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Couverture du Nord-Sud (N" i)
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(de Ker-Frank-Houx) à Nantes, Les Facettes (de Vérane) à Toulon, Les Fleurs d'Or à Nice, Les Rayons, Le Buccin de Gilbert Charles à Bordeaux, Les Trois Roses à Grenoble, Vivre à Fougues; et à Paris, Le^ Journées de 1918 d'Henri Béraud, la Caravane, Les Cahiers idéalistes, La Forge, Les Humbles, Les Lettres parisiennes (de Georges Pillement et Jean Cassou), Le Scarabée, Soi-même (Joseph Rivière, René-Marie Hermant), Les Marges, Le Carnet critique (revue exclusivement critique et bien faite).
Les Marges reparaissent en mai, pendant l'offensive allemande, expliquant : « Nous avions décidé de reparaître, avant l'offensive allemande, avant les Gothas et le bombardement de Paris.
L'offensive? — Nous avons entièrement confiance.... Il n'y a donc pas lieu de remettre la publication de ces nouvelles Marges. Les Gothas? Le bombardement? — N'exagérons rien, allons....
Ce qui est plus grave, à notre point de vue, c'est la question du papier,
Nous avons du papier. »
Le premier numéro contenait comme « page de maître » les vieux vers de Passerat : Contre les reistres allemands, une lettre inédite avec des dessins inédits de Gauguin, des vers d'André Puget, tué en 191 5, le début d'un petit chef-d'œuvre inédit de Louis Codet, César Capéran, et des articles de Pierre Lièvre, Paul iEschimann, Fernand Divoire, Maurice des Ombiaux, Eugène Montfort, etc.
En 1919, la Nouvelle Revue française reparut. Elle avait lancé, préalablement, un prospectus où il était dit qu'elle se proposait « de rouvrir les écluses de la spontanéité et de l'invention française » et encore, qu'elle voulait travailler à « accoucher la France » et enfin, que ce ne serait « pas trop de toutes les créations de tous ses collaborateurs pour mettre au jour le fruit prodigieux et encore secret de ces cinq années de monstrueuse incubation... ». Ce programme pompeux et un peu effrayant fut-il réalisé? L'accouchement fut-il heureux?
Quelques mois après, une jeune revue. Littérature, jugeait ainsi, avec quelque irrévérence sans doute, son aînée : « Nouvelle revue française : le n^ 72 contient : 1° Des considérations d'André Gide, qui n'ajoutent rien à notre admiration pour cet auteur ; 2^ Un poème de M. Georges Simon qui nous fait regretter les alexandrins de M. François Alibert ; 3° Vingt-cinq pages de
Paul Dermée
LES REVUES LITTÉRAIRES
M. Jacques Rivière qu'il vaut mieux passer sous silence ; 40 Un article de M. André Lhote qui n'arrive pas à nous faire oublier la médiocrité de sa peinture... » etc. ; rénumération continuait.
Cette petite revue, Littérature, était rédigée par trois jeunes gens, Breton, Soupault, Aragon, qui allaient propager en France le mouvement dada. Guillaume Apollinaire, étant mort en novembre 18, ses successeurs avaient mal tourné. Les Reverdy, les Dermée, qui l'entouraient d'abord, et qui étaient des artistes (on les intitulait « cubistes littéraires »), avaient été débordés par une vague de nouveaux venus qui ne retenaient de l'Art de l'auteur à' Alcools que ce qu'il contenait de négatif : son goût pour la fumisterie, son scepticisme, et son apologie fantaisiste des peintres cubistes. Ils le singeaient grossièrement sans le comprendre et apportaient dans la littérature avec beaucoup d'ignorance une caricature de son talent et de ses dons.
