecins du corps qui ignorent les âmes, et qui, au lieu de remèdes, ne distribuent à celles-ci que des poisons mortels. »
Je ne pouvais taire le concours que l'Université trouve dans les catholiques d'une province de tout temps la plus attachée et dévouée au Saint-Siège. Il me fut repondu cette mémorable parole : « C'est le pays qui, depuis trente ans, a donné le plus à la Papauté de son sang et de son argent ».
De Lille en particulier Léon XIII se plut à réapprendre qu'elle ne lui était pas tout à fait étrangère, qu'au temps de sa nonciature apostolique à Bruxelles, il l'avait visitée sur son passage, et spécialement qu'il était entré prier dans nos églises. Je me permis de lui dire que sa prière en ces lieux nous avait porté bonheur.
Il n'est pas de pèlerin français à qui le Pontife universel ne parle de la France, et des affaires de la France : Nobilissima Gallorum gens. Or nous étions, ce jour-là, au lendemain de nos dernières élections législatives et à la veille de l'audience du pèlerinage des ouvriers français. Son cœur était débordant sur l'un et l'autre sujet. Je lui annonçai qu'à ces trois ou quatre mille pèlerins, sortis la plupart de vos ateliers et de vos fabriques, Messieurs, s'était jointe une députation de nos meilleurs étudiants, lesquels se font aujourd'hui leurs secourables visiteurs et catéchistes, en attendant qu'ils deviennent demain leurs hommes d'affaires, leurs médecins ou leurs patrons. Le visage du Saint-Père s'illumina de joie.
Les joies sont rares dans sa vie. En terminant, j'éprouvai le besoin de redire que j'étais venu à Rome pour la consolation d'y baiser les liens de Pierre, encore une fois prisonnier. A ce sujet, je rappelai l'Adresse par laquelle, Messieurs du Congrès, répondant à son Allocution du mois de juin dernier, vous protestiez avec nous contre les outrages que l'impiété infligeait jusque dans la Ville Sainte à la divine personne de Jésus-Christ lui-même, en dressant, presque sous ses yeux, la statue du plus hardi de ses négateurs et insulteurs (1). Le Saint-Père prononça sur ce sujet de sa grande douleur quelques paroles plaintives et d'une profonde tristesse. Puis, sur une allusion que je fis à un récent et insolent discours
(1) Voir l'Adresse des Facultés catholiques et du Congrès régional des Catholiques du Nord, à la suite de l'allocution consistoriale du 30 juin, pour protester contre l'outrage fait à l'Église et au Saint-Père par l'érection de la statue de Giordano Bruno le jour delà Pentecôte issu. Bulletin des Fac. Catholiques, n° 119. Tome X, p. 353, août 1889; avec la Réponse du Card. Rampolla.
\iv;t années de rectokvt. 3
prononcé à Païenne par le ministre Crispi, notre grand Pontife se demanda, avec un accent que je n'oublierai jamais, jusqu'où ne monterait pas l'orgueil titanesque de cet homme, qui se posait en moderne « Prométhée » pour insulter Dieu et braver le ciel ?
Je n'ai pas dit encore, je vous dirai plus loin, les signalés bienfaits de cette longue audience, dont Sa Sainteté ne voulut pas me mesurer les instants...
C'était à l'Université qu'était fait cet accueil. J'avais pu voir déjà, auprès des princes de l'Eglise, quelle grande place notre œuvre occupe dans les pensées de Rome. Cette générale et si haute considération nous crée à nous, Messieurs, de graves obligations que nous ne pouvons oublier. Je ne puis, pour mon compte, méconnaître qu'un tel « poids de gloire », comme s'exprime l'Apôtre parlant de la grâce divine, n'allège pas celui de ma charge, loin de là. Mais d'autre part je me souviens qu'il est raconté aux Actes des Apôtres que ceux que touchait, même en passant seulement l'ombre de Saint-Pierre se sentaient délivrés de leurs infirmités : Si, veniente Petro, saltem umbra illius obumbraret quemquam, liberabatur ab infirmitatibus suis. A mon tour j'étais venu me mettre un instant à l'ombre de Pierre, et là, à cette ombre salutaire, j'oubliai ma faiblesse et je m'en crus guéri.
