‹ Vingt-cinq ans de littérature françaiseChapitre 53 sur 83 · PAR JEAN DE NIORT · texte numérisé non relu

PAR JEAN DE NIORT

Il est assurément légitime de terminer ce tableau de vingt-cinq années de littérature française par un aperçu sur l'édition et la librairie. Après l'œuvre, après l'œuf mystérieux, immatériel, de la création, après le livre pensé, vient le livre imprimé, objet, matière, du papier avec de l'encre dessus, le livre, édité et à vendre, article de commerce. Ce livre, prolongation visible de la pensée et réalisation du rêve, doit être étudié, lui aussi, ou plutôt doivent être étudiés les marchands de livres, éditeurs et libraires, qui sont les collaborateurs des poètes et des écrivains, leurs intermédiaires près des lecteurs. Le lien qui unit les uns et les autres est des plus étroits. Sans auteurs pas d'éditeurs, mais sans imprimeurs et sans éditeurs, pas d'auteurs, ou à peine, certes. Car nous ne sommes plus dans un temps où un ouvrage manuscrit pourrait se répandre. Et précisément l'objet de ce chapitre est de voir comment, entre 1895 et 1920, on s'y est pris pour répandre un livre, comment les intermédiaires ont compris leur tâche pour rapprocher l'écrivain du lecteur. Pendant ce laps de temps y a-t-il eu changement, évolution, dans la conception du fabricant et du marchand de livres ? Leurs rapports avec les auteurs, leurs rapports avec le public, leur conception personnelle de la littérature en tant que marchandise comme objet d'achat et de vente est-elle la même en 1920 qu'en 1895 ? Et sinon, si elle a changé, comment ? Selon quelle courbe ? Voilà ce que nous nous proposons d'examiner ici. On comprend à quel point l'évolution de la librairie est jumelle de l'évolution de la littérature, comment elles influent réciproquement l'une sur l'autre.

En 1895 les éditeurs, les auteurs, le pubhc sortaient de la grande secousse du naturalisme. Ils étaient un peu fatigués du tumulte littéraire. Le dernier grand succès de Zola, la Débâcle, était de 1892. Il publiait maintenant ses Trois Villes, mais on avait l'impression que la période significative et vraiment puissante de sa production était achevée. Bourget entrait à l'Académie, il avait

terminé la série de ses romans mondains et tournait maintenant à la prêcherie, posait au grand esprit, enseignait toute une clientèle de bourgeois à prétentions.

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