I. A/uori et dolori sacrum, p
soldats en marche, ils voilent de leur poussière la jeune robe du printemps. Ces mois de mai et juin 1884, où les premières journées douces et le vert tendre des arbres font une volupté dont il y a peu de chances pour qu'un homme — l'enfant ne comptant guère — jouisse plus d'une quarantaine de fois dans sa vie, ils les passent comme Racadot, comme Mouchefrin et la Léontine, ces ilotes, dans l'abominable rue du Croissant^ tous pêle-mêle, à combiner, chacun de son point de vue , les meilleures conditions de réussite du journal.
Ils sont inexpérimentés, mais c'est précisément pour cela qu'ils prennent un si vif intérêt aux événements où ils se mêlent et qu'ils ont l'énergie et la fantaisie de former des vœux et d'étudier des plans ^
C'est chez Leconte de Lisle, il y a vingt-quatre ans, que j'ai vu Heredia pour la première fois. L'appartement où le Sénat logeait son glorieux sous-bibliothécaire, un bonnête premier étage de l'Ecole des Mines, sur le boulevard Saint-Michel, nous semblait un sommet redoutable, un des lieux sacrés de Paris. J'aime d'aller encore dans ce lointain quartier, pour ranimer les sentiments avec lesquels, à vingt ans, je pénétrais, le samedi soir, dans ce salon présidé par un moulage du Moïse de Michel- Ange.
Le lieu exerçait en nous le sentiment de la hiérarchie. J'ai vu les jeunes poètes s'incliner devant Heredia, qui s'inclinait devant Leconte de Lisle, qui s'inclinait devant