CHAPITRE PREMIER Gouvernement. — Royauté. — Adminislpatlon. — Armée
Gouvernement. — Le trait saillant du système gouvernemental en vigueur parmi les peuplades de la grande île africaine, c'est le despotisme.
De quelque nom que soit revêtu le réel détenteur du pouvoir, il Jouit toujours en effet d'une autorité souveraine. Sa volonté a force de loi, elle s'impose absolument aux sujets qu'il gouverne, et ils la subiront tant que sa mort, une conspiration heureuse, ou tout autre événement de ce genre, ne les aura pas délivrés de son joug, pour leur en faire accepter un autre de même nature.
n est juste toutefois d'ajouter, que si chez certaines peuplades indépendantes et moins civilisées du Sud, ce despotisme apparaît plus absolu, chez d'autres au contraire, particulièrement chez les Hovas, il semble s'être revêtu depuis longtemps de formes plus tempérées.
Ainsi les traditions historiques de l'Imerina nous apprennent-elles pe les rois de ce pays prirent, dès l'origine, l'habitude de constituer le peuple comme une sorte de tuteur et de représentant de leur personne royale auprès des princes, leurs enfants.
« Voilà, ô peuple, disaient-ils, ce prince votre enfant. Il n'a d'autre père et d'autre mère que vous ; à vous donc de le garder. »
Ces enfants royaux arrivés au pouvoir continuaient de donner au peuple ce nom de père et de mère, et ils lui demandaient même conseil, comme un fils à ses parents, non pas précisément dans le but de se soumettre aux volontés de la nation, et de dépendre d'elle, mais afin de la flatter et de la gagner par cette marque de déférence et d'amitié, tout en lui imposant d'ailleurs sans pitié le fardeau des corvées et des commandements les plus durs.
Nous savons aussi par les mêmes traditions, que les rois de l'Imerina, désireux de consacrer pour ainsi dire leurs décisions royales, par Tautorité des idoles et du tanghen, les admirent à leur conseil au même titre que le peuple.
Malheur aux gardiens de ces idoles et aux administrateurs du tanghen, s'ils ne savaient pas se ranger prudemment à l'avis du monarque. Plus d'un paya de sa vie une consultation donnée d'une manière indépendante.
Depuis le meurtre de l'infortuné Radama II, les reines qui se sont succédé sur le trône des Hovas n'ont de la royauté que le titre et les honneurs. L'autorité est tout entière entre les mains du premier ministre, véritable maire du palais administrant au nom d'une royauté forcément fainéante.
En vain cherche-t-il à se cacher et à paraître n'agir que comme le premier ministre de la souveraine ; en vain consulte-t-n encore le peuple, en lieu et place des idoles disparues officiellement depuis 1869, ou demande-t-il des réponses aux membres d'un parlement établi depuis peu, et interrogé par lui la première fois en mai 1883, au sujet de notre expulsion de Tananarivo, personne n'ignore que toutes ces consultations ne sont que pour la forme.
Les membres du parlement, aussi bien que le peuple, ne peuvent s'opposer à lui sans encourir sa colère. Chacun doit être forcément de l'avis du premier ministre. Il est le maître. Tout, même la royauté, est une simple forme, un paravent, placé entre le peuple et le pur absolutisme du premier ministre. Ceux-là seulement y seront trompés
gui ne considèrent jamais les choses que d'après les apparences.
n est donc vrai qu*à Madagascar, chez les Hovas, aussi bien gue chez les barbares du Sud, aujourd'hui comme autrefois, l'autorité gouvernementale est de sa nature despotique.
Royauté, — Les rois sont à la lettre les souverains dominateurs des peuples. Comment en pourrait-il être autrement ? Leur existence, croit-on, tire son origine de la volonté des dieux, et aucun Malgache à notre connaissance ne s'est avisé encore de rêver un peuple souverain, revêtu du droit inaliénable de faire et de défaire ses monarques au gré de ses caprices.
La seule civilisation chrétienne pourra tempérer efficacement le despotisme propre à toute autorité barbare.
De l'origine divine, que le peuple attribue aux rois, découle naturellement le respect trop souvent servile qu'il mcmtre pour eux, comme aussi une certaine confiance tranquille dans leurs déci-
La reine Ranavalona était encore appelée, dans les assemblées pobHques, la souveraine du ciel et de la terre. U est juste d'ajouter cependant qu'on a modifié cette formule depuis l'introduction officielle du christianisme à Madagascar. Ranavalona III n'est plus aujourd'hui que la souveraine de la terre.
Par le seul fait^de sa royauté, toute reine hova doit être réputée jeune, et les rides de la vieillesse ne peuvent jamais être remarquées sur son visage.
Quelque laide qu'elle soit en réalité, le Malgache affirmera toujours ({ae c'est une beauté.
Tout en elle est sacré ; il n'est pas jusqu'aux objets les plus vulgaires, transportés pour elle à son palais où ailleurs, qui ne participent en quelque sorte à saj consécration royale et ne forcent, à ce titre, le respect de tous ses sujets.
« Place, place, cric un soldat armé d'une sagaie, rangez-vous à droite et gauche de la route. Voici les paquets de la reine. »
Et chacun à Tinstant de quitter le chemin, ou de se ranger le plus directement possible le long du mur, chapeau bas et en silence, tant que passent les précieux paquets de bois à brûler, d*eau qu'on a puisée à la fontaine, ou toute autre chose appartenant à Sa Majesté malgache.
Lorsqu'un des sujets de la reine, de service au palais, passe devant elle, il doit s'incliner profondément, et le corps et les yeux tournés de son côté, les mains étendues comme pour recevoir quelque chose, il s'avance en disant : « Je demande la permission de passer à ma souveraine. » Rapprochant ensuite les mains et les élevant un peu, il ajoute : « Vivez longtemps, ôma souveraine. Que Dieu vous accorde de longs jours à vous et à votre peuple I »
La même cérémonie a lieu en toute autre occasion de rencontre fortuite entre la reine et quelqu'un de ses sujets.
Celui qui, occupant un rang distingué dans le royaume, se pré- T$ente à Sa Majesté après un long voyage se met à genoux devant elle et, profondément incliné^ baise sa main si elle Toffre, ou seulement ses pieds dans le cas contraire.
Chaque fois que la reine sort de sa capitale pour plus de vingtquatre heures, ou y rentre après plusieurs jours d'absence, tous les canons de la ville la saluent.
Mais c'est surtout dans les occasions solennelles telles que le couronnement, les grands Kabary, le retour d'un long voyage à Tananarivo, lorsque Sa Majesté consent à déployer toutes les pompes de sa grandeur incomparable, qu'il est intéressant de voir les populations se porter en masse autour d'elle, d'entendre les acclamations d'allégresse, de prêter l'oreille à leurs hohy prolongés, sorte de murmures semblables aux mugissements des flots, ainsi qu'aux chants des mpiantsa royales, répétant, en battant des mains et dansant en cadence, ces étranges paroles :
Notre Reine eh I eh! eh! est une belle reine, Notre Reine eh ! eh î oh ! est notre soleil,
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Notre Reine eh ! eh 1 eh ! est notre dieu,
Notre Reine eh ! eh I eh ! ne l'a pas qui la désire,
Celui qui la possède eh I eh I eh! est réellement heureux,
Celui qui ne la possède pas eh I eh ! eh ! la désire tout de bon, etc.
Nous n'insisterons pas davantage ici sur ces scènes plusieurs fois décrites ailleurs.
On croit que Tusage exclusif du parasol rouge pour le souverain a été introduit dans l'Imerina par un européen, sous le règne d'Andriamasinavalona ; comme les membres de la famille royale partagent ce privilège avec le monarque, le parasol rouge du monarque est toujours plus grand. Une boule d'or le surmonte d'ailleurs et le distingue ainsi facilement de tout autre insigne princier du même genre.