J'aurais du commencer par vous dire, Messieurs, qu'une des premières paroles du Souverain Pontife fut pour nous féliciter de posséder à Cambrai un Pasteur et père selon son cœur, lequel « nous était donné expressément de sa main ». Que cv, fût une main particulièrement bienfaisante pour nous, votre blason, Monseigneur, nous lavait fait comprendre tout d'abord. Il porte au centre un livre, comme le portent les armoiries de nos facultés : c'est un premier rapprochement et un heureux présage. Nous y lisons encore en exergue : Quœ sunt Patris. C'est la réponse dite par l'Enfant Dieu à Joseph et Marie, qui le retrouvent dans le Temple au milieu des docteurs ; et c'est aussi notre programme à nous qui, dans notre œu-
vre de doctrine, n'avons cherché et ne cherchons que la o-loire de Dieu et son service.
Vous nous le disiez, Monseigneur, la première fois qu'à Lille vous fut présentée notre Université : « L'Université catholique n'est pas une œuvre, c'est l'œuvre! Nulle autre œuvre ni ne la surpasse, ni ne la remplace, ni ne se compare à elle; ni celle de l'École primaire, ni celle de l'École secondaire. C'est l'œuvre de laquelle dépend, avec la direction des esprits qu'elle a en main, celle des destinées de l'Église et du pays. »
Telle vous nous l'avez montrée, Messeigneurs, telle vous nous aiderez à la parfaire. Je vous en adresse la prière confiante. La vérité est que sans vous, Messeigneurs, nous ne pouvons rien ; mais nous pouvons tout avec vous. J'ai fait de cette conviction pratique la règle de ma conduite, j'ai fait de cette espérance mon plus solide appui. Voilà pourquoi, ayant d'abord porté notre hommage à Rome aux genoux de notre premier Seigneur et Souverain, je viens aujourd'hui le déposer entre les mains de Vos paternelles Grandeurs, leur promettant, au nom de tous, bons et loyaux services, et leur demandant en retour protection, défense et bénédiction.
Mais à ces espérances et à ces joies se mêlent des deuils. Un homme nous manque ici, à ce premier siège de nos Administrateurs. Et à quelle œuvre catholique de Lille ce chef ne manque-t-il pas? M. Henri Bernard avait été un des premiers fondateurs de notre Institut, auquel il avait apporté la triple contribution de sa haute intelligence, de son influence sociale et de sa charité. Il fut, dès le premier instant de notre existence, placé à la tête du Conseil d'administration, où l'appelaient, moins encore ses services éminents et la situation considérable de sa famille, que sa supériorité d'esprit et de caractère. 11 semblait né président. La dignité, la sagesse, la magnanimité, l'esprit d'équité et de paix, l'esprit de fermeté et de douceur, l'esprit de foi surtout siégeaient avec lui dans ces conseils où il écoutait beaucoup, parlait peu,
mais dominait tout par un ascendant qui lui venait moins de son autorité encore que de sa vertu. Par la grandeur de sa personne, il me rappelait ces anciens premiers magistrats de vos villes de Flandre, ces chefs de l'aristocratie du travail d'autrefois, qui marchaient à la tête de la cité ou de la province, au nom desquelles ils traitaient de pair avec les empereurs et les rois. Jusqu'au dernier moment, ce grand et saint vieillard fut lidèle à notre œuvre comme à toutes ses œuvres : la veille même de son départ pour son repos de Blanckenberghe, il présidait encore une de nos Commissions. Il avait rempli sa tâche, il en a reçu le prix : Mathathias s'est enendormi au milieu de ses fds et de ses filles. L'Université catholique, elle aussi, est sa fille ; elle lui doit d'honorer, de perpétuer sa mémoire, qui est vivante devant Dieu, mais qui ne doit pas non plus périr devant les hommes (1).
