‹ Vingt jours dans le nouveau monde [microforme]Chapitre 19 sur 95 · DE BROOKLYN · texte numérisé non relu

DE BROOKLYN

les mêmes voies, montante où descendante, de cinq en cinq minutes et, grâce à l'éducation des voyageurs actifs et prompts à la sortie aussi bien qu'à l'entrée, les arrêts aux stations ne dépassent point huit à dix secondes, C’est un rêve que ce mode de locomotion dans des wagons de quinze à vingt mètres de long, très ingénieusement divisés et qui peuvent être également combles, mais jamais complets; on se tasse sans limite, on se case à l'infini.

Le prix de tous ces trajets, d’un point extrême à l'autre, est de cinq sous (5 cents), aussi bien en elevated qu’en car.

Les fiacres, par exemple, sont des véhicules de grand luxe; leur prix excessif en interdit l'usage. Les cabs, trop peu nombreux, ont un tarif relativement plus réduit; mais la voiture, à New-York, reste réservée aux grandes circonstances, pour la conduite aux gares, les visites hâtives où les promenades d'agrément. Pour la vie courante, millionnaires et prolétaires usent avec raison des moyens de transport démocratiques.

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L'Américain, réputé chez nous pour être un hygiéniste de ln marche, un entrainé qui ne compte point les kilomètres à dévorer, m'a paru, au contraire, excessivement ménager de ses jambes et de ses forces, En général, à New-York, personne ne monterait un étage sans souffrance; l'ascenseur fonctionne sans trêve, on le prend aussi bien pour l’entresol que pour le quatrième étage, et les élégantes cages où l’on se blottit sont le plus souvent bondées de monae à la descente comme à la montée,

Le respect de la femme. — [es hommes, dans ces ascenseurs, restent découverts vis-t-vis des femmes : c'est une règle de politesse à laquelle aucun ne songe à se dérober.

La femme américoine est du reste la plus respectée, la plus choyée, la mieux protégée des femmes du monde; tons les hommages lui sont

rendus, toutes les préséances lui sont favorables, : . . Une femme photographe,

non pas seulement dans la vie privée, mais encore

dans la vie publique. Comme elle se montre très libre d’allure, qu'elle est virilement élevée et qu’elle semble avoir les mêmes droits que l’homme de sortir, de diner au restaurant, d'y inviter des amies, de voyager seule, de s’introduire partout, les meilleures places lui sont acquises et les serviteurs r, l’approchent qu'avec des gestes respectueux et des mines empressées et soucieuses de la pouvoir satisfaire. Durant mon séjour à New-York, j'ai vu les plus curieux types de femmes qui se puissent concevoir :

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vales,

femmes d’affaires ayant leur office, femmes de finances, de théâtre, excellentes camarades, g

franches, cordiales, d’une sympathie toute en dehors et très communicative, pas névrosées, je vous assure, solides gaillardes, intellectuelles mais pratiques, voyant tont sous l'angle des convenances et du bienêtre. Comme je demandais à l’une d'elles, un soir après diner, si elle ne pensait pas que la religion fût ntile à la femme en tant que garantie morale, comme point d'appui dans li vie, elle réfléchit un instant, puis d’un air très sérieux :

« La religion? Oh! certainement, fit-elle, c’est tont à fait confc-table! »

Le confortable, c’est l’idéalisme de l’Américaine; ce mot, pour elle, contient tous les accommodements de la vie et de la morale, tout ce qui ofre un poids, des assises, des qualités résistantes ; la vertu est confortable, l'amour aussi, mais pas au delà des bagatelles. Le mariage est le but normal, avoué, désiré de la jeune fille américaine, si elle réussit toutefois à trouver l’homme rêvé, le milliardaire, son héros à elle : l’homme confortable.

Le Metropolitan Museum. — Avant de quitter New-York pour ébaucher une petite tournée vers l'Ouest, il me prit envie de visiter le Wetropolitan Museum, situé au milieu du Central Park, côté Est. Je me rendais là sans idées bien nettes de ce que j'y trouverais, un peu dédaigneux, je l’avoue, me figurant n’y devoir rencontrer que des fossiles et quelques vagues collections d’antiquités, telles qu'il s’en trouve en nos musées de province; mais un de mes nouveaux amis, conservateur du lieu, m'y avait avec beaucoup de courtoisie assigné rendez-vous, et j’y arrivai très disposé à ne sentir aucune vibration admirative. Je dois confesser mon erreur et mon injuste disposition : le Metropolitan Museum wa surpris ; il est d’un intérêt supérieur, il faut le visiter; c’est une des perles de New-York.

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contempler des sarcophages égyptiens étonnamment conservés et non

moins beaux que cenx de Bouluq, des vases antiques, des figurines primitives, des statuettes de Tanagra inoubliables, des statues grecques d'une grâcesuprème, des bijoux pompéiens, RICH DOS 4 te toute une série de bibelots archéologiques dont la beauté de matières et de formes me frappa encore plus que la rareté.

Dans une salle immense on me fit voir ensuite d'ingénieuses reproductions sp È réduites des principaux monuments de Daxs CENTRAL Pank. — Le Metropolitan Musenm. Rome, d'Athènes, de Paris, des surmoulages de portiques des plus belles cathédrales du monde; que sais-je encore...? Un intelligent résumé du South Kensington. — Au premier étage, après les meubles, les miniatures, les armes, les Japonaiseries, je visitai le musée de peinture moderne. Beaucoup de bons tableaux, trop de médiocres, mais, parmi les meilleurs, deux Manet que J'ignorais. Deux chefs-d'œuvre : l'un, l'Enfant au sabre, comparable à un Vélasquez, et l’autre, la Femme en Peignoir caressant un Perroquet, d’une hardiesse d'exécution stupéfiante, Mon guide m'’avoua qu'il ne comprenait rien à l’hypnotisme que m'occasionnaient ces toiles,

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