‹ Vingt ans à Madagascar: colonisation, traditions historiques, moeurs et croyances d'après les notes du P. Abinal et de plusieurs autres missionnaires de la Compagnie de JésusChapitre 21 sur 36 · élèves environ fréquentaient nos écoles · texte numérisé non relu

élèves environ fréquentaient nos écoles

Ce fut sans doute après avoir considéré quelque chose de ce bel ensemble d'évangélisation chrétienne que l'amiral anglais, sir Gore Jones, écrivit dans son rapport aux membres du Parlement, rapport déjà cité dans notre ouvrage, ces paroles remarquables dans la bou-

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che d'un protestant : « L'Église de Rome travaille silencieusement à établir une plante supérieure à toute autre. » Oui, certainement, et notre œuvre l'emportait sur les œuvres de nos rivaux. Que n'aurionsnous pas fait si la persécution méthodiste ne se fût pas hâtée de couper cette plante jusqu'au sol, dans l'espoir de la faire mourir. Mais la secte s'est trompée. La plante vit toujours par ses racines et repoussera bientôt avec une nouvelle vigueur, parce qu'elle reçoit une sève divine, tandis que le méthodisme périra sans retour, le jour où, pour une raison quelconque, ses chefs ne pourront plus acheter les consciences des autorités du pays, et pressurer ainsi sans pudeur, au moyen de leur despotisme barbare, les consciences des faibles et des petits.

Protestantisme. Notre religion brilla toujours par son admirable unité. Le catholicisme est un comme Jésus-Christ son chef, un comme la vérité et l'humanité à qui il est proposé. Il n'en est pas de même du protestantisme, essentiellement sujet aux variations comme l'esprit humain d'où il tire son origine. A peine établi au sein d'une nation, il se voit condamné par sa nature même à une foule de divisions et de subdivisions connues sous le nom de sectes.

On compte quatre sectes principales de protestants à Madagascar : les méthodistes ou Indépendants, les Anglicans, les Luthériens et les Quakers.

Irréconciliables adversaires au sein de leur mère patrie, nous les avons vues s'unir étroitement sur le sol malgache, afin d'y combattre et de vaincre l'ennemi commun, le catholicisme ou la prière des Français. Il convient cependant d'ajouter que les plus humains dans cette guerre ont été les Anglicans, sans doute parce qu'ils sont d'ordinaire plus gentilshommes et mieux élevés que leurs confrères du méthodisme ou de la religion de Luther.

Quoi qu'il en soit, voici en peu de mots l'historique de chacune des quatre sectes, en commençant par celle des Indépendants ou méthodistes, la plus puissante de toutes à Madagascar.

Les Indépendants. Les Indépendants, simple rameau détaché de l'église anglicane, prétendent, comme leur nom Tindique, ne relever en fait de religion ni de TEglise catholique, ni d'aucun chef quelconque du gouvernement. Et cependant, par une contradiction flagrante qui prouve suffisamment qu'ils savent faire bon marché de leurs principes fondamentaux, quand l'intérêt de la secte le demande, les Indépendants qui s'affichent en ennemis de l'Église d'Etat dans leur propre pays, sont à Madagascar les agents les plus actifs de l'État.

Nous avons raconté comment sir Farquhar, ayant conçu le projet do se servir d'eux pour l'extension de l'influence anglaise à Madagascar, adjoignit le révérend Jones à son ambassadeur Hastie auprès de Radama !•', et comment vers 1820, à Tananarivo, ils jetèrent dans l'esprit des Hovas les premières semences de leur fausse doctrine tout en les initiant à la connaissance des sciences élémentaires, et quels furent alors leurs progrès.

Bien que Ranavalona /'« les eût renvoyés en 1835, avec défense faite à son peuple, sous les peines les plus sévères, d'embrasser la nouvelle religion, contraire, disait-elle, aux usages de la nation, quelques Hovas cependant gagnés à la secte continuèrent à avoir des réunions secrètes où la politique avait la principale part.

A l'avènement de Radama H, les méthodistes anglais, ayant à leur tête le Révérend Ellis, se hâtèrent de rentrer à Madagascar et d'y reprendre leurs fonctions. Mais cette fois ils n'avaient plus le mono' pôle. Les catholiques contre-balançaient leur influence auprès du nouveau roi. Us ne craignirent pas alors d'unir leur cause à celle des chefs hovas, qui tenaient en secret le parti de l'opposition ; et nul n'ignore la part qu'ils eurent aux tristes événements qui s'accomplirent alors à Tananarivo.

