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de la politique et de rinfluence aHemaodes que de la favoriser. (Très bien/ très bien!)
Eh bien, messieurs, je voudrais que la France qui a toujours et si libéralement concédé à Talliance russe tout ce qu'on lui a demandé, demandât, & son tour, quelque chose à Talliance russe, et comme ce quelque chose est en somme conforme à Tintérét bien entendu de la Russie elle-même, j'imagine qu'il ne sera pas très difficile de l'obtenir.
Au début de l'affaire de Kiao, on répandit en Europe le bruit que l'Allemagne ne s'était engagée dans cette entreprise qu'avec Tagrément préalable et peut-être avec la connivence de la Russie. L'assertion était difBcilement croyable. J'ai été heureux d'apprendre par des témoignages officiels, qui nous sont venus d'Allemagne même, qu'elle n'était pas exacte.
En effet, il y a quelques jours, dans la commission du budget du Reichstag allemand, il y a eu un échange d'explications à ce sujet entre l'un des membres les plus éminents du Parlement allemand, M. Eugène Richter, et le ministre des affaires étrengères d'Allemagne, M. le comte de Bûlow. Voici le résumé succinct de cet entretien :
« A propos des affaires d'Extrême-Orient, M. Eugène Richter n'a pas adressé à M. de Balow moins de huit questions sur tous les points politiques et économiques de l'action de l'Allemagne en Chine. Dans ce dialogue entre le chef d'une des fractions libérales et le collaborateur du chancelier impérial, il n'a plus été parlé des missionnaires, cause lointaine de l'entrée de l'Allemagne en Chine, mais de cette entrée elle-même, des dispositions des autres puissances et de la future installation de l'Allemagne sur le territoire pris à bail.
» M. Richter a voulu d'abord savoir si la Chine avait pris, lors de l'intervention européenne qui l'a arrachée au Japon, un engagement quelconque avec l'Allemagne comme avec la Russie et la France, et si la coopération de l'Allemagne à
Tactioa de ces deux puissances l'obligeait à quoi que ce fût vis-à-yis d'elles. H. de Balow a répondu que, d'un côté comme de l'autre, il n'y avait eu aucun engagement. La Chine n'avait rien promis à l'Allemagne, et l'Allemagne n'avait contracté aucune obligation envers la Russie et la France. »
J'ai été très heureux de ce témoignage qui ne m'a pas surpris, d'ailleurs ; car la diplomatie russe est trop avisée pour ne pas comprendre que, politiquement et commercialement, l'Allemagne est sa concurrente et sa rivale autant que la nôtre, et que l'expansion conquérante et triomphante du Michel allemand, comme dit Guillaume II, menace aussi bien la croissance du peuple moscovite que la situation depuis longtemps acquise de la France et de l'Angleterre.
Elle est trop avisée pour ne pas deviner que la théorie de l'hinterland, qui est d'origine allemande, si elle est appliquée en Chine, conduira l'Allemagne à s'approprier l'un des morceaux les plus beaux, les plus riches de l'empire chinois, alors que l'intérêt le plus immédiat et le plus clair de la Russie est de s'y opposer.
Puis, messieurs, à côté de la Russie, il est une autre puissance qui me parait être un facteur essentiel dans le débat et dans le règlement de ces questions : c'est le Japon. Vous savez quels prodigieux progrès a réalisés le Japon depuis une vingtaine d'années dans son armée, dans sa marine, dans son industrie, dans son commerce, dans toutes les branches de l'activité nationale. Le Japon, à. l'heure actuelle, est un des peuples les plus puissants du monde. On l'a comparé, non sans exactitude, à. l'Angleterre. On dit même qu'il est l'Angleterre de l'Extrême-Orient. En effet, c'est un peuple actif, entreprenant, industrieux, inexpugnable comme l'Angleterre dans ses lies, et pourvu d'une marine tellement puissante et si bien équipée qu'elle pourrait, à l'heure actuelle, faire face à une coalition européenne. Cette puissance jeune et libre — dont l'attitude énigmatique
inquiétait Tautre jour M. Decrais — me parait appelée à jouer un rôle prépondérant et peut-être décisif dans tous les conflits politiques ou militaires qui surgiront désormais en Extrême-Orient.
