‹ Vingt-cinq ans de littérature françaiseChapitre 10 sur 83 · II. SUISSE · texte numérisé non relu

II. SUISSE

ROBERT DE TRAZ

La Suisse romande est un petit pays sans grandes villes. Mais elle est féconde en idées et en œuvres. Son peuple, peu nombreux, se nourrit d'une forte tradition intellectuelle. Pour s'en tenir à la seule littérature, énumérer Jean-Jacques Rousseau, M^e de Staël, Benjamin Constant, Vinet, Tôpiïer, Amiel, Charles Secretan, c'est dresser, durant un siècle et demi, d'assez beaux états de service.

Si elles se rattachent aux lettres françaises, comme la branche au tronc glorieux, les lettres romandes ont néanmoins leurs traits particuliers. Elles expriment une société qui n'est ni la société parisienne, ni une société provin-

ciale. C'est la leur a donné le ravant, il n'y lacs et ces mon-

quelques cultivés. Elle en pays auto- Suisse romande France pour viment, mais ne avec elle. Elle doublure, une valeur, elle oforiginale du gé- Si la Ré-

Edouard Rod et Henry Spiess

Réforme qui branle : aupaavait, entre ces tagnes, que champs peu les a constitués nome. Ainsi, la a besoin de la vre spirituellese confond pas n'est pas une réplique sans re une variété nie français, forme a pro-

duit dans ce pays surtout des analystes et des moralistes — qu'ils soient romanciers, critiques, pédagogues ou théologiens — n'oublions pas d'ajouter qu'ils ont presque tous l'esprit cosmopolite. Commodément placée au centre de l'Europe, la Suisse romande est, déplus, trop restreinte pour suffire à ses enfants : de là, chez eux, le goût du voyage, la curiosité des âmes étrangères, la recherche des comparaisons. Très patriotes, ils aiment s'expatrier. Personne n'est aussi préoccupé de délimiter ses frontières, et puis de les franchir.

Durant la fin du xix^ et le début du xx^ siècles, d'autres influences ont commencé à agir. Un souci nouveau est apparu : celui de la forme. Trop souvent, les auteurs romands s'efforçaient de dire vrai plutôt que de bien dire. Des intentions excellentes, des pensées justes, des mouvements de sensibilité profonde ont ainsi avorté parce que le style leur a manqué. Depuis trente-cinq ans, un progrès indéniable a été accompli sur ce terrain. Si nul génie à l'égal de Rousseau, nul talent à l'égal de M"^^ de Staël ou de Constant n'ont surgi, on a vu paraître de fort bons écrivains, bien doués, maîtres de leur métier, et dont la plupart sont loin d'avoir donné tous leurs fruits. A côté de critiques et d'analystes, des lyriques sont nés. De son côté, le public est devenu plus difficile, plus raffiné. Des revues — comme La Semaine littéraire qui a fêté l'année dernière son trentième anniversaire — ont aidé à cet enrichissement général.

Comme nous devons borner notre exposé à quelques pages, nous ne pouvons citer tous les noms qui le mériteraient, ni entrer dans le détail des œuvres. Pour simplifier, nous diviserons les auteurs dont nous allons parler en trois classes : « génération ancienne », « génération moyenne », et « jeune génération ».

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