L'ABDICATION DES INSTITUTS CATHOLIQUES
étage de plus. Sans doute moi aussi j'estime que « le clergé « aura de plus en plus besoin de se tenir au courant du mou- « vement des esprits, s'il veut conserver son influence sur la « société contemporaine. » Mais c'est à l'Eglise à le piloter sur ce courant débordé qui, sans cela, le pourrait entraîner aux abîmes. Or n'est-ce pas le désaffectionner témérairement du pilote et le pousser vers l'abîme que de lui faire lire des provocations insidieuses telles que celles-ci : « Au surce plus, les membres du clergé doivent s'habituer à entendre « d'autres cloches que celles du séminaire... Leurs croyances « doivent être mises à l'épreuve, et il n'est pas mauvais qu'cl- « les subissent cette épreuve. Il y aurait profit pour eux à ne « pas vivre en dehors de leur temps... Leur présence sur les « bancs de l'Université leur permettrait de se faire mieux con- « naître et de conquérir l'estime de leurs camarades d'étude, « etc., etc. » Ces arguments, je les connais : Ne sont-ce point ceux que naguère faisaient valoir beaucoup d'esprits faux, même parmi les catholiques, en faveur du séjour des séminaristes à la caserne ? C'est, inconsciemment ou non, faire le jeu de l'ennemi.
A l'appui de ces conseils les Débats et Demain nous offrent des modèles. Nous y lisons : « Déjà l'Institut catholique de « Paris autorise ses élèves à suivre les cours de la Sorbonne ; « et celui de Toulouse a organisé officiellement ce système «J pour les Lettres et les Sciences. » S'il en est ainsi, pour quelles raisons, dans quelle mesure, sous quelles réserves, nos honorés confrères ont-ils été amenés à cette condescendance? Je l'ignore, ils répondront. Déjà Paris l'a fait, et Toulouse informe la presse qu'il sej propose de le faire (1). Mais ce dont je puis être assuré par avance c'est que ni l'un ni l'autre de ces Instituts n'a prétendu abdiquer entre les mains de l'Etat, ni de fait, ni de droit, l'enseignement supérieur dont les maîtres, pour la plupart, leur font si grand honneur ! En second lieu, je ne puis douter que, s'ils ont concédé quelque chose à cet égard, c'est contraints par des circonstances et des nécessités dont je ne suis pas juge; mais j'ai la ferme certitude que cette tolérance n'est considérée par aucun d'eux comme un progrès.
(1) M^iBattifol vient de [le faire assez différemment de W Péchenard. Demain, 6 juillet, p. 7.
/jGS RÉPONSE AU « JOURNAL DES DEBATS ».
Enfin vient notre tour. Le Journal des Débals demande nommément à Lille de céder à ce large courant des esprits : « La Médecine, lisons-nous, la Médecine et le Droit peu- « vent évidemment être traités comme les Lettres et les « Sciences ; et ce qui est bon à Paris et à Toulouse ne sau- « rait avoir de grands inconvénients à Lille et ailleurs. Cet « esprit libéral semble donc en train de prévaloir au sein « des Instituts catholiques. 11 n'y a qu'à l'étendre et le géné- « raliser. »
— Eh bien non, ce mouvement ne s'étendra pas jusqu'à Lille. Le besoin de cette Reforme, si réforme il y a, ne se fait pas sentir à Lille. Ce que nous aurions à y gagner, nous ne l'apercevons nulle part : ni du côté des maîtres, les nôtres étant excellents et quelques-uns éminents ; ni du côté des étudiants, les nôtres obtenant aux examens publics une moyenne de succès habituellement supérieure à celle des candidats d'ailleurs. Mais ce que nous aurions à y perdre nous ne le voyons que trop.
Nous continuerons donc à exiger de nos élèves qu'ils soient nos élèves à nous: assidûment à nous, exclusivement à nous. Nous ne les acceptons pour nôtres qu'à cette condition. Non certes par un étroit esprit d'ésolérisme, ou par déliante jalousie, on voudra bien le croire, mais par esprit évangélique et pastoral, afin qu'ils reçoivent chez nous l'enseignement à la fois scientifique et chrétien qu'ils ne recevraient pas suffisamment dans la maison d'en face.
Quant au Journal des Débats, il s'est laissé surprendre. Nous n'avons pu, en le lisant, nous défendre de nous demander comment il avait pu se faire que lui, le défenseur constant de toutes les saines libertés, de toutes les initiatives individuelles généreuses, n'ait pas cru plus conforme à son esprit libéral de nous encourager dans l'exercice d'un droit qui touche de si près à la liberté de conscience ?
Mais, quoiqu'il en soit, nous ne descendrons pas. pour cela, comme il nous y invite, de l'idéal conçu par les illustres promoteurs de la loi de 1875, voulu par les familles, béni par le Saint-Siège, soutenu par nos évèques. réalisé, autant que possible, sur notre frontière du Nord, malgré toutes les difficultés
L'ABDICATION DES INSTITUTS CATHOLIQUES. i09
et à l'encontre de toutes les oppositions, au prix d'efforts et de sacrifices qui, du moins, s'imposent, croyons-nous, au respect de tous.
Du reste assez tôt viendra le jour où peut-être cette liberté de l'enseignement supérieur sombrera dans le naufrage général de toutes les libertés. Déjà le feu est ouvert contre elle par des forbans qui ne sont guère plus les amis des Débats qu'ils ne sont les nôtres. Ce jour-là nous verrons ce qu'il y aura à faire pour le sauvetage des âmes et des doctrines chrétiennes. Mais, en attendant, par la grâce de Dieu, nous tâcherons de suffire à la manœuvre avec notre équipage, et nous fermerons l'oreille aux sommations ou invitations qui nous demandent d'amener notre pavillon à l'ennemi, ou même de nous faire spontanément couler, pour le plaisir de ses yeux.