A partir de cette époque et surtout depuis l'avènement de Ranavalona IIj les Indépendants n'ont pas cessé de grandir en puissance, en succès et par-dessus tout en prétentions. Profltant de la situation que les circonstances leur avaient faite, ils ont su très habilement, on

devine par quels moyens, s'assurer l'appui du gouvernement malgache et sa complicité dans toutes leurs entreprises.

Leurs ressources considérables leur permettaient d'intéresser fortement à leur société les plus hauts fonctionnaires malgaches qui se faisaient volontiers, comme ils le font toujours encore, les principaux catéchistes de la secte. Grâce à ce patronage de l'État et à Tinter* vention des premiers chefs, les Indépendants virent leurs adhérents se multiplier rapidement et se trouvèrent à même d'enlacer comme dans un vaste réseau toute la population soumise aux Hovas.

C'est ce qu'ils reconnaissent eux-mêmes dans leur rapport officiel, publié en 1871, où l'on lit ce qui suit : « Le rapide progrès du christianisme nominal à Madagascar, depuis l'avènement de la reine actuelle, il faut l'avouer en toute franchise, est dû en grande partie à l'influence du gouvernement... Dans chacun des gros villages dont Je suis chargé, ajoute un de ces missionnaires, il y a des chefs responsablés au gouvernement, qui regardent comme une partie de leur office de veiller à ce que le peuple fréquente le temple. Or, un de ces chefs qui conduit au temple cinq ou six cents personnes a trois femmes. » .Cette citation nous indique déjà ce que peuvent valoir de tels convertis. Le Révérend Sibree est encore plus explicite : € Les résultats immédiats du patronage de l'État, dit-il, furent im énorme accroissement numérique dans l'assistance du culte chrétien. Mais il est évident que ces nouveaux convertis étaient chrétiens uniquement parce que le gouvernement favorisait le christianisme (lisez protestantisme) et qu'ils fussent devenus probablement catholiques romains, ou même mahométans, avec une égale promptitude si leurs chefs avaient favorisé ces sortes de religions. »

On le voit, ceux qui avaient dirigé ce mouvement étaient au fond peu satisfaits d'un pareil résultat. Ils le furent d'autant moins que leur triomphe leur devint personnellement funeste; car, après avoir favorisé de tout leur pouvoir la formation et le développement de l'Église d'État, les méthodistes anglais se trouvèrent n'en être plus

que les humbles et presque inutiles serviteurs. En effet, le gouvernement hova prit l'habitude de se passer d'eux, et de confier à ses propres fonctionnaires les ministères les plus importants.

C'est ce dont se plaignait amèrement le Révérend Street ^ qui, bien que quaker, travaillait au service des Indépendants.(Lettre imprimée dans le Mercantile Record de Maurice, 12-13-15 octobre 1877.) « L'Église du palais, dit-il, avec ses émissaires à demi payés, s'immisce partout. Aucune liberté n'est laissée au missionnaire ; s il n'est pas souple, son auditoire se disperse, selon le bon plaisir de l'envoyé de l'Eglise du palais. Voici comment les choses se passent dans d'autres provinces, d'après une lettre d'un de mes confrères : La pression gouvernementale nous étouffe. Je me suis dit souvent depuis un an : ce qu'on attend de nous, ce n'est pas Jésus-Christ, selon le nouveau Testament; mais selon le premier ministre. Les infortunés Betsiléos sont conduits comme des bêtes à nos temples ».

Ces émissaires du palais dont il est ici parlé sont d'anciens élèves des ÂDglais qui se trouvent ainsi avoir supplanté leurs maîtres dans la direction des œuvres de la secte. Affublés du titre d'évangélistes (evanjelistra) dont ils sont excessivement fiers, et munis d'un diplôme officiel octroyé par la reine, ils sont tout-puissants dans les villages où ils enseignent. Nul n'oserait leur résister, sous peine de s'exposer aux plus mauvais traitements.

