LA LITTÉRATURE A L'ACADÉMIE
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Si nous examinons la composition de l'Académie en 1895, ce qui nous frappe d'abord, c'est l'abondance des dramaturges, parmi lesquels se trouvait le secrétaire perpétuel ; ensuite, nous apercevons un brillant groupe d'historiens. Les romanciers, peu nombreux, composent une escouade sans harmonie.
L'Assemblée qui possédait, parmi ses membres, Lavisse, Thureau-Dangin, et surtout Albert Sorel, Henry Houssaye, dès 1895, puis, avant la fin du siècle, Albert Vandal et M. Hanotaux(i),répon-
4u '*«,^ wt <^^^j. u^u. ^ e^'y w,;., j^i^ ^ggç^ congrûment à une caractéris- '^/^/''^**>*^**<'.«'^'^'*^*>% ^//c^, tique du dernier quart du xix^ siècle. Q* Jt-^ine^^^ ^ é,^, é^'t^ y /ftr-^c^u^ Une véritable école historique vivait
alors. Aujourd'hui tous ses membres
Dessin d'Ernest La Jeunesse.
sont disparus, sauf M. Hanotaux.
Inaugurant l'histoire diplomatique, ils avaient reconstitué les périodes de la Révolution et de l'Empire. C'étaient surtout Sorel, Vandal, Houssaye. Successeurs, mais non héritiers des historiens des temps romantiques, ils mirent en œuvre les leçons de Taine, ils firent vivre les papiers d'archives, les mémoires, ils furent des écrivains créateurs. Car
J.-M. DE Heredia (Tiré des Trophées. Edition Lemerre)
(i) En toute justice, parmi les grands historiens de l'école critique, il faut encore placer Mgr Duchesne, venu plus tard.
jusqu ICI
les historiens que l'Académie choisit n'appartiennent pas au type : Inscriptions et Belles -Lettres. D'où, peut-être, l'éloignement où l'on tint MM. Camille Jullian et Gustave Schlumberger.
A l'époque où manquait l'Histoire, où le roman n'était qu'ouvrage de dames, les lettres n'étaient représentées à l'Académie que par la poésie et le théâtre. Le xix® siècle continua cette tradition. La liste des Quarante, vers 1820, est surprenante : les auteurs de tragédies périmées, de mornes vaudevilles, y foisonnent. On y voit notamment un certain François Roger, qui fit, dit-on, quelques pièces comiques (i). En 1895, une situation presque comparable apparaît encore :
les écrivains d'imagination sont quinze, en tout ; sur ce nombre, il y a sept dramaturges : Legouvé, Doucet, Dumas fils, Sardou, Pailleron, Halévy, Meilhac. Encore faudrait -il leur adjoindre Claretie, ce polygraphe, Coppée, et surtout de Bornier : cela ferait dix ; et puis, quelques années plus tôt, les sept étant déjà académiciens, Augier, Labiche et Feuillet vivaient encore. Les romanciers, Zola notamment, protestaient contre cette proportion inadmissible en un temps où l'art du roman éclipsait celui de la scène. Le théâtre littéraire, à cette époque, était en débandade, et ne vivotait qu'en rapiéçant les vieilles friperies de Scribe.
Des dramaturges, académiciens en 1895, i^ ^Y ^ que Dumas fils à qui l'on puisse accorder une importance, et peut-être aussi Meilhac et Halévy, puisqu'ils continuaient un genre constant de la scène parisienne.
Jules Lemaitre Croquis d'Ernest la Jeunesse.
(i) Mais il fut d'autre part le fondateur de la Société des Bonnes Lettres, qui s'ingéniait à répandre dans la jeunesse les sentiments monarchiques et religieux. Un tel titre, aujourd'hui, serait sans doute encore puissant. Au surplus, son Avocat fut un triomphe de la Comédie française en 1816.
2 s AIN S DE LITTÉRATURE FRANÇAISE
Sur les sept, quatre étaient morts avant 1900.
Il semble qu'en les remplaçant l'Académie craignit de trop donner au théâtre. Elle lui ôta des sièges, et choisit ses élus entre des auteurs qui mitigeaient leurs occupa-
Phofn Manuel.