Nos Facultés, durant cette année académique, n'ont cessé d'accomplir, dans la paix et l'union, leur œuvre d'enseignement et de formation de la jeunesse. Après les années de fondation et d'organisation, toujours difficiles à traverser, et qui, grâce à vous, Monseigneur le Chancelier, l'ont été courageusement et victorieusement, notre œuvre semble entrée désormais dans la seconde période de toute institution voulue et bénie de Dieu. L'arbre a pris racine dans le sol; il est près d'atteindre son plein développement et de donner tous ses fruits. Pour cela, Messieurs, il n'attend que deux choses : une saison politique plus clémente et l'abondante rosée de vos souscriptions.
Je vous annonçais, l'année dernière, l'établissement prochain de la Maternité Sainte-Anne réunie au Dispensaire de Saint-Raphaël, dont elle est, rue du Port, le prolongement et l'harmonieux achèvement. Par l'aspect de leur façade et l'archaïsme de toute leur architecture, ils
(1) M. Henri Bernard mort saintemenl Le 17 septembre 1889, âgé de 81 ans. — V. notre Oraison funèbre, prononcée à l'occasion de l'érection de son monument à Notre-Dame de la Treille.
rappellent ces asiles hospitaliers que la foi de nos pères consacrait aux malades et aux malheureux sous le beau nom d'Hôtel-Dieu. Que ce Dieu se souvienne à jamais de ceux qui lui ont fait cette demeure ; et qu'il leur paie la dette des mères et des enfants par un surcroît de cette gloire dont ils n'ont rien voulu ici- bas pour euxmêmes!
La maison est ouverte depuis le mois dernier, et établie dans les conditions les mieux accommodées au service des malades et à l'enseignement pratique de nos élèves. Ce nous est une consolation de penser que, grâce à ses accroissements, un plus grand nombre de mères y recevront désormais et y reçoivent déjà les soins réunis de la science, de la religion et de la charité (i).
U Asile des Incurables, consacré aux Cinq plaies de Notre-Seigneur Jésus-Christ, s'est accru d'un Hôpital destiné aux enfants malades et placé sous le patronage de Saint Antoine de Padoue. Nous procéderons prochainement à son installation et à celle de notre clinique infanr tile. La maison, grandissant avec vos charités, pourra recevoir progressivement jusqu'à soixante petits malades, à mesure que des lits seront fondés en faveur de ces enfants trois fois recommandables, trois fois chers à l'Eglise, au titre de leur âge, de leur infirmité et de leur pauvreté.
Dans l'ordre intellectuel, vous jugerez, Messieurs, de la valeur de l'enseignement et de celle des études par le résultat des examens officiels, que vous feront connaître les rapports de MM. les Doyens. En constatant les succès si heureux de leurs élèves, ces messieurs ne manqueront pas de l'attribuer au travail et à l'assiduité de leurs auditeurs. Au nom de ces auditeurs eux-mêmes, laissez-moi en reporter le principal honneur à ceux qui les ont conduits à la victoire. L'inspection que j'ai voulu faire moi-même des cours de plusieurs de nos Facultés, en attendant les autres, me permet de témoigner de
(1) V. Annexe : La Maternité Sainte-Anne, p. ftl.
l'excellence d'un enseignement auquel d'ailleurs des juges officiels et peu suspects de faveur à notre égard ont rendu hautement hommage.
Cet enseignement, plusieurs de MM. les Professeurs ont désiré l'étendre au delà du cercle limité dont leur chaire est le centre, en fondant une Revue, qui fût en même temps une œuvre de science et de foi. Il ne m'appartient pas de faire l'horoscope de cet enfant bien né et bien constitué, mais encore au berceau. Je suis heureux du moins de lui souhaiter croissance, fortune et longue vie ! Certes ce n'est pas moi qui marchanderai jamais mon encouragement et, si on l'agrée, mon concours, à un organe sérieux de publicité scientifique et littéraire, complément et auxiliaire de notre enseignement, duquel, si Dieu lui prête vie, il décuplera, il centuplera les auditeurs, par le chiffre de ses abonnés et de ses lecteurs ! (1)
Encore un mot, Messieurs, le dernier mot prononcé par Léon XIII, en son audience, et notre personnel sujet d'actions de grâces.
