Prophète
sines, les unes avec Vyachmak, d'autres sans yachmak, les unes en ferèdjé , d’autres en salvar, les unes en babouches, d’autres nu-pieds, criant et armées d’un bâton ou d’un balai pour châtier le giaour qui osait faire conversation avec une fillette musulmane. Elles étaient quinze ou vingt ces mégères.... Je me souviens que l’une d’elles brandissait un petit épieu à kebab 1 , en guise de poignard, et criait : Suleyman, Suleyman. C’était probablement la mère de Mihri. Cependant on entendait, au milieu du tumulte, la voix musicale et perçante de la belle enfant qui disait : « Ne faites pas de mal au giaour. Il est malheureux.... La faute est à moi. »
Je gagnai la colline qui est tout près, et me cachai derrière un arbre pour regarder la scène.
Mihri prit mon livre que j’avais laissé sur le bord de la fontaine, le cacha dans son sein et rentra en pleurant.
Elles sont vraiment terribles ces femmes turques 1 Quelques jours auparavant un autre Européen avait failli être assommé par des femmes ameutées contre lui et n’avait dû la vie qu’à la rapidité de son cheval.
On croit en Europe que les femmes turques sont des esclaves sottes et timides. C’est tout le contraire.... Elles sont libres : elles restent dehors et s’amusent pendant des journées entières. J’en ai entendu tenir le dé de la conversation dans les bazar-kaïk 2 et dire des chosestrès-sensées. Ce sont les femmes qui parlent le plus beau turc stambouli. J’en ai vu donner des coups de poing aux cavas, au grand zâptié s de Constantinople.