‹ Vingt années de vie africaineChapitre 16 sur 18 · AS^'A:' VI · texte numérisé non relu

AS^'A:' VI

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m'introduit dans son borna, fait de onze huttes disposées en carré, laissant au centre un espace libre et entourées d'une palissade de bambou. Baluba d'origine, il relève du chef Bakuba Lukuengé, à qui il paye tribut. Après m'avoir donné quelques renseignements, il m'annonce sa visite pour le lendemain. En effet, il vient visiter le vapeur et manifeste son profond étonnement, en se tapotant la bouche ouverte. Lorsque nous nous remettons en route, plus de trois cents indigènes nous regardent partir.

Nous stoppons à notre camp du 29 juin, près de la résidence du chef Barito, et je prends aussitôt le chemin qui conduit au village. Ce sentier serpente sur la pente douce d'une colline en pleine forêt, et aboutit à un vaste plateau argileux, tapissé d'une herbe courte et planté d'arbres rabougris avec des termitières hautes de plusieurs mètres. Ce n'est qu'après trois quarts d'heure de marche que j'arrive au village de Maba, qui ne compte que soixante-cinq huttes.

Le chef Barito me reçoit sous un hangar, où une de ses femmes est occupée à tisser une de ces belles étoffes qu'on ne trouve que dans la région du Sankuru. Notre entretien est très cordial et, lorsque je regagne le Roi des Belges, plus de cinquante naturels m'escortent.

Nous continuons à descendre la rivière jusqu'à son confluent. Je désirais savoir si, à cet endroit, le Sankuru formait un delta. Cette fois, nous longeons la rive gauche, ce qui me permet de constater qu'à la saison des basses eaux du moins, le Sankuru ne s'écoule dans le Kassaï que par un seul bras.

Je tire quelques hippopotames et, pendant le temps qu'on les dépèce, je m'amuse, à la stupéfaction des indigènes accourus pour avoir leur part, à abattre successivement dix-sept éperviers qui venaient planer au-dessus de nos têtes, attirés par l'odeur de la viande étalée sur un large banc de sable.

Nos hommes sont en liesse.

Le Kvrango et la D}uma-K\srilu.

Notre steamer a, jusqu'à présent, parcouru les rivières débouchant sur la rive droite du Kassaï, ainsi que leurs tributaires : le Mfini, le lac Léopold II et la Lukenie, puis le Sankuru et le Lubefu. Nous ne regagnerons Léopoldville qu'après avoir, pour compléter la reconnaissance du bassin, remonté la Lulua jusqu'à Luebo une seconde fois, et ensuite le Kwango avec son affluent, la Djuma-Kwilu.

Le 4 août, nous commençons donc à remonter le Kassaï entre l'embouchure du Sankuru et celle de la Lulua.

Le Kassaï a ses rives montagneuses et boisées, et son lit parfois élargi par des îles, passe de quatre cents à cinq cents mètres à quatorze cents et quinze cents mètres. C'est une réunion de détroits et d'expansions, de promontoires et de larges baies. Le peu de profondeur du courant, les nombreux bancs de sable dont la teinte particulière et les rides des eaux indiquent seules la présence, rendent la navigation assez difficile.

Un peu plus loin, le Kassaï, mesurant environ deux kilomètres d'une rive à l'autre, forme un petit pool au milieu duquel s'étale une île. Puis, après un étranglement où le courant n'atteint plus que trois cents mètres, deux autres pools de dimensions analogues se succèdent, et alors le Kassaï reprend une largeur moyenne de huit cents mètres. Sur la rive gauche, nous apercevons une petite lagune, entourée de collines boisées, et communiquant avec le fleuve par un étroit canal dépourvu d'eau à cette saison.

Les hauteurs verdoyantes, qui bordent les deux rives, se retirent parfois vers l'intérieur et s'abaissent, du côté du fleuve, en terrains marécageux. Souvent aussi, elles se déchirent et laissent passer, par de profondes échancrures, des

sources ou des torrents, taris à cette époque de l'année. Mais la forêt, qui recouvre tout d'un immense manteau, nivelle, pour ainsi dire, les vallées et les hauteurs, et celles-ci semblent former un plateau continu. Les eaux ont baissé pendant notre voyage dans le Sankuru.