Le Sidikina est un air que les fanfares jouent en plusieurs circonstances déterminées pour honorer la reine. C'est Touverture nécessaire de tout concert musical. C'en est aussi la clôture. Près de la reine ou loin d'elle, dans les temples protestants et les églises catholiques, au milieudes marchés ou à l'armée, le sidikina est de rigueur dès qu'une fanfare s'y fait entendre.
Le sidikina est joué notamment tous les matins, quand les gardiens du palais présentent les armes à la souveraine, peut-être encore endormie, et fort éloignée assurément de prêter alors l'oreille à ses musiciens de corvée.
Tout le monde se découvre quand on joue Tair de la reine.
Inutile de parler ici du hasina qui consiste, comme on sait, dans roffrande d'une pièce d'argent à la reine, en signe de parfaite soumission à son autorité royale. Il en a été assez souvent question dans notre histoire pour que nous n'ayons pas à y revenir en cet endroit.
Outre ce léger tribut d'honneur qu'on paye à certaines époques déterminées, telles qu'au premier jour de l'an malgache, par exemple,
il en est d'autres qu'on est obligé de fournir en guise de contributions,
et qoi sont exigibles en nature ou en argent, selon la prescription du souverain.
La cote personnelle se monte à moins d'un centime.
Llmpôt annuel par famille est de trois mesures de riz ou trois décalitres environ. Tels sont les impôts ordinaires. Assurément ils ne sont pas lourds à porter.
Encore même les nobles en sont-ils dispensés.
Mais ce qui est perdu en fait dlmpôts ordinaires par le souverain est bien compensé d'ailleurs par les impôts extraordinaires, par la corvée surtout.
A la mort du roi le peuple doit contribuer extraordinairement à couvrir les frais de sa sépulture. Cinq centimes est la taxe légale pour chacun des sujets.
S'il s'agit d'acheter des armes pour la défense du pays, de payer une indemnité réclamée par une puissance européenne, le roi s'adresse à son peuple et lui impose encore une contribution extraordinaire.
Dans la plupart des castes roturières la fortune des femmes sans postérité revient de droit au monarque qui les punit ainsi de n'avoir pas augmenté le nombre de ses sujets.
Il en est de même de la fortune des sorciers malfaisants. Le roi s'en empare afin d'inspirer, dit-on, plus d'horreur d'un pareil crime. La femme et les enfants de ces sortes de coupables sont censés faire partie de leur fortune, et deviennent ainsi, comme esclaves, propriété du monarque.
Si l'autorité royale à Madagascar n'avait à sa disposition que les seuls revenus des impôts ordinaires ou môme extraordinaires dont nous venons de parler, elle serait sans contredit l'autorité la plus pauvre du monde.
Ce qui fait surtout sa force, sa richesse, c'est le droit qu'elle a d'exiger de chacun de ses sujets, pour tout ce qui lui plaira, et autant de temps qu'il lui plaira, ce service gratuit et obligatoire,
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si connu à Madagascar sous le nom de fanompoana ou corvée.
En vertu de la corvée, la reine, maltresse absolue du peuple et de la terre, commande, à ses sujets les travaux les plus pénibles, les plus coûteux; et le peuple obéit.
A ses frais, et sans se plaindre, le peuple élèvera un palais d'abord à la souveraine ensuite au premier ministre et à ses fils, et aux grands officiers ; il réparera les digues, fournira des soldats, se chargera de bâtir les temples d'État, les écoles, voire même les malsons de prêcheurs, aura soin de pouvoir à la nourriture de certains fonctionnaires, etc.
Telle est la corvée. Le devoir est de s'y soumettre.
Que de grands officiers dans Tarmée hova, que de juges et d'autres fonctionnaires décorés de titres pompeux, céderaient volontiers à d'autres, s'il leur était possible, les honneurs du poste qu'Us occupent I
Mais la loi de la corvée est là, qui les retient malgré eux attachés à leurs fonctions non rétribuées.
Comment s'étonner dès lors que le vrai mérite, les talents et l'habileté, cherchent à rester dans l'ombre ?
Personne, en effet, n'est bien aise d'entendre un officier de l'État venir lui dire au nom de la reine : « Votre savoir-faire est fort apprécié de Sa Majesté. Vous ferez désormais partie de son service ordinaire, et travaillerez pour elle, en qualité d'horloger, de menuisier, d'écrivain, etc., ce sera là votre fanompocma, votre corvée spéciale. »
Nous avons connu des élèves, feindre de ne pas savoir écrire, en présence des grands officiers de la reine, Inspecteurs des écoles, ou bien signer de noms supposés et Introuvables des cahiers parfaitement peints, afin de ne pas être saisis, comme écrivains de mérite, et condamnés comme tels, par la loi de la corvée, à copier toute leur vie, sans aucune rétribution, les certificats, passeports, lettres et rapports du premier ministre, ou de ses principaux officiers.
Un cultivateur a-t-il mis en plein rapport, au prix de mille peines, une belle portion de terrain reçue en héritage, de ses ancêtres, il peut un jour mi l'autre s'entendre dire :
« Ce que vous avez fait plaît extrêmement à la reine. » C'en est assez. Le malheureux comprend. Il [faut qu'il fasse son sacrifice et offre de gaieté de cœur à sa souveraine, toujours à titre de corvée, le fruit de ses sueurs. Qui aurait le courage de le blâmer, s'il ne se sent pas la force de recommencer alors, sur un autre point, un tra- ' vail qui lui a déjà si mal réussi !
Nous venons de signaler un des plus grands inconvénients de la corvée. Elle tue dans sa fleur le travail et l'initiative personnelle. Courbé sous un pareil despotisme le peuple hova ne saurait progresser.
En ce qui regarde la transmission du pouvoir, à Madagascar, rien n'est bien nettement déterminé. Un fait hors de doute, c'est que la royauté se maintient dans une même famille, sans en sortir jamais.
La reine Ranavalona III, actuellement régnante, est bien la descendante et l'héritière de Rafohy et de Ralambo, d'Andrianampoinimerina et des autres rois hovas, dont les traditions nous ont fait connaître l'existence. Mais elle n'est très probablement pas leur descendante la plus directe.
Jusqu'à Radama II, les souverains qui se sont succédé sur le trône des Hovas, l'ont été en vertu d'une désignation spéciale faite par chacun de leurs prédécesseurs, et annoncée solennellement par eux à la nation réunie.
A partir de Radama II, c'est le premier ministre qui a constamment choisi dans la famille royale le sujet destiné à porter le vain titre de reine, pendant que l'autorité devait rester entre ses mains.
On sait assez que les besoins de son ambition politique ont surtout déterminé ses préférences à cet égard. Il lui était plus facile d'administrer comme prince consort d'une reine fainéante, qu'en qualité de premier ministre d'un roi.
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Quelques mots sur le deuil et les funérailles des souverains à Madagascar mettront un à ce gui nous reste à dire sur le pouvoir royal dans la Grande Ile.
Lorsqu'un roi laisse le trône vacant, le premier soin des grands est de lui donner un successeur. L'élu est salué et acclamé à Tintérieur du palais, avant d'être proclamé à l'extérieur. On annonce ensuite au peuple, convoqué à cet effet; la double nouvelle, de la mort du roi précédent, et du choix de son successeur.
On intime alors pareillement les cérémonies traditionnelles prescrites pour le deuil royal.
