SUR L'EXPÉDITION DU TONKIN
(iomailSSS.)
Le premier crédit demandé pour Texpédition du Tonkin était de 5.300.000 francs. Le gonvernement ignorait, on dissimulait sous les proportions modestes de ce crédit initial^ les proportions énormes que devait prendre Fentreprise. Le discours qui suit avait pour objet de demander au gouvemement des éclaircissements sur le caractère et les fins de Texpédition.
M. Jules Delafossb. — Messieurs, le projet d'une expédition au Tonkin a été accueilli dans les bureaux de la Chambre avec une telle faveur qu'il est difficile de le combattre efficacement ici, et qu'il peut paraître même inutile de le discuter.
La commission est unanime ; le gouvernement, dans son exposé des motifs, ne prévoit aucune difficulté ; et le rapport, qui est un morceau de politique lyrique, ne connaît aucun obstacle.
Cet optimisme, peut-être irréfléchi, n'a rien d*ailleurs qui puisse surprendre ; on sait que les promoteurs et les partisans de Fentreprise ne l'envisagent et ne la font envisager que par ses côtés avantageux. On célèbre, comme le fait le rapport, Paccueil amical et presque enthousiaste que nous devons rencontrer auprès de la population du Tonkin ; on fait valoir la douceur du climat, éminemment propice à la colo-
nisalioD^radmirable fertilité du sol,la variété de ses produits, Tabondance et la richesse des mines et, plus que tout le reste, la possession du fleuve Rouge, cette artère admirable, dit-on, qui doit permettre au commerce français de pénétrer jusqu'au cœur de la Chine et de répandre sur la France ses trésors jusqu'ici inexploités.
C'est un rôle ingrat, messieurs, que de vous contraindre à considérer aujourd'hui, ne fût-ce que pendant quelques instants, l'envers de cet attrayant tableau; et ce rôle, je m'excuse presque de l'avoir choisi. Cependant, si c'est un dessein patriotique que de vouloir ouvrir à l'activité nationale ce champ nouveau qui est immense et que ron dit appelé à devenir merveilleusement fécond, j'espère que vous voudrez bien reconnaître qu'il n'est ni moins utile, ni moins louable, ni moins patriotique d'étudier ici les chances de l'entreprise, d'élucider les obscurités qui l'accompagnent, de peser les inconvénients et les dangers qui peuvent s'ensuivre et, par un examen approfondi, de mettre la Chambre en mesure d'asseoir la résolution qu elle <loit prendre sur les notions les plus claires, les plus solides et les plus complètes. {Très bien I à droite.)
C'est, messieurs, l'objet de la discussion qui s'ouvre en ce moment; je tiens à déclarer que ce n'est pas un parti pris d'opposition qui m'amène à la tribune; je ne suis pas hostile en principe et par système à une action de la France au Tonkin ; je demande seulement à la connaître ; je demande au gouvernement de définir, de préciser, de limiter surtout l'œuvre qu'il entreprend et qu'il nous demande de sanctionner. Je lui demande de nous donner, contre les accidents prévus et les conséquences aventureuses, les garanties que nous sommes en droit d'exiger et que, pour ma part, je n'ai trouvées ni dans l'exposé des motifs du projet, ni dans le rapport de la commission. (Très bien/ à droite.)
Nous ne sommes que trop fondés à réclamer du gouvernement cette précision et cette netteté: car, à l'heure où je
parle, où je discute le projet d'intervention qui nous est soumis, je n'en sais pas plus sur le caractère, sur les conséquences éyentuelles de Tentreprise, que vous n^en saviez vous-mêmes sur les suites de Texpédition tunisienne (TVé^ bknt très bien! à droite)^ lorsqu'on vint réclamer de vous un premier crédit contre les Kroumirs.
II y a, messieurs, au seuil de ce projet, un point qui me paraît être en dehors de toute contestation : c'est que le maintien du statu quo au Tonkin est impossible ; c'est que le traité passé en 1874 entre TAnnam et la France est aujourd'hui lettre morte ; c'est que la situation de la France au Tonkin est devenue absolument intolérable, et que, si nous ne répondons pas à la politique cauteleuse et hostile de l'Ânnam par une démonstration vigoureuse, par un acte de force, c'en est fait, non seulement de notre situation au Tonkin, mais de toute l'influence française dans l'extrême Orient. {Assentiment à droite.)
Il y a donc nécessité, selon moi, il y a même urgence à faire quelque chose. Mais après avoir décidé qu'on fera quelque chose, il s'agit de savoir, il s'agit de définir ce que l'on fera. [Très bien! à droite.)