Cependant, en réalité, les méthodistes anglais dirigeaient toujours le mouvement, sinon par leur autorité religieuse qui n'était souvent que nominale, du moins par les ressources dont ils disposaient et qu'ils mettaient généreusement au service de l'œuvre commune. Us soutenaient par- dessus tout leur importante imprimerie qui est, on doit le reconnaître, un de leurs puissants mobiles d'action et de propagande. En effet, au moyen de publications mensuelles, souvent pleines de mensonges et de calomnies contre l'Église catholique, au moyen surtout do petites brochures multipliées à l'infini, ils répandent à profusion leur funeste doctrine. U n'est pas de bourgade et

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hameau où ces productions de la secte ne pénètrent, colportées parles hommes officiels eux-mêmes. En vain les catholiques démasquaient leurs erreurs et faisaient toucher du doigt la fausseté de leurs accusations. L.es méthodistes feignaient de n'avoir jamais vu la réponse, et mirent toujours le plus grand soin à décliner une polémique qu*ils savaient bien devoir tourner à leur confusion.

Abandonnant les postes de la campagne à leurs confrères indigènes favorisés par le gouvernement, les prédicants anglais résident presque tous à Tananarivo. « Le grand tort des missionnaires (protestants) en général, dit encore l'amiral anglais sir Gore Jones, dans son même rapport sur Madagascar, c'est d'être surchargés de sollicitudes domestiques, de femmes et d'enfants. En conséquence,ils se rassemblent là où ils trouvent le plus de confortable, et tandis que le reste de l'île est négligé la capitale en fourmille. Le missionnaire catholique, ajoute-t-ii en règle générale, ne revient plus dans sa patrie. Les missionnaires protestants semblent ne songer à autre chose qu'à rentrer chez eux, surtout les femmes qui ne font pas un secret de leur incapacité pour l'œuvre de la mission. »

De leur résidence à peu près immuable, chacun d'eux, préposé à la conduite d'un temple de la ville, administre un grand nombre d'assemblées disséminées dans la campagne et qui forment comme son diocèse. A la tète de chaque assemblée se trouve un mpitandrina ou pasteur qui la présife. Cet office est presque toujours réservé à l'homme le plus influent de la localité, qu'il sache lire ou non, pourvu qu'il ait quelque peu le talent de la parole. Les mpitori-teny ou prêcheurs sont les aides des mpitandrina. Le nombre en est toujours considérable dans chaque village, grâce àla faconde dont les Malgaches sont généralement doués. C'est là, du reste, la seule condition qu'on demande d'eux, la science et la régularité des mœurs n'étant à leurs yeux que chose secondaire.

Le compte rendu de la secte de 1870 à 1880 nous fait connaître le nombre élevé de tous les employés que les méthodistes ont à leur

service. En cette dernière année ils comptaient 604 pasteurs, 184 évangélistes et 4.134 prêcheurs.

U est juste toutefois d'indiquer que si le nombre est aux Indépendants» il n'en est pas de même de la qualité. « La grande partie des pasteurs de campagnes, écrivent ces messieurs (Ten years review of missionary work in Madagascar, p. 134), n'a reçu aucune formation en rapport avec leur dignité. Plusieurs ne savent pas même lire ! > Puis, parlant des prêcheurs : « Le plus grand nombre, disent-ils, est indigne de ce nom. La manière dont ils prêchent ne produit absolument aucun bien. Des enfants, des jeunes gens à peine capables de lire, montent en chaire... haranguent le peuple... Tous leurs efforts visent non pas à faire du bien au peuple, mais à lui plaire et à Tamusor. Tel a été l'état général des prêcheurs jusqu'en 1880. »

Puis, par une étrange contradiction, l'auteur du rapport, après avoir dit plus haut que ces prêcheurs ne produisent absolument aucun bien, conclut ainsi : « Avec de tels instruments, cependant, le bien s'est fait dans le peuple et le royaume de Dieu a pris une grande extension. »

On pourrait croire, en effet, qu'avec cette armée de prêcheurs, aidés de la pression du gouvernement ^'ils constatent eux-mêmes, les Indépendants ont enrôlé tous les Malgaches. Il n'en est pourtant rien. En comptant tous ces pauvres gens qui, de leur propre aveu, sont conduits de force dans leurs temples, ils enregistrent dans leur compte rendu de 1880, 244.197 adhérents et 71.585 baptisés. Or, Madagascar ayant une population de près de 5.000.000 d'habitants, d'après les calculs les plus autorisés, il est facile de voir que ces messieurs lais- j sent encore bien des conquêtes à faire à leurs antagonistes.