ANNÉE ACADÉMIQUE
M. le Docteur CAMILLE FERON-YRAl
DISCOURS DE M** LE RECTEUR
L'Encyclique Pascendi.
Messeigneurs (1), Messieurs les Professeurs, Messieurs et Mesdames, Messieurs les étudiants,
C'est pour la vingtième fois que je me présente ici, aiîn de vous rendre compte de notre administration. Mon rapport sera fait encore, comme chaque année, de nos tristesses et de nos joies; plus de nos tristesses que de nos joies : c'est la vie. Il sera fait beaucoup aussi de nos sentiments et protestations de fidélité à la vraie doctrine, de zèle pour la vraie science, d'absolue soumission au Maître infaillible de la vérité en ce monde : c'est le de-
M Delamaire, archevêque coadjuteur de Cambrai, M«r Williez, [ue d'Arras, M»1 Moxxier, évoque de Lydda, M*r Dizien, évêque d1 Amiens, M*r Meunier, évêque d'Evreux, Msr Péchenard, évêque de ^oi^sons.
i74 DISCOURS DE RENTRÉE 1907.
voir. Il sera fait enfin, et cela tout au long, de notre reconnaissance envers tous ceux qui nous furent bons, et dont vous êtes ici, Messieurs et Mesdames, la très sympathique représentation : c'est justice. Les cités antiques n'allaient-elles pas , chaque année, couronner de fleurs les fontaines publiques qui les rafraîchissaient et les désaltéraient ?
Je commencerai, s'il vous plaît, par féliciter brièvement ceux des nôtres qui sont sortis victorieux de la bataille électorale du mois d'août, où ils luttaient à armes bien inégales pourtant. Cette fois c'est un de nos plus distingués professeurs de la Faculté des Sciences qui fait son entrée, par une belle porte, au Conseil général du Nord, où il retrouve plusieurs de nos anciens et meilleurs étudiants de la Médecine et du Droit. Le premier acte de M. le conseiller général Maurice fut d'y défendre, contre la plus cruelle des oppressions, la liberté que doit avoir l'indigent assisté de choisir son médecin et celui de sa famille. L'odieuse exclusion du médecin catholique fut maintenue provisoirement : c'était prévu. Mais, pour son début, M. Maurice peut se flatter d'avoir eu les deux plus nobles clientes qui se puissent rêver, la liberté et la charité; en même temps qu'une troisième, qui ne lui est pas moins redevable et qui l'en remercie : la Faculté de Médecine de l'Université catholique de Lille.
Il serait donc inutile de se le dissimuler : de ce côté aussi, l'aveugle flot de haine déchaîné contre nous monte, monte toujours. C'est ce même Conseil général qui, dans sa session d'avril, émit, à quelques voix de majorité, le vœu de la suppression pure et simple de nos Facultés. C'était plus radical et plus commode. J'ai écrit alors, dans notre Revue mensuelle, mon douloureux étonnement d'une telle méconnaissance de l'honneur et même des intérêts matériels de la région, dans un corps qui fut, et qui devrait être encore présentement, la plus haute représentation de l'esprit et de la conscience du
L'ENCYCLIQUE PASCENDI. 475
département. Je terminais ainsi : « En d'autres temps, ce même Conseil général du Nord, qui en veut aujourd'hui à notre existence, nous eût voté des actions de grâces pour trente années de services gratuits et de bienfaits. Notre récompense est ailleurs. Et toutefois ce vote d'ingratitude et de haine n'est pas sans nous apporter un sentiment de tristesse : la tristesse de voir ainsi outrageusement méconnue, repoussée, l'œuvre de science et de foi, de liberté et de progrès, de charité aussi, de moralité et de salut, que Dieu nous a fait la grâce d'entreprendre et d'accomplir, et qu'il nous fera, j'espère, celle de continuer encore, auprès de la jeunesse de ce pays, que nous aimons » (1).
Et cependant notre droit d'exister, d'enseigner, de posséder, de répandre la lumière et de faire du bien, vient d'être, sur un terrain de première importance, judiciairement confirmé. Vous le savez, Messieurs : après trente années de vexations, de chicanes, de procès sur procès, devant toutes les juridictions, récemment, 11 juin 1907, un Arrêt de la Cour de cassation, rejetant le pourvoi de nos adversaires, assurait définitivement à notre Faculté de Médecine la jouissance de son pavillon de l'aile droite, à l'hôpital de la Charité, conformément à notre traité de 1876. C'était, dans cette affaire, le troisième jugement qui nous était favorable. Et, après Me Théry, deux fois gagnant à Lille, puis à Douai, c'est aujourd'hui, à Paris, Mes Chabrol et Hannotin, nos avocats en Cour de cassation, que nous avons à remercier.