D'ordinaire tout costume européen est non seulement prohibé, mais le lamba national doit être porté de manière à laisser découverts les bras, les épaules et le dos jusqu'aux reins. Les chevelures sont livrées au rasoir, les cloches ne peuvent sonner, tout ce qui ressent la joie est interdit au pubhc
On dépose aussi sur la place d'Andaholo une pirogue en bois, remplie d'une eau mêlée avec un peu de poussière, prise aux tombeaux des anciens rois. Une génisse à qui on coupe la tête, la queue et les jambes, mettant immédiatement la tête à la place de la queue, les jambes de devant à la place de celles de derrière, est ensuite étendue auprès de la pirogue. Quelques sagaies sont fichées dans les flancs de la victime.
Ces préparatifs de rigueur pour la prestation du serment de fidélité sont à peine terminés, que chacun s'avance, et, agitant une des sagaies dans les entrailles de la génisse, prête serment au nouveau roi, en faisant contre soi-même les plus terribles imprécations, et appelant sur sa tête un sort semblable à celui de la génisse, dans le cas d'une infidélité à la foi jurée.
Quelques gouttes d'eau sacrée, puisées dans la pirogue avec le creux de la main et portées aux lèvres, au milieu d'imprécations nouvelles, complètent la cérémonie.
L'art d'embaumer est inconnu à Tananarivo ; on se contente de laver
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le corps royal ; on le pose ensuite et on le conserve dans une salle obscure, où quelques favoris seuls sont admis.
Au jour de Tenterrement souvent fort retardé à cause des prépa^ ratifs,le corps royal ainsi préparé sera placé dans une bière d'argent. Cette bière est fabriquée avec des pièces de cinq francs réduites en lingots. Il en entra cinquante mille dans celle de Rasoherina. La fabrication en est toujours longue, car elle est Tœuvre du mart^u, et non celle de la fonte.
Les souverains, depuis Andrianampoinimerina, sont enterrés soit à Ambohimanga soit à Tananarivo, à Texclusion de toute autre ville.
Sur la place de leur tombeau désignée d'avance, on construit avec une grande activité un monument en pierre ; les grandes castes, même des nobles, ont une part spéciale et déterminée dans cette corvée.
Durant tout le temps des préparatifs, les maisons royales, dans l'enceinte du palais, sont ornées de tentures prodiguées jusque sur les toits et les palissades.
Les musiques et fanfares funèbres parcourent les rues adjacentes sans ordre, sans ensemble, et en jouant des airs étranges.
D'heure en heure, les cinquante-trois canons qui couronnent le haut de la capitale, font entendre im salve générale, tandis qu'autour du palais, la mousqueterie tire à de plus courts intervalles. Le bruit et le désordre composent, parait-il, la partie principale du deuil malgache.
Au milieu de la grande salle du palais, tendue en rouge, est disposé un simulacre de i)ière, surmonté d'un magnifique dais. Cette bière, qui est censée contenir les restes du souverain, reçoit continuellement les lamentations du peuple réuni et prosterné devant elle.
La corvée des larmes est divisée entre les sections des sept départements, qui se relèvent à tour de rôle, pour qu'il n'y ait pas d'interruption. Elle est présidée par des princesses du sang, en compagnie des grandes dames de la cour. Un officier donne le ton, et excite
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parfois la foule à redoubler de zèle. Les hommes, (^uoigue pleurant simultanément avec les femmes^ en sont séparés par un espace vide.
Toutes ces démonstrations de deuil durent Jusqu'à la grande journée de la sépulture. Celle-ci arrive enfin, lorsque les préparatifs de la bière et du tombeau sont terminés.
Une grande partie des richesses personnelles du défunt doit précéder son corps au caveau, tendu de pourpre. Lors des funérailles de Rasoherina, le défilé des étoffes, soieries, costumes, couronnes, meubles, écrinSy bijoux, parfums, etc., dura une heure et plus. Enfin, la maîtresse de toutes ces ridiesses parut dans sa bière d'argent, et fat déposée dans sa dernière demeure, au soleil couché.
Une dernière salve d'artillerie salua la défunte, et on lui remit comme don suprême un grand coffre, plein de pièces de cinq francs, accompagné d'une longue oraison funèbre.
Le lendemain eut lieu la fameuse cérémonie appelée modestement l'obscurcissement du soleil.
Toute la troupe de soldats et une foule immense se réunirent sur le bord du lac dit Tsimbazaza situé au pied de la ville. Là, après de longues harangues, on immola deux bœufs, l'un noir, l'autre rouge. La troupe fit entendre une dernière fusillade, dont la fumée fut censée obscurcir l'éclat du soleil. Après cette cérémonie, princes et princesses se dirigèrent en toute hâte, vers la rivière, afin de purifier dans le bain toutes les souillures légales, contractées durant le grand deuil qui finissait ce jour-là.
Durant le petit deuil, on pleura encore au palais, mais à certains jours seulement, et les épaules seules restèrent à nu.
Les monarques Betsileos reçoivent à leur mort des honneurs fort différents.
n en sera parlé à l'article métempsycose.
Quant aux autres petits souverains des innombrables peuplades de Madagascar, on voudra bien nous dispenser de raconter ici les modes plus ou moins divers de leurs solennelles funérailles, puis,que
iô'k MADAGASCAR
nous avons d'ailleurs négligé volontairement les faits et gestes de leur royale existence.
Administration gouvernementale. — Quelque absolus que soient les souverains, ils no sauraient entièrement se passer d'aides ou d'ofûciers subalternes dans l'administration de leurs États. Radama I", Andrianampoinimerina, et les anciens rois avaient donc autour d'eux des hommes capables, à qui ils demandaient conseils et appui pour les affaires importantes ; mais nous ne voyons pas, qu'aucun de ces ofUciers ait porté le nom de Ministre du roi.
Les trois favoris puissants qui de 1828 à 1861, sous Ranavalona I^s dirigèrent tour à tour la monarchie hova, Andriamihaja, Rainiharo et Rainijoary ne se firent jamais non plus appeler les ministres de la reine, bien qu'en réalité Us en exerçassent toutes les fonctions, sous le titre plus modeste de commandants en chef de l'armée.
C'est avec Radama II, en 1861, que le nom de premier ministre apparaît pour la première fois.
Ce prince, si désireux de faire avancer son peuple dans les voies du progrès européen, institua plusieurs ministres, avec un principal chef de cabinet, qui prit le nom de premier ministre.
La sanglante catastrophe qui mit fin à ce règne entraîna la ruine de ces divers ministères d'État.
Après le meurtre de son roi, dont il épousa la veuve, Rainivoninahitriniony, fils aîné de Rainiharo, se déclara premier ministre sans collègues, et gouverna despotiquement, sous ce nom singulier, jusqu'à ce qu'il fût renversé en 1864, par son flrère Rainilaiarivony, continuateur de son aîné.
Seul ministre, sous Rasoherina et Ranavalona II, Rainilaiarivony reste aujourd'hui, sous Ranavalona III, le seul détenteur réel de l'autorité, ne laissant à la souveraine, comme nous l'avons dit plus haut, que le vain titre et les honneurs de reine.
Il est vrai que depuis 1881, par l'inspiration des Anglais, des ministères ont été créés : ministère de l'Intérieur, ministère de la Guerre,
ministère de la Justice, ministère de rinstniction publique, et autres ministères tels que ceux des Travaux publics, des Finances, et de la Législation; mais, comme pour la formation du parlement malgache, ces diverses créations n*ont été jusqu'ici que des trompe-rœU,de vrais masques de civilisation sans aucune réalité.
Tout au plus, pourrait-on admettre en faveur de la modification de 1881, qu'elle eut le bon résultat de diviser et de répartir un peu plus méthodiquement le travail entre les divers fonctionnaires dont s'entoure Rainilaiarivony. Ces fonctionnaires d'ailleurs ne portent pas le titre de ministre. On les nomme simplement chargés (T affaires.