Un fait certain c'est que depuis 1880 leur troupeau ne s'augmente guère et surtout est loin de s'améliorer. Écoutons à ce sujet lenr organe officiel, le Teny soa, de novembre 1882 :

« On peut dire que la charité du grand nombre s'est refroidie ; beaucoup sont revenus en arrière et refusent d'entrer au temple, car ils

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étaient habitués à y venir par force et maintenant, hélas! ils refusent d'y entrer si on ne les contraint pas de nouveau. »

Parmi leurs dévots, remarquent-ils ailleurs, il n'est pas rare de voir ceux qui, le matin, prennent part à la cène, aller dans la soirée au fond de quelque hois immc 1er à leurs dieux un coq ou un mouton. Mais pour n'être pas accusé d'exagération, citons encore leurs propres paroles : « La majorité du peuple n'est quefaiblement attachée au christianisme, et des motifs politiques, plutôt que la conviction, l'ont portée à renoncer au paganisme. Enlevez les missionnaires et bientôt, au moins dans les campagnes, on se hâterait de revenir aux coutumes des ancêtres (Ten years review of missionary work in Madagascar^ p. 36). Chez les Betsiléos, la masse du peuple est encore païenne et l'on serait bien aise de voir de nouveau en usage les anciennes superstitions. » (Jbid. p. 37.)'

Quant aux mœurs de leurs convertis, voici ce qu'en écrit le Révérend Sibree : « Extérieurement, il y a un progrès visible- Mais nous ne pouvons douter que l'immoralité ne domine en secret dans une très grande étendue. Sauf quelques exceptions il y a, même parmi les chrétiens, une idée très imparfaite du désordre du péché et de la beauté morale de la pureté. Une personne peut s'égarer et même mener une vie immorale qui devrait l'éloigner de toute société honorable , d'après nos idées anglaises, et qui cependant sera reçue dans les plus grandes familles à Madagascar. Les parents sont souvent très négligents pour veiller sur leurs enfants, et beaucoup d'entre eux sont peu troublés lorsque leurs enfants mènent une vie qui ferait mourir de chagrin des parents chrétiens d'Angleterre.»

Si maintenant du temple nous passons à l'école, nous y trouvons les mêmes procédés obtenant les mêmes succès apparents et les mêmes déboires. Le collège des Indépendants à Tananarivo est un vaste établissement où ces messieurs élèvent à grands frais les nombre ux jeunes gens destinés à devenir prêcheurs, et que le gouvernement leur livre, ou qu'ils choisissent eux-mêmes. On est censé y

apprendre toutes les sciences à un degré supérieur. Mais en réalité, ce n'est pas sérieux, s'il faut en juger par ceux qui en sortent; car, à l'exception de quelques bons sujets, les autres n'en emportent que beaucoup de suffisance, et sont fort médiocres pour tout le reste.

Ce sont ces jeunes gens qui, sous le nom de kolejy (collégiens), obtiennent les meilleures places dans le ministère de rinstrùction publique, et, en général, dans toutes les fonctions gouvernementales. Et, pour le dire en passant, c'est parmi eux que la religion des Français trouve quelques-uns de ses plus fanatiques ennemis, enchérissant en quelque sorle sur leurs maîtres dans la haine qu'ils lui portent.

Fiers de l'appui du gouvernement, les Indépendants avaient rêvé une absorption générale de toute la jeunesse pai le moyen des écoles. Pas une ville, pas un village, par un hameau qui n'eût la sienne élevée, bien entendu, aux frais et par les bras de la population, requise de par la reine pour cette corvée.

Dans ces écoles qui se transforment, le dimanche, en temples oii maisons de prières,les enfants des deux sexes venaient tous les jouis se grouper nombreux sous la direction d'im maître attitré, afin d'y recevoir l'instruction primaire dont la bible faisait le principal objet. Les parents étaient requis d'y envoyer leurs enfants, et les enfants, à leur tour, vivement sollicités de s'y rendre. La coaction et la séduction se donnaient la main pour les y amener.

Cependant les chefs du mouvement ne tardèrent pas à s'apercevoir que si dans les villes et dans les grands centres les écoles étaient passablement suivies, dans les campagnes, au contraire, elles étaient presque généralement désertes ; soit que l'instituteur n'y trouvant pas une rétribution suffisante, négligeât son office pour s'employer à un travail plus lucratif; soit que les parents qui devaient, outre les fournitures classiques, payer le salaire de Tinstituteur, refusassent d'envoyer leurs enfants; soit enfin que les enfants eux-mêmes, qui jouissent ici d'une grande liberté, n'eussent pas la force de fixer leur inconstance ordinaire. Toujours est-il que les écoles de la secte dans

les grands centres étaient peu fréquentées et (pi'elles se vidaient tous les jours davantage, tandis que celles des catholiques, au contraire, prospéraient et se remplissaient de plus en plus. Les parents, en ejffet, tout en fréquentant les temples des protestants, envoyaient volontiers leurs enfants à nos écoles, où l'instruction se donnait gratuitement.