Edmond Rostand
tions littéraires. Trois fois, précédèrent sa mort, Henry Il ne groupa qu'un maxitantes d'ailleurs. Dommage Porto-Riche obtint neuf sufmais s'en tint là. L'un et turges. En 1895, Jules Lecritique. M. HenriLavedan, créateur du roman dialogué, avait déjà publié tous ses fait représenter que leurs cependant, on peut admet-
Photo Manuel
Jean Richepin
dans les trois années qui Becque posa sa candidature, mum de trois voix, inconspour l'Académie. M. de f rages, du premier coup, l'autre n'étaient que dramamaître fut élu surtout comme en 1898, passait pour le et Paul Hervieu, en 1900, romans ; tous deux n'avaient pièces de début. Avec eux, tre que le théâtre nouveau,
Jui-ES Claretie
moins en ficelles que le précédent, se ghssait à l'Académie. M. Lavedan avait fait jouer une petite drôlerie au Théâtre Libre. Quant à Hervieu, il apportait une forme nouvelle de la tragédie, du moins, Brunetière l'affirmait très haut. Il ne s'agissait, pourtant, que du drame bourgeois... Mais Brunetière, sous la Coupole, accréditait les erreurs les
plus invraisemblables. Henry Bordeaux
En 1908, meurent les derniers survivants des sept de 1895 • Halévy,puis Sardou.
René Bazin
Photo Manuel
Depuis Rostand
1900, deux hommes dé théâtre, en quelque manière, avaient été élus : et M. Jean Richepin ; mais ils personnifiaient surtout le drame en vers.
Seul, M. Maurice Donnay, en 1907, vint augmenter le nombre des académiciens exclusivement auteurs dramatiques. Alors donc que tout le groupe de 1895 avait disparu, trois hommes nouveaux le remplaçaient : Hervieu, ; MM. Lavedan et Donnay. L'art de la scène tenait moins de place, mais il était, somme toute, mieux représenté. Cependant, après lamortd'Halévy,le clan théâtral livra bataille. MM. Brieux, Capus et dePorto-Riche s'opposèrent les uns aux autres. M. Brieux fut choisi. Le Théâtre Libre entrait carrément, cette fois, à l'Académie, mais le Théâtre Libre seconde manière prédicant, moralisant. Il fallait vraiment négliger tout souci littéraire pour élire M. Brieux en refusant M. de Porto-Riche. { En 19 14, M. Alfred Capus devint aca-
' démicien. Dramaturge, lui aussi ; mais il i était depuis peu journaliste, et de droite. L'instinct politique le fit élire contre M. Léon Bourgeois. Enfin, avant 1920, M. Erançois de Curel, la plus certaine gloire du Théâtre
Paul Hervieu, par de Losques.
Libre, accédait à l'Institut par une élection sans concurrence, incontestée. Au i^r janvier 1920,1e groupe dramatique de l'Académie, formé de MM. Lavedan, Donnay, Brieux, Capus et de Curel, apparaît mieux choisi que celui de 1895 ; cependant, l'analogie entre les deux dates frappe : toutes deux marquent une fin d'époque pour le théâtre. L'Académie ne représente que le courant d'hier. Il ne peut en être autrement, puisqu'elle p^^^ "^«^^^^
ne saurait se composer d'espoirs, mais de notoriétés. A ce point de vue, l'absence
Photo Va
de M. de Porto-Riche étonnera toujours, et celle de M. Courteline aussi, sans doute. A part cela, l'Académie a amélioré son effectif de dramaturges et, surtout, Ta réduit.
Ce resserrement s'est opéré au profit des romanciers (quant à la quantité).
En 1895, nous trouvons : 4 romanciers, Cherbuliez, Claretie, MM. Pierre Loti et Paul Bourget, et 3 auteurs dramatiques qui, accessoirement, écrivirent quelques romans.
En 1920 : 8 romanciers (MM. Loti, Bourget, A. France, Bazin, Barrés, Marcel Prévost, R. Boylesve, Henry Bordeaux) et quatre poètes et auteurs dramatiques qui, régulièrement, écrivirent de nombreux romans.
Dans l'intervalle, furent élus et moururent un romancier fécond, André Theuriet, et Paul Hervieu, qui produisit autant de romans que de drames.