La cassation qu'elle vient d'opérer est celle du fil menaçant qui, depuis longtemps tenait suspendu sur nos tètes le glaive de la justice; fil peu solide sans doute et glaive peu d'aplomb puisqu'il est venu tomber non sur nous, mais à côté de nous, sur la tête de ceux-là mêmes qui l'y avaient attaché. « Notre vie, notre âme, dit le
(1) V. Revue des Facultés catholique.- de Lille : Les I- acuités catholiques de Lille devant le conseil général du Nord, avril 1907.
psaume, s'est tirée de là comme f oiseau; les lacs se sont rompus, et nous voici délivrés. » Nous confessons en avoir reçu un grand soulagement; c'est donc en pleine sécurité que nous allons pouvoir reprendre notre envolée! Mais nous n'en avons conçu nul orgueil, orand Dieu, ni nous n'en garderons aucun ressentiment aux adversaires peu généreux à qui nous n'avions jamais demandé que la concorde dans la paix.
Les assauts qui nous sont livrés, et ceux qui nous menacent, nous rendent d'autant plus précieuses les alliances qui viennent à nous. A la fin du mois d'août, l'Association générale des Collèges catholiques, s'étendant à toute la France sous le nom d'Alliance des Maisons d'éducation chrétienne, nous faisait l'honneur et le plaisir de venir tenir chez nous, dans nos établisements, son trentième Congrès annuel. C'étaient cent cinquante maîtres de l'enseignement secondaire, supérieurs, directeurs, professeurs, venus detousles points du territoire français, qu'il nous fut donné de recevoir et d'entendre. Difficilement imaginerait-on une assemblée de prêtres plus choisie, plus cultivée et plus autorisée que celle-là. Et en quel temps réunie, pour quelles résolutions, en face de quel lendemain! « C'est un conseil d'état-major, leur disais-je en les recevant, tenu par une garnison assiégée, dans une place de frontière, en face des tentes ennemies, sur une brèche déjà ouverte, à la veille d'un suprême assaut. »
Nous les accueillîmes comme des frères, je leur parlai comme un vieux frère. Vous, Monseigneur, vous leur parlâtes comme un père, avec une autorité de doctrine et de langage qui vous les conquit irrévocablement; ce fut l'événement de ces journées. Le programme de leur Congrès de Lille portait en tète : Les Instituts catholiques et l'Enseignement secondaire libre : leurs rapports. ( l'était un traité d'alliance qui nous était proposé, et proposé entièrement à notre avantage, puisque ces maîtres éclairés et zélés de la jeunesse chrétienne faisaient leur propre affaire de promouvoir chez eux l'œuvre du
L'ENCYCLIQUE PASCENDI. 477
recrutement de notre Faculté libre de Médecine et de Pharmacie. Je pouvais donc leur dire, dès le matin de l'ouverture : « Si nous formons ici des médecins chrétiens, au prix d'immenses sacrifices, c'est pour les mettre au service de la France entière. Or vous, les représentants de l'Enseignement secondaire dans toute la France catholique, voici que vous nous protestez, dans un pacte solennel, de votre résolution d'en étendre le bienfait, par une propagande active, sur tout le pays français : Messieurs, nous vous en remercions (1). »
Il n'est pas qu'à ces travaux et dans ces luttes, plusieurs des nôtres n'aient usé leurs forces, et d'autres môme laissé leur vie. L'année académique qui s'achève a eu ses morts et ses départs. Souffrez, Messieurs, que ce soit premièrement à une femme éminente que s'adressent notre regret et notre reconnaissance. Il n'est pas possible que l'Université ne paie son tribut d'admiration à la mémoire humble et grande de la Mère Saint-Paul, de la Congrégation des Sœurs Franciscaines de la Propagation de la Foi, fondatrice et supérieure de la Maison des Incurables et de l'Hôpital des Enfants, nos annexes, qui fut rappelée à Dieu, le 14 avril de la présente année. Deux mille malades ou idiotes hospitalisées, en trente ans, dans la première de ces deux maisons; et, dans la seconde, en vingt-cinq années, quatre mille cinq cents enfants hospitalisés, et deux cent sept mille consultations gratuites : telle est l'œuvre de charité à laquelle a présidé, depuis près de trente ans, la sainte et vraiment extraordinaire servante de Dieu, qui en avait reçu de Lui l'inspiration et le courage. Mesdames, si vous n'avez pas visité l'Asile des femmes incurables, et particulièrement le quartier des idiotes, vous ne connaissez pas
(1) V. Revue des Facultés catholique? : Ouverture du Congrès de l Alliance, septembre 1907.
i7S DISCOURS DE RENTRÉE 1907.
les dernières extrémités de l'infirmité humaine. Si vous n'avez pas vu à cette œuvre les Sœurs franciscaines de la Mère Saint-Paul, vous ne connaissez pas le sublime faîte de la charité divine.
Mais il y a quelque chose d'encore plus extraordinaire que son œuvre, c'est sa vie visiblement marquée du signe des conduites célestes. 11 y a des histoires dans lesquelles on devine, on croit sentir la main de Dieu; dans sa vie, à elle, on ne la sent pas seulement, cette main, on la touche. Lorsque, dans la première année de notre existence, l S 7 ~ , la pauvre Sœur mendiante nous vint de Lyon, c'était par un chemin semé de miracles que le Ciel nous l'envoyait, expressément pour une œuvre de miséricorde en l'honneur des Cinq-Plaies de Jésus-crucifié. En la voyant, la digne4 fdle de Saint-François, eonsacrée, immolée, durant toute sa vie, à ce culte austère du crucilix dans la personne des infirmes, n'est-on pas tenté de lui appliquer aujourd'hui cette belle parole du Père de Ravignan expirant le jour même où l'Eglise célèbre la fête de ces Plaies adorables : « O la belle porte que celle-là pour entrer en Paradis 1) î »
LJn mot d'adieu et de regret a M, l'abbé Boddaert, pendant onze ans directeur de notre maison de famille Saint-Louis, mort le 14 février 1907. C'était une intelligence de philosophe, il en avait professé la science avec amour. C'était une imagination de poète et d'artiste, il excellait dans l'art et le savoir musical, qui le passionnait. C'était un cœur de père pour ses étudiants, dont il s'était fait des amis. C'était avant tout une Ame de prêtre; et c'eût été une âme de pasteur pour la paroisse à laquelle il venait d'être envoyé pour sa santé. Mais à peine, hélas ! fut-il montré à ses ouailles que le mal qui le minait sourdement nous le ramena à Saint-Camille, diminue. •\ ténue, pour y languir quelques jours, et puis mourir.