Je ne voudrais pas faire ici des propositions qui, sans être envisagées dans leur principe et dans leurs conséquences pratiques, pourraient être traitées de paradoxes, et je ne me permettrais pas d'adresser à H. le ministre des affaires étrangères des questions auxquelles il ne pourrait répondre ; car les ministres des affaires étrangères qui répondent à demi seulement, lorsqu*on les interroge sur les actes qu'ils ont accomplis, ne répondent pas du tout lorsqu'on leur demande ce qu'ils entendent faire. C'est là, d^ailleurs, je le reconnais, une nécessité professionnelle. Je le constate et ne m'en étonne pas. Tout ce que je veux dire, à propos du rôle éventuel du Japon, c'est que si notre politique en Extrême-Orient est dirigée d'une façon conforme à une conception juste et claire de nos intérêts, nous avons plus d'espérances à concevoir de ce côté que de périls à redouter.
Voilà, messieurs, les observations que je voulais présenter à propos de notre budget des affaires étrangères. Je ne fais pas d'opposition préconçue à la politique extérieure du gouvernement. Je sais, ou plutôt je devine les difficultés auxquelles il est obligé de faire face, et il me paraît juste d'en tenir compte. J'aurais peine, je l'avoue, à contresigner l'exposé un peu trop complaisant, à mon avis, qu'en faisait l'autre jour Thonorable M. Decrais. Mais s'il est vrai qu on puisse relever à sa charge certaines erreurs et certaines défaillances, il sied de reconnaître que ces fautes sont, pour une large part, beaucoup moins imputables aux ministres successifs qui ont dirigé depuis vingt-cinq ans notre politique étrangère, qu^à des causes extérieures à leur action. [Très bien ! très bien/ sur divers bancs.)
Les coalitions nouées ou toujours prêtes à se nouer contre nous, nous ont condamnés à une circonspection que Ton
traite couramment d^effacement. J'estime qu'on le dit trop/ Il y a dans la sévérité avec laquelle on la juge un peu d'anachronisme. Car nos jugements sont, à notre insu, un peu trop imprégnés des traditions triomphantes de Tancienne France, et, dans notre orgueil froissé, nous ne tenons pas assez compte des changements qui se sont accomplis et qui, en modifiant notre condition, ont modifié aussi la condition des autres. Il en résulte que nous n'avons plus la même liberté d'action qu'autrefois ; et c'est pour cela que nous sommes obligés de faire appel au concours d'autrui.
Je crois, quant à moi, que la diplomatie française peut reprendre très facilement et très vite le rang qu'elle a perdu, mais à deux conditions : la première, c'est qu'elle sache, c'est qu*elle ose réclamer des autres les bons offices qu'elle leur rend. {Applaudissements à gauche et à droite.) La seconde, c^est qu'elle mesure ses conceptions et ses actes aux entreprises réalisables. {Très bien! très bien/)
La grande cause, à mon avis, de notre faiblesse, c'est que nous poursuivons simultanément contre l'Angleterre et contre l'Allemagne deux revendications parallèles. A l'Angleterre nous demandons l'évacuation de l'Egypte, comme le faisait tout à l'heure l'honorable M. Deloncle.
M. François DeloiNcle. — Nous n'avons pas été battus par l'Angleterre.
M. Jules Delafosse. — De l'Allemagne nous attendons, à la faveur d'événements qui sont encore dans les limbes de l'avenir, la rétrocession de l'Alsace-Lorraine.
Messieurs, ces deux revendications sont également légitimes ; elles ne sont pas également impérieuses. L'une est un conflit d'intérêts qui fut à l'origine, un conflit purement anglo-français, mais qui peu à peu s'est transformé en un conflit international ; si bien que si, par suite de circonstances que je n'ai pas à prévoir, l'Angleterre était amenée à l'évacuation, ce n'est pas la France qui retournerait là-bas reprendre la place qu'elle y a perdue ; non, c'est une confé-
rence internationale qui réglerait Tétat futur de l*£gypte.
L'autre est un conflit de sentiment, conflit malheureusement inapaisable, entre l'Allemagne et nous. (Très bien ! très bien/)
Je ne conseillerai jamais à aucun cabinet, à aucun gouvernement, d*abandonner Tune ou l'autre de ces revendications. Mais je crois fermement que, si nous voulons aboutir à des résultats pratiques, il sera nécessaire de les échelonner. Et tout ce que je demande présentement à la diplomatie ministérielle, c'est d'orienter son action et d'aménager ses alliances en vue de l'heure fatidique et peut-être prochaine où il faudra choisir. {Applaudissements à droite et au centre,)