Messieurs, que font les fils qui, hélas! ayant contracté des dettes, n'ont pas de quoi les payer? Ils s'adressent à leurs pères, confus mais confiants, en les suppliant de les solder pour eux. A Rome, devant le Saint-Père, j'ai fait comme ces fils. Me sachant, au titre de représentant de l'Université, aussi redevable qu'insolvable envers vous, chers collègues, et surtout envers plusieurs et les meilleurs d'entre vous, j'ai supplié Sa Paternité d'acquitter cette dette à ma place. J'ai présenté à Léon XIII la liste, — un peu trop longue, paraît-il, puisqu'il l'a réduite quelque peu, — de ceux qui sont chez nous à la tête du bon
(1) Le 10 janvier 1900, nous recevions de M ■ l'Archevêque la lettre suivante : « Je viens de lire avec grande satisfaction le numéro de janvier de la Revue de Lille; et je crois devoir vous en adresser spontanément mes félicitations, en vous priant de les transmettre à vos collaborateurs. Cette publication est vraiment digne du corps savant. chrétien, maître de haute littérature, qui l'a donnée à notre région et à la France catholique. J'ai la confiance qu'elle aura des lecteurs d'élite et en grand nombre, f Alf. arch. »
combat, et je lui ai demandé de les armer chevaliers de Saint-Grégoire-le-Grand. Sa Sainteté daigna m'en faire gracieusement la promesse; et hier soir même, en réponse à mes instances impatientes, je recevais de Rome cette dépêche de S. E. le cardinal Langénieux : « Heureux d'annoncer les quatre décorations accordées : vœux et félicitations ! »
La reconnaissance et le sentiment public m'ont commandé de placer en tête le nom vénéré d'un de nos premiers administrateurs, lumière, force et honneur de notre conseil et de sa commission. Déjà, à Saint-Joseph, j'avais pu en connaître et en estimer tout le prix. Il ne me convient pas, et il est d'ailleurs superflu, à Lille, de louer tant de mérites, de relever tant de services. J'aurai tout dit quand j'aurai nommé M. Charles Verley.
Le Saint-Père a honoré du même titre de chevalier de l'ordre de Saint-Grégoire-le-Grand un professeur de chacune de nos Facultés laïques. Dans la Faculté de Droit, cette distinction a été conférée à M. le professeur Arthaud; dans la Faculté de Médecine, à M. le docteur Dur et; dans la Faculté des Sciences, à M. le docteur Schmitt. Ces noms, à des titres divers, s'imposaient à un choix qui n'était pas seulement le mien, et qui eût été certainement le vôtre.
Je n'aurais eu garde d'oublier notre chère Faculté des Lettres, si ses deux seuls professeurs non ecclésiastiques, MM. Canet et Charaux, n'étaient honorés depuis longtemps de cette juste distinction.
D'autres noms étaient venus d'eux-mêmes sur mes lèvres et sous ma plume... Mais si l'indiscrétion était interdite à ma supplique ce jour-là, l'espérance ne saurait l'être à personne pour l'avenir.
Mon remerciement au Très Saint-Père a été l'engagement, pris au nom de nos Facultés, de former, en union d'esprit et de cœur avec lui, des catholiques qui, en portant ce nom avec fierté, le feraient en même temps valoir avec courage. Du courage, il en faudra, car en face de
notre drapeau, un autre se déploie qui, lui, ne porte pas le catholicisme dans ses plis. Il est en marche, il s'avance, il monte à l'assaut de l'Église sur le terrain des doctrines dont nous avons la défense. Chers maîtres de la doctrine, chers porte-drapeau de la foi, portez haut votre foi : elle vous portera à son tour. Dieu et les amis de Dieu seront pour vous et avec vous, tant que nous-mêmes serons avec Lui, en combattant pour Lui. Il a dit dans son Evangile qu'à qui chercherait son règne dans celui de la justice, tout serait libéralement accordé par surcroît. Ah! si ce bienheureux surcroît était celui de la paix, de l'égalité et de la liberté, que nous attendons, encore du gouvernement de notre pays !
