V Ennemi des lois, p
sociaux qu'il venait d'étudier ne lui ol morale. Il avaii toujours le mal du payt^. nul réformateur ne savail lui proposer',..
U se rappelait que, petit collégieD, les ji 1 s'attardait déjà aux vitriues des puj.f^ii
— lO —
J'ai passé mon enfance au collège, au milieu d'abominables imbéciles.
Au bout de cinq ans j'y trouvai une légère distraction : pour exercer notre mémoire on nous donna une anthologie des prosateurs français du xix® siècle. Je possède encore ce gros volume bleuâtre . A chaque fois que je l'ouvre, je retrouve cette joie aiguë et tremblante, joie enveloppée de tristesses, que me faisait ce bon livre pendant les longues études du soir, quand, après une journée terrible, je me consolais parmi ces enchanteurs jusqu'à l'heure bénie du coucher. J'avais pour d'excellentes raisons une peur terrible des récréations. Et il ne faut pas sourire, si je dis que Charles Nodier (avec Trilby), Alexandre Dumas (avec une Soirée chez Charles Nodier), Veuillot (avec Maître Aspic) ^ quelques autres encore, étaient mes vrais camarades. Depuis ce temps, je les ai un peu mieux connus, les prosateurs français du xix*' siècle. Tour à tour j'ai admiré ou négligé sur ma bibliothèque chacun de ces vieux maîtres. Que sont nos sympathies littéraires, nos opinions que chaque année modifie ! Mais jamais je ne cesserai, quoique dise mon esthétique, de les
s'adresse au gprand public et a pour but de rendre plus abordable le symbolisme du livre. C'est pour cela que M. Barrés a donné à ce qu'il appelle les a concordances » plus d'ampleur et de précision. La page qu'on vient de lire est une de ces concordances. Outre un certain nombre de corrections, M. Barres a ajouté au texte primitif, le premier et le dernier paragraphe. Dans la première édition, la fameuse phrase sur les sphinx était ainsi rédigée : Le roi Rhamsès II est blâmé par les conservateurs du Lçuvre, ayant usurpé un sphinx sur ses prédécesseurs (Ed.).
aimer, de les chérir avec un sourire un peu triste, de bénir en eux les bienfaiteurs de ce misérable temps-là.
Ah ! comme je les savourais, les moins ravissants de ces bouts de prose avec longues notices pleines d'anecdotes et de regrets sur le goût du siècle ! Pourtant la lecture n'en était pas aisée. Je veux dire qu'il était sévèrement défendu de feuilleter le volume, et dans l'étude consacrée aux leçons, le maître veillait à ce que nul ne se permît de lire une autre page que celle à apprendre par cœur. Quand on aime on devient subtil. J'avais des ruses. Donc un jour que je lisais adroitement la notice sur Augustin Thierry, elle me transportait. Cet homme fut si noble, si désintéressé, aveugle et parlant de ses souffrances supportées pour la science, avec une délicieuse simplicité de héros. Je ne puis vous dire combien ces détails m'emplissaient de générosité et de trouble. Quand j'atteignis à l'histoire de ses débuts, comment il devint historien, et que j'appris comment à quinze ans lisant le beau chant des Martyrs : « Pharamond, Pharamond, nous avons combattu avec la hache, » etc., il se leva, criant qu'il serait historien, je me mis à* gesticuler d'aise, répétant moi aussi : a Pharamond, Pharamond... » O désastre !
L'homme, le préposé, le surveillant, bondit... Je me souviens qu'il lisait alors, comme toujours. Les Faucheurs de la Mort. C'était sa lecture favorite et stupide... Par terreur et prudence, je m'étais coulé sous la table. D*un adroit coup de pied, m'en ayant fait sortir, il me précipita dans la boîte à houille. C'était le lieu d'humiliation habituel. Pourquoi ce singulier et incommode pénitencier ? Aujourd'hui encore je ne comprends rien à la fantaisie de l'affreux drôle. D'ailleurs, à cette époque, je
Dans l'Attique, seule peut-être la petite Daphné me touche, modeste église, fraîche sous des platanes et sur une prairie où des visiteurs assis sont en train de goûter.
Quand j'étais un petit garçon, j'allais chaque année, le long de la Moselle, à la Saint-Pierre d'Essegney, pauvre fête de village, où, dans une herbe pareille à la prairie de Daphné, il y avait des chevaux de bois, de la fatigue, un malaise d'estomac, du désir sans objet...
Bien chétives images, mais l'une de mes sources et qui s'harmonisent avec le paisible vallon catholique de Daphné *.
Une autre image, une autre source, voulez-vous ? Quand j'avais dix ans, d'une petite ville alsacienne, avec mon père encore jeune, tous deux seuls, le matin, par les longs circuits forestiers, nous montions aux ruines mystérieuses du château d'Andlau ou bien du Spesbourg. Forteresses féodales que j'apercevais continuellement sur la montagne depuis notre jardin, mais qui me semblaient inaccessibles, presque inconnues des hommes, toujours prêtes à loger des puissances redoutables.