I; V. Revue des Facultés catholiques à Lille, notre Notice sur La mère Saint-Paul, juin 1907.
L'ENCYCLIQUE PASCFXDI. 479
Que le Roi des anges et des saints qu'il a chanté lui donne place avec eux, parmi les harmonies éternelles!
D'autres, parmi nos collègues, ont senti peser sur leurs trente années de service le poids du temps et de la fatigue. — Je salue dans sa retraite urbaine M. le Dr Eustache qui, dans une brochure quasi-testamentaire sur La Maternité Sainte-Anne, nous laisse le tableau abrégé de ses bons et longs travaux pour la fondation et la direction de cet établissement. — Je salue, dans son grandiose hôpital rural de Marquette, M. le DT Bouchaud, médecin en chef de l'Asile des aliénés de Lommelet, que nous conservons encore à notre dispensaire Saint-Raphaël, mais qui se retire de l'enseignement. Il a désiré se renfermer, se cloîtrer, dirais-je, dans la grande maison de santé qui lui doit tant, pour y être de plus en plus, entre la science et la charité, ces compagnes de toute sa vie, tel que nous l'avons aimé et vénéré depuis trente ans : un religieux laïque dans l'ordre de Saint-Jean de Dieu.
Que soit salué aussi dans sa retraite lorraine de Mantauville, M. le professeur Charaux, mon ancien frère d'armes au service des Lettres, le dernier qui restait de notre enrôlement de 1877. Ce n'est pas sans déchirement, je le sais, qu'il s'est arraché à ses études et surtout à ses étudiants, ses vrais fils, devenus hélas! ses seuls fils, pour aller chercher là bas, au lieu de son berceau, et près de tombes récentes, entre Dieu et ses livres, ce qui seul peut encore sinon charmer la vie, du moins consoler de vivre.
Enfin je salue, dans son charitable et religieux exil de Belgique, M. le chanoine Chabé, supérieur de notre séminaire académique où, pendant cinq années, il s'est efforcé de jeter nos jeunes clercs dans le bon vieux moule ecclésiastique, tel que celui, solide et pur, d'où sont sorties précédemment les générations saines et saintes du clergé diocésain de Cambrai.
MM. Eustache, Bouchaud et Charaux ont été nommés par le Conseil supérieur professeurs honoraires de leurs Facultés respectives.
M. le supérieur Chabé est remplacé, au même titre, par M. le chanoine Lenotte. M. Eustache est remplacé dans sa clinique et son enseignement par M. le Dr Delassus. M. Bouchaud est remplacé à la Pathologie interne par M. le Dr Lavrand. M. Charaux a pour successeur, dans notre première chaire de Littérature française. M. le professeur Lecigne. Enfin, à la Faculté de Droit, nous sommes heureux de proclamer la promotion au titulariat de M. Alexandre Cavrois de Saternault, et à la Faculté des Sciences, celle de M. le Pc d'Adhémar : autant de noms. Messieurs, distingués par de beaux travaux, recommandés par de bons services, présentés au choix par le suffrage de leurs Facultés et celui du Sénat académique, lequel fut sanctionné et consacré par la suprême décision et nomination du Conseil supérieur, en sa dernière séance.
Maintenant élevons-nous. Le grand et capital événement de Tannée présente pour l'Eglise universelle et en particulier pour nos Facultés, a été la récente et très grave Encyclique Pascendi dominici gregis, sur les doctrines modernistes.
Lorsque, Monseigneur, un des premiers en France, vous en adressâtes au Saint-Père votre adhésion reconnaissante et celle de votre clergé, vous nous fîtes le grand honneur d'y associer nommément les Facultés de Lille; et cela en des termes qui témoignaient de notre entière union d'esprit à nos premiers pasteurs et au Pasteur suprême : « Le vénérable archevêque de Cambrai et son Coadjuteur, disiez-vous, ainsi que le clergé et les fidèles de ce grand diocèse, ont été bien consolés en constatant que, grâce à l'esprit si romain et à la science si profonde des professeurs de notre Université catholique de Lille et des séminaires diocésains, ils avaient eu l'heureux privilège de pouvoir obéir à vos augustes prescriptions, avant même qu'elles ne fussent énoncées. » Présentement,
L'ENCYCLIQUE PASCENDI. 481
Messieurs, le jour est venu pour nous d'adhérer personnellement, de remercier fîlialement et de professer hautement ce que nous croyons fermement. Et comment, nous qui ne sommes pas seulement des soumis du lendemain, mais des convaincus delà veille, comment ne saluerions-nous pas avec allégresse la main libératrice qui, d'un grand geste, vient, elle aussi, de séparer la lumière des ténèbres, et de refouler dans l'ombre ce naturalisme brumeux et délétère qui est bien le plus effroyable péril de l'heure présente, déjà si noire par ailleurs?
