‹ Vingt-cinq années de vie littéraireChapitre 56 sur 144 · CULTE ET CRITIQUE DES HÉROS · texte numérisé non relu

CULTE ET CRITIQUE DES HÉROS

De tous ses désirs^ le plus pressant tendait vers des êtres pour qui il put s^ enthousiasmer, contrarié par V angoisse de leur paraître indigne *.

Les voilà, comme les orientaux Au désert qui cherchent un prophète ^.

... enfiévrés par V esprit d^ imitation en face d^un héros ^.

... impatients de recevoir une direction^.

Le plus subjectif des hommes, il ne se désintéressait de soi-même qu en faveur de rares personnages avec qui il se croyait d^ obscurs rapports ^.

Quelle belle biographie romanesque on pourrait composer de ce Manso de qui Von ne sait rien, sinon que, tendre , courtois et extrêmement beau, après avoir servi les derniers jours du Tasse demi- fou et humilié par la misère, il

I. Les Déracinés^ p. ai. — a. Ih., p. 214. — ^. /^.» P- 2'^3. — rï. L Appel au soldai, p. 21.

distingua et aima cet autre grand poète, Milton ! Ainsi capable de reconnaître les génies, Manso assurément excusait leurs particularités. Il sollicitait d'entrer dans leurs beaux palais imaginaires sans prétendre quils s'intéressassent eux-mêmes à sa petite maison d'honnête homme ^,

Quand f avais dix-neuf ans et que je vis le grand Victor

^Hugo tout croulant de vieillesse, je souhaitai d'avoir ses

quatre-vingts années * joyeusement, pour vivre ses brèves

dernières heures de gloire , j^ aurais donné les longs espaces

ouverts devant moi 2.

Que les moralistes excommunient Byron ; que les sages humilient Lamartine, nous sommes tous avec cette femme qui, vers 1860, étant par hasard dans un bureau de journal, vit un homme misérablement vêtu toucher à la caisse quelque argent d'un article, et, quand elle V entendit nommer : M, de Lamartine ! elle tomba raide, évanouie de douleur.

Femme, chère femme, bien digne de comprendre la gloire, cest'à'dire de serrer dans son cœur le nom, limage, toute l'âme de ces véritables princes, de ces <i puissances de sentiment »/ Les admire-t-on comme des phénomènes prodigieux, les aime-t-on comme les plus intimes amis? Ils enthousiasment, intimident, désespèrent

I. Du sang, de la uolupté et de la mort, p. 114. •X. Du sang, de la volupté et de la mort, p. 109.

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