‹ Vingt jours dans le nouveau monde [microforme]Chapitre 41 sur 95 · CAS PEN EN MI RENE QE EE EEE · texte numérisé non relu

CAS PEN EN MI RENE QE EE EEE

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qui les envahit, n’endigunent pas comme à New-York un flot humain qui entraîne l'individu plus hâtivement qu'il ne voudrait dans sa course. Ce fut donc d’une allure reposée et sans hâte que je m’aventurai le long

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présenté à plus rs bons offices.

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Pour la blague, À WASHINGTON. — Pennsylvania Avenue.

de cette Pennsylrania Avenue qui est la plus commercante et la plus fashionable de la ville gouy 2rnementale, Cette voie centrale relie le Capitole à la Maison Blanche, d’une part et, d’autre part, la Maison Blanche à Georgetown. Je me dirigeai vers le Capitole, dont je voyais déjà au loin la puissante coupole,

erie lente et au algré l’activité

et après avoir, à main droite, curieusement observé de somptueux étalages, quelque peu bouquiné chez des libraires, inspecté un énorme marché et admiré l’ordonnance ingénieuse du Jardin botanique, je débouchai sur l'immense place du Capitole, dont la situation élevée et l’étendue sont incomparables. Je pus admirer en face ce bâtiment colossal, orgueil des Washingtoniens, qui, comme tous les Américains, sont légèrement possédés de la manie mégalithique.

Comment exprimer cette œuvre vraiment surprenante, vue à rebours de sa façade véritable ! Campez le dôme de Saint-Paul de Londres au milieu du palais de justice de Bruxelles, flanquez ce bloc démesuré de deux acropoles, imaginez le tout bâti en superbe granit d’un ton gris ardoise délicieux, et, pour e l’idée moderne ne perde pas ses droits, concevez la coupole centrale fabriquée en fonte peinte en simili-pierre, vous aurez une vague idée de ce Léviathan. Les deux côtés du monument sont exécutés dans le style de la colonnade du Louvre; il se dégage jusqu'alors une véritable sensation de grandeur qui impose le respect de ceux qui, par leur volonté, ont élevé le plus grand peut-être des édifices du siècle ; mais lorsque, vous tournant vers la façade, vous voyez le colosse sous son jour d’entrée, la désillusion vous saisit, le géant semble s'être agenouillé, accroupi : il a perdu toute sa noblesse.

J'exprimais précisément au président Cleveland, le jour de mon entrevne avec lui, et sur cette question attendue : « Que pensez-vous de notre Capitole ? » cette déplorable faute d'harmonie architecturale : « C’est l’avis unanime, me dit-il, mais qu'est-ce cela ? nous referons la façade. »

Ces hommes ne doutent de rien; ils avouent leurs erreurs et sont toujours prêts à les réparer. « Nous referons la façade; » ce mot, paisiblement exprimé, serait digne d’être consigné par les Plutarques du Nouveau Monde, — il a son héroïsme.

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Du Capitole, je me dirigeai par l’avenue de l'Est à Lincoln square, qui a l’exquise beauté verdoyante de tous les jardins de cette ville heureuse; au retour, je traversai Garfield Park et les ravissantes pelouses quienveloppent le Snithsonian Museum. Sur tout mon parcours, parmi la population bourgeoise de le ville, les nègres principalement m’amusèrent à regarder ; j'en rencontrai de toute uature, depuis le milicien noir, sanglé dans son uni-

W4äSHINGTON. — Vue d'ensemble du Capitole,

forme, le cigare aux lèvres, plus fier qu’un horse-guard paradant à Windsor, jusqu’au nègre ouvrier, à

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mine réjouie, qui exerce toutes les professions, dont entre autres la plus curieuse comme contraste est celle de blanchisseur de plafonds, qui laisse sur le masque ténébreux des travailleurs les mouchetures de chaux les plus comiques.

Du côté de Marine barracks, assez près de l’Anacostia River, j'assistai même à une danse de nègres de la Floride; ils étaient trois : l’un jouait du banjo, le second dansait une sorte de gigue épileptique d’un rythme bizarre et effréné, et la troisième, car c'était une femme, une grosse négresse aux appas formidables et tombants, se pâmait de plaisir sur un banc rustique, poussant des cris farouches, des encouragements en fausset d’une irrésistible drôlerie.

Avant de rentrer à l’Arling‘on pour l’heure du lunch, je vis un de ces noirs assis au Coin d’un square qui me contemplait avec un œil chargé de bienveillance soulignée d’un affectueux sourire. Je lui demandai mon chemin, simple prétexte pour connaître la source de cette très K 4 sympathique mimique. Oh! surprise! De cette bonne bille noire un flot de mots style bamboula fit irruption : (

— Vous Français, moi content, très content!

— Mais d’où viens-tu ?

— Moi né en Haïti, ma patrie; connais France, longtemps 0 Un blanchisseur de plafonds. habité en Bayonne; vais conduire vons.….

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Et il me précéda en sautillant comme un coureur égyptien.

J’eus toutes les peines du monde à me défaire de cette sombre sympathie. Je donnai à ce compatriote de Salomon et d'Hippolyte suffisamment de pièces blanches pour se gorger de gin et de wisky en souvenir du Français de passage.