La tradition attribue à Andrianampoinimerina l'organisation d'une sorte de conseil de 70 chefs, dont les plus notables appelés Andriambaventy devaient remplir auprès du monarque l'office de grands commissaires royaux, ou de juges suprêmes, tandis que les autres d'un grade inférieur, nommés vadintany^ jugeaient plus en détail les affaires dupeuple,et les soumettaient, dans les cas graves, aux Andriambaventy, seuls juges en dernier ressort, selon les intentions royales.
Au-dessous du nouveau conseil établi par Andrianampoinimerina, les différents chefs de tribus et de castes, et seigneurs de village gardèrent leur ancienne autorité, et durent comme toujours transmettre au peuple les ordres venus d'en haut, distribuer la corvée, rester enfin les intermédiaires entre le peuple et le nouveau conseil, comme les soixante-dix l'étaient entre eux et le roi.
Plusieurs chefs, ou seigneurs de fiefs et de villages, retinrent aussi le pouvoir de réglementer et de juger leurs vassaux, dans une certaine mesure, mettant fin à leurs différends, et leur infligeant môme des amendes pour les délits ordinaires.
On pourrait, à ce point de vue, les considérer comme de véritables juges de paix, tandis que les vadintany remplissaient un rôle analogue à celui de notre tribunal de première instance, les Andriambaventy, jugeant d'ailleurs, comme nous l'avons dit, en dernier ressort, à la manière de nos cours d'appel.
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Rien de plus simple que rorganisation établie par Andrianam polnimerina. Elle suffisait au bonheur du peuple.
Une création du 4 juillet 1878, due comme bien d'autres à l'initiative anglaise, a imposé aux villages Tobéissance à de nouveaux chefe, nommés sakaizambohitra (amis du peuple), et décorés, en 1881, du nom à*Antily (surveillants).
L'autorité de ces Antily ou Sakaizambohitra est un peu supérieure à celle des anciens seigneurs on chefs de tribus.
Pris parmi les vétérans de Tarmée, au nombre de 3.000, on les a disséminés par escouades, dans les six provinces de Tlmerina.
Ils sont surtout chargés de la police, dans les villes et les marchés, prêtant main-forte aux chefs et seigneurs, et remplissant en un mot, les divers offices de gendarmes, commissaires de police et d'huissiers, voire même, ceux de maires et de notaires, puisqu'on les a chargés aussi de tenir un registre civil des naissances, des mariages, des décès, mutations de propriétés, ventes, baux, etc., etc.
Il va sans dire que tant de fonctions à la charge des Antily ont eu principalement pour but, non pas l'avancement de la civilisation, que ces mesures semblent viser, mais le triomphe des intérêts méthodistes et anglais, par l'écrasement systématique des intérêts français et catholiques.
Ces amis des villages et surveillants n'ont en réalité exercé leurs fonctions amicales qu'en faveur de leurs amis les méthodistes ; ce qu'ils ont surveillé c'est l'accroissement de l'Angleterre et la ruine de la France dans chacun des villages de l'Imerina, afin de promouvoir l'un et l'autre autant que possible, selon Tordre du gouvernement.
La création des Antily, aussi bien que celle des divers ministères et du parlement, sont donc avant tout des instruments de domination anglaise. Leur moindre inconvénient a été de jeter un trouble profond et une inextricable confusion, sous couleur d'ordre et de progrès, dans le système peut-être trop simple et trop primitif du gouvernement malgache, établi par Andrianampoinimerina.
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La publication de nouvelles lois, substituées aux anciennes, ei modifiées à plaisir par rimprimeur Parrett, chargé de les présenter sous forme de code à la nation, n'a pas peu augmenté cette confusion.
Ce serait vouloir se tromper à plaisir, que de prendre au sérieux cet ensemble de lois nouvellement codifiées, et offertes aux Européens, comme l'exacte expression de la législation actuellement en vigueur ebez les Hovas.
 voir la manière dont elles sont peu connues, et surtout complètement méprisées par le grand nombre des indigènes, on ne tarde pas à reconnaître en elles, comme dans le parlement et les autres créations dont nous avons parlé, une nouvelle machine de guerre inventée par nos injustes oppresseurs, contre la France catholique, et dont ils se servent avec d'autant plus de perfidie, qu'ils l'ont plus soigneusement dissimulée, sous le couvert de la justice.
Il n'y a en réalité qu'une grande loi à Madagascar; c'est la volonté du premier ministre et de ses conseillers.
Nous ne prendrons donc pas la peine d'analyser ici les chefsd'œuvre de législation, sortis depuis quelques années de l'ofilcine anglaise, pour l'usage de nos persécuteurs d'abord, et celui, en second lieu, des naïfs habitants de Londres, fort heureux d'y apercevoir les progrès imaginaires obtenus par la secte méthodiste sur la barbarie malgache.
Tout en accordant volontiers que les mœurs des habitants de la Grande Ile se soient beaucoup adoucies par leur contact avec les Européens, nous nions énergiquement que la législation formulée dans le code Parrett soit l'expression exacte de ce progrès, et surtout la règle pratique suivie par les décisions de la justice, tant envers les Malgaches qu'envers les Européens.
Si l'on désirait cependant savoir sur quelles bases, en dehors de la volonté du premier ministre, repose encore aujourd'hui l'administration de la justice à Tananarivo, nous répondrions que le fond de la législation en vigueur est en grande partie celui-là même dont se
servaient au commencement de ce siècle les Andriambaventy,Vadintany et aux autres petits juges du temps d*Andrianampoinimerina.
Qu'il nous suffise de donner ici un simple spécimen de ces antiques prescriptions, telles qu'on peut encore de nos jours les voir fonctionner en plusieurs localités.
Les rebelles, les conspirateurs, les voleurs des biens de la couronne, les assassins, les chefs trafiquant de la justice et de la corvée, les sorciers malfaisants, etc., etc., étaient condamnés à mort. Mais beaucoup de ces coupables n'étaient pas poursuivis.
Des crimes moindres, tels que le vol d'un fief, Tinsolvabilité des seigneurs, les fausses accusations en certains cas déterminés, entraînaient la perte de la liberté pour toujours, s'il plaisait au monarque d'en poursuivre rigoureusement les auteurs.
Aucune loi n'entravait la liberté de tester.
Les revenus des bien? des époux étaient mis en commun. En cas de séparation toujours possible, la femme avait un tiers des biens de là communauté, le mari gardait les deux autres tiers.
Aucune police n'étant encore instituée,le gouvernement pourvoyait à sa propre défense et à celle des intérêts particuliers, au moyen de l'espionnage mutuel, des dénonciations forcées ou spontanées, et aussi de l'emploi du tangben envers ceux qui étaient soupçonnés.
A chacun du reste, de veiller sur soi et ses propriétés, et de s'associer s'il le voulait à d'autres, dans le but de repousser un danger, ou de retrouver un objet volé. Le gouvernement n'intervenait que quand le voleur avait été arrêté.
Nous ne devons pas omettre d'indiquer un mode assez curieux, et particulier aux Malgaches, de retrouver ime hache, une bourse ou semblable objet volé.
Chacun des habitants du village recevait l'ordre de porter en un lieu désigné un paquet d'herbe ou de paille, attaché de la même manière, et au milieu duquel était souvent caché, par le voleur luimême» l'objet réclamé. Tous les paquets une fois réunis dans le
même endroit, le propriétaire volé procédait par ordre à leur examen; et il n'était pas rare qu'il retrouvât enfoui dans cpielqu'un d'entre eux son objet perdu.