Cette bande essaie d'attirer l'attention par ses outrances, en jouant le gâtisme prématuré, organisant méthodiquement le scandale, se vouant à l'absurde par système, érigeant l'imbécillité en doctrine. 391, Cannibale, Dada, Sic, publient des sentences dans ce goût :
La peinture, la musique, la littérature
Ont le sourire
Qui abrite
La nouvelle coiffure
et des poèmes vagissants. On regrette de voir MM. Dermée et Reverdy se laisser entraîner par leur troupe, on s'étonne d'y rencontrer M. Paul Morand. Qu'aurait pensé Guillame Apollinaire de tels disciples? La guerre aurait-elle déterminé un affaissement de la sensibilité, une diminution de l'intelligence chez les jeunes gens ? La Minerve française va essayer de réagir contre cette décadence. Dans son premier numéro (juin 19 19), elle souhaite que les écrivains nouveaux « ne s'obstinent point dans leur chimère et qu'ils se décident à un emploi moins surprenant et plus efficace du talent que la nature leur a départi.... Si leur principal souci, ajoute-t-elle, est d'être originaux ou de le paraître, comme il le semble bien, puissent-ils cesser de confondre avec l'originalité la singularité obscure où ils se complaisent ! »
D'ailleurs d'autres jeunes gens sont tout-à-fait raisonnables. Les Feuilles libres, en 19 19, ne sont point « dada ». Le poète Roger AUard, publie une petite brochure : Le nouveau spectateur, où il disserte avec calme sur l'Art. Dans la Rose rouge de Maurice Magre, on trouve d'excellente littérature et des chroniques spirituelles.
Cependant, que sont devenus les néo-classiques et les poètes dont Francis Garco parlait jadis ? Ces derniers s'intituleront les poètes fantaisistes, et Tristan Derême sera le plus célèbre d'entre eux, si Jean Pellerin est le plus touchant. Bientôt ils s'uniront aux néo-classiques dans la Muse française. Mais en 1919 la Muse française est encore dans les limbes. Ces poètes sont dispersés : il semble
que ce soit surtout le Divan et les ,,. „.^___ , Facettes qui impriment leurs vers. La
Revue critique des idées et des livres qui reparaît, au mois de juillet, va leur apporter du renfort, et la lutte se poursuivra entre les néo-classiques et les nouveaux modernes, les premiers malheureusement singulièrement amoindris par la mort de Jean- Marc Bernard, comme les seconds tout-à-fait égarés par la disparition d'Apollinaire. Les uns auront avec eux la Revue universelle, les Essais critiques d'Azaïs, les autres VEsprit nouveau, la Vie des Lettres de Nicolas Beauduin.
Mais n'anticipons pas ; nous sommes parvenus au terme de notre petite excursion dans le temps. Nous voici en 1920. En parcourant les revues, nous avons vu se manifester bien des états d'esprit pendant ces vingt-cinq ans : naturisme, unanimisme, néo-classicisme, dadaïsme.... Le mouvement est continu. La jeunesse littéraire d'hier n'est pas demeurée inerte, celle de demain ne le sera pas davantage.
Car la France a le privilège, heureusement, de posséder une littérature qui bouge.
LA BIBLIOPHILIE
par A. de BERSAUCOURT
Tristan Bernard
Le Fardeau de la Liberté
Comédie en Un Ac^e en Prose
L'Édition originale
Seul, l'amateur qui s'acharne à la poursuite des éditions originales modernes, — ne s'agirait-il que de la période de vingt-cinq années à laquelle nous entendons nous borner aujourd'hui, — et a payé de maints déboires son expérience, peut se douter des innombrables mystères, des multiples difficultés et des bizarres surprises que comporte cette partie de la bibliophilie. Au premier abord, néanmoins, est-il rien de plus simple ? Une édition originale, par définition sommaire, est un livre datant de la première mise en vente, où le chifl^re du tirage n'est pas indiqué. Toute confusion est donc impossible, à ce qu'il semble, et souhaite-t-on réunir romanciers, poètes et critiques d'aujourd'hui ou d'hier en originales authentiques, il suffit de s'en tenir à cette seule loi. Fort bien. Mais vous allez voir le nombre effarant de traquenards tendus, de pièges où trébucher, et aussi que le choix d'une bibliothèque composée dans ce sens n'est pas tellement facile.
Premier exemple. Les bouquinistes, dans leurs catalogues, annoncent assez fréquemment un ouvrage avec cette mention : « Edition originale. La couverture porte troisième mille. » A ce compte le titre seul est essentiel dans une édition originale, et, dès lors que le chiffre du tirage n'y est pas imprimé, l'exemplaire est digne de nous retenir.