Cependant, le 8 août, nous réussissons à pénétrer dans la Lulua, bien que son confluent, large de deux cents mètres, soit encombré de nouveaux bancs de sable. Le cours de cette rivière est constamment divisé soit par un banc de sable, soit par une île. Nous atteignons bientôt un coude oii elle est complètement barrée, du côté de la rive droite, par une rangée de rochers et, du côté gauche, par un long banc de sable. La passe a vingt mètres de largeur sur six pieds de profondeur. x4.près avoir dépassé quelques gros rochers, dont les têtes grises émergent, nous apercevons la station de Luebo, qui est Je terme de cette deuxième excursion dans la Lulua.

Après avoir passé deux jours dans cette station, nous redescendons cette rivière, puis le Kassaï, dont les eaux ont considérablement baissé, sans autre incident que la mort tragique d'un de nos serviteurs dans les circonstances suivantes : Apercevant une cinquantaine d'éléphants à peu de distance de la rive, dans une de ces vastes savanes si fréquentes ici, nous ne pouvons résister au désir de leur donner la chasse. Un boy de quatorze à quinze ans se met, avec plusieurs Bangalas, à la poursuite d'un de ces pachydermes mortellement blessé. Soudain, l'animal rebrousse chemin, renverse le boy, l'enlève et, après lui avoir déchiré la figure et lui avoir traversé le corps d'une de ses énormes défenses, le Jette sur le sentier. Quelques instants après, le pauvre gamin rendait le dernier soupir.

Le 20 août, nous rencontrons et accostons le vapeur Stanley, qui se rend à Luebo. Après avoir passé un endroit difficile, oii le Kassaï est coupé de plusieurs lignes de rochers, nous péné-

trons dans le Kwango, qui se jette dans le Kassaï en formant un delta. A droite, à gauche et devant nous s'étendent de vastes plaines se terminant, dans le lointain, par des forêts entrecoupées de clairières.

Nous approchons d'un village. Une cinquantaine d'indigènes, habillés d'étoffes européennes et armés presque tous de fusils à silex, se tiennent près de la rive d'un air menaçant. L'un d'eux, qui semble être le chef, se détache du groupe et dépose ses armes sur le sol. Débarquant seul, je m'avance vers lui, lui tends la main et lui fais comprendre que nous venons en amis et qu'il ne doit avoir aucune crainte de notre présence. Bientôt l'entente est parfaite et nous échangeons des cadeaux. Ces naturels sont des Babiela. Leur village se nomme Bie et se compose de cinquante-deux huttes coniques, assez spacieuses, disparaissant presque entièrement dans les bouquets de bananiers.

Les rives du Kwango, bordées d'arbres et de buissons, sont toujours très basses. Le fleuve est large de 400 mètres et profond de 4 m. 50. A droite et à gauche apparaissent de nombreux petits villages, tantôt près des rives, tantôt perdus dans la plaine. En ce moment nous apercevons une vingtaine d'éléphants gravissant au pas une longue colline dont l'herbe est brûlée.

Le 21 août, nous arrivons au confluent de la Djuma. A première vue, il semble que celle-ci soit la rivière principale et le Kwango son affluent. A cet endroit, en effet, le cours de la Djuma, large d'environ 500 mètres, est libre, tandis que le Kwango est presque entièrement fermé par de nombreux bancs de sable, son seul canal navigable, celui que nous suivons, n'étant large que de 150 mètres.

Mais la vitesse du courant des deux rivières diffère beaucoup ; le Kwango roule ses eaux à raison de 3 3/4 milles par heure, tandis que celles de la Djuma ne font que 1 1/2 mille.

Sur la rive droite du Kwango, dans la plaine, s'élèvent les huttes de Baka. Là, nous sommes arrêtés par une ligne d'invisibles rochers que décèle seul le frémissement de l'eau. J'envoie en reconnaissance le capitaine avec le boat. A son retour, il m'affirme que la passe est dangereuse et que, si nous la franchissons, il nous sera impossible de redescendre.

Renonçant à aller plus loin, nous revenons au confluent de la Djuma, que nous entreprenons de remonter le 22 août.

Un peu en amont de son confluent, elle s'élargit. Des îles et des bancs de sable divisent son cours qui s'étend sur près d'un kilomètre. Ses rives basses et herbeuses, sont vraisemblablement submergées à la saison des pluies. Une ligne de forêt ferme l'horizon.

