I. Un homme libre ^-ç. 3i
Nos deux ermites ont commencé leurs exercices par se chercher eux-mêmes dans leurs livres et leurs auteurs préférés. La méthode a du bon, mais nos héros spirituels, nos « intercesseurs », comme disent Philippe et Simon, ne nous éclairent le plus souvent « que les parties les plus récentes » et les plus artificielles de nous-mêmes. Philippe s'en aperçoit à la sécheresse que lui laissent tant de lectures, et bientôt le pressentiment d'une source plus profonde l'incline k sortir de sa bibliothèque et même de son ermitage.
A mesure que les livres cessaient de m'émouvoir, de cette église où j'entrais chaque jour, de ces tombes qui l'entourent et de celte lente population peinant sur des labeurs héréditaires, des impressions se levaient, très confuses, mais pénétrantes. Je me découvrais une sensibilité nouvelle et profonde qui me parut savoureuse.
C'est qu'aussi bien mon être sort de ces campagnes. L'action de ce ciel lorrain ne peut vite mourir. J'ai vu à Paris des filles avec les beaux yeux des marins qui ont longtemps regardé la mer. Elles habitaient simplement Montmartre, mais ce regard qu'elles avaient hérité d'une longue suite d'ancêtres ballottés sur les flots, me parut admirable dans les villes. Ainsi, quoique jamais je n'aie servi la terre lorraine, j'entrevois au fond de moi des traits singuliers qui me viennent des vieux laboureurs. A suivre comment ils ont bâti leurs pays, je retrouverai l'ordre suivant lequel furent posées mes propres assises. C'est une bonne méthode pour descendre dans quelques parties obscures de ma conscience^.
Mieux que le désordre impétueux des lyriques, cette petite page paisible et volontaire donne l'idée