Avant le xix® siècle, le roman n'ouvrait pas l'accès de l'Académie. Fénelon, malgré Télémaque, Voltaire, malgré les Contes, ne sont point exactement des romanciers. Ce fut une nouveauté, mal accueillie par certains, que l'élection de professionnels du roman ou du conte. Sauf erreur, Mérimée fut le premier élu (1844), préféré, dit-on, à Balzac pour la pureté plus évidente de son style ; puis, vint Jules Sandeau, le premier vraiment romanesque ; Octave Feuillet suivit en 1861. Réserve faite pour ces trois écrivains, toute l'histoire du roman à l'Académie tient dans la période écoulée depuis 1895. Remarquons qu'à cette date, deux romanciers delà nouvelle école venaient d'être élus, peu de temps après leurs débuts. Notons encore qu'aucun réaliste ou naturaliste ne fut accepté : ni Balzac, ni Flaubert, ni les Concourt, ni les petits réalistes de 1857. Tous ceux-là refusèrent, d'ailleurs, de solliciter l'entrée avec autant de fierté qu'on eût mis de vivacité à la leur fermer. Alphonse Daudet, aussi, refusa. Mais on l'aurait sans doute accueilli, s'il avait voulu se présenter. En 1896, on parlait favorablement de lui sous la Coupole.
Quant à Zola, il fit, aux abords de l'Académie, une guerre de siège. Mais il avait peu d'amis à l'intérieur de la place. Coppée, son plus chaud partisan, se refroidit un jour pour des raisons politiques, probablement.
De 1890 à 1899, •^^1^ se présenta vingt fois. Ce doit être le record. Lorsqu'on devait, le même jour, distribuer deux ou trois fauteuils, il était candidat aux deux ou aux trois. Les chiffres des scrutins ne dénoncent pas une hostilité systématique envers Zola. Les deux premières fois, il ne dépassa 4 voix. Mais cela ne signifie rien ; nous voyons une séance d'élections où M. Lavisse eut 5 voix, Brunetière 3, Houssaye et Theuriet chacun i. Tous les quatre, six ans après,
étaient académiciens. Ensuite Zola obtint, à des premiers tours, 8 et lo voix ; mais ses partisans n'étaient pas solides, tandis que l'opposition restait tenace. Dès le second ou troisième scrutin, Zola perdait presque tous ses appuis. Pourtant, il faut attendre sa treizième candidature (1895) pour le trouver absolument délaissé, sans une voix. Cela encore ne signifiait rien : un an après, l'auteur des Rougon-Macquart monta jusqu'à 14 suffrages, et il en fallait 17 pour être nanti. Il venait en tête, dès le début, gagnant même des voix, jusqu'au sixième tour, où le bâtonnier Barboux prit le dessus. L'élection ne put aboutir. Sans doute, ce jour-là, l'Académie voulait un homme de lettres. Ce qui le prouve, c'est qu'à la deuxième tentative, Theuriet, s 'étant présenté, fut élu par 18 voix contre 4 seulement à Zola. On se jeta d'emblée sur un romancier idéaliste, dès qu'il s'en montra un. Ensuite, ceux qui auraient peut-être toléré Zola en tant qu'écrivain, se dressèrent véhémentement contre le polémiste qu'il était devenu. La Patrie Française était puissante à l'Académie. Zola devint le candidat manifestement indésiré. En 1 899, il cessait ses assauts.
Il faut remarquer qu'Emile Zola est, jusqu'ici, le seul romancier qui ait été définitivement refusé. L'excellent Ferdinand Fabre, puis Maurice Maindron, candidats une fois, s'assurèrent tout de suite 1 2 et 9 voix ; sans la mort qui les surprit peu après, ils eussent sans doute été académiciens. Deux autres, encore vivants, ont subi des échecs récents. On ne peut deviner leur sort futur. Notons, cependant, que, l'un de droite, l'autre de gauche, débutèrent par le réalisme, et surtout qu'ils ne tiennent pas en défiance, Flaubert et son école.
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L'Académie est anti réaliste. Lorsque M. Pierre Loti prit séance, il invectiva sévèrement contre le naturalisme. L'élection de M. France qui,
dans son feuilleton du Temps, malmenait les réalistes, ne s'élève pas contre l'habitude d'esprit de l'Académie. Toute la concession que celle-ci peut consentir est de s'adjoindre l'auteur de Peints par eux-mêmes^ celui de Crime d'amour, ce poète qui a écrit de si élégants romans libertins qui faisaient, paraît il, rougir Albert de Mun. Mais ces littérateurs n'ont jamais étudié le peuple ; ce sont des
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hommes du monde. L'Académie ne tolère pas que l'on descende dans les bas quartiers. Et si vous tenez à réussir, fréquentez plutôt la campagne, choisissez une pro- ^^"^ célébrités d'aujourd'hui.)
vmce : Savoie, Angoumois, Touraine ; et surtout que vos paysans soient de braves gens.