Comme nous accostons pour faire du bois, des indigènes s'approchent de nous. Ils ne sont pas tatoués et paraissent de caractère assez doux. Bien que leur langage soit pour nous presque incompréhensible, nous parvenons à savoir que la localité s'appelle Guma. Un peu plus loin s'élève un village plus important, entouré de champs de manioc et de maïs, et ombragé par des bananiers, des palmiers et d'autres grands arbres.

La rivière se rétrécit. Son cours libre d'îles et de bancs de sable ne mesure plus que trois cent cinquante mètres de largeur. Les rives sont tantôt couvertes de bois, tantôt formées par une vaste savane. Les villages sont assez fréquents et leurs habitants, qui appartiennent à la famille des Babala, sont petits et ne se tatouent pas. Leur coiffure consiste en deux tresses qui font le tour de la tête en passant derrière les oreilles, rappelant ainsi les bords relevés d'une calotte. Quelques-uns portent sur le chef un morceau de tissu d'herbes dont la pointe retombe sur le dos.

Un peu au delà du confluent de la Saia, qui mesure deux cents mètres de largeur, des îles divisent en plusieurs chenaux^

la rivière, qui perd son nom de Djuma et s'appelle à présent Kwilu.

Tout à coup nous voyons, à cinq cents mètres du bateau, un superbe éléphant se jeter à l'eau. Il nous a sans doute aperçu, car il nage rapidement ; parfois il disparaît complètement, parfois il ne laisse passer que le bout de la trompe ou sa tête et ses vastes oreilles. Il gravit la berge d'une île et se cache dans les massifs boisés avant que nous ayons pu faire usage de nos armes efficacement.

Nous trouvant en vue d'un sentier bien frayé, nous stoppons. Je me rends immédiatement au village, distant d'un kilomètre, et situé sur le versant d'une longue colline que coupe un ravin boisé. Les huttes, généralement disposées en demicercles, sont rectangulaires ; les deux extrémités de leur toit s'abaissent jusqu'à terre, en formant une courbe. Les indigènes, au nombre de quatre à cinq cents, ne se font aucun tatouage distinctif. Les femmes ont de longues chevelures enduites d'huile de palme. Les unes portent deux tresses, tombant sur les épaules, d'autres une espèce de chignon.

Il serait intéressant de reconnaître complètement le Kwango et la Djuma-Kwilu ; le voyage serait fécond en renseignements de toutes espèces. Mais l'épuisement de nos provisions nous force à revenir sur nos pas.

Le 26 août commence la descente, qui s'opère facilement. Nous revoyons successivement Bie, Mutshie, Msuata, Kimpoko et Kinchassa et, le l^'" septembre, après cent cinquantedeux jours de navigation, le vapeur rentre à Léopoldville, ayant accompli un trajet de plus de 3,000 kilomètres.

Le bassin du Kassaï.

Coup (Vœil général.

Les pages précédentes sont extraites de mon journal de voyage. Je n'y ai pas traité la question commerciale, la plus importante, puisque c'est elle qui a motivé l'organisation de l'expédition. Le lecteur se fût lassé de trouver, répétées à chaque page, les mêmes indications sur les productions naturelles du pays, les marchandises européennes qui y sont négociables : bref tous les renseignements commerciaux qui ont permis aux blancs de s'installer effectivement dans le bassin du Kassaï, de l'exploiter et d'y introduire les premiers germes de la civilisation. Ces renseignements sont aujourd'hui trop connus pour que j'y revienne en les résumant.

Je n'ai pas non plus donné, dans les chapitres qui précèdent, la description générale des pays que j'ai parcourus. Il m'a paru plus logique d'en grouper les éléments dans un chapitre séparé.

De tous les tributaires du Congo, le Kassaï est sans contredit le plus important à cause du grand nombre de ses affluents navigables, de leur immense étendue et de la richesse des territoires qu'il traverse. C'est un superbe cours d'eau, s'élargissant souvent en pools dont les eaux atteignent la largeur imposante du Congo lui-même.

Le pays qu'il traverse, de sa jonction avec le Congo à son confluent avec la Lulua, présente cinq aspects différents et bien caractérisés.

