I. Les Amitiés françaises, p. i3i-i
a. Les Amitiés françaises^ p. [41, iJ^i,
habitant de Wœrth, m'a certifié qu'au plus fort déchaînement de la bataille, le 6 août, vers les deux heures, il vit, au-dessus de son village, des Prussiens entraîner vers la hauteur un officier français nu-tête et déchiré. Dans le même temps, à brefs intervalles, des bataillons allemands descendaient en courant vers la Sauer pour entrer en ligne. De l'un d'eux, un officier allemand se détacha, se jeta à la rencontre du prisonnier et lui cracha dessus. .. — Philippe, je te livre cette tradition; j'y vois plus net que dans les livres ce qui sépare la France et la Prusse. On ne comprend rien que par comparaison . Cette effroyable impulsion d*un Prussien, cette seconde qu'après trente ans on pourrait croire engloutie demeurera dans ton esprit pour qu'elle t'aide à sentir continuellement et sûrement la qualité particulière de l'honneur à la française, et même pour te fournir une vue sur toutes les activités d'outre-Rhin. Nos prières et celles de la Prusse, où qu'elles se dirigent, ne peuvent pas se confondre. De nécessité éternelle, elles forment une dissonance. Un chant involontaire s'échappe de mon cœur, où nulle syllabe n'est parente des rauques, des épaisses fureurs du barbare colosse blond... Cet affront n'est pas encore lavé^ Nos pères, nous-mêmes et toi, nous le subissons. Je te signale notre face salie ; cependant je te prie, Philippe, que tu trouves des excuses à ces deux générations, dont Tune faillit à garder Thonneur et dont la seconde ne sut point le rétablir : elles n'auront point totalement démérité si elles te passent un pur sentiment de l'orgueil et du plaisir qu'il y avait à vivre en France quand la belle figure de la France apparaissait à tous intacte^.