Quand les méfaits, les vols ou les troubles se multipliaient dans mie région outre mesure, sans que les auteurs pussent être saisis, les autorités ordonnaient une sorte de battue générale. Chaque caste, chaque tribu, chaque fief ou seigneurie, devait alors se réunir par groune distinct, et pourvoir à l'expulsion hors de son sein des sujets suspects on malfaisants. Les victimes de l'expulsion étaient aussitôt livrées à Tadministration royale, et ordinairement Jetées dans les fers.
' Telles étaient en substance les anciennes lois, dont s'inspiraient les juges, avant la législation de création britannique.
Il serait trop long de raconter ici en détail comment se rend, encore de nos jours, la justice soit au tribunal des chefs de village, soit auprès des Vadintany, soit enfin devant les Andriambaventy à Tananarivo.
Nous dirons seulement d'une manière spéciale, que les juges n'étant pas rétribués par l'État doivent vivre de leurs fonctions, aussi bien d'ailleurs que les autres employés de la reine. Il suit de là que la justice se vend littéralement à Madagascar plutôt qu'elle ne se rend.
Tout Malgache qui ne sait pas entrer en arrangement avec son voisin, juste ou injuste agresseur, est sûr de voir son procès traîner en longueur autant de temps qu'il en sera besoin, pour que les juges lui 8t)utirent peu à peu la meilleure partie de son avoir.
Quandraffâlre est allée de tribunal en tribunal à celui des Andriambaventy, et que la procédure de ceux-ci est suffisamment terminée, rapport; est fait par l'un des juges au premier ministre, qui, ayant pris connaissance des divers chefs d'accusation, de la défense, des témoignages en sens contraires et de l'opinion des juges, est censé communiquer à la reine toute l'affaire.
La reine informée envoie nn officier sur le lieu des séanees ordinaires, prononcer la sentence définitive.
Autrefois la justice se rendait partout en plein air, auprès des portes du palais de le reine à Tananarivo, où de la demeure des chefs et seigneurs dans les villages.
Juges, accusateurs, accusés et curieux, assis sans façon par terre, ou sur quelques pierres, ou sur un pan de muraille, semblaient n'avoir aucun autre souci que celui de Tintrouvable vérité.
Aujourd'hui les juges de Tananarivo abritent d'ordinaire, sous un toit de feuillage, soutenu par quatre poteaux, leurs têtes vénérables.
On voit même, au Nord du palais de la reine, un de ces sanctuaires de la justice assez vaste, et dont la toiture plus convenable, repose sur des colonnes en pierre.
Disons en terminant, qu'afin de faciliter le travail de la cour suprême, quatre juridictions ont été récemment établies : Celle des crimes, celle des vols, la juridiction relative aux héritages, enfin celle des coups et insultes.
Pourquoi faut-il que nous soyons forcé d'ajouter que l'art de juger d'après le droit et la justice, semble, malgré ces progrès matériels, plus arriéré aujourd'hui que jamais, dans la capitale des Hovas. On ne juge plus, il est vrai, par les procédés du tanghen et des idoles consultées avec frayeur ; mais que de victimes sacrifiées à Thorrible passion de la cupidité !
Les peines les plus graves infligées maintenant par le tribunal des crimes, à ceux qui les ont méritées, sont la prison avec les fers, et la décapitation.
On enlève la vie au condamné avec le fer d'une lance, ou au moyen d'un simple couteau de boucher. Quand un malheureux est conduit au dernier supplice, le bourreau le pousse devant lui, la|lanc6 en arrêt ou le couteau levé. La populace toujours fort nombreuse, et marchant pêle-mêle, les suit de près en faisant entendre des cris sauvages.
MŒURS BT CROYANCES 161
< Combien me domieras-tu, dit parfois le bourreau à sa victime, si je te tranche la tête sans te faire trop souffrir? »
Malheur au patient, si le prix indiqué ne satisfait pas Tesclave royal remplissant le rôle de bourreau; Texécuteur tiendra sa promesse; sa tête ne sera séparée du tronc qu'après que celui-ci se sera fait un jeu barbare de la scier peu à peu.
Quoi qu'il en soit de ce trait de mœurs bien digne du sauvage, il y a loin de la barbarie relative déployée aujourd'hui, dans une semblable exécution,à ce qui se pratiquait autrefois,sousRanavalona !'• et qu'on a pu lire en détail, dans le premier volume de notre histoire.
Armée. — Sous AndrianampoinimeriAa et ses prédécesseurs, on ne connut pas à Madagascar de distinction parmi les sujets, au point de vue civil et militaire. Le même homme qui en temps de paix cultivait ses rizières, s'armait de la lance et du fusil, au signal du roi, et marchait courageusement à l'ennemi.
L'idée d'organiser une armée spéciale, à l'instar des armées européennes, ne vint à Radama !«' que vers l'année 1817. On le vit en effet, à cette époque, sous l'inspiration de Lesage, agent de sir Robert Farquhar, lever une petite troupe de 400 hommes portée bientôt à 1.000, et que les deux sergents anglais, laissés par Lesage daiis l'imerina, se chargèrent de former aux manœuvres militaires.
Charmé de ces premiers débuts, le monarque donna à ce petit bataillon le nom prétentieux deFoloalincUihyyles cent mille hommes, parce qu'il espérait sans doute porter bientôt à ce chiffre élevé le nombre de ses soldats.
On présume toutefois que, du vivant de Radama h^, l'effectif total de son armée ne dépassa jamais le nombre de 20.000.
L'Angleterre, qui présida à cette formation, aurait bien désiré que la nouvelle troupe fût équipée comme il convenait à des soldats, et l'on doit dire qu'elle n'omit rien de ce qui pouvait de sa part y contribuer.
Outre les fusils nécessaires, elle envoya en effet 400 uniformes
rouges, destinés aux 400 premiers militaires inscrits dans les rangs de la future armée. Mais ces uniformes étaient trop beaux, trop éclatants, trop précieux pour être portés habituellement. On les garda soigneusement pour les grands jours de revue, où ils parurent longtemps avec honneur.
Afin de donner à Tarmée un uniforme, Radama eût été obligé de faire des dépenses au-dessus de ses moyens, et peu en harmonie d'ailleurs avec le système de son gouvernement, dont le principe fondamental se formule ainsi : Le monarque reçoit toujours du peuple sans rien lui devoir. Radama, bon gré mal gré, fut fidèle à cette maxime ; non seulement les soldats durent se passer d'uniforme et se vêtir chacim, selon ses moyens, mais il en fut de même pour la nourriture. Chacun, comme dans les temps anciens, eut la liberté de pourvoir à sa subsistance, soit par le pillage, soit d'une autre manière.
Tout ce que TÉtat put faire, fut de fournir les armes ainsi que les munitions fabriquées dans le pays, ou achetées aux frais du peuple, comme nous Tavons déjà dit. En somme, à part une certaine organisation à l'européenne, et quelques secours matériels, l'armée hova resta foncièrement, sous Radama, ce qu'elle avait toujours été, un ramassis d'hommes se ruant sur le territoire à conquérir, et l'emportant plutôt sur ses ennemis par la ruse et la terreur que parla science militaire et le vrai courage.
Quoi qu'il en soit, d'une pareille armée, l'organisation et surtout l'assurance morale qu'elle reçut de l'Angleterre la rendirent supérieure aux armées des autres tribus de llle ; telle qu'elle -était, elle suffisait à entraver grandement les conquêtes de la France à Madagascar, et à ruiner même les établissements de commerce que nous y formerions, si nous ne prenions pas la peine, comme il arriva en effet, de les appuyer de forces imposantes.
L'Angleterre pouvait donc être satisfaite, elle avait atteint son but. Radama I'* et après lui sa femme Ranavalona I«' ne manquèrent pas
d'utiliser, dans le sens indiqué par notre rivaleja jeune armée hova.