Dans son cours inférieur, il est encaissé entre des collines aux flancs boisés et aux sommets revêtus d'une herbe verdoyante à la saison des pluies, jaunie à la saison sèche. Cette région, la plus pittoresque, est la moins fertile et la moins peuplée.

Mais les hauteurs s'affaissent et une seconde zone commence. C'est une vaste plaine, parfois marécageuse, tachetée à perte de vue de petits bouquets d'arbres.

Plus loin, les collines reparaissent. Elles sont peu élevées et parfois même des plaines les séparent l'une de l'autre. La population devient plus dense. Le Kassaï coule entre deux rangées d'arbres peu épaisses, où se cachent les huttes de nombreux petits villages.

Un pays bas, marécageux, où les plaines herbeuses alternent avec les forêts, forme la quatrième zone. Une infinité de bancs de sable et d'îles, parfois habitées, entravent le courant. A la saison des pluies, les rives sont inondées. Cependant, de temps en temps, s'élèvent des plateaux, montrant des huttes et des champs de culture.

La cinquième zone, qui s'étend jusqu'au confluent de la Lulua, est la plus belle. Les rives, accidentées, sont presque toujours drapées de bois épais, et de charmants villages s'accrochent aux flancs des collines que dominent de superbes plateaux.

La navigation sur le Kassaï est parfois difficile. Comme la plupart des rivières d'Afrique, il présente d'innombrables bancs de sable et même de dangereux écueils. Mais ces obstacles disparaissent presque tous à la saison des hautes eaux.

On n'y voit pas s'échelonner, comme sur le Congo, de grandes agglomérations. Les villages sont nombreux, mais minuscules. Sur les 414 milles que j'ai parcourus, j'ai compté septante-huit villages sur la rive gauche, soixante-sept sur la rive droite et quarante-sept dans les îles, soit en tout cent nonante-deux.

Le Mfini, premier affluent du Kassaï, n'est que le prolongement de la Lukenie. Il roule des eaux noires et tranquilles au milieu d'une véritable mer d'herbes, qui couvre d'inter-

minables plaines. De hautes herbes s'avancent aussi bien loin dans la rivière, ce qui rend parfois les rives inabordables. Celles-ci sont coupées en maints endroits par de petits canaux que sillonnent les légères pirogues des indigènes. A l'intérieur du pays s'allonge, de chaque côté, une lointaine ligne de forêts, servant de cadre au tableau. Mais le paysage se modifie parfois. Les rives s'élèvent, sont cultivées ou boisées, et l'on aperçoit, à demi cachés dans une belle végétation, quelques petits villages.

Au point de vue de la navigation, le Mfini est une voie de premier ordre, accessible à des vapeurs plus grands que le Roi des Belges. On n'y trouve pas de rochers et les bancs de sable y sont peu nombreux.

La population n'est pas dense. En exceptant Mutshie, qui s'étend d'ailleurs sur la rive droite du Kassaï, je n'ai compté que vingt-quatre villages, très misérables pour la plupart.

A 96 milles, par eau, du confluent du Mfini dans le Kassaï, s'étend une vaste nappe d'eau noire et pour ainsi dire sans courant, orientée du Sud au Nord. C'est le lac Lêopold II. Il atteint sa plus grande largeur dans sa partie septentrionale, creuse des baies immenses, véritables golfes où l'horizon aqueux se confond avec le ciel.

Ses bords sont revêtus d'une profonde forêt, s'élevant d'un sol étonnamment fertile, car il n'est à proprement parler qu'une épaisse couche d'humus. La rive orientale s'élève, par places, en larges plateaux. La rive occidentale et la rive septentrionale, inondées à l'époque des crues, sont plus basses.

Le lac est navigable dans toute son étendue. Sa profondeur moyenne était, lorsque je l'ai visité, de 15 pieds anglais. Cependant, de nombreux blocs de rochers rendent parfois l'abordage dangereux.

La population a peu de densité. Seul, le village d'Ilambu a quelque importance. Les indigènes, d'un caractère pacifique,

semblent avides d'acquérir des produits européens et désireux d'avoir des relations avec les blancs.

La Lukenie, qui n'est que le cours supérieur du Mfini en amont du lac Léopold II, décrit d'incessants méandres, tout en conservant une direction générale Est-Ouest, bien caractérisée.