Eh bien! messieurs, qu'est-ce que vous allez faire au Tonkin? Il ne suffît pas de dire, comme nous le voyons dans le rapport, que nous allons là-bas pour relever l'influence française humiliée, pour y restaurer notre prestige compromis, pour ouvrir au commerce des débouchés nouveaux. Ce ne sont là, messieurs, que des phrases ; des phrases qu'il est aisé de faire applaudir par une majorité animée de sentiments patriotiques, et très justement jalouse de notre situation au dehors.
Mais ce n'est pas un plan.
Le gouvernement, dans son exposé des motifs, nous a dit qu'il allait au Tonkin pour s'y établir fortement, sans ajouter aucun détail, sans autre information, en laissant à la Cham* bre le soin de deviner le reste.
La commission, plus explicite, ou peat-dtre plus indiscrète... {Sourires à droite)y nous apprend, par laplunede son rapporteur, que nous allons au Tonkin pour y établir le protectorat de la France, etThonorable M. Blancsubé, après avoir ainsi défini Fobjet de l'entreprise, nous donne tes meilleures raisons de n'y pas croire.
Il y a, messieurs, dans ce rapport, il faut bien le dire, im amoncellement de contradictions, dUnconséquences et de bizarreries, sur lesquelles il est nécessaire de s'expliquer.
Quel est le caractère du protectorat? C'est, en premier lieu, ce me semble, Taccord préalable, le consentement mutuel du gouvernement qui protège et de TEtat protégé. Le protectorat implique non seulement le respect, mais au besoin la défense des pouvoirs, des institutions, des habitudes, des intérêts du pays et du gouvernement que Ton protège, et il exclut, par contre, toute pensée d'opposition, tout esprit d'hostilité de la part du pays et du gouvernement protégés.
Dès lors, je vous demande, messieurs, sMl est raisonnable, s'il est sensé, s^il est pratique d'établir un protectorat dans ces conditions. Du reste, comme je ne veux rien avancer qui ne s'appuie sur des preuves ou sur des témoignages qu'on puisse récuser, je vous demande la permission de vous rappeler en quels termes M. le rapporteur parle deTAnnam.
« L'Annam, dit-il, s'est fait un jeu de ses engagements. Dans un but hostile à la France, il a fait acte de vassal vis-àvis de l'empereur de la Chine... Il a commis des actes équivalant à une véritable hostilité, en demandant, tout récemment, au vice-roi de Canton des soldats pour nous combattre, en recevant comme des alliés ces bandits qui lui étaient envoyés pour débarrasser les prisons de Canton. »
Et M. Blancsubé ajoute :
« Cette mauvaise foi de TAnnam nous délie vis-à-vis de lui de ces engagements. »
Mais, si nous sommes déliés de tout engagement avec
rAnnam, il me pasratt bien inutile et bien singulier de vouloir établir notre protectorat sur une partie de ses Etats I
Et puis, qu'est-ce c'est qu'un protectorat partiel ? Où a-t-6n vu un protectorat restreint à une province, quand TEtat dont cette province fait partie échappe au protectorat? [Très bien ! très bien I à droite.)
C'est de Tinconséquence, de la contradiction, et cela ne mérite môme pas d'être discuté.
Mais il y a, messieurs, une bien autre énormité dans le projet, et cette énormité est l'œuvre collective de la commission. Elle est inscrite dans l'article 2, qu'elle a ajouté de sa propre initiative au projet du gouvernement. Voici en quels termes l'article 2 est rédigé :
« La haute administration sera confiée à un commissaire général civil de la République, chargé d'organiser le protectorat. »
Qu'est-ce que cela veut dire ? Quelle est cette façon de mettre la main sur l'administration d'un pays qui ne vous appartient pas encore, qui n'est ni conquis, ni cédé? Prétendez-vous, par là, substituer tout de suite l'autorité française à l'autorité annamite? Ou bien voulez-vous indiquer par ces mots que vous subordonnez l'autorité annamite à Tautorité supérieure du commissaire que vous y envoyez ? Si c'est là votre pensée, il me semble que ces dispositions devaient être débattues avec le gouvernement annamite.
Et alors, je vous demande pourquoi vous statuez sans lui et contre lui ?
Voulez-vous dire, au contraire, que vous faites abstraction du gouvernement annamite, que vous passez outre à ses droits et que vous mettez la main sur le Tonkin? Alors, pourquoi parlez-vous de protectorat? C'est là, permettezmoi de vous le dire, une politique singulièrement aventurée, et je m'étonne qu'une commission qui est composée d'hommes éminents, d'esprits distingués, choisis tout exprès dans les bureaux comme une élite, introduise de pareilles
énormités en d'aussi graves questions. [Trèt bien! à dmU}\
Il faut, messieurs, appeler les choses par leur aorn. Ce n'est pas le protectorat que couTe Totre projet, c^est la prise de possession; c'est Toccupation militaire et civile; e'est l'occupation permanente et illimitée. Et alors, je suis fondé à dire que l'expédition que vous nous proposez se présente à nous exactement sous le même aspect que Fexpédilion tunisienne. Elle aie même point de départ et elle peut avoir de bien autres conséquences.