La France négligea toujours, sous différents prétextes, de faire reffort nécessaire pour détruire à Madagascar cet ennemi naissant^ et elle se voit aujourd'hui enferrée dans ce fatal dilemme : Ou perdre, en cédant, toute son influence, tout son commerce sur la Grande Ile, ou en venir enûn, quoique un peu tard, à Técrasement d'une puissance qu'elle a laissé si malencontreusement grandir à ses dépens.
L'armée malgache, sans être bien terrible, n'est pas telle en effet âujourd'hui,qu'eUe était du temps de Radama I" ou de Ranavalona I'«. Complètement négligée, sous Radama II, qui, voulant vivre en paix avec toutes les nations de l'Europe, renvoya tous ses soldats dans leurs foyers, elle a été reformée à nouveau en 1866, perfectionnée ensuite les années suivantes, par le premier ministre actuel, toujours à l'instigation de nos mêmes rivaux, et dans le même but qu'autrefois : la domination hova sur l'île entière, par l'exclusion de la France.
Laissant de côté l'histoire des premières tentatives de réorganisation, nous arrivons de suite aux modifications plus sérieuses, introduites dans l'armée, par une loi anglo-hova, du 25 mars 1879. En voici les points principaux :
Tous les hommes libres et valides, âgés au moins de dix-huit ans, doivent le service militaire. Les chefs qui exempteraient qui que ce soit de leur propre autorité, sont passibles de cinq cents francs d'amende, et perdent leurs grades pour redevenir simples soldats. La durée du service militaire est de cinq ans. Ce tribut une fois payé, le Malgache est libre à cet égard, mais il peut être toujours rappelé sous les drapeaux et mobilisé en cas de besoin. Les soldats envoyés en garnison dans les pays conquis doivent être remplacés chaque année*
Cette réglementation est excellente, on le voit, et à peu près conforme au système actuel de France. Mais jusqu'ici ces lois n'ont pas pu être complètement observées.
Non seulement il est des Malgaches qui échappent au service militaire, moyennant finances, mais encore les anciens soldats n'ont pu être libérés en grande partie, et les garnisons n'ont pas été renouvelées tous les ans. Cependant le service étant devenu obligatoire pour tous, l'effectif de l'armée s'est élevé notablement. En 1879, on a ordonné une levée de 5.000 hommes pour chacune des six provinces de rimerina, ce qui ferait 30.000 en tout. Mais le cadre n'a pas été rempli, et la levée n'a guère dépassé 20.000.
De 1880 à 1883, on a prescrit tous les ans une nouvelle levée de 500 hommes environ dans chacune des 6 provinces, ce qui faisait 3.000 hommes par an. Bien que ce nombre n'ait pas été atteint, on a pu arriver au chiffre de près de 10.000 hommes. Qu'on ajoute aux effectifs des cinq dernières années. Sou 10.000 anciens soldats, et l'on aura ainsi une armée de 35.000 à 40.000 Hovas. Nous comprenons, dans ce nombre, ceux qui forment les diverses garnisons dans les points les plus importants des pays conquis.
En dehors de ce chiffre, se trouvent les 6 ou 7.000 hommes levés dernièrement chez les Betsileos et chez lemrs voisins, les Tanala et les Antaimoros. Disons enfin, pour être complet, que dans l'armée une catégorie de soldats forme un corps d'ouvriers: tels que forgerons, ferblantiers, menuisiers, tailleurs, etc., au service de la troupe ellemême et du royaume.
Tel est aujourd'hui l'état général de l'armée hova sous le rapport de son effectif.
L'équipement a aussi progressé.
La nouvelle organisation due au premier ministre actuel prescrit, sans le donner, bien entendu, un costume miUtaire qu'on doit porter les jours d'exercice et de revue.
Les simples soldats exhibent ce jour-là,outre un habit assez simple, un pantalon et un chapeau de paille. Les officiers paraissent dans la même occasion, avec un uniforme d'ordonnance peu coûteux, qui indique plus ou moins leur grade.
Ainsi une certaine régularité de costume remplace petit à petit la bigarrure indescriptible qui frappeiit autrefois la vue des spectateurs.
Lorsqu'il y a exercice ou revue, et même quand on part pour une campagne lointaine, chacun s'industrie pour se fournir des vivres. La plupart se servent de leurs esclaves, soit pour se faire porter du riz, soit du moins pour s'en procurer. Ceux qui n'ont pas d'esclaves, se cherchent quelque membre de la famille qui veuille bien leur porter celui dont ils auront besoin pendant l'expédition, ou bien ils se pourvoient eux-mêmes de leurs propres deniers, au fur et à mesure qu'ils trouvent des marchands sur leur route.
L'armement actuel se compose de 8 ou 9.000 fusils à pierre, 600 carabines rayées, 500 chassepots et 5.000 schneiders et remingtons. Ces derniers ont été achetés en 1882 parle moyen d'un impôt extraordinaire. On voit donc qu'en tout il y a 15.000 fusils, dont 6.000 seulement ont une portée convenable. Tous les soldats ne pouvant recevoir des fusils, on a forgé des lances pour armer le reste. Quatre-vingt-dix mille lances ont été ainsi fabriquées dans l'Imerina au commencement de cette guerre. En fait de canons, outre un certain nombre de pièces de gros calibre et de petite portée, couchées simplement siu» le sol à Tananarivo et dans quelques autres villes, les Hovas possèdent encore une mitrailleuse,et8ou9 pièces de campagne montées sur affût.
Nous ignorons quel nombre de fusils et de canons ont été introduits à Madagascar par les Anglais et les Américains depuis les débuts de cette guerre.
La hiérarchie militaire est encore aujourd'hui la même que sous Radama I".
On sait que ce prince, ayant adopté pour ses soldats le système des grades en usage dans les armées européennes, chargea le Français Robin de désigner les noms de ces divers grades. Celui-ci appela donc dans un français devenu malgache, le simple soldat, sorodaiixjj le sergent, sarizà, et ainsi de suite. Plus tard tous ces noms étrangers, propres à embarrasser la langue et la mémoire des Malgaches,
furent supprimés et remplacés par des chiffras. Le soldat fut l^ honneur (manamboninahitra) ou bien eut un bonheur; le caporal fut 2* bonneur, le sergent 3« bonneur, et ainsi de suite jusqu'au grade de maréchal qui fut 12« honneur, c'est-à-dire posséda douze honneurs.
Ce mode bien propre à exciter rémulatioii ouvrait en même temps une large porte à l'ambition. Les nombres étant indéfinis et faciles à compter, les grands aspirèrent sans cesse à monter un échelon supérieur.
A la mort de Radama I",le plus haut personnage du royaume obtint en effet d'être 13« honneur. Plus tard il fallut donner à un autre le i4« honneur et puis le 15«. Aujourd'hui au sommet de cette hiérarchie militaire se trouve un 16« honneur, ayant ainsi quatre grades de plus que tout ce que possède l'Europe de plus élevé en ce genre. Afin de remédier à cet abus, le premier ministre actuel laisse mourir eeui qui ont les honneurs les plus élevés, et ne les remplace pas.
La seconde plaie de ce système d'honneurs fut le favoritisme. Le grade n'était point créé héréditaire, mais il le devint peu à peu parla force du pouvoir et de l'influence des chefs. Bientôt le jeune enfant reçut des honneurs et des grades, aussi bien que l'illustre capitaine dont les cheveux blancs annonçaient les années de service, et dont le courage et l'habileté avaient brillé avec éclat au champ de bataille. U y eut des généraux de naissance, et des maréchaux au berceau. Les grades d'ailleurs, jusqu'au sixième exclusivement, sont conférés par les officiers supérieurs, et ne reposent sur aucun autre titre que la parole de celui qui les donne.
