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RÉPONSE A M^ FREPPEL

(2i Décembre 1SS5.)

Le ministèra Jnles Ferry arait dispara, emporté dans une tempête parlementaire, après le désastre, d'ailleors exagéré, de Lang-SoD. Des élections générales avaient eu lieo, et la question da Tonkin avait été le champ de bataille des candidats et des partis.

Le cabinet nonvean, que présidait M. Brlsson, avait rec«eiUi ce loard héritage, sans trop savoir ce qa*ii devait en faire. Il demandait, à son tour, des crédits, sans définir rœuvre à laquelle iU étaient destinés. Mgr Freppel qui s'était montré, dans la précédente législature, un défenseur ardent de Texpédition du Tonkin, venait de prononcer un discours où les imputations désobligeantes n*étaient pas assex ménagées à ses contradicteurs, et qui, à ce titre, avait vivement indisposé la droite : H. Jules Delafosse eut rhonneur de lui répondre en ces termes :

M. Jules Delafosse. ~ Messieurs, nous étions habitués, dans rancienne Chambre, avoir Mgr Tévéque d'Angers, seul dans la droite, patronner la politique coloniale de M. Jules Ferry, {Rumeurs au centre, — Très bien/ très bien! à droite,)

M. Legrand (de Lecelles). — II est toujours seul !

Voix au centre. — La politique coloniale est la politique du pays 1

M. Jules Delafosse. — Nous nous habituerons de même à le voir dans la Chambre nouvelle continuer son concours et sa confiance à ceux qui continuent la politique de Tancien

cabinet, et je a^aurais, pour ma part, absolument rien à redire aux manifestations de son patriotisme, si ce patriotisme n'accusait celui des autres. Bien qu'au commencement de son discours Mgr Freppel se soit défendu de tout mauvais sentiment contre ceux qui se séparent de lui dans cette question, il ne s'est pas retenu de jeter à la tète de ses collègues de droite des accusations dont le caractère injurieux... (Bruyantes réclamations au centre. — Applaudisse^ ments à droite.)

M. DaGuÉ DE LA Fauconnerie. — On ne peut pas nous faire une plus grande injure que d'accuser notre patriotisme !

M. Jules Delafosse.... dont le caractère injurieux a été compris et souligné par les applaudissements, mérités d'ailleurs, des bancs ministériels. {Très bien! très bien à droite.)

Eh bien, si nous sommes résignés à entendre Mgr Freppel nous contredire, nous ne sommes pas résignés du tout à le laisser dire que la politique que nous avons arborée dans la lutte électorale, qui nous a été signifiée par le suffrage universel... (Réclamations au centre. «— Applaudissements à droite.)

J'en appelle à ses collègues du Finistère, aux 120 membres nouveaux qui siègent sur ces bancs.

Voix à droite. — Parfaitement I

M. Jules Delafosse. — J'en appelle aux affiches blanches de vos préfets, et je dis, messieurs, que cette politique, qui compte ici 250 ou 300 adhérents peut-être, nous ne pouvons tolérer qu'on l'appelle une politique d'humiliation, d'abaissement, de reculade et de honte ! (Nouveaux applaudissements à droite. — Réclamations à gauche.)

Ce qu'il faut dire, c'est que tous ici, sans distinction de nuance ou de parti, nous avons un égal amour de notre pays, un égal souci de son honneur, et que si nos vues diffèrent sur des questions graves comme celle-ci, cela tient uniquement, non pas à une absence ou à une abdication du

vous ne trouverez ai dans Toccupation ni dans le protectorat.

Ce plan, messieurs, avait été élaboré et adopté par le cabinet précédent; l'exécution en avait été confié à un officier général de notre marine.

Mais ce n'est pas le vôtre ; et non seulement ce n'est pas le vôtre, mais vous vous êtes in terditd*y recourir, puisque vous avez envoyé à Tempereur d^Ânnam un négociateur qui est chargé de faire avec lui un pacte d'alliance ou d'amitié. J'ignore pourquoi vous avez préféré cette combinaison, mais je ne serais pas f&ché, je vous l'avoue, de connaître les raisons de cette préférence.

Il court sur ce sujet des explications fâcheuses que jeae veux pas retenir, et c'est pour cela que je ferai appel à la sincérité du gouvernement. Je lui demande pourquoi, entre deux plans d'opération, il a cru devoir choisir le plus compliqué, le plus illogique, le plus onéreux et le plus gros d'accidents. {Très bien ! très bien ! à droite.)

Il me reste une dernière question, et c'est la plus grave, mon avis. Je veux parler des dispositions présentes et de la conduite éventuelle de la Chine en présence de notre occupation.