Il reste à prendre mesure de l'effort que nous aurons à faire, des sacrifices que nous aurons à consentir pour y satisfaire.
Il y a là une lacune singulière dans Texposé des motifs et dans le rapport, et force nous est d'y suppléer par le raisonnement. Quel est votre dessein au Tonkin ? C'est, conune vous le dites, d'y rétablir l'ordre, d'y assurer la sécurité. Or, messieurs, vous savez tous que le Tonkin est depuis de longues années la proie et en quelque sorte le champ d'exploitation de bandes de pillards qui font obstacle à tout travail et atout commerce. Est-ce par l'occupation partielle du delta ou de quelques points choisis autour du delta que vous prétendez purger le pays de ces bandes ?
Non, messieurs, l'occupation partielle les fera reculer, elle ne les détruira pas ; ce n'est qu'en élargissant incessamment le cercle de votre occupation que vous parviendrez à faire place nette ; et, de même que vous avez été forcés d aller eo Tunisie jusqu'à Kairouan, pour débarrasser la Régence des tribus révoltées ou armées contre nous, de même vous serez obligés d'aller jusqu'aux frontières de la Chine, de la Birmanie et de l'Ânnam, pour assurer la sécurité du Tonkin. Et si vous acceptez cette t&che telle qu^elle est indiquée par le rapport, ce n'est pas 5 millions quMl fallait nous demander, c'est 15 ou 20 millions, et je me demande pourquoi vous ne les réclamez pas tout de suite...
Voix à droite: Ils ne les ont pas !
M. Jules Deufosse. — Je demande pourquoi vous vous exposez sciemment à venir dans quelques mois nous réclamer, sous forme de crédits supplémentaires, ce surplus de 15 ou 20 millions, quand vous pourriez nous les demander tout de suite, et en les demandant nous exposer plus loyalement et plus sincèrement votre politique. Car j*ai le droit de dire que cette politique, telle qu'elle se présente, n'est pas sincère... [Réclamations à gauche»)
M. Léon Chevreau. — Elle ravive le souvenir de la Tunisie.
M. Paul Bert. — On ne dirait pas cela à la tribune anglaise !
M. Jules Delafosse. — Je n'ai pas entendu Tinterruption.
M. Paul Bert. — Vous dites que cela n^est pas sincère. Je trouve que le mot est un peu vif.
M. Jules Delafosse. — Je dis que cela n'est pas sincère, parce que vous ne dites pas tout, et le moins qu'on nous doive est la lumière complète. Voilà pourquoi votre politique n'est pas sincère, et j'ajoute qu'elle est singulièrement onéreuse; car, dans ces conditions, c'est un tribut annuel de 13 k 20 millions que nous aurons à payer pour assurer la sécurité du Tonkin, et je me demande, messieurs, par quels bénéfices correspondants nous pourrons compenser ces sacrifices certains. {Très bien ! à droite.)
M. Roque (de Filhol). — Par une nouvelle conversion!
M. Jules Delafosse. — Je suis, qjiant à moi, messieurs, très résolument opposé au système de l'occupation militaire. [Rumeurs sur quelques bancs.)
Oh ! je sais bien que l'avis que j'exprime ici est contraire à l'opinion que professe la grande majorité de cette Chambre. Il y a dans le parti républicain une école politique qui pousse impatiemment et aveuglément la France aux entreprises coloniales. Elle prétend que la France a le devoir de se répandre au dehors, afin de compenser par cette expansion la diminution d'intérêts et d'influence qu'elle a subie sur le Continent... [Interruptions à V extrême gauche,)
Mais je trouve le principe de cette politique fort louable, messieurs ; je ne la blâme pas dans son principe ; je crois seulement qu'il y a plus d'imagination que d'esprit politique à vouloir la mettre en œuvre. Je suis partisan, autant que personne, de Texpansion coloniale de la France, mais seulement dans la mesure où ces entreprises doivent nous être avantageuses ; en d'autres termes, je n'admets de colonies nouvelles que celles qui sont appelées dans un temps prochain à se suffire à elles-mêmes, qui peuvent recruter chez elles une milice assez nombreuse, assez bien organisée pour faire leur police et assurer leur sécurité, qui aient des recettes douanières, des ressources fiscales assez abondantes pour n'avoir pas besoin de recourir au Trésor français.