Je ne sache pas, dirai-je préliminairement, je ne sache pas que le Bullaire pontifical possède un autre document doctrinal de cette magistrale ampleur. Un Evêque a écrit de lui : « Peu de pages, plus pleines, plus vivantes, plus substantielles, plus « modernes » d'allure, plus fortes de discussion, plus belles en un mot, ornent la littérature ecclésiastique des temps passés, pour l'édification et l'illumination des pasteurs et des peuples. La pensée tressaillante et toute en énergie court à travers ces phrases sacrées, dédaigneuses de l'ornement et du convenu. Seule, toute seule, radieuse, y brille la vérité, la vérité pleine. C'est du soleil, c'est de la foudre; comme le soleil, elle éclaire ; comme la foudre elle frappe. C'est bien ainsi que je me représente la parole du Vicaire et organe de Jésus-Christ, Verbe de Dieu (1). »
La Lettre est longue, elle devait l'être. Ils alléguaient, ces dissidents, qu'ils n'étaient pas compris, et qu'on ne les condamnait que faute de les avoir entendus. Et voici que chacune de leurs aberrations est nommée à son rang, appelée à son tour, et mise en jugement, dans un exposé sommaire où, prenant à partie le philosophe, le théologien, l'exégète, l'historien, l'apologiste et le réformateur, la forte main qui les étreint ne lâche plus le Protée aux mille formes qu'elle ne lui ait arraché son déguisement et extorqué ses secrets.
(1) M*" Touchet, évoque d'Orléans.
De plus, ces doctrines nouvelles, subrepticement et séparément introduites dans l'Eglise, on les disait à cause de cela insaisissables, étant diffuses comme le brouillard et obscures comme lui. Et voici que l'Encyclique les condense pour en composer une somme, un corps, dont toutes les parties rapprochées forment un ensemble dont l'aspect général révèle à la fois l'énormité et le péril. Ce péril, dès le seuil, l'Encyclique l'a vu; et de là, ce cri d'alarme, qui, par son accent, rappelle celui des prophètes antiques : « Eh quoi, je me tairais! Non, c'est assez longtemps avoir attendu. Tarder serait trahir mon devoir le plus sacré. Et il n'est que temps de montrer ces hommes tels qu'ils sont ! »
Ce qu'ils sont, le Pontife le proclame hautement. Eux. les rationalistes, ils sont premièrement les démolisseurs de la raison, laquelle ils emprisonnent dans cette philosophie de sous-sol, basse et étroite, sans regard permis vers le ciel, qu'ils nomment V agnosticisme. L'agnosticisme, c'est-à-dire l'ignorance systématique, impérative, irrémédiable du monde suprasensible; dressant entre ce monde et le nùtre cette infranchissable barrière de « l'Inconnaissable », de laquelle Littré disait, dans une page célèbre : « Tout ce qui est au delà de la science des phénomènes est absolument inaccessible à l'esprit humain. C'est un océan qui vient battre notre rive, mai> pour lequel nous n'avons ni conque, ni voiles. »
« Inconnaissable » : c'était décréter la raison d'impuissance radicale, même pour la connaissance naturelle de Dieu. — « Inconnaissable » : c'était rejeter la Révélation, ce télescope de la raison, cette longue vue divinement prêtée à la mvopie humaine pour lui découvrir et ouvrir, par delà l'horizon terrestre, le champ infini des cieux. — « Ni conque ni voiles » : c'était oublier ou dédaigner cette conque, cette barque des bords du lac de Génézaret li d'où le Révélateur divin dévoilait aux hommes le mystère du royaume des cieux. Et 1' « Incognoscible », qu'était-ce sous la plume alors aveuglée de Littré, sinon l'anonymat de ce De us absconditus qui plus tard devait
L'ENCYCLIQUE PASCENDI. 483
se révéler à lui miséricordieusement, et sous le baptême duquel le vieux Sicambre converti devait finir par courber docilement son front ?
De la diminutio capitis de la raison, l'agnosticisme arrive de plain pied à l'élimination de la religion. Pour la philosophie de l'Inconnaissable, nulle réalité n'existant en dehors des phénomènes, c'est à des phénomènes, phénomènes de nature ou phénomènes de conscience, que se ramènera la religion tout entière. Tel est tout le système. Ne pouvant vous faire entrer dans l'inextricable dédale de ses déductions, c'est du moins la clef que je vous en livre. Et, au surplus, les exemples et définitions que je pourrais en produire ne varieraient guère le spectacle. C'est le spectacle, assurément bien nouveau, d'une religion de laquelle on a entièrement soutiré le surnaturel, lequel cependant en est l'essence même; comme qui dirait un corps absolument exsangue à qui nonobstant on demanderait de vivre. Religion, Révélation, Inspiration, Tradition, Foi, Dogmes, Mystères, et Sacrements ont pris, dans la langue du modernisme, un sens tout humain et tout subjectif, subordonnés qu'ils sont et de fait et de droit aux fluctuations de la conscience intime, à la variabilité des milieux ambiants, et au progrès indéfini de la pensée humaine. C'est le domaine de la croyance, de beaucoup inférieur à celui de la science, et assujetti à elle magistère suprême, comme l'Eglise est assujettie à l'État, magistrature souveraine. En un mot, c'est partout l'humanité et la nature, mises à la place de Dieu. Mais que dis-je ? Dieu lui-même < i^t bien près de n'être plus que le Dieu-nature et le Dieuhumanité. La notion exacte du Dieu véritable, vivant et personnel, s'évapore et disparaît dans le nuage des abstractions panthéistiques et subtilités byzantines dont l'enveloppe l'athéisme conscient ou inconscient de la moderne, Ecole.