Le septième et tous les autres grades supérieurs étant conférés par l'État ont un diplôme scellé du sceau du royaume,pourpreuve et garant •de leur collation ; et les noms des dignitaires sout enregistrés sur un grand cahier à cet usage conservé au palais. Sous Radama II, des favoris ayant à leur usage le sceau royal, créèrent une multitude d'ofBciers de tous grades, moyennant finances, et leur donnèrent un diplôme. Mais comme le registre matricule était en d'autres mains;
MŒURS ET GROYANGBS 167
il fut facile plus tard de confronter les diplômes et de découvrir ceux que la fraude avait délivrés ; c'est ce que fit Rainilaiarivony, en 1876, à la grande confusion des usurpateurs.
Radama 1", réglant tout à Teuropéenne, avait accordé des aides de camp aux officiers supérieurs. Le nombre en était d'abord proportionné au grade. Dans la suite il fut arbitraire et laissé au choix des officiers. Dès lors, de grands abus s'introduisirent dans l'armée et en vidèrent les cadres.Rainivonahitriniony, renversé du ministère en 1864, en légua 7.000 à son frère et successeur. Celuî-ci à son tour, constitué par Tusage héritier des aides de camp de tous les officiers morts, en a vu le nombre s'élever au chiffre de 10.000 : presque l'équivalent du reste de l'armée.
Par la création des aides de camp, Radama s'était proposé de donner aux officiers, des substituts chargés de faciliter l'expédi* tion des affaires militaires. Or, leurs fonctions n'imposaient pas des occupations bien sérieuses. Il fallait leur trouver du travail. Les officiers supérieurs s'en firent donc des serviteurs, et leur confièrent leurs affaires personnelles, voire même leur commerce lointain. Ils se servirent d'eux également comme d'une garde d'honneur et d'une police de sûreté, destinée à rehausser leur dignité et augmenter leur puissance.
Les simples soldats, briguaient d'ailleurs la position douce et commode d'aide de camp. Quoi de meilleur que ne rien faire, au lieu d assister à tous les exercices militaires et de subir tout ce que cet état a de plus dur, de plus fatigant. On comprend qu'ils ne demandassent pas à quitter cette sinécure, pour combler les vides de l'armée. Il devenait donc urgent de remédier à cet abus>t à d'autres semblables.
En conséquence le 13 juillet 1876, dans un grand kabary tenu à Andohalo, Rainilaiarivony exposa publiquement la situation telle que nous venons de la décrire, et appliqua le remède à cette plaie.
Par ses ordres, le 9* honneur n'eût qu'un seul aide de camp
le iO« honneur 3, le ll«5, le 12« 10, le 14« 20, le 15o 25, et le 16» 30.
Cette réforme bien nécessaire produisit de 5 à 6.000 soldats, sans compter les 10.000 aides de camp au service du premier ministre, auxquels on ne toucha pas.
Nous venons de décrire en peu de mots le mode de recrutement ainsi que l'organisation de l'armée hova. Assistons maintenant aux manœuvres qu*onyfait, soit pendant la paix, soit pendant la guerre.
Et d'abord pour voir tout dans la réalité, il est convenable de mettre de côté les idées de caserne et d'exercices journaliers, qui rompent le militaire européen au maniement des armes et lui communiquent une habileté rare.
Ici les soldats restent habituellement dans leurs villages, y menant la vie de famille, et ne montent à Tananarivo que deux fois le mois, pour y apprendre les diverses manœuvres. Il suit de là que l'armée hova ressemble moins à une armée active proprement dite, qu'à une garde nationale ou armée de réserve, convoquée de temps en temps et facile à mobiliser en temps de guerre.
Depuis la nouvelle organisation de 1879 les nouveaux conscrits reçoivent pendant quelque temps une formation plus sérieuse. Pendant deux ou trois mois, ils campent sous la tente près de Tananarivo et sont exercés tous les jours. On leur donne ensuite quelques mois pour vaquer à leurs travaux de culture, et puis on les réunit encore sous la tente pour compléter leur instruction. La première formation étant terminée, il n'y a plus qu'un jour d'exercice par chaque quinzaine.
Inutile d'apprendre longuement à se servir de la lance, familière à tout Malgache, et employée avec succès dans les guerres primitives. Le maniement du fusil fait donc l'objet des leçons habituelles.
Comme autrefois Brady et Robin, sous Radama I", les Anglais Lovet ei Ombeline, et le Français Noyai ont réussi, depuis quelques années seulement, à imprimer aux troupes un certain cachet de formation européenne.
Cependant le tir au fusil et au canon se fait à peine une fois Tan. Aussi l'artillerie est-elle de beaucoup inférieure à celle des blancs.
Nous ajouterons, pour être juste, que certains soldats armés de fusils, et doués de talents naturels pour être habiles chasseurs, peuvent tirer avec adresse et agir avec un certain succès, comme tirailleurs, même contre des Européens.
Les commandements qui se faisaient autrefois en langue anglaise, se font en malgache depuis ces dernières années.
De temps en temps encore, il y a une revue sur la grande place de Mahamasina, qu'on peut appeler à juste titre le Champ de Mars.
Dans une de ces revues les plus solennelles, quia eu lieu naguère, et que présidait le premier ministre, se trouvaient environ 25.000 hommes. Les troupes, rangées en carré et sur plusieurs lignes, défilaient par pelotons devant l'inspecteur.
Ces sortes de revue à Mahamasina sont moins un déploiement de science, qu'un moyen de remédier aux abus. On constate par Tappel quels sont les absents et les malades. Les paresseux y reçoivent des réprimandes ou châtiments, et les zélés des félicitations et des encouragements.
L'honneur et le bon naturel portent suffisamment une certaine catégorie de soldats à l'accomplissement de leurs devoirs. Toutefois, la crainte est efficace pour la plupart. Or, voici les châtiments et punitions qui se pratiquent parmi les soldats.
Les maladroits ou paresseux qui ne savent ni aller au pas, ni manier on fusU selon le commandement, sont condamnés tantôt à piétiner la boue d'une rizière, tantôt à porter des pierres sur la tête, tantôt à prendre un bain dans l'eau froide oufdans im bourbier marécageux, tantôt enfin à parcourir une certaine étendue de terrain, en se servant des deux genoux et des deux coudes en guise de quatre pieds.
Ceux qui manquent l'exercice ou la revue sont fouettés avec une lanière en cuir, dix fois à un premier manquement, vingt fois au second et trente fois au troisième. Pour les délits plus graves, l'armée
se range sur deux lignes parallèles, et forme au milieu un chemin étroit, où le délinquant, en costume léger, passe en courant et est frappé par tous les soldats, soit avec la main, soit avec le pied, soit avec une lanière. Parfois, des hommes vigoureux sont chargés de poursuivre successivement le coupable et de le fouetter jusqu'à ce que celui-ci tombe hors d'haleine et ne s'agite plus sous les coups. L'ofûcier peut subir de semblables peines, sil les mérite, aussi bien que le simple soldat.
Les incorrigibles sont mis aux fers.
Lorsqu'une guerre est imminente ou déclarée, Tarmée est convoquée d'abord à stationner sous la tente auprès de la capitale. On fait de même lorsqu'il s'agit de remplacer les garnisons lointaines. Tous les soldats étant alors sous la main de leurs chefs, on choisit ceux qui doivent faire partie de l'expédition,
Le corps d'armée une fois organisé se met en marche. Cinq cents hommes trouvent en général un logement facile dans les hameaux qu'ils traversent. Une armée considérable doit camper en plein air sous la tente. Or, le campement se fait encore aujourd'hui dans le même ordre qu'autrefois. C'est ordinairement plusieurs grands carrés réguliers concentriques, en chacun desquels les tentes sont parfaitement alignées.
