I. Amori et dolori sacrum, p. i23, \'i
sir, — aimer et mourir — au pays qui te ressemble.. . » Guaita s'arrêtait au tableau d'une vie d'ordre et de beauté : « Des meubles luisants, — polis par les ans, — décoreraient notre chambre ; — les plus rares fleurs — mêlant leurs odeurs — aux vagues senteurs de l'ambre... » Mais le point névralgique de Tâme, le poète chez moi le touchait, quand il dit ; « Vois sur ces canaux — dormir ces vaisseaux — dont l'humeur est vagabonde ; — c'est pour assouvir — ton moindre désir... » Mon moindre désir ! j'entendais bien que la vie le comblerait.
En même temps que les chefs-d'œuvre, nous découvrions le tabac, le café et tout ce qui convient à la jeunesse. La température, cette année-là, futparticulièrement chaude, et, dans notre aigre climat de Lorraine, des fenêtres ouvertes sur un ciel étoile que zébraient des éclairs de chaleur, la splendeur et le bien-être d'un vigoureux soleil qui accablait les gens d'âge, ce sont des sensations qui dorent ma dix-huitième année. Voilà le temps d'où je date ma naissance. Oui, cette magnificence de la nature, notre jeune liberté, ce monde de sensations soulevées autour de nous, la chambre de Guaita où deux cents poètes pressés sur une table ronde supportaient avec nos premières cigarettes des tasses de café, voilà un tableau bien simple ; et pourtant rien de ce que j'ai aimé ensuite à travers le monde, dans les cathédrales, dans les mosquées, dans les musées, dans les jardins, ni dans les assemblées publiques, n'a pénétré aussi profondément mon être. Certainement Guaita, avait, lui aussi, conservé de cette époque des images éternellement agissantes*.