En le remontant, on voit d'abord de vastes plaines herbeuses, puis le luxuriantes végétations de la forêt vierge. Les rives, d'abord, sont en grande partie basses et inondées. Mais, à 10 milles du Mfini, on commence à voir des collines ou plutôt des plateaux, que couvre une herbe courte et où paraissent d'innombrables bouquets d'arbres et des petits villages.

La rivière est accessible aux bateaux d'un faible tirant d'eau. Cependant, beaucoup d'arbres morts et parfois des rochers obstruent son cours et rendent la navigation difficile. Ces brusques sinuosités exigent l'emploi de steamers d'une minime longueur, qui puissent virer rapidement sans risquer d'être projetés à la rive.

Les bords du cours d'eau ne sont guère habités. Il n'en est pas de même des plateaux de l'intérieur, situés parfois à plus de trois heures de marche. On y voit un grand nombre de hameaux, formant d'importantes agglomérations.

Par la diversité des paysages, la facilité de la navigation et l'extraordinaire densité de la population, le Sankuru mérite d'être rangé au nombre des principaux tributaires du Congo.

La région qu'il traverse varie fréquemment d'aspect, tout en conservant toujours un caractère pittoresque.

Tantôt s'étendant en terrains bas, tantôt s'élevant en vastes plateaux boisés ou revêtus d'herbes fines, plus loin montrant des falaises abruptes couronnées de bois touffus, plus loin encore offrant de larges plaines émaillées de bouquets d'ar-

bres, le pays montre une puissante végétation et un sol d'une fécondité qui ne demande qu'à se manifester.

Malgré les nombreux bancs de sable qui parsèment son lit, les vapeurs naviguent facilement sur le Sankuru. Le thalweg est bien marqué et on le suit sans peine. Cependant, en amont du confluent du Lubi, de nombreux amas de roches entravent le courant ; aussi doit-on souvent stopper pour chercher une passe.

On peut franchir de grandes distances, le long de la rivière, sans apercevoir aucun village. La population est néanmoins nombreuse. Elle se compose surtout de pêcheurs vivant du produit de leur industrie, ou travaillant pour les chefs des grosses bourgades de l'intérieur. Ils appartiennent à la tribu des Bakuba sur la rive gauche et à celle des Bassongo-Mino sur la rive droite.

Le Lubefu ou petit Lomami, qui se jette dans le Sankuru, coule entre des rives constamment boisées. Dans son cours inférieur, il traverse un pays plat, quelquefois marécageux. Plus en amont, il précipite ses eaux entre deux rangées de hauteurs, que couvrent des forêts coupées de grandes clairières. La violence de ses eaux, les nombreuses et brusques sinuosités de son lit et son peu de largeur, ne le rendent navigable que pour de petites chaloupes à vapeur.

Mon exploration de cette rivière ne m'a mis en rapport qu'avec quelques Bassongo, habitant sa partie inférieure, et avec quelques Batétélas, occupant son cours moyen. Ses rives sont pour ainsi dire désertes. Mais les débris de ponts de lianes et d'innombrables sentiers portent à croire que la plupart des villages s'élèvent dans l'intérieur du piys.

La Lulua, enfin, depuis sa jonction avec le Kassaï jusqu'à Luebo, coule généralement entre deux rangées de forêts recou-

vrant un terrain plat. De temps en temps l'on voit de vastes clairières transformées en marécages à la saison des pluies, et de légères ondulations de terrain.

A l'étiage, la Lulua n'est navigable que pour des bateaux de faible tirant d'eau. Le Roi des Belges, s'il était complètement chargé, ne saurait la remonter.

Ses bords sont quasi déserts. De temps à autre seulement, on aperçoit des huttes de pêcheurs ou de passeurs d'eau. Mais il existe à l'intérieur du pays, principalement à la rive droite, de grosses bourgades habitées par des Bakuba.

Mon voyage au Kassaï eut un résultat économique appréciable.

Dès que je fus rentré à Léopoldville, je fis parvenir mon premier rapport à la « Compagnie du Congo pour le Commerce et l'Industrie» à Bruxelles, qui décida immédiatement la création d'une société nouvelle, « La Société anonyme belge pour le Commerce du Haut-Congo ». Cette société commerciale fut constituée le 10 décembre 1888. Son but consistait dans l'exploitation méthodique des richesses naturelles du bassin du Kassaï.

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