I. Le Voyage de Sparte, p
qui remue la queue et qui jappe ressemble beaucoup à un Philippe qui gazouille et qui saute à cloche-pied. Mais sur ce brave caniche à la physionomie sans rayonnement et qui demeurera stationnaire Tenfant exerce des pensées déjà fortes.
Quand on est encore à ras du sol, ce sont les chiens qu'on voit le mieux face à face ; d'autant que Philippe, d*un beau ruban rouge, sur le front de son ami, lie les poils noirs pour dégager les yeux. Ses parents, s'il a fait quelque chose de tout à fait gentil, — par exemple, s'il a montré son affection pour eux devant des étrangers, — baissent leurs paupières pour cacher leur bonheur, miis, sur la face énamourée du Velu qui frétille, Philippe connaît toutes ses puissances. Il éprouve le plaisir sans être jugé. C'est ce qu'on ne trouve pas chez les grandes personnes, parce que, tout de même, elles tâchent qu'on soit bien élevé. Et puis un chien avec qui son petit maître cause et mange des gâteaux n'a jamais ces mouvements d'humeur, ces sautes brusques, comme on en voit aux meilleures personnes qui font gonfler le cœur des enfants sensibles. Il semble alors, rappelez-vous, que l'on soit précipité d'une chambre pleine de musique et de bougies dans de froides ténèbres...
Entre Philippe et le Velu, c'est maintenant une allégresse constante, c'est franchise et despotisme. Que Philippe froisse cette fâcheuse oreille droite, qui toujours est douillette, le chien crie comme devant, car ce cri, c'est un réflexe, une sonnette d'alarme que lui a donnée la nature, mais, loin de se sauver, il redouble ses caresses. Et si je dis machinalement (un peu agacé par ce bruit) :
— Je t'assure, petit, que tu martyrises cette pauvre bêle î
Philippe, qui se fût autrefois fâché, n'en retient qu'un mot :
— Pourquoi que tu as dit que c'était une pauvre bête ?
« Pauvre », cela l'attriste, éveille en lui des images de faim, de froid, de pluie dans la nuit et de petits sous insuffisants. Et je le vois qui serre son ami dans ses bras, le réchauffe, le protégé et l'examine*.