Il y a quelques jours, l'Université catholique de Washington célébrait splendidement son inauguration solennelle. Le Président des Etats y était venu siéger à côté de M8" Keane, le recteur, à qui soient nos hommages et félicitations! C'était cet embrassement de la Justice et de la Paix dont parle l'Ecriture. On me croira si je dis que ces procédés de bonne amitié, habituels à la Maison Blanche américaine, nous ne les attendons pas de l'Elysée français. Mais si, de ce Palais des messages souverains, nous arrivait enfin, quelque beau jour, cette Justice égalitaire, porteuse de la plénitude des droits auxquels nous aspirons, quelle reconnaissance, quelle allégresse, quel applaudissement accueilleraient ici la bienheureuse messagère, attardée mais pardonnée !
ANNEXE La Maternité Sainte- Anne.
La Maternité de la faculté catholique de médecine fut primitivement établie à l'hôpital Sainte-Eugénie, aujourd'hui hôpital de la Charité, en vertu d'une convention avec l'administration des hospices, et moyennant une importante indemnité. M. le docteur Vanverts, professeur à notre Institut, fut préposé à la clinique et à l'enseignement, desquels il mérita excellemment.
Au mois de février 1881, l'administration des hospices, tombée en des mains hostiles, par une injustifiable interprétation du traité, retira à notre faculté la jouissance de ces salles, avec signification de déménager immédiatement. « Les membres de la sainte Famille n'ont point proféré de plaintes contre les hôtelleries de Bethléem qui les ont éconduits, répondirent les dignes sœurs infirmières : nous les imiterons. »
Le jour même de cette brutale signification était décidée la création d'une maternité libre, sous le vocable et le patronage de Sainte-Anne. Elle s'ouvrit, le 18 mars 1881, dans une maison bourgeoise, donnant d'un côté sur la rue du Marché, n° 23, et de l'autre par sa cour et son jardin sur la grande place de l'église Saint-Pierre-Saint-Paul. C'était strictement suffisant, du moins pour une installation provisoire.
i e provisoire dura jusqu'au 2 octobre 1889. Ce jour-là. fête des saints Anges-gardiens, la Maternité Sainte-Anne
prenait possession de son établissement définitif, rue du Port, 86, venant ainsi compléter le groupe d'édifices qui, sur plusieurs hectares, constituent l'installation monumentale de TUniversité.
Là s'élevait déjà le Dispensaire Saint-Raphaël, desservi par les Filles de la Charité, pour les consultations gratuites et distribution de médicaments aux indigents, avec une Maison de Santé pour le traitement des femmes malades.
L'édifice abrita donc désormais deux services : Le Dispensaire qui distribue aujourd'hui annuellement une moyenne de 25.000 consultations, avec sa maison de santé recevant des pensionnaires payantes et la Maternité Sainte-Anne: l'un et l'autre services unifiés sous la direction des Sœurs Augustines de Cambrai.
La Maternité est entièrement gratuite. L'administration des Facultés qui l'a construite et aménagée, lui alloue annuellement sur son bugdet une somme représentant au total depuis sa fondation environ 550.000 francs. Elle reçoit une moyenne annuelle de 320 femmes, mariées pour le plus grand nombre. Une Œuvre des Layettes y est entretenue par de charitables cotisations.
Grâce à l'excellence de l'installation hygiénique et sanitaire, grâce à la direction du médecin en chef et professeur de clinique, M. le Dr Eustache, grâce surtout au dévouement charitable des sœurs, la moyenne de la mortalité des femmes en couche n'a cessé d'y décroître depuis le commencement. C'est ainsi qu'en dix-huit années la maison de la rue du Port n'a eu à déplorer que 8 morts sur 5.862 accouchements, soit 0,13 pour cent ou 1,3 pour mille!
Mais il est d'autres avantages, d'ordre moral et religieux supérieur, qui, ceux-là, sont dus tout entiers à l'esprit de foi, de zèle, de charité délicate et profonde qui préside à cette œuvre, et qui fait vraiment de cette maison hospitalière une Maison- Dieu, au sens antique de ce nom.
Quelques semaines après l'installation de la Maternité à la rue du Port, et au retour des vacances, une première réunion des médecins, des sœurs, des étudiants internes, des Dames patronnesses, ayant lieu dans la chapelle. Mgr le R< teur y prononça l'allocution suivante :