Voile. — 2. Pantalons
j’en avais tant vu! Je restais plongé dans ma lecture.
Pendant que l’eau tombait à gros bouillons dans sa cruche, la fillette me regardait en criant pour m’agacer : giaour, giaour.
« Qui es-tu, guzel tchodgiouk 1 ? Comment t’appelles-tu khoch keuz'l Pourquoi veux-tu insulter un malheureux qui ne te fait pas de mal?... lui dis-je.
— Je suis la fille chérie de Suleyman effendi ; je m’appelle Mihri, répondit-elle. Comment! tu es malheureux, giaour ?
— Oh! bien malheureux, Mihri!... Je suis seul. Je n’ai ni mère ni sœur ici. Je n’ai personne qui m’aime. Je ne suis pas né sur le Bosphore, comme toi. Je suis né sur une autre mer, qui est bien belle aussi, loin, loin, là au couchant.... Mais pourquoi m'appelles-tu, d’un air de mépris, giaour?
— Je t’appelles giaour, car tu n’es pas un musulman, toi, « dit l’enfant.
Elle ne faisait plus attention à sa cruche qui était déjà pleine. Ses grands yeux ne pétillaient plus, n’étaient plus tout ouverts, comme auparavant. Ils étaient langoureux, presqu’humides, demi-clos.
« Il n’y a d’autre Allah qu’Allah, repris-je.... Devant Allah tous les hommes sont égaux. Devant lui il n’y a pas de musulman, ni de giaour, ni de kafir*. Devant lui il n’y a pas d’Osmanleu, ni de Roum, ni de Frenk, ni deMouskal*. Il n’y a que des hommes. Lui seul est