Je sais bien que l'attitude de la Chine et même l'éventualité d'un conflit avec elle n'inquiètent pas tout le monde. Ainsi l'honorable M. Blancsubé a fait justice en deux lignes du fantôme chinois. Voici comment il s'exprime :

» La Chine n'a pas à intervenir dans les affaires qui ne la regardent pas. Elle ferait mieux de maintenir Tordre sur ses propres frontières. »

C'est tout! ('On W/.;

Il y a deux ans, j'avais posé la même question à H. le président du Conseil, qui était alors M. Jules Ferry, comme aujourd'hui, et M. le président du Conseil me répondit^non pas dans les mêmes termes, mais à peu près dans le même sens que M. Blancsubé. J'espère que sa diplomatie est un

pea moins sommaire aiijotird*hni, et je loi demande de vouloir bien nous dire quelles précautions il a prises, quelles garanties il peut nous offrir contre Téventualité du danger que je viens de signaler. {Très bien ! à droite.)

Je pourrais citer de nombreux faits, qui prouvent que la Chine suit d'un œil jaloux et presque hostile ce que nous faisons au Tonkin. Je pourrais parler des agressions qui ont eu lieu en mars dernier contre notre corps d'occupation, et de certaines concentrations de troupes qui se font aujourd'hui aux frontières du Tonkin ; mais je ne retiendrai qu'un incident, parce. qu'il a une importance particulière en cette question : je veux parler, messieurs, de la disgrâce de M. Bourée.

Vous avez appris que notre agent diplomatique à Pékin, H. Bourée, a été rappelé ou désavoué — j'ignore encore quel est le genre de disgrâce qui l'a frappé, — parce qu'il avait signé avec le gouvernement chinois un traité ad référendum dont le cabinet actuel n'a pas cru devoir ratifier les stipulations. Je ne dis pas que M. Bourée ait eu raison de signer ce traité, je ne dis pas que le gouvernement ait eu tort de mettre en disgrâce son agent diplomatique ; je ne suis pas renseigné...

A gauche. Alors pourquoi en parlez-vous? {Rumeurs à droite.)

M, Jules Delafosse. — Je vais vous le dire. J'en parle pour deux raisons ; d'abord, parce que je pense qu'à la veille d'une expédition qui peut entraîner un conflit avec la Chine, nous avons besoin d'être édifiés sur le caractère de ce traité, sur ses dispositions, sur les raisons qu'a eues H. Bourée de le signer, et le gouvernement de le désavouer. J'en parle aussi parce que si notre agent à Pékin a cru devoir signer un traité avec la Chine, c'est qu'apparemment la Chine s'intéresse d^ane façon toute particulière au Tonkin ; et si la Chine s'intéresse au Tonkin^ j'ai le droit d'en conclure qu'il y a là une ^chance de conflit (Très bien ! à droite.)

Je sais bien qu'une chance de guerre avec la Chine n'inquiète pas tout le monde ici. Il ne manque pas de gens en France, dans le parlement et dans la presse, qui se contentent de hausser les épaules, lorsqu'on leur parle de réventualité d'une guerre avec la Chine.

M. LK COMTE DE Dou\illb-Maillefeu. — Il y a de quoi!

M. Jules Delafossb. — C^est une posture héroïque, dirait M. le président du Conseil... (Rumeurs à gauche); ce n'est pas d'une bonne politique.

Messieurs, quoi qu'en dise M. Blancsubé^ la Chine d'aujourd'hui n'est pas du tout la Chine de 1860.

M. Paul Bert. — Les Chinois sont toujours les mêmes.

M. Jules Delafosse. — Sans doute, les Chinois sont tonjours des Chinois... (On rit.)

Un membre à droite. Mais les armes, sont-elles les mêmes?...

M. Paul Bert. — Les armes ont changé, mais les soldats sont les mêmes.

M. Jules Delafosse. — C'est précisément parce que l'armée chinoise d'aujourd'hui n'est pas l'armée chinoise de 1860, que je fais cette objection. Je sais bien que l'organisation militaire de la Chine est toujours défectueuse ; je sais que son immense armée n'est aussi qu'une immense cohue, mais il est certain, — et vous ne devez pas l'ignorer, et le gouvernement doit rignorer moins que personne — que dans cette cohue il y a des troupes d'élite, organisées, disciplinées à l'européenne, armées de fusils à tir rapide, de canons européens, et dirigés par des instructeurs européens.

Je crois, messieurs, qu'il n'est pas nécessaire d'insister sur cette question ; il est entendu que la Chine possède aujourd'hui des forces suffisantes pour susciter à la France tes plus graves difficulfés.

Vous ferez, messieurs, à ces considérations la part qu'il vous plaira, d^ns le vote que vous allez émettre. Je me contente de dire que depuis longtemps vous n'aurez pas pris

de résolution de plus grave conséquence. ( Très bien ! à droite.) Telles sont, messieurs, les observations que j'avais à faire Je n'ai pas la prétention d'avoir triomphé par ces critiques de la confiance que vous pouvez avoir dans l'expédition ; mais le seul but que je voulais atteindre, c'est d'amener le gouvernement à préciser, à définir, à limiter, comme je Tai dit en commençant, Tœuvre à laquelle il nous convie. Quant à moi, je suis résolu à ne voter le crédit qui nous est demandé que si le gouvernement nous démontre que l'expédition qu'il nous propose est l'expression d'une politique réfléchie, sûre, avantageuse, et non le commencement d'une aventure. [Très bien/ très bien/ et applaudissements à droite.)

DISCOURS

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