‹ Vingt ans à Madagascar: colonisation, traditions historiques, moeurs et croyances d'après les notes du P. Abinal et de plusieurs autres missionnaires de la Compagnie de JésusChapitre 11 sur 36 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Funérailles dans les familles. — Cérémonies du Mamadika. — Tombe.

A la mort d'un parent, tout le monde dénoue les tresses de sa chevelure, et entonne aussitôt un chant de deuil, entrecoupé de sanglots et de larmes. Ces restes d'usages antiques expliquent le luctus et le planctus de la hible, incompris dans nos pays d'Occident. Souvent le corps est exposé pendant plusieurs jours dans la maison du défunt, afin que les parents et amis lui rendent une dernière visite. A cette visite, personne ne se présente les mains vides : il est de règle d'apporter une offrande d'argent pour consoler la pa-. rente désolée. Dans toute chambre mortuaire, se trouve un vase ou une étoffe étendue à terre en guise de tapis, destinés à recevoir ces sortes d'offrandes.

La veillée des morts, qui se pratique alors, est un mélange de piété finale et de débauche sauvage, dégénérant parfois en véritables saturnales. Comme chez les juifs, le bruit des instruments de musique doit se mêler par intervalle aux cris discordants des pleureurs et au rythme plaintif du chant funèbre. Parents, amis et esclaves, tous pleurent et chantent ensemble ; le plus proche parent est le coryphée de ces lamentations obUgées.

La manière d'ensevelir est encore ici celle des Grecs et des Egypciens. Le corps lavé et paré est enveloppé dans des étoffes qu'on enroule tout autour. Ces étoffes sont en soie du pays d'un solide tissu etteintesen rouge, même pour les esclaves; quelques bandelettes les assujettissent au corps. Le nombre de ces suaires varie selon la fortune et peut dépasser la centaine.

Cha<xue membre de la famille dépose dans la bouclie du mort mie petite obole d'argent, dernier présent des vivants. Cet usage n'a rien de commun avec le tribut classique queCaron, triste nocberdes enfers, prélevait d'après les anciens Grecs et Romains, sur les âmes entrées dans sa nacelle. Nous dirons plus loin, à l'article évocation des morts, dans quel but les Malgaches payent à leurs défunts cette légère contribution.

La bière est un objet de luxe à Madagascar ; elle est employée par les grandes familles jalouses de faire parade de leurs richesses, et se montre alors ornée avec une prodigieuse profusion, mais ordinairement sans goût, et toujours avec une ostentation outrée.

Le corps du défunt, étant enveloppéd' ordinaire comme celui d'une momie, est porté sur les épaules des amis ou alliés de la famille. On le dépose sur l'un des bancs intérieurs du caveau, selon son rang ; les aînés au Nord, les cadets au Sud, la tête toujours tournée à l'Orient. Ils occupent le haut ou le bas du caveau, selon leur dignité dans la famille. Plus tard leurs ossements seront réunis à ceux de leurs pères, et placés sur les lits des ancêtres, c'est-à-dire dans les loculi du côté de l'Orient.

Cest surtout au tombeau que l'on voit se reproduire les grandes scènes du deuil antique, dont il est parlé dans l'Iliade et la Bible.

On voit des veuves échevelées se roiiler dans la poussière et demander d'être murées dans le caveau; des enfants se pâmer ou refuser en trépignant de se séparer de leurs parents, des esclaves à genoux appeler leurs maîtres et Tes supplier de les joindre à eux au séjour de la mort. Ces démonstrations sont ordinairement de commande, car chaque caste a un rôle à jouer en pareille circonstance, et elle se conforme à ses us et coutumes consacrés par le temps.

Le nombre de bœufs immolés aux funérailles est proportionnel à la fortune du mort. Or, chacun de son vivant a souvent réglé d'avance les dépenses à faire lors de ses funérailles, jusque dans les détails les plus minimes ; et la somme nécessaire a été mise par lui en lieu sûr.

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D'après les dires de certains vieillards la manducation de la viande des bœufs, immolés aux enterrements, aurait été substituée à celle des morts eux-mêmes. Ils prétendent en outre que ce cannibalisme n'avait point sa cause dans la barbarie, mais bien dans le plus vif amour pour le mort. La famille le dévorait afin de le faire revivre dans toute la parenté parrineorporation.

Il arriva cependant qu'un jour une mère, désolée d'avoir à servir de cette façon les restes de son fils chéri, proposa à la famille la chair d'un bœuf, qu'elle immolerait et préparerait au goût de tous. La famille accepta ce genre nouveau de festin, et cet exemple fut suivi du peuple. Ainsi parlent les vieillards.

Au lieu de cette légende quelque peu hasardée, on ferait avec assez de vraisemblance remonter l'usage des repas mortuaires jusqu'au peuple juif.

Josèphe, énumérant en effet les dépenses faites au festin des funérailles d'Abner, décrit ce qui se pratique encore de nos joursaux funérailles des chefs malgaches (1).

Jadis le tombeau était sacré et inviolablement respecté, on y déposait le trésor de la famille, auquel on n'avait le droit de recourir qu'en cas d'une extrême ou lurgente nécessité, conmie celle d'un membre de la famille réduit en esclavage et qu'il fallait racheter. Alors la famille réunie ouvrait le caveau et y puisait pour le rachat du parent malheureux.

Aujourd'hui les tombeaux, quoique vénérés, ne sont point à l'abri des convoitises des voleurs ; les plus hardis spoliateurs se trouvent souvent au sein de la famille elle-même. Aussi chaque individu confie-t-il son trésor à d'autres caveaux connus de lui seul. On y place cependant des objets chers aux défunts, et ceux qui leur servaient habituellement aux principaux usages de la vie.

Nous ajouterons enfin que depuis quelques années, le deuil à l'eu

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