Voir Darras, Histoire de l'Église, t. II, p
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ropéenne commence à passer dans les mœurs delà capitale. Les têtes échevelées, les toilettes négligées, les figures dégoûtantes, les mains et les pieds sales, marc[ues d'une grande affliction, y sont plus rares qae par le passé.
Il ne sera peut-être pas hors de propos de terminer ce que nous venons de raconter sur les funérailles à Madagascar, par une description plus détaillée de la construction et de la forme des tombeaux, chez les divers peuples de Tîle, à commencer par les Hovas.
Jusque vers Tan 1873, époque où le goût des maisons confortables pénétra dans l'Imerina, les grands comme le peuple se contentaient, leur vie durant, d'une case de chétive apparence et de plus chétif ameublement tandis qu'ils dépensaient une partie notable de leur fortune à la construction d'un tombeau, afin d'y reposer après leur mort.
Les tombeaux sont formés d'ordinaire par cinq grandes plaques en pierre,détachées des roches granitiques, par le moyen du feu. Quatre d'entre elles composent les côtés, tandis que la plus belle couvre tout le tombeau. Leur longueur varie de quatre à six mètres sur trois de largeur, avec une épaisseur de quinze à vingt centimètres. Elles sont traînées par le peuple des villages voisins, se prêtant volontiers à ces sortes de corvées ; et il en est récompensé par quelque cadeau eu viande de bœuf, lorsque ces pierres arrivent au lieu de leur destina- Uon.
Tout bon vieux Malgache immole d'abord un coq rouge ou im mouton, sur la roche d'où il veut extraire par le feu les pierres de son tombeau; ensuite il lui adresse sa prière en ces termes : « Père, rocher saint et grand, je t'en conjure par les Vazimbas saints, et les seigneurs delà terre sainte, au nom du Dieu créateur de la terre et du ciel, laisse nous détacher de toi les blocs nécessaires. » Il asperge alors de sang la partie convoitée, et y applique ensuite le feu, entretenu avec de la bouse de vache desséchée, comme il a été dit plus haut.
Le tombeau est de forme cubique, vide à l'intérieur. Sur trois des
côtés sont disposés des bancs de pierre, appelés les lits des morts. Ces lits forment galerie au dedans, et sont superposés généralement au nombre de trois, sur chacun des trois côtés. On entre par une ouverture ménagée au quatrième côté.
Les tombeaux des rois et des princes sont dépourvus de lits, attendu que personne ne doit partager leur demeure mortuaire, où ils semblent encore régner.
Au-dessus des tombeaux des premières castes nobles, ainsi que sur celui des rois, on élève une petite maisonnette en bois comme marque de distinction. La petite noblesse et les roturiers au lieu de maisonnette y construisent un carré en pierres de taille, ou bien un tumulus en terre. Les esclaves ne son point exclus de ce droit ; et certains possèdent de beaux tombeaux avec caveaux et lits intérieurs.
Les Betsileos donnent à leur tombeau un cachet plus original que les Hovas et les autres peuplades.
Ils creusent en plan incUné un fossé de quarante à cinquante centimètres de long„et pratiquent au bout une chambre souterraine, semblable à nos foursd'Europe. Ce foyer ou cette chambre est le tombeau. La dureté de la terre les dispense de plus ample travail.
D'autres, avec une patience merveilleuse, s'élèvent un mausolée carré, à l'aide de six à huit colonnes, reliées entr*elles par de petites pierres semblables à des débris d'ardoise. On voit parfois au pied de gigantesques roches de tout petits murs adossés à ces grands colosses : on les prendrait pour la demeure de quelque reclus. Ce sont encore des tombeaux de Betsileo. D'autres sépulcres enûn ont été perchés au contraire sur la crête des montagnes les plus escarpées. A l'Ouest de l'Ivatoavo au sommet d'un pic semblable à une aiguille, se trouve le plus curieux peut-être de ces monuments.
