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et que s’il n’avait qu'à commander pour être obéi, on les jetterait aussitôt dans l’Hudson, Le moindre Bouguereau, le plus crémeux Cabanel lui semblaient à cent pieds au-dessus de ces superbes Manet.
Je passe sur les Meissonier, très nombreux et des meilleurs, sur les Bonnat, les Carolus et sur toute l’école française moderne des portraitistes et des paysagistes, car quelques salles plus loin je fus stupéfié pa: une admirable galerie de maîtres anciens : des Rembrandt, des Franz Halls, des Velasquez, un Van Dyck comme le Louvre n’en possède pas, un Rubens digne des peintures du Belvédère de Vienne et toute la série des plus excellents Flamands. Un éblouissement à vrai dire, une oasis d’art ancien dans le désert de cette modernité utilitaire.
D'autres salles contenaient encore des Turner fulgurants, des portraits de Couture qui me réconcilièrent avec le peintre des Æomains de la décadence, des Hogarth, des Lawrence, de merveilleux Constable, des Reynolds à faire pâlir d'envie les visiteurs anglais. Tout cela dans ce musée qui ne daie pas de quinze années et qui déjà peut être classé à côté des grandes galeries d'Europe.
Le soir, en bouclant ma valise, je songeais à l’avenir de ce pays qui, loin de se réserver à la vie exclusivement pratique, comme on l’en accuse, peut improviser de telles collections d’art. Je pensais à ces galeries privées de la grande métropole commerçante de l'Est, aux collections des Vanderbilt, des Avery et de tant d’autres, et je me disais que ces Yankees, considérés jusqu'ici comme des barbares, se préparent peut-être une civilisation hors ligne, pour peu que les nouvelles générations, après avoir rencontré sur le sol natal de tels modèles d’art européen, sachent s’employer à n'être plus des hommes d’affaires et à devenir enfin des novateurs d’esthétique qui ne s’inspireront du passé que comme tremplin d’ambition pour égaler l’envolée des maîtres vers des voies nouvelles.
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