Afin de parer à ce grave inconvénient les méthodistes ont obtenu du gouvernement malgache une première loi établissant que chaque centre de population fournirait le salaire de l'instituteur protestant; une seconde loi ordonnant aux parents d'envoyer aux écoles de lem* choix les enfants dès l'âge de huit ans, sous des peines très fortes; une troisième loi enfin qui défendait aux enfants de passer d'une école à une autre, après qu'ils auraient été dûment et officiellement inscrits.

Les Indépendants espéraient obtenir tout le bénéfice de ces lois, au moyen des mesures de co action mises à leur disposition par le gouvernement, dans le but de faire inscrire sur leurs registres le plus grand nombre des enfants, sinon tous. Ils ont même osé, avec une audace incroyable, faire donner à cette loi un efl'et rétroactif; de sorte que des élèves qui avaiert précédemment déserté les écoles protestantes, quelques-uns même depuis plusieurs années, y ont été ramenés de vive force, malgré les plus énergiques protestations des parents et des maîtres qu'ils avaient choisis.

Nous avons raconté ailleurs à quels excès de violence la contrainte officielle a été portéci en ce point comme en d'autres, par les Indépendants. Nous n'y reviendrons pas ici.

Tout.était donc disposé pour le triomphe de leur secte, dans les écoles comme dans le temple. L'appui du gouvernement leur était acquis le dévouement des grands à leur cause était absolu ; de nouvelles lois publiées à leur instigation étaient toutes à leur profit. Ils devaient donc, humainement parlant, réussir selon leurs désirs, et parvenir à élever définitivement l'édifice du protestantisme sur les ruines du catholicisme. Et cependant, il n'en a été rien : ces puissants moyens

de succès ont échoué en partie, grâce au bon sens du peuple malgache qui ne s'est pas laissé opprimer. Un très grand nombre^ en effet, défiant toute séduction, et se basant sur la parole de la reine qui proclamait la liberté, firent inscrire d'office leurs enfants chez les maîtres catholiques ; de sorte que nos écoles continuaient à être remplies aussi bien que nos églises.

C'est alors que les Indépendants, à bout d'arguments, ont médité dans l'ombre le projet de faire expulser les missionnaires catholiques, qui étaient à leurs yeux l'unique obstacle à la réalisation de leurs desseins. Mais tout porte à croire qu'ils n'y auraient jamais réussi, sans les circonstances de la guerre avec la France, qui les a singulièrement favorisés, et leur a ainsi procuré l'occasion si ardemment souhaitée de notre expulsion momentanée.

Les Anglicans, — Les Anglicans sont arrivés à Madagascar en 1864. Un grand emiui les attendait à leur débarquement. Les Indépendants leur refusaient l'entrée du pays, et ils eurent assez d'autorité pour leur fermer pendant plusieurs années les portes de la capitale. Les Anglicans se fixèrent donc d'abord sur le littoral. Ce ne fut qu'en 1872 qu'ils pénétrèrent à Tananarivo.

Ennemis naturels en principe des Méthodistes indépendants, les Anglicans se sont placés pour la doctrine entre les catholiques et les Indépendants. Ils affirment hautement et sans crainte que la rehgion, de ceux-ci n'est pas une prière, et qu'on ne saurait se sauver en suivant leur doctrine. D'un autre côté, ils enseignent que chez les catholiques romains on peut trouver le salut; mais, dans cette religion, ajoutent-ils, il y a trop de pratiques extérieures ; l'anglicanisme seul possède le juste miUeu occupé par la vertu.

A Madagascar, plus peut-être que partout ailleurs, ils tiennent à se rapprocher aussi près que possible des cathoUques, assurés qu'ils sont que leur crédit auprès des Malgaches sera d'autant plus grand. Mais en général nos insulaires ne s'y trompent pas, surtout quand ils voient à côté de ces révérends une compagne décorée du titre d'épouse.

