‹ Vingt-cinq années de vie littéraireChapitre 46 sur 144 · I. Les DèvacinéSy p. il-ifi · texte numérisé non relu

I. Les DèvacinéSy p. il-ifi

étaient en lui : i** culture d'un lycéen qu^ a passé son baccalauréat en 1 880 ; 'i^ expérience du dégoût que donnent à une âme fine la cuistrerie des maîtres, la grossièreté des camarades, l'obscénité des distractions ; 3** désir et noblesse idéale, aboutirent au rêve.

En frissonnant, il s'enfonçait dans cette façon de rêve scolaire et sentimental où l'on retrouvera juxtaposées de confuses aspirations idéalistes, des tendresses sans emploi et de Tâcreté.

En vérité, ceux qui se retournent avec ferveur vers des images d'outre-tombe ne témoignent-ils pas qu'ils sont mécontents de leurs contemporains, échauffés de quelque sentiment intime, inassouvie

Parmi ces ombres qui m'accompagnaient (sur la terrasse de Pau), je ne tardai pas à distinguer une voix qui m'avait été chère. Un des amis de mon enfance, mon aîné de douze ans, vint jadis demander à ce ciel un sursis pour le mal dont il mourut vers la trentaine. Suis-je seul déjà sur la terre pour le maintenir au-dessus du gouffre d'oubli ? J'ai cherché le toit qui l'abrita quelques hivers. Dans le livre de mes dettes morales, que j'aime à méditer, je l'ai inscrit comme mon bienfaiteur à cause d'une phrase qu'il dit devant moi quand j'avais quinze ans.

Il venait d'étudier la médecine à Paris ; il en rapportait une remarque très juste : « L'avantage de Paris, c'est

I. Sous r œil des Barbares j p. iSg, 140. Voici encore une concordance. Les deux premiers paragraphes ont été ajoutés au texte primitif (Ed).

qu'on voit de près les grands praticiens et qu'on admet alors de les égaler un jour. » Ces mots tombés au hasard d'une conversation s'étant fixés sur l'heure dans mon esprit ne cessèrent pas de s'y enfoncer. Je dois beaucoup à cette pensée; elle me pressa, je crois, d'aller visiter à Paris les maîtres. Qui oserait, en effet, lutter avec des hommes mystérieux ? Mais étudier un homme en chair et en os, et prendre sa suite à force de travail et de discipline, l'imagination d'un adolescent courageux accepte que cela soit possible.

Aujourd'hui,' je donne à cette phrase de mon aîné un sens plus subtil et plus fort : je pense qu'il faut aller aussi dans les endroits où l'on meurt, pour apprendre à se résignera

Ce nouveau pensionnaire a le bonheur de voir Paris avec des yeux tout neufs ^! il est une chose qui vient subir sa destinée, une force qui désire s'épuiser!... De telles réflexions, que François Sturel, dans sa fleur de jeunesse si fière, eût éveillées chez un esprit philosophique, ne se formulaient pas nettement pour ces retraités de l'existence qui le virent un matin prendre place à leur table ; tous, pourtant, il les rajeunit d'une aimable impression de sympathie. Il n'en eut pas conscience ; il y serait, d'ailleurs, demeuré insensible. En ce jeune homme d'esprit audacieux, mais timide d'allure jusqu'à

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