Le général a sa tente et son rova (palissade entourant la demeure des chefs) dressés au milieu du carré le plus intérieur. Autour de lui, se trouvent les gardes et les esclaves royaux. Le reste de l'armée est partagé en quatre grands carrés, par de grandes allées toujours dirigées vers les quatre points cardinaux.
La province de l'Imerina est figurée en petit par les diverses tentes. Au Nord-Est, se trouvent les Avaradrano (ceux du Nord du fleuve) ; et parmi eux, près du rova, le corps d'élite des Voromahery occupe la première place. Au Sud sont placés les Vakinisisaony ; au Sud-Ouest les Ambodirano ; et plus au Sud encore, les Vakinankaratra ; au Nwrd- Ouest, les Marovatana ; au Nord, les Vonizongo.
MŒURS BT CROYANCES 171
Ils occupent ainsi dans le camp, par rapport au rova du général, la position géographique qu'ils tiennent réellement dans Tlmerina par rapport à Tananarivo. Chaque soldat voit bien vite de cette façon, sur le terrain ûxé pour le campement, en quel endroit précis il doit dresser sa petite tente.
Lorsque Tennemi est à craindre, on n'oublie pas plus qu'en Europe de mettre des sentinelles avancées, pour garder le camp, jour et nuit.
Une armée se transporte sans encombre et sans retard d'une étape à l'autre. Le Hova n'est pas embarrassé par sa literie. Couché sur une petite natte, ou sur un peu d'herbe, ou même sur la terre nue, il entoure sa tête et son corps du lamba qui lui sert d'habit durant le Jour et là, comme enseveli dans cette couverture fort légère, il goûte bien vite un sommeil profond. Chaque soldat porte sa tente, son fasil, son riz et au besoin sa marmite pour la cuisson du riz. La plupart ont des esclaves qui sont chargés des paquets ; les plus riches font la route en fllanjanaou litière.
Des hommes pris dans le territoire que Ton parcourt sont forcés de transporter par corvée les munitions de guerre. L'un porte de la poudre, l'autre des balles et des cartouches, celui-ci des boulets ou des bombes. Quatre hommes se chargent d'un canon, deux portent l'affût, ei chacun des deux autres une roue.
La troupe chemine lentement. Des officiers la suivent, déployant une grande activité ; leur voix criarde fait avancer les porteurs de fardeaux.
Des marchands de toute sorte accompagnent partout une armée et lui vendent des vivres, des ustensiles.
On voit d'après ce seul fait que les porteurs et les marchands augmentent notablement le nombre des troupes. L'effectif total dépasse ordinairement cinq fois celui des soldats eux-mêmes. Un corps de mille soldats suppose quatre ou cinq mille porteurs ou marchands aidant l'expédition, mais l'embarrassant aussi en cas de
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famine. Faute d'une connaissance exacte de ces usages c[ue nous venons de rapporter, certains Européens pourraient être facilement induits en erreur sur la force d'une armée hova, etafRrmer à tort qu'un corps de 4.000 soldats en renferme 20.000.
Les troupes, une fois campées en face de Tennemi, et sur le point d'en venir aux mains, se partagent en deux sections, dont Tune reste au camp, et Tautre va au combat.
Cette division offre Tinconvénient de diminuer les chances d'une victoire, mais elle a aussi Tavantage, dans le cas d'un insuccès, de permettre une reprise de la lutte avec des troupes fraîches, contre un adversaire fatigué. Ceux qui livrent bataille sont lancés en avant par les olBciers qui dirigent de loin les opérations, et arrêtent, s'il le faut les fuyards. Les soldats qui reculent, ne serait-ce que d'un pas, méritent-d'être percés par les baïonnettes des rangs placés derrière eux.
Ceux qui désertent furtivement doivent être brûlés sur un bûcher. Ce dernier châtiment a donné lieu au proverbe : « Mieux vaut avancer pour mourir, que de reculer pour être brûlé .» Il a été appliqué deux ou trois fois seulement sous Radama P"* et Ranavalona I'*, bien qu'on ait vu un plus grand nombre de déserteurs.
Quand les Hovas ne peuvent vaincre l'ennemi en bataille rangée, ils ont recours à la ruse. Ils fondent sur lui à l'improviste, surtout au milieu des ténèbres de la nuit, et surprennent ceux qui ne sont pas continuellement sur le qui-vive.
Si la ruse est impuissante, ils assiègent en règle un village ou une ville. Ils sont d'une grande habileté pour couper tous les vivres à leurs adversaires.
Leur nombre, leur armement, leur courage et leur adresse, leur permettent de se mesurer avec avantage avec les autres tribus de rile.
Mais inférieurs aux Européens, ils se contentent de surprendre la nuit, leurs campements et de faire eux-mêmes le blocus de leur propre royaume, afin d'empêcher les vivres d'arriver de l'intérieur de
l'île, jusqu'à leurs ennemis. C'est ainsi que de 1845 à 1854, par suite de Tattaque faite simultanément, par les Français et les Anglais contre Tamatave, tout commerce avec les étrangers fut interrompu, et les approvisionnements des deux îles sœurs, Maurice et Bourbon, devinrent très difficiles et fort coûteux.
Nous voyons ce système employé aujourd'hui de nouveau contre nous depuis la prise de Tamatave par l'amiral Pierre. Impossible, sur les points du littoral occupés par nos troupes, d'avoir des vivres venus de l'intérieur de l'île. Enfin, comme dernier moyen de salut, les guerriers Hovas recourent à la fuite dans leurs montagnes. Si des milliers de soldats européens les poursuivent, ils ont des jambes vigoureuses exercées à la marche, et s'enfuient vers Tananarivo, comme vers leur dernier asile, entraînant leurs bœufs, sur leurs pas et détruisant toutes les provisions qui pourraient ravitailler l'ennemi.
Défendus alors par des marais fangeux, des rivières peuplées de caïmans, des chemins escarpés et des forêts impénétrables, ils se croient à l'abri de nos poursuites, tout en essayant parfois, dans leur marche rétrograde, de tomber sur nous à l'improviste, pour fuir encore et faire ainsi à la perfection une guerre de guérillas.
Radama P' avait raison de dire qu'il avait à son service deux habiles généraux : la fièvre et la forêt. La fièvre a souvent chassé les étrangers, et la forêt est ime barrière bien difficile à franchir pour monter à la capitale. Et cependant pas de conquête possible de Madagascar, ni de protectorat, ou de paix assurée avec les Hôvas, tant qu'un corps de soldats européens, ne sera point arrivé jusqu'au cœur de rimérina. La possession de la Grande Ile avec toutes ses richesses est au prix, je ne dis pas de combats nombreux et sanglants livrés contre les Hovas, mais d'une simple marche militaire, dirigée résolument vers Tananarivo.
Si Ton redoute les forêts de l'Est, ou qu'on ne veuille pas les incendier, pour livrer un passage convenable à un corps de douze à <punze mille hommes, on peut arriver par l'Ouest. Du côté de Ma-
janga en effet pas de forêt à traverser, pas de rivière difficile à passer. La route est seulement plus longue.
Nous terminerons cette étude sur la force militaire des Hovas par une simple remarque.
Plus la France diffère de monter vers la Capitale, et plus Tannée Hova, composée d'hommes habitués à une vie dure, et exercés maintenant par des Européens, deviendra de jour en jour redoutable, selon que le progrès en améliorera plus vite rarmement,rorganisation et surtout le recrutement.