Comme moyen d'action, les Anglicans, de même que les Indépendants, puisent largement dans les trésors do leurs riches patrons. Seulement on pourrait croire que dans l'emploi de ces fonds ils montrent assez peu de discrétion ; car, à dessein sans doute d'attirer à eux le nombre, ils font de grandes largesses à ceux qui suivent leurs écoles. D'autre part, la morale de l'Évangile trouve chez eux des facilités fort accommodantes. Aussi leurs temples comme leurs écoles sontils le refuge de beaucoup d'apostats. Quand chez les catholiques un jeune débauché arejeté sa femme, il passe aux Anglicans afin d'avoir le droit d'en prendre une autre. Henri VIII fit bien ainsi en Angleterre. Un jeune Malgache de la secte des Indépendants veut-il avoir de beaux souliers, un bel habit à la mode européenne, il passe encore aux Anglicans, et il est imité de tous ceux en général qui font dépendre la vérité de leur croyance du profit matériel qu'ils y trouvent. Ils déploient aussi un grand zèle à construire des temples qui restent très souvent vides. Ils en élèvent un peu partout, et surtout dans les villages que les autres sectes refusent d'occuper.

Mais malgré tous ces moyens de propagande qui sembleraient devoir être très efficaces, les Anglicans végètent, nous prouvant ainsi par leur insuccès qu'une œuvre, qui n'a pour la soutenir ni la grâce de Dieu ni l'appui officiel du bras séculier, est comme un arbre sec qui ne saurait produire aucun firuit.

Les Luthériens, — Les Luthériens, partis de Norwège, pénétrèrent dans la grande île africaine en 1867. Déjà à cette époque, les Indépendants étaient tout-puissants à Madagascar, et se croyaient maîtres du terrain. Ils se montrèrent donc très mécontents de voir des concurrents venir leur disputer l'honneur d'évangéliser ce pays. Mais bientôt après, ils entrèrent en accommodement, dans la perspective, sans doute, des luttes à soutenir contre le catholicisme. Ils se lièrent donc avec les Luthériens par un traité réciproque d'après lequel ceux-ci pourraient seuls évangéliser la province connue sous le nom ô!Ankaratra, située à trois journées au sud de Tananarivo. Les Méthodistes la lais-

SiO MADAGASCAR

saient fout entière à leur zèle et les Luthériens s'engageaient de leur côté à n'en point franchir les limites, abandonnant tout le reste à leurs nouveaux amis. Ce contrat fut tenu dans le plus grand secret.

Cependant les habitants de TAnkaratra, fatigués des procédés tyranniques des fils de Luther, appelèrent chez eux les missionnaires catholiques, qui répondirent à leur désir. L'arrivée d'un Père au milieu d'eux fut comme l'aurore d'un beau jour pour ce peuple asservi par l'hérésie. De toute part on accourait à la vérité et les enfants se pressaient pour être inscrits au nombre de nos élèves.

Il y eut alors un grand émoi chez les Luthériens, qui voyaient passer toutes leurs ouailles chez les catholiques. Ils n'épargnèrent aucune démarche afin de les retenir. Mais les voyant indociles et toujours éloignés de leurs temples, ils crièrent à l'usurpation, en se basant sur !e traité conclu entre eux et les Indépendants; comme si un pareil contrat pouvait exclure de ce pays les missionnaires catholiques, ou empêcher les Malgaches de venir à eux. C'était simplement vouloir annihiler le traité solennel conclu entre la France et la reine. Malheureusement le gouvernement malgache était complice en cette affaire, et semblait avoir souscrit à la convention occulte de ses amis. N'osant toutefois les défendre ouvertement, il prit un moyen détourné digne de sa.politique. Andriamananizao, chargé, au nom du premier ministre, du portefeuille de l'instruction pubUque, intenta, on ne sait pourquoi, un procès aux catholiques de cette contrée. Une trentaine de nos instituteurs furent appelés pour cette affaire à Tananarivo. Mais au lieu de les juger comme ils le demandaient avec instance, on se contentait de les renvoyer de ministère à ministère, de tribunal à tribunal, sans que nul juge osât prendre sur lui de porter une sentence ; car, en effet, il n'y avait point d'accusation formelle contre eux. On ne voulait que gagner du temps.

Cette persécution juridique durait encore lorsque nous avons été expulsés par la reine, à la grande joie de ces fanatiques prêcheurs.

Les Quakers, — Les Quakers ou Trembleurs sont venus en dernier

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lieu s'implanter à Madagascar. Mais ils jugèrent bientôt qu'il leur était plus avantageux de s*unir aux Indépendants que de travailler pour leur propre compte. Ils ont donc sans scrupule sacrifié leurs principes pour faire cause commune avec ces messieurs, et ils vivent en assez bonne intelligence avec eux, surtout quand il s'agit d'attaquer le catbolidàme.

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