Quant à ces colonies qui exigent une occupation permanente, qu'il faut peupler de soldats avant qu'elles soient peuplée de colons, à qui nous portons la civilisation sous forme de subvention et d'établissements de toute sorte, d'écoles, de tribunaux, de travaux publics, de bureaucraliCt je tiens ces colonies pour des dépendances aussi dangereuses que coûteuses, et j'estime qu'il vaut mieux rester chez soi que de coloniser de cette façon. {Fî^ès bien! très bien! à droite»)
Qu'arrivera-t-il du Tonkin? L'honorable M. Blancsubé veut bien nous dire que nous allons percevoir l'impôt et disposer des douanes, et il en élève tout de suite le rendement à la somme de 80 à 100 millions. Comme cette évaluation ne repose que sur sa bonne volonté, je ne crois pas qu'il y ait lieu de la discuter. La douane au Tonkin produit annuellement un million, et les revenus de l'impôt produisent 10 à 15 millions. J'admets qu'à la suite de l'occupation et des réformes que vous opérerez, l'impôt soit doublé. U faudra le distribuer en trois parts et, si les recettes sont problématiques, le déficit reste certain.
Direz-vous que le commerce français en bénéficiera?
Messieurs, il m'en coûte de détruire peut-être quelques
illusions, mais on a présenté le Tonkin comme une sorte d'Eldorado promis à l'exploitation française. On a dit que le Song-Koï était une artère magnifique qui nous permettrait d'exploiter tous les trésors de la Chine.
Le Song-Koï n'a qu'un inconyénient, e^est qu'il n'est pas navigable. Il y a deux ans, Thonorable M. Perin vous a démontré que la navigation était à peu près impossible. Si les assertions de notre honorable collègue ne suffisaient pas, vous pouviez vous faire renseigner par M. de Kergaradec, qui fut chargé, eu 1877, par l'amiral Duperré, de remonter et de reconnaître le fleuve. Il remonta, le premier jour, avec une canonnière, les deux jours suivants sur des jonques, et dut achever le reste du voyage sur des coquilles de noix. Il ne faut donc pas compter sur la navigation du fleuve Rouge.
On a parlé des richesses minières du Yunnan. Je n'ai pas à vous apprendre que le Yunnan est en Chine. Or, en vertu du traité de Tien-Tsin, il n'y a que quelques points du territoire chinois qui soient ouverts au commerce européen ; le reste nous est fermé, et, par conséquent, nous n'avons pas accès au Yunnan. Le Song-Koï, fût-il aussi navigable que la Seine, ne vous conduirait jamais qu'à une muraille infranchissable.
Quant à la production agricole, elle consiste presque exclusivement en riz, et jUmagine que ce n^est pas sur la production du riz que vous pouvez établir des évaluations comme celles de M. Blancsubé.
Mais je suppose que le Tonkin ne trompe aucune de vos prévisions: comment pouvez-vous donner au commerce français Tassurance qu'il sera le convoyeur et l'exploiteur de ces richesses? Il y a dans le rapport un passage qui me parait être de bonne pratique au point de vue international, mais qui ne laisse pas de m'inquiéter dans l'intérêt du commerce français. Ce passage est celui-ci :
« Notre protection au Tonkin est acquise à tous, et l'Angleterre et rAUemagne ont pu se convaincre, par de récents exemples» que nous savions la donner avec impartialité et
avec cette ampleur qu'il est bon d'apporter aurèglemeatdes affaires dans lesquelles des sujets européeas sont Yictimes des violences ou des exactions des gouvernements inférieurs. »
J'en conclus que si notre justice est acquise à tous au Tonkin, comme notre protection, le commerce étranger y aura également ses entrées, et comme, malheureusemeni pour la France, Tesprit mercantile, l'initiative coloniale est plus développée chez nos rivaux que chez nous, il est à craindre que, dans le Tonkin occupé, pacifié, policé par nous, ce soient les étrangers qui fassent le commerce sous notre sauvegarde et à Tabri de notre pavillon. [Trèt bien là droite),
M. Léon Chevreau. — Très bien ! C'est très juste.
M. Jules Delafosse. — J'ajoute que ces inconvénients et ces charges sont doublés d'un danger, danger qui résulte, selon moi, de l'éparpillement de nos forces militaires sur tous les points du globe.
J'estime, messieurs, que c'est une mortelle imprudence pour un pays dans la situation du nôtre de répandre ainsi ses forces militaires aux quatre vents ; car, en cas de conflit, non seulement nous diminuons d'autant nos ressources continentales, mais nous offrons un champ plus large aux coups de l'ennemi.
La France, je puis bien le répéter ici, puisqu'on l'a dit avec tant d'éclat devant le Sénat *, la France est isolée; je ne recherche pas pour quelles causes, je ne veux pas rouvrir incidemment le débat qui vient de se produire au Luxembourg. Mais on a dit que la France est isolée, et j'ai entendu M. le ministre des affaires étrangères, après avoir reconnu cet isolement, déclarer qu'il nous imposait la plus extrême vigilance.
M. le ministre des affaires étrangères a raison de penser et de parler ainsi : mais qu'il me permette de lui dire que la vigilance n'est pas la ^eule obligation que l'isolement non»