Une femme riche, dernière survivante d'une grande famille, s'avisa d'hériter elle-même de toute sa fortune. A cet effet, elle fit transporter à grands frais un amas prodigieux de pierres, là-haut sur ce piton perdu dans les nues, et s'en construisit un tombeau visible à dix
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lienes à la ronde. Puis elle mounit satisfaite, car elle n'avait plus d'argent. Des bœufs qui lui restaient, elle ordonna de faire une hécatombe en l'honneur de ceux qui iraient l'enterrer. Depuis lors,. elle jouit d*une renommée enviée, car tout Betsileo connaît son nom et répète son histoire. N'est-ce pas là le comble de la gloire ?
Le Betsileo aimant à se singulariser, le phénoménal le passionne ; l'excentrique le ravit et l'enchante. En voici encore deux exemples r A Andrainarivo, sur la rive droite du Mananantanana, se trouve unegrande bâtisse carrée de douze mètres environ de côté. Au-dessus d'une double rangée de colonnes d'inégale hauteur, supportant elle* même une double corniche qui court tout autour en forme de gradin, on peut compter trois cent trente-quatre têtes de bœufs aux cornes élevées vers le ciel. Ces têtes sont les témoins de la richesse d'Andriambelaza, seigneur du pays, qui repose aujourd'hui dans sa dernière demeure.
A Isandra, un autre seigneur Betsileo, Rajoakarivony, choisit pour son tombeau un des rochers les plus élevés du pays, et vers le milieu de la hauteur fit tailler sa chambre mortuaire. Les ouvriers, suspendus à des câbles ûxés au haut de la montagne, travaillèrent longtemps» et parvinrent enfin à le satisfaire. Il y fut enterré avec de grand» honneurs, et l'on prétendit que ses enfants, autant pour honorer leur père que pour mettre en sûreté leur trésor auprès de ses restes, lui avaient, lors de ses funérailles, confié force argent et force perles. Mais, qu'est-ce qui ost sacré ou impossible pour les voleurs ?
Une nuit donc, un des plus hardis filous du pays, muni d'une corde» pénétra jusqu'au cadavre de Rajoakarivony, et commença à emporter ce qui lui sembla le meilleur. Le larron prit goût au métier et redescendit une seconde fois visiter le caveau. Mais, fatigué enfin du périlleux va-et-vient, il s'y établit un jour à demeure, et y [alluma même du feu pour préparer sans doute son repas, en prévision des travaux de la nuit. La fumée parut et, avant le coucher du soleil, dix mille Betsileos accourus regardaient, ébahis, la fumée sortant du tom-
beau de leur seigneur. On crut un moment que Tâme du maître se chaufTait tout en préparant son riz ; on le disait du moins, bien loin, dans les environs. Mais le ûls du défunt ne fut pas de cet avis et, songeant à ses trésors, il veilla si bien qu'il surprit notre voleur en flagrant délit de viol de tombeau.
Les peuplades du littoral^reusent deux troncs de bois dont l'un reçoit le corps et l'autre le recouvre. Ces bières sont déposées dans des maisonnettes entourées de palissades. On empècbe leur contact avec le sol humide en les élevant sur des poteaux. D'autres peuplades les suspendent, dit-on, aux branches des arbres.
Chez les Tanalas, on ne découvre ordinairement aucune trace de tombeaux. A l'exception des rois, personne, aflûrme-t-on, ne reçoit la sépultiu*e dans des tombeaux ou caveaux. Les cadavres des morts sont au plus tôt emportés dans l'épaisseur de la forêt. On leur élève une humble case avec un foyer au milieu duquel on dépose une marmite neuve et du riz cuit. A côté, on place une mesure de riz et du bois pour son feu. On asseoit le mort à la place d'honneur. Sous sa main est un briquet, une pipe ou une tabatière, selon qu'il •fut jadis fumeur ou prisent. On ferme la porte de la case et on se retire. Cette portion de la forêt devient dès lors sacrée et interdite aux humains.
Les funérailles, telles que nous venons de les décrire, ne peuvent par toujours, ni de tout temps, être mises en pratique par les familles des défunts. Il est des circonstances où la loi ne le permet pas ; pour tous ceux, par exemple, qui meurent durant les jours qui précèdent ou suivent immédiatement la grande fête du Fandroana. Doivent encore attendre ceux qui meurent en pays lointain, ou ceux dont le tombeau ne serait pas complètement terminé.