Du moins, l'adorable personne de Notre -Seigneur Jésus-Christ aura-t-elle échappé à ces mains sacrilèges ? Non plus : l'Evangile est déchiré. Les miracles en sont cfîncés. La nature, la naissance, la résurrection du Christ,
-iS4 DISCOURS DE RENTREE 1907.
sa parole, ses actes, son caractère sont descendus au niveau des conceptions historiques communes à son milieu et à son temps. En un mot, le nimbe divin qui enveloppait son front a été effacé, et la céleste figure s'est vue ramenée à la réalité tout humaine d'une personne exquise, supérieure il est vrai : mais rien de plus. Ainsi, comme il n'y avait plus de christianisme, de même il n'y a plus de Christ. Et l'âme chrétienne s'en va, éplorée, éperdue, se disant, comme Madeleine, devant un sépulcre vide : « Ils m'ont pris mon Maître, et je ne sais ce qu'ils en ont fait! »
Gomment en sont-ils venus là? En vertu de certaines lois préconçues de critiques forgées à priori pour la justification de leurs hardiesses impies : « En vérité, s'écrie le Saint-Père, on est saisi de stupeur, en présence d'une telle audace d'assertions, d'une telle aisance dans le blasphème! » Et ailleurs, se demandant quel nom collectif il va donner à ce syncrétisme universel de « divagations » : « Personne, dit-il, ne s'étonnera si nous le définissons le rendez-vous de toutes les hérésies « omnium hereseon conlectum esse definimus ». Et il l'appelle finalement « la ruine non seulement de la religion, mais de toute religion ».
Cependant la plus vive douleur du Pontife et du Père est de voir la contagion pénétrer jusque dans le sanctuaire : « Tel est, écrit-il, le péril du dedans, plus redoutable que celui du dehors. » Non point qu'il y ait là ce qu'on s'est trop hâté d'appeler une « crise du catholicisme ». Le catholicisme intégral, très compact, très serré autour de son Chef, ne traverse pas de crise. La crise n'existe que dans la tête superbe et troublée d'une petite école d'hypercritiques dont l'Encyclique nous dénonce les subterfuges hypocrites avec indignation. Et, si, cette indignation, vous la trouvez trop vive, souvenezvous. Messieurs, de la véhémence de Bossuet, au sujet de Richard Simon, un moderniste de son temps : « Et l'on ne veut pas, dit le grand Evoque, et l'on ne veut pas que je m'élève contre un critique orgueilleux
L'ENCYCLIQUE PASCENDL 485
qui, dans le sein de l'Église, sous le titre du sacerdoce, et à la face de l'univers, par des principes qu'il sème deçà delà, mais dont la suite est manifeste, vient mettre l'indifférence, c'est-à-dire l'impiété, sur le trône. » Et ailleurs, dans une lettre sur le même sujet : « Il y va de tout pour la religion! » écrit prophétiquement le grand homme (1).
Aux grands maux les grands Remèdes. Or, c'est à nous, après NN. SS. les évêques, à nous recteurs des Universités et supérieurs de séminaires que, pour parer au péril, Pie X prescrit les mesures préventives particulièrement énergiques, que j'ai pareillement le devoir de vous faire connaître. « Nous ne devons, nous commande l'Encyclique avec insistance, nous ne devons ni introduire, ni maintenir dans notre corps enseignant qui que ce soit qui par sa doctrine, sa parole, ses écrits, ses critiques, ses accointances, se serait déclaré le partisan et, à plus forte raison, le fauteur, le zélateur et le propagateur de ces nouveautés dangereuses. » Cette charge de mon ministère auprès de vous, Messieurs et honorés collègues, j'aime à reconnaître d'abord que l'orthodoxie caractéristique de notre Institut me l'a singulièrement allégée jusqu'à présent : vous continuerez à me la rendre légère. Quant à ce qu'ajoute le Saint-Père, en finissant : « Forts de votre conscience, agissez en tout prudemment et fermement », c'est une conduite dont j'ai reçu l'exemple de Vos Grandeurs, Messeigneurs, et je m'en souviendrai. »
Il est une autre prohibition qui, celle-là, concerne les étudiants comme les maîtres. C'est « la défense formelle aux prêtres et aux clercs inscrits dans les Universités ou Instituts catholiques, de suivre pour les matières qui y sont enseignées les cours et leçons des Universités civiles ». Vous savez, Messieurs, que d'avance nous nous
(1) Lettre de Bossuet à L'abbé Girot, 28 mai 1702.