Telle est toute l'histoire du roman à l'Académie. La place qu'il y occupe
Photo Boissûnnas
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est mieux en harmonie que jadis avec l'ensemble de la Mais le choix de ses représentants n'est pas des meilleurs, équilibrés . Certes, manciers académivains de premier naturellement siéger autres ! Elèves mêle giron académique, fades et même parpent les fauteuils que davantage, les telittéraire opposé, court, en fondant rite la reconnaissance détourné bien des fliger les mêmes traavait ménagés, tes, l'Académie les hasard. Le jour qu'il cer François Copavaient en face d'eux chain, M. Haraude Pomairols. Il y au début, M. Harau-
Henri Lavedan Par Léandre (Le Rire)
production littéraire.
ni surtout des mieux quelques-uns des rociens sont des écriordre, et qui devaient à l'Institut. Mais les diocres couvés dans ce sont des talents fois niais. Ils usurméritent, infiniment nants du courant Edmond de Gonson Académie, a médes Quarante : il a auteurs de leur incas que Zola leur Quant aux poèprend un peu au s'est agi de remplapée, les électeurs JeanAicard,M. Dorcourt, Jean Lahor et eut huit scrutins ; court et Lahor vin-
rent en tête : relativement c'était justice ; puis, à partir du troisième vote, les suffrages affluèrent sur Aicard. Nul ne saurait dire pourquoi. Sans doute, Aicard ^ fut-il élu à l'ancienneté — en 1895,
il postulait déjà, et même faillit passer — et aussi parce que des académiciens crurent qu'il était un représentant de la poésie provençale, du félibrige. Il a profité de cette illusion propagée par ses amis. A peu près toutes les élections de poètes, depuis vingt-cinq ans, sont à l'avenant ; elles consistent à pêcher n'importe qui parmi les innombrables rimeurs traditionnels qui convoitent l'immortalité.
François de Curel (Croquis de A. Hepp)
Ces poètes représentent à l'Académie, les uns le Parnasse et ses dérivés, les autres le drame romantique en vers, agonisant. Plusieurs se réclamèrent de ces deux ascendances.
Mais il faut faire exception pour Rostand, qui méritait d'être élu, et pour M. de Régnier, qui personnifie sous la Coupole la deuxième génération symboliste. Son admission fut un heureux événement, qui fit crier au coup de surprise. Erreur! M. de Régnier n'avait pas négligé la préparation nécessaire. Dès 1899, il obtenait le prix Vitet ; et, avant son élection, le gendre d'Hérédia avait des amis chez les Quarante,
Les autres domaines de la littérature figurent à l'Académie avec gravité. Tous les critiques, au moins depuis trente ans, sont d'origine universitaire.
Edmond Rostand, par Léandre (Le Rire)
Le Directeur de la Revue des Deux-Mondes finira bien par être académicien de
droit. Celui du Correspondant n'est pas dédaigné.
En somme, quand l'Académie choisit des gens de lettres, elle leur demande avant tout des garanties de sérieux et de traditionnalisme extérieur. Le grand mérite est de moins en moins exigé à l'entrée : au xvii^ siècle, l'assemblée brilla par les classiques, au xix^ par les romantiques. Mais à la fin du xix^ siècle, elle refusa de s'illustrer de la gloire des réalistes. Aujourd'hui, que les vingtcinq dernières années n'ont pas fait nettement triompher une école, les choix de l'Académie sont surtout politiques.
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Essayons maintenant de dessiner les voies qui mènent à l'Académie.
Nous l'avons dit, le groupe des savants, des politiques, des soldats semble presque en dehors des intrigues académiques. La notoriété de ces personnages, la situation considérable qu'ils occupent dans leur profession, leur valent d'être appelés. Mais, une fois qu'ils font partie du corps académique, ils vont nécessairement renforcer l'une des deux coteries qui se partagent, ainsi qu un Parlement, l'Académie II y a une droite et une gauche. La droite, partout ailleurs, serait une extrême droite ; la gauche ne compte pas d'éléments très avancés (puisque l'Académie les écarte). Lorsque Challemel-Lacour fut élu, en 1893, ce presi-
dent du Sénat, jadis exilé par le Second Empire, dut sembler fort compromettant. Cette gauche, donc, ne doit alarmer personne. M. France, il est vrai, affiche, aujourd'hui, une couleur fort vive. Mais il oublie, le plus souvent, qu'il est académicien, et s'il voulait patronner à l'Académie ceux qui, politiquement, se réclament de lui, il ferait certes cavalier seul. Ces deux partis peuvent donc s'affronter sans rudesses. Ils sont d'ailleurs obligés à plus de mutuelle complaisance que les groupes du Palais Bourbon ; car, au Palais Mazarin, la droite et la gauche s'équilibrent, à peu près.
