‹ Vingt ans au parlementChapitre 18 sur 40 · IM · texte numérisé non relu

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TOUS lai avez donné pour instructions, avec non moins de raison, de se montrer facile et large à toutes les ouvertures qui lui seraient faites.

Mais quelles propositions voulez-vous qu'on lui fasse, puisque vous avez opposé un nonpossumus préalable à tontes les dispositions qui pouvaient servir de base à une négociation? A quel résultat voulez-vous que la mission de M. Tricou aboutisse, quand vous avez pris le parti de déclarer tout d'abord inacceptables les conditions qu'on pouvait vous offrir?

Si j'en crois le bruit public, vous auriez déjà un avantgoût des résistances, de Tobstruction diplomatique à latinelle vous vous êtes condamnés. On raconte que M. Tricou s'est arrêté à Shang-Haï pour conférer avec Li-Hung-Oiang. Et c'est à la suite de cette première conférence que notre agent diplomatique, convaincu que l'accord était impossible, est allé à Pékin pour y poursuivre les négociations.

M. LE Ministre des affaires étrangères. — Il n'y est pas, et il n'y a jamais été !

M. Jules Delafosse. — Il n'est pas à Pékin?

M. LE Ministre. -— Du tout! il est à Shang-Haï.

M. Jules Delafosse. — Je vais préciser ma question.

Est-il vrai que M. Tricou ait conféré avec Li-Hung-Chang à Shang-Haï, que l'accordait été reconnu impossible entre eux, et qu'il en appelle au régent pour négocier directement avec lui?

Pouvez-vous espérer et nous donner l'espérance que ces négociations engagées directement avec le régent seront plus heureuses que celles qui ont eu lieu entre M. Tricou et Li-Hung-Chang? Vous ne le pouvez pas, parce que vous savez très bien que vos propositions se heurteront toujours aux mêmes fins de non-recevoir, aux mêmes difficultés d'autant plus insurmontables qu'elles viennent devons; et c'est là, permettez-moi de vous le dire, l'inconvénient des résolutions violentes, le danger de la politique cassante et tranchante.

politique qui honore assurément la netteté d'esprit de celui qui la pratique, mais qui, à mon sens, rend sa diplomatie singulièrement périlleuse. [Trèt bien! très bien! à droite,)

Messieurs, au seuil de ces négociations, il y a une question primordiale sur laquelle je voudrais avoir des explications catégoriques, si M. le ministre peut nous les fournir ; je veux parler de Ja question de la suzeraineté de la Chine sur TAnnam, et par conséquent, sur le Tonkin.

M. Bourée avait esquivé très habilement cette question délicate,mais M. le ministre des affaires étrangères Ta posée, et nous n'avons pas le droit de la négliger.

La Chine, messieurs, se prétend suzeraine, et elle fonde ses prétentions sur des traditions qui les justifient, à certains égards, et jusqu'en ces derniers temps. Elle rappelle que les princes des différentes dynasties qui ont régné sur le Tonkin ou sur TAnnam ont recherché et reçu l'investiture des empereurs de Chine ; elle rappelle en même temps que, lorsque des insurrections ou des troubles ont éclaté,soit dans Tune soit dans l'autre des deux régions, ce sont généralement des troupes chinoises qui sont allées y rétablir l'ordre.

A ces prétentions, la France oppose le traité de 1874, dont l'article 2 est ainsi conçu :

« Art 2. — S. Exe. le président de la République française, reconnaissant la souveraineté de TAnnam et son entière indépendance vis-à-vis de toute puissance étrangère, quelle qu'elle soit, lui promet aide et assistance. »

Un membre au centre. Eh bien?

M. Jules Delafosse. — On me dit: Eh bien? Il est certain que ce texte est, en effet, très catégorique, et ne prête à aucune équivoque ; seulement, la Chine, n'étant pas signataire du traité ne se sent pas obligée par lui, et elle répond, quand on lui oppose ce texte, qu'elle a protesté, dès qu'elle l'a connu. Et de fait, nous avons agi, depuis neuf ans, après avoir aboli, par un traité à deux, la suzeraineté chinoise, nous avons agi, depuis neuf ans, comme si nous avions

voulu lui en laisser l'illusion. Si la Chine n'est pas suzeraine^ pourquoi lui avons-nous notifié le traité ? Pourquoi avonsnous permis au souverain de rAnnam de renouveler chaque année le témoignage de sa vassalité par Tenvoi de présents ^j comme en font les Etats vassaux au suzerain? Pourquoi \ avons-nous permis, il y a quelques années, que la Chine 'i envoyât des troupes dans le delta du fleuve Rouge pour y ï réprimer des actes d'insurrection et de piraterie, alors que ] ce soin nous incombait? Pourquoi la Chambre elle-même \ a-t-elle reconnu la suzeraineté de la Chine? Messieurs, je J rappelle un fait dont la Chambre n'a certainement pas le j souvenir, et dont peut-être elle n'a pas eu conscience. & {Murmures,) t

Je vais m'expliquer, messieurs.