sommes fait de cette abstention une loi strictement observée depuis notre origine. De ce qui se fait ailleurs, à titre de tolérance et d'exception, nous ne sommes pas juges : je m'en suis expliqué longuement dans notre Revue. Mais préalablement je m'étais assuré, pour notre propre compte, que le Décret ministériel du 8 juillet dernier, continuant et reproduisant simplement celui du 31 décembre 1894, n'aggravait en rien nos obligations vis-à-vis des cours des Facultés de TEtat. Notre réponse à cet égard demeure donc celle-ci que Fan dernier, sous le titre « d'Abdication des Instituts catholiques », j'adressai aux insinuations et avances d'une Revue lamentablement moderniste, Demain : « Jusqu'à nouvel ordre, disionsnous, nous demeurerons fidèles à notre premier programme, qui est aussi notre principale raison d'être : l'Enseignement chrétien, donné par des chrétiens, afin de l'être chrétiennement. Nous ne descendrons donc pas de cet idéal, conçu par les illustres promoteurs de la loi de 1875, voulu par les familles, béni par le Saint-Siège, soutenu par nos évêques, réalisé autant que possible sur notre frontière du Nord, malgré toutes les dilhcultés et à Fencontre de toutes les oppositions, au prix d'efforts et de sacrifices, lesquels en définitive ne seront pas perdus, si, à ce prix, nous servons la science et la foi, l'Eglise de Jésus-Christ, et l'âme de nos fils (1). »
C'est bien ainsi du reste que l'entendent et le demandent ces chers fils eux-mêmes et leurs catholiques familles. Nous cm avons un témoignage éclatant dans notre rentrée de cette année. Elle n'est pas seulement nombreuse, très nombreuse, elle est débordante. Nos trois maisons de famille et le séminaire académique sont remplis à ce point que nous avons le regret d'y refuser des places. Or j'estime qu'en faisant ainsi, ces jeunes gens et leurs parents savent ce qu'ils veulent. Et je leur dois à eux l'honneur et à nous la satisfaction de penser que ce qu'ils sont
(1) V. notre article Les Instituts catholiques entre l'Encyclique Pascendi et le décret ministériel du 8 juillet. Revue des Facultés catholiques de Lille, octobre 1907.
L'ENCYCLIQUE PASCENDI. 487
venus chercher ici avec cet empressement, c'est bien l'enseignement chrétien, tel qu'ils savent qu'on l'y pratique , exclusivement chrétien.
Ils n'y trouveront pas moins l'enseignement scientifique complet et élevé dont l'Eglise et la papauté n'ont cessé d'être les inspiratrices et les dispensatrices dans l'Ecole. Et ceux-là sont des trompés ou des trompeurs qui s'en vont publiant que le Pape et l'Eglise viennent d'anathématiser la science. Ce que l'Eglise vient de condamner — et cette distinction est capitale — ce n'est pas la science, loin de là, c'est la philosophie parasite qui s'attache à elle, comme une plante vénéneuse à un grand arbre dont elle revendique indûment comme siens les merveilleux fruits. La science est faite d'observation et de faits prouvés et certains. La philosophie est faite de conceptions, d'hypothèses et de déductions personnelles; desquelles la plus erronée comme la plus pernicieuse aujourd'hui est l'idée fixe, préconçue, voulue et affichée de se passer de Dieu. Or il n'y a rien qui soit plus antiscientifique que l'apriorisme. Car comment appeler d'un autre nom cette aveuglante et violente préoccupation d'athéisme? « Le plus grand dérèglement de l'esprit, écrit Bossuet, est de croire d'avance les choses parce qu'on veut qu'elles soient. » C'est une chaîne au pied. En dépit de son nom, la libre pensée n'est donc pas libre : elle traîne cette chaîne. Et ce que fait l'Eglise, ce qu'elle vient de s'efforcer de faire dans l'Encyclique, c'est de briser cette entrave, d'en dégager la science pure pour la rendre à elle-même, à ses principes, à sa droiture, à sa méthode, la remettant à la fois et dans sa vérité et dans sa liberté !
Telle sera notre tâche, Messieurs, notre très belle tâvhe : celle de restituer à la science une philosophie vraie, qui, elle, ne lui attache pas une chaîne, mais qui lui prête des ailes ; la faisant remonter ainsi à son premier principe, par un chemin de lumière tracé par les plus grands savants et croyants de tous les âges.
Nous sommes à cette œuvre, Messieurs, chacun dans la mesure de nos forces, et selon la diversité des talents. Tout récemment l'un des nôtres, M. le doyen Witz, déjà président de la Société scientifique de Bruxelles, était nommé membre correspondant de L'Institut : voilà pour les sciences physiques. Pour la linguistique et l'herméneutique sacrée, M. le doyen Pannier vient de publier, en un grand et beau volume, la Traduction des psaumes sur le texte hébreu, vaste travail de dix années studieuses, œuvre de science et de conscience dont il sera reparlé par des maîtres d'une autorité et d'une compétence bien autre que la mienne, mais que j'ai tenu à honneur de vous présenter le premier. Je sais encore de très importants travaux de philosophie, de littérature, d'histoire, présentement sous presse, qui promettent à leurs auteurs de belles couronnes, si le bonnet de docteur en est une.