Ces trois classes de morts reçoivent alors les honneurs d'un enterrement provisoire, de nuit le plus souvent, et sans avertissement même à la parenté. Mais dès que le temps prohibé est passé; ou que le corps a été apporté du pays lointain de son décès, ou bien que le
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tombeau en construction est terminé, on fait connaître à toute la parenté et aux membres de la même caste, le Jour fixé pour les solennelles funérailles du défunt et sa translation dans le tombeau de la famille. On profite même souvent de cette circonstance afin de renouveler les lambas qui enveloppent les restes des autres parents décédés et couchés dans le même sépulcre. De là, nouvel accroissement de solennité pour ces funérailles, qui prennent alors plutôt Taspect d*une fête de famille et de remerciements bien sentis aux ancêtres, que celui d'une pompe funèbre.
Chaque fois qu'une semblable cérémonie» appelée Mamadika, s*aJoute à des funérailles ainsi différées, tout se met en mouvement dans la fomille ; il faut préparer tant de choses, aussi bien pour le nouveau et les anciens défunts, que pour recevoir dignement les nombreux invités étrangers à la famille.
Dès la veille du grand jour vers l'entrée de la nuit, le cadavre est retiré de la sépulture provisoire où on l'avait mis, et transporté sous une tente près de la maison. Quelques membres de la famille seulement assistent à cette exhumation. Tous les autres attendent déjà dans la maison du défunt, ou ne tarderont pas à s'y réunir. Comme pour les funérailles ordinaires, le corps est gardé toute la nuit par la parenté et les étrangers, et, près de ce cher défunt, on mange, on boit, on chante et on pleure, n en sera ainsi jusqu'au moment de la sépulture, qui n'aura pas lieu parfois avant trois jours et trois nuits.
La journée delà clôture duMamadika est la plus solennelle. Les habitants des villages voisins ne travaillent pas ce joxu'-là ou ne travaillent que fort peu, et vers les dix heures du matin, ils se réunissent autour de la maison mortuaire. Un chœur, ou même deux chœurs de musiciens et de chantexu's, appelés pour la circonstance, ne cessent de chanter ou de jouer autour de la maison. Ordinairement, dans ces orchestres funèbres, la grosse caisse et le tambour font la partie prin- <îipale, tandis que les fifres malgaches et le violon (quand il y en a) exécutent des variations plus ou moins harmonieuses et suivies.
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Pendant ce temps, on tue des bœufs dont la chair est discribuée aux visiteurs qui affluent de toute part. On en tuera encore lorsque le mort sera descendu dans le tombeau. Mais ie bçeuf le plus beau, qu'on appelle le bœuf de remerciement aux ancêtres, ne sera immolé que le
dernier, et il devra être partagé spécialement entre les membres de la famille.
Quand le moment est venu, on enveloppe avec soin le corps du défunt dans la multitude des lambas en soie rouge du pays qu'on a pu se procurer, comme nous l'avons dit précédemment pour les funérailles ordinaires. Après cette opération parfois un peu longue, on se dirige vers le tombeau, musique entête. Le corps est porté sur un brancard et suivi par les parents, revêtus des plus beaux habits qu'ils ont pu trouver, et très souvent empruntés pour la circonstance.
On fait en sorte de n'arriver auprès du tombeau qu'après le milieu de la jomnée, quand le soleil commence à descendre. On craindrait un nouveau malheur, si l'on transportait un mort à sa dernière demeur, avant l'heure où le jour lui-même semble mourir.
Arrivé au tombeau, on en fait plusieurs fois le tour, et l'on dépose le mort à l'entrée. On le laisse là pendant qu'on renouvelle les lambas des anciens morts, et qu'on prépare la place pour le nouveau venu.
Dès que celui-ci a été déposé où il devait être, et que le tombeau a été refermé, le cortège se dirige vers un endroit spacieux et abrité, afin d'écouter à loisir les chanteurs. On y restera des heures entières. Les chanteurs cependant se succèdent les uns aux autres et s'efforcent de se surpasser l'un l'autre et de s'attirer les plus vifs applaudissements de l'auditoire.
La dernière distribution de viande faite aux amis et parents, on se sépare enfin ; chacun allant rapporter dans son village les impressions qui ont le plus saisi son âme pendant ces jours solennels du Mamadika.