Le soir, un ami vint me prendre en phaëton et rapidement me fit défiler devant le Ministère des finances, magnifique monument de style ionique, bâti sur le modèle du temple de Minerve à Athènes, puis devant le Ministère de la guerre, formidable de proportions, avec ses trois ou quatre étages de colonnades de marbre et dont peu d’édifices européens pourraient fournir nn point de comparaison, On me cita son prix de bâtisse : 60 millions de francs. Au passage j’admirai le Palais des brevets, celui de l'Agriculture, \'Hôtel des postes, la Fabrique des billets de banque, le bâtiment des Pensions; puis,

d'un trot rapide, nous gravimes jusqu’au pied du Monument de

Washington, sorte d’obélisque ou

Gigue des nègres de Floride.

d’aiguille démesurée, construit tout en b'ocs de marbre et qui fut inauguré en 1885, le jour anniversaire

de la naissance du célèbre héros de l'indépendance des États-Unis. C’est le « clou » de la ville.

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WASHINGTON. — Ministère de la Marine et de la Guerre,

L’élévation de cette folle construction qui domine la campagne est de 200 mètres environ; On y accède par nn ascenseur à entrée souterraine qui vous mène sur le top ou sommet en quelques minutes.

C’est la plus hante construction, s’empressa-t-on de medire, après la tour Eiffel ; mais je ne me souciais point d’aller contempler de là-haut le panorama de la

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Colombia, et je préférai traverser le Potomac pour me rendre en Virginie, au fameux Cimetivre national, près de l’Arlington House, une des plus belles et des plus agréables promenades des environs. Nous passûmes la Rock-Creek, Georgetown, plutôt un faubourg pittoresque de Washington qu’une ville séparée, et après quelques détours en Virginie, sur Potomac, mon aimable conducteur me promena dans le merveilleux pulture à plus de 4,000 soldats tués pendant les plus récentes guerres de sécession. C’est un Paradou plutôt qu’un cimetière que ce parc vallonné où jouent des écureuils, où chantent des milliers d'oiseaux dans les branchages d'arbres géants. De larges voies carrossables y sont tracées au milieu des pelouses, et rien autre ne révèle l’idée de la mort que de légères petites ve Mt: « CU. ss pierres blanches qui émer- | gent du gazon. Pas d’importants mausolées, point de ces chapelles funèbres au style néo-gothique qui encombrent nos mornes nécropoles, une manière de grand jardin

la rive opposée du pare qui sert de sé-

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WASHINGTON.— Smithsonian Insiitute.

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Au cimetière d'Arlington,

royal an sommet d’une colline d’où la vae s'étend au loin sur la ville. Tous les officiers supérieurs des anciennes guerres ont droit d’inhumation dans ce terrestre paradis des derniers sommeils ; ils y ont leur clos réservé, tandis que les simples soldats forment d’autre part certains carrés particuliers où les pierres blanches se multiplient sans trop se rapprocher, C’est, du reste, une remarque intéressante à faire dans tous les cimetières américains que cette vaste étendue réservée aux dépouilles mortelles ; les morts ne sont point serrés davantage sous la terre que sur la terre. Dans tous les champs de repos que je visitai, je fus frappé de la beauté des sites, de la poésie des bocages, du grand aspect des parcs où sont hospitalisés les cadavres. Le culte des morts semble comporter moins d’ostenta-

tion que chez nous, où les cimetières sont d’affreux bazars de couronnes et d’architectures prétentienses, surchargées d’épitaphes.

À New-York, à Philadelphie, à Washington, les provisoires vallées de Josaphat ont une ampleur, une frondaison solennelle que ne déparent point des monuments excessifs de pierre ou de marbre. De légères dalles on mieux encore des bornes simplettes posées sur le gazon, ainsi que font les Turcs, rien qui déforme ou obstrue la vue du paysage conservé intact avec ses ruisseaux, ses bassins, ses

s'étend au loin anciennes guerres aradis des der- , tandis que les 1s carrés partilient sans trop que intéressante que cette vaste ; les morts ne ue sur la terre.

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ses bassins, ses

cascades, ses pentes naturelles, ses gazonnements anglais. La presque anonyme,

Mon hôte prit le soin de me faire revenir à Washington par le campement des soldats sur la côte virginienne.

Je pus m’extasier à lotsir sur le confortable des hommes

et de leurs chefs, logés en des maisons de plaisance qu’envieraient nos plus fashionables Parisiens. Rien ne manque aux milices postées sur les hauteurs qui dominent la cité gouvernementale, les pares de récréation, les pistes pour les chevaux, les halls de jeux, tout cela tenn luisant, propre comme des joujoux neufs. Je vis passer un escadron de cavaliers nègres superbement soudés à leur monture. Ce sont, paraît-il, les centaures des États-Unis ; il n'existe, dit-on, aucun corps de cavalerie qui vaille le leur,

Je négligeai d'aller en pèlerinage à Mount- Vernon, l’illustre maison où vécut Washington et où il fut inhumé. L’excursion est un peu longue, 15 milles en voiture, réclamant une journée supplémentaire. Je devais, du reste, revoir à l'Exposition

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Officiers supérieurs.

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Mount-Vernon,

de Chicago la reproduction exacte, y compris le muste intérieur, de ia maison familiale du véritable dieu des Américuins, qu'on retrouve en tout et partout.

Rentré le soir à Washington, je visitai les principaux clubs, tous supérieurement installés:

Je n’eus aucune curiosité pour les théâtres, pen nombreux en cette délicieuse ville qui ne semble pas s'être organisée pour les plaisirs du soir. Un orchestre faisait rage dans mon hôtel lorsque je rentrai vers minuit pour disposