LA FENÊTRE ÉCLAIRÉE I
capric^, ironique de son imagination, il évoque les
existences heureuâes — plus heqri^uses que la
■>*."' ".'. f>,r-.:jr.'r'î'^î jP .>,ifi.)ii /;;bj, .7 il - îv :'j't': ' \ sienne, à coup sûr, -7- qui doivent, êtrp* vécues
dans cette cnambrç haute. Tous ceux que le dégoût
OU le chagriir a souvent chassés du jlo^is et qui ont
rnairi tes fois' fatigué leur sple^fa dans dés protne-
naaes nocturnes, côrinaîssei^t i)îèn cette' impression.
Lequel (Tentré eux, èh voyant briller une fenêtrie
dans. la huit, ne s*èst pas dit: « Le bonheur doit
habiter Iâ?'w et ne t'a pas longtemps rçgardée, du
fond de l'ombre, avec^uilé sorte a envie attendrie,
^ — cotpnie un désespéré, que tout a trahi sijr la
terre, trouve encore une consolation ïbêlahcôlique
à i-egarder un astre et à espérer' qu'un jour il re-
comméhcerâ là liiié vie nouvelle.'
— Oui peut hatiter là? se dit'Ludovic. Qui donc veille si tard? ;
Un travailleur comme lui, peut-être, un écrivain, un poète? NVt-il pas quelquefois échangé un coup de chapeau dans l'escalier avec un tout jeune homme pâle et mal vêtu, qui porte ordinairement un livre? C'est cela. Cet enfant doit gagner Tindis-
pensable pièce de cent sous en donnant une leçon dans la matinée, en vendant un peu de son latin; mais tout le reste de son temps est à la poésie et à Fart. 11 est pauvre, très pauvre, mais fier et pur comme un lys; il a conservé intact le trésor de sa jeunesse et de ses illusions, et,- lorsque, malgré ses habits râpés, une grise tte le regarde en riant, il baisse les yeux comme une vierge, ses yeux profonds aux cils de velours, se réservant pour une Béatrix future.
Certes, il veut la gloire, mais il ne prétend la conquérir que par un chef-d'œuvre où il aura versé toute la sincérité de son âme ; il respecte sa plume comme un paladin son épée, et il aimerait mieux mourir de faim que de se faire homme de peine littéraire et de semer des bouts de cigares dans les crachoirs des cabinets de rédaction. Il n'a pas vécu sans doute, le noble enfant; mais à quoi sert la vie aux poètes, sinon à flétrir, à tuer leurs chimères, et il écrit en ce moment ses premiers vers, son divin poème de jeunesse, celui qu'on ne fait qu'une fois; il crée un paradis enchanté, un paradis impossible, où les oiseaux sont parfumés, où les fleurs ont des ailes, où toutes les femmes sont pures et douces comme des étoiles, où il n'y a que des sentiments et des rêves, et, plus tard, quand il donnera la volée à ses chansons, ceux qui se seront grisés à les chanter et à les lire resteront tristes comme au