LA FENÊTRE ÉCLAIRÉE I3I
extérieure de la petite brasserie située en face de sa maison.
L'écœurante soirée! Le verre de bière que vient de lui servir un garçon en manches, de chemise et traînant des savates, sent le buis à faire vomir ; pas plus de fraîcheur qu'au logis, et quand un souffle de vent s'élève, il est chaud comme l'haleine d'un malade. -Maintenant Ludovic songe qu'il aurait mieux fait de rester chez lui, de se mettre au .lit peut-être. Pascal a bien raison, l'homme doit rester « en chambre », et le proverbe arabe n'a pas tort non plus: il vaut mieux être couché qu'assis, mort que couché. Mort ? Ma. foi, oui. Il en a assez de son [âpre vie d'homme de lettres sans succès, — sans talent, qui sait? — N'est-elle pas aussi monotoae que l'itinéraire de ce tramway qui, de dix minutés en dix minutes, roule devant lui sur la chaussée poussiéreuse, au trot pesant de ses percherons éreintés? Lui aussi, pour gagner sa litière et son picotin, iïa dû faire le cheval d'omnibus, s'atteler dans le brancard d'un journal. Est-il plus dur de tirer sur un licou que de tirer à la ligne? Quel métier que de vendre des verbes et des adjectifs ! Et voici qu'il a trente-huit ans. Le matin, en se faisant la barbe, il voit s'épanouir près de ses tempes les pâquerettes de cimetière. Une jeunesse perdue. Rien de vraiment doux et tendre dans ses souvenirs, pas de « coin vert » comme disent les Anglais, rien que
Us amours tristes o/î^ honteuses du!' célil>ktidré pauvre ; et, s il y a, dés' noms de femmes ifaris son
M se oqIu
le sa maison, juste au' dessus 3e son logement, une fenêtre éclairée.
C'est la seule de la maison et même des maisons voisines, car on se couche de bonne heure dans la banlieue, et, comme, par ce ciel sombre, à cette hauteur, le sommet des édifices se perd dans la nuit, cette fenêtre lumin£;use brille au milieu des ténèbres avec féclàt fixe et câlrrië'd'ùû fehffl%.,'Elle est ouverte, mais .on a tiré le rideau blanc^, qui, lorsque. passe une brisé, irérriit'.'. ',
-^ Qjiî peut'habitér là? se 'demande Ludovic.
Et il se sent, daris 'ce momént-li, tellement triste, abandonné, soïïtaire, et la fenêtte éclairée rayonné si doucement, si paisiblement,'ique,parun