CAHIERS DE LA QUINZAINT
paraissant vingt fois par an
PARIS
8, rue de le Sorbonne. au rez-de-chautsé*
LA BIBLIOPHILIE
avez l'édition originale en partie détruite. La Saison en Enfer d'Arthur Rimbaud, pour ne citer que cet ouvrage, rentre dans cette catégorie, et les rarissimes exemplaires qui ont été préservés valent leur pesant d'or. Vous avez l'édition originale qui a été retirée du commerce et l'édition originale avec ou sans les suppressions que les auteurs lui ont fait subir ou que l'on a fait subir aux auteurs. Il est des éditions originales fort curieuses dans ce genre-là. Un exemple entre vingt autres. En 1876, M. Jean Richepin publiait sa Chanson des Gueux à la Librairie illustrée. Le recueil fut saisi et condamné, le dix-sept juillet, par le Tribunal correctionnel delà Seine. On gratifiait M. Jean Richepin d'un mois de prison, de cinq cents francs d'amende, et la suppression et la destruction du livre étaient ordonnées. Dans la deuxième édition de La Chanson des Gueux, parue la même année et chez le même éditeur, les pièces incriminées furent en conséquence remplacées par des lignes de points. Ces circonstances rendent l'originale de La Chanson des Gueux extrêmement précieuse.
Dans la période qui nous occupe les exemples analogues abondent. Le livre d'Octave Mirbeau, La 628-E8, est fort recherché lorsqu'il contient les pages relatives à Balzac qui furent enlevées au moment de la mise en vente et qui ne subsistent que dans un petit nombre d'exemplaires. De même il existe deux originales des Innocents de M. Francis Carco, qu'il est amusant de réunir; celle qui a paru, copieusement censurée, durant la guerre, et celle qui a été publiée ensuite après la guerre.
Les amateurs d'éditions originales modernes, acharnés et nombreux, n'hésitent point à payer des prix parfois absurdes la plus mince plaquette, et, lorsque je pense à la valeur qu'atteignent maintenant les œuvres de M. Paul Claudel ou du regretté Charles-Louis PhiHppe, je ne puis me défendre