Cette division de l'Académie en une droite et une gauche est ancienne.
Dès le xviii^ siècle, les geaient à côté des éconod 'esprit nouveau ; sous cle dernier, l'on vit figucour, des représentants dant, c'est depuis 1870, virons de 1895, que les plus nettement. 1^' Affaire Patrie française. L'Acapement de Français, alors, tional. Aufortde ce troucomptait dans la place membres ardents : Hous- Vandal, Lemaître, et un
Photo Manuel
Francis Charmes
traditionnalistes siémistes, des philosophes les divers régimes du sièrer, près des gens bien en de l'opposition. Cepenet surtout depuis les endeux courants s'affirment naît, et son corollaire, la demie, comme tout grouest saisie par le débat nable, la Patrie française cinq au moins de ses saye, Brunetière, Coppée, certain nombre de sym-
pathies. Le clan opposé avait M. A. France, Claretie, et vers la fin, Hervieu, sans parler de quelques amis prudents, difficiles à discerner aujourd'hui. Les élections de Jules Lemaître, de Vandal, d'un côté ; celle de M. France, de l'autre, sont venues trop tôt, et celle de Paul Hervieu trop tard, pour que l'on puisse y apercevoir des succès de parti. Pendant la période violente de VAffaireyû semble que tout le monde se soit entendu pour ne pas présenter de candidats trop marqués par leur attitude politique. On ignore donc dans quel sens eût opiné la majorité. On peut supposer, cependant, qu'elle eût suivi la Patrie française. En 1898 et 1899, Zola obtint une voix, et inconstante, encore! Quelle fut cette voix? Celle de M. France, de même opinion que l'auteur de J'accuse^ mais bien peu porté sur sa littérature ? Celle de Claretie } Peut-être ; car cet homme faible eût été peu capable de persévérer sans espérance, et l'inconstance du suffrage s'cxt pHquerait. Il n'est pas impossible, non plus, que Coppée ou M. Bourget aient voté pour Zola, leur adversaire politique, car ils estimaient en lui l'écrivain. Mais l'infidélité de cette voix deviendrait plus étrange encore. Quoi qu'il en
soit, il reste que les dreyfusistes soutinrent sans vigueur ce candidat de leur bord.
Plus tard, après 1900, l'habitude s'établit de considérer comme nécessaire l'équilibre constant de la droite et de la gauche. Parfois, dans l'un de ces groupes, des affinités poussent quelques immortels à constituer un petit syndicat, qui peut, à l'occasion, influencer l'Académie. Tels furent les bonapartistes : Houssaye, Coppée, Vandal, et plus tard, M. Fr. Masson ; ils ne parvinrent pourtant pas à faire élire Jules Delafosse. Il y eut aussi, après la séparation des Eglises et de l'Etat, les célèbres Cardinaux Verts : Brunetière, Melchior de Vogué, Etienne Lamy, et quelques autres.
Lorsque les votes de la droite et de la gauche sont nettement divisés, les scrutins démontrent l'égalité numérique des deux partis. Dans ces cas-là, donc, le résultat est nul. C'est alors que l'on marchande, que l'on combine. L'Académie aime à procéder, le même jour, à deux ou trois élections. On s'arrange, en pareille conjoncture, pour accueillir en même temps le candidat préféré de la droite et le candidat préféré de la gauche. Rien n'est changé ; tout reste en équilibre. Et l'Académie, comme les vieilles dames bien conservées, demeure blanche et rose. Ainsi, le 15 février 1900, Hervieu et Faguet furent élus ensemble ; le 25 janvier 1906, M. Ribot et M. Barrés; le 16 février 191 1, Roujon et Denvs Cochin. ^ ^ p»oto v^,,a.o„a
J • . Anatole France
Ces gens aimables sont, au pomt de vue académique, adversaires l'un de l'autre. Il ne s'agit, on le voit, que d'une opposition de salon. C'est pourtant à l'occasion de ces manigances que les électeurs s'amusent, malicieux.
Un jour de printemps 1898, la droite voulait faire élire le général du Barail et la gauche, Paul Hervieu.
On était en pleine ''Affaire " et l'élection double allait présenter un gentil aspect d'impartialité. Mais nul votant, presque, ne tint sa promesse, et l'histpire tourna en mystification. A la place du général, on élut un sculpteur,