En 1879, un de nos honorables collègues, M. Bouchet, fut . chargé de faire un rapport sur la pétition de M, Jean Dupais, r et c'est dans ce rapport qui fut soumis à la sanction de la y Chambre, que H. Bouchot insiste avec une remarquable énergie sur la suzeraineté de la Chine. J'ajoute que M. Bou- » chet a fortifié sa thèse de sérieux témoignages, tels que celui de l'amiral Duperré, ancien gouverneur de la Cochinchine, et celui de H. de Chappedelaine, ancien consul de France à Canton, qui tous deux proclament la suzeraineté de la Chine.

Si je ne craignais de fatiguer votre attention, je vous lirais. . . (Rumeurs au centre.)

A droite. Lisez ! lisez !

M. Jules Delafosse. — - Non, je ne le ferai pas. Je voulais parler de la publication faite par le Times des dépêches échangées à ce sujet entre le gouvernement français et le marquis de Tseng. Je ne les lirai pas, pour ne pas allonger le débat ; mais je dis que, dans chacune de ces dépêches, le représentant de la Chine affirme la suzeraineté de son gouvernement avec une énergie qui, manifestement, ne se démentira jamais.

De son côté, le gouTernement français n^est pas moins énergique. En effet, M. le ministre des affaires étrangères s'est prononcé sur cette question avec la netteté qui caractérise sa parole ; non seulement il nie la suzeraineté de la Chine, mais il déclare que la négation de cette suzeraineté est « le principe fondamental » de sa politique au Tonkin.

Ainsi les situations, de part et d'autre, sont nettement établies. La Chine affirme sa suzeraineté, la France la nie. J'ai rhonneur de demander à M. le ministre comment il entend résoudre ce conflit. (Très bien I — C est cela î à droite.)

Nous sommes à la veille d'une séparation qui sera longue et pendant laquelle aucun contrôle ne pourra s'exercer sur la politique du gouvernement. Je serais, je l'avoue, très heureux d'apprendre si les négociations que le gouvernement poursuit ont chance d'aboutir soit à un arrangement, soit à un état d'hostilité indéfini. (Très bien! à droite.)

J'interroge, messieurs, parce que c'est mon rôle, et je n'en voudrais pas sortir. Cependant, si vous me permettez d'exprimer un avis, je dirai franchement que je n'ai pas encore compris Timportance [exceptionnelle qu'on attache à cette question. Je crois que la suzeraineté de la Chine n'est pour elle qu'un titre idéal, qu'une satisfaction d'amourpropre, et je ne vois pas ce que notre politique au Tonkin aurait à en souffrir. Qu'est-ce que cela nous fait que la Chine soit suzeraine ou non, si elle s'abstient de toute immixtion dans le gouvernement ou dans l'administration de notre protectorat? Eh I messieurs, il y avait plus près de nous une autre suzeraineté mieux établie, garantie par le concert des grandes puissances européennes : c'était la suzeraineté de la Porte sur l'Egypte. Est-ce que l'Angleterre s'est attardée à contester cette suzeraineté? Pas le moins du monde 1 Elle a pris l'Egypte pour elle et elle a laissé le titre au sultan. {Très bien! très bien! adroite.)

J'ai fini, messieurs; mais, avant de descendre de la tribune.

je vous demande la permission de rappeler un souYenir.

J'ai combattu pendant trois années consécutives les ianovations des différents cabinets qui se sont succédé dans la politique extérieure. J'ai dit que le maintien, que le salut de notre influence et de nos intérêts en Orient était intimemeni lié au respect de nos traditions. Cette politique, que je n'avais aucun mérite à défendre, parce que je Tai recueillie dans rhistoire même de la France, n'a pas prévalu. Vous savez ce qu'il en est advenu : nos intérêts et notre influence en Orient ont à peu près disparu. {Protestations sur plusieurs bancs à gauche et au centre.)

A droite. Ce n'est que trop vrai I

M. Jules Delajposse. — Il me parait difficile que Ton conteste un fait aussi évident que douloureux. La France a presque disparu de l'Orient ; c'est l'Angleterre qui a pris sa place. Je vous dis aujourd'hui, avec la même conviction : Prenez garde à l'hostilité, ouverte ou cachée, do» la Chine, parce que la sécurité de notre établissement au Tonkin dépend» absolument de nos rapports avec elle. Si ces rapports sont bons, le protectorat de la France peut être une oeuvre féconde; sUls sont mauvais, l'entreprise que vous allez poursuivre ne fera que nous imposer des sacrifices sans mesure et des épreuves sans fin. {Applaudissonenis à

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