‹ Vingt-cinq années de vie littéraireChapitre 89 sur 144 · VENISE · texte numérisé non relu

VENISE

Je plains Venise au point où les siècles l'abandonnèrent, mais je ne voudrais point que ma plainte la relevât. C'est une bizarrerie ; s'il faut l'expliquer, je décrirai, entre mille impressions qui, selon moi, la justifient, ce que j'éprouvai quand M. Franchetti restaura la Gà d'Oro.

Pendant longtemps notre plaisir, devant ce chefd'œuvre du gothique vénitien, eut la qualité douloureuse qu'inspire une beauté imprudente, si elle n'oppose aux fièvres que ses grâces. <c Eh ! quoi, se disait-on, avec sa galerie du bas et ses deux loges superposées, avec ses colonnes et ses arcs transparents au soleil qui les baigne, et si délicatement ouvragée que le courant d'air du canal devrait suffire à la déchirer comme une dentelle de femme, cette maison d'Ariel vit depuis le xiv® siècle ? Gomment ne pas s'attendrir d'une telle vaillance ? Que n'ai-je la fortune d'intervenir dans les destinées de ce petit palais. Je voudrais le secourir. »

Le secours est venu. L'harmonieuse, l'aérienne demeure ne demande plus notre compassion, elle prétend à notre hommage admiratif. Avec plaisir, je le lui portai, mais tout de suite comme elle me parut luxueuse et d'un goût trop riche ! Je me sentis froid pour un art qu'aucun mystère ne baignait plus.

En face de cet heureux joyau qu'admiraient de nom-

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