Quant à nos chers étudiants, à leurs succès constants qui vous seront tout à l'heure dénombrés et proclamés, je ne trouve pas, pour les féliciter de cette riche moisson, de paroles plus suaves que celles-ci du vieux patriarche aveugle Isaac à son fils Jacob, quand faisant approcher le jeune homme, réjoui de la douce senteur qui s'échappait de ses vêtements, le vieillard l'embrasse et le bénit, disant : « Mon fils est un champ que le Seigneur a béni et rempli de ses dons; le parfum qui s'en exhale est celui du blé en Heur. »
Le travail donc, le travail scientifique, le travail individuel sans doute, mais aussi le travail associé. C'est à l'associer universellement que le Saint-Siège vient de pourvoir par une institution destinée à grouper les plus notables entre les savants catholiques, et ayant sa tête à Rome, où elle a déjà reçu un commencement d'organisation. Telle est l'œuvre à laquelle le Saint-Père nous demande finalement de collaborer et de contribuer, dans ces termes qui s'adressent à tous les cœurs chrétiens :
L'ENCYCLIQUE PASCENDl. 489
« Plaise à Dieu, dit-il, que nous puissions réaliser ce dessein, avec le concours de tous ceux qui ont l'amour sincère de l'Eglise de Jésus-Christ. »
A l'annonce d'un projet que déjà. Monseigneur, vous aviez prévenu de vos désirs, et même de vos démarches, Votre Grandeur, dans une Lettre à son Eminence le Cardinal Rampolla, président de cette Association, s'est empressé d'y applaudir « comme à un véritable événement, y dites-vous, capable d'imprimer une direction puissante à la pensée contemporaine ». Conséquemment vous briguiez l'houneur de vous y associer, tant en votre nom, ajoutiez-vous, qu'au nom de l'Université catholique de Lille. L'Université catholique de Lille se déclare aujourd'hui doublement heureuse et fîère de contresigner l'engagement pris en son nom par son Pasteur répondant à l'appel du Pasteur suprême. Aussi bien notre sol est prêt pour cet ensemencement. Déjà deux fois, parmi nous, un groupement scientifique analogue avait été sinon formé, du moins essayé ou proposé à nos Congrès régionaux, dans des rapports présentés par deux hommes éminents : un prêtre, plus tard secrétaire général de nos Facultés. M'r Dehaisnes, dès 1874 et 1876; puis un de nos professeurs doyens les plus distingués, M. Amédée de Margerie, 1877. Celui-ci prévenait dès lors et appelait l'initiative de Mpr d'Hulst, dans la création des Congrès scientifiques internationaux, auxquels le nom de l'illustre prélat demeure attaché.
C'est une croisade scientifique que Pie X vient de prêcher. Au temps d'autres croisades, avant d'entrer en campagne, ou même sur le champ de bataille, il arrivait que le prince qui les commandait choisissait quelques-uns de ses meilleurs gentilshommes, pour les armer chevaliers. Il les prenait parmi les plus nobles, les plus fidèles, les plus instruits ès-choses d'armes, les plus dévots à Dieu et féaux à leur suzerain. Puis, un jour, après la célébration de la messe du Saint-Esprit, ayant reçu leur serment, le prince prenait sur l'autel l'épée bénite dont il ceignait leurs reins; après quoi il leur donnait frater-
nellement l'accolade. Le rit était accompli, ce Au nom de Dieu, de Saint-Michel et de Saint-Georges », ces preux étaient faits chevaliers.
Pie X vient de conférer un honneur semblable à trois de nos frères d'armes. Les mérites, les vertus, les services que je viens de dire, sa Paternité les a distingués dans trois de ses meilleurs fidèles, grands et loyaux serviteurs de notre université; et elle les a jugés dignes, très dignes, de chausser l'éperon d'or. M. Ernest BondueL membre de notre conseil d'administration, membre très éclairé et très actif de notre commission permanente; Messieurs les docteurs Hubert Lavrandet Léon Dcrville, professeurs insignes à notre Faculté de Médecine, hôpitaux et dispensaires, reçoivent de Sa Sainteté Pie X glorieusement régnant, le titre, la dignité et la décoration de Chevaliers de Saint-Grégoire-le-Grand.
Maintenant honneur et action de in-âces au Pontife
suprême! Quis nos separabit? L'ardent défi que Paul adressait ainsi à toute créature, à la Iribulation, à la persécution, à la pauvreté, à la faim, à la spoliation, au glaive, à la vie et à la mort, de le séparer de la charité de Jésus-Christ, permettez qu'en terminant, en notre nom à tous, j'en fasse la formule de notre indomptable fidélité, de notre amour, de notre soumission et de notre reconnaissance envers l'auguste Pontife qui le représente sur terre, par son autorité, ses vertus, ses souffrances; et, qu'avec Paul encore, je vous en dise ma certitude, vertus sum enim : Jamais cette séparation-là ne se fera en France; jamais à Lille : Quis nos separabit?
A la mémoire de M. le doyen de Vareilles Inauguration solennelle de son buste.
Le dimanche 9 juin 1907, la Faculté de Droit célébrait sa fête annuelle en inaugurant le buste de son fondateur et ancien doyen, M. le marquis de Vareilles-Sommières. Ce buste en bronze, offert à la Faculté par une souscription des Professeurs et anciens Étudiants en Droit, est un beau morceau d'art, dû au ciseau de M. Merculiano, statuaire napolitain.
Pour cette solennité extraordinaire, les Universités catholiques de Paris, d'Angers, de Lyon, avaient envoyé leurs représentants.
Mgr Baudrillart, l'éminent recteur de l'Institut catholique de Paris, s'y était rendu avec M. Chobert, Clotet, Rubat de Nérac, professeurs de la Faculté libre de Droit; une délégation de six étudiants en droit les accompagnait.
M. Gavouyère, doyen, et M. le professeur Baugas, représentaient la Faculté catholique de Droit d'Angers, MM. les Professeurs Boucau et Auguste Rivet celle de Lyon.
A onze heures et demie, dans la chapelle supérieure de l'Hôtel Académique, une messe fut célébrée parMgrle recteur de Lille, en présence de la famille de M. le marquis de Vareilles, des professeurs de La Faculté de Droit, en costume, et d'une nombreuse assistance d'amis, d'étudiants, et d'anciens étudiants.
Après la messe, le cortège se forma, précédé des drapeaux des associations provinciales d'Etudiants, et se rendit dans les Jardins de l'Hôtel académique, devant le perron central, où sur une estrade décorée avec goût était exposé le buste de M. de Vareilles, dominant l'assistance.
Après un morceau de musique, exécuté par l'orchestre des étudiants, M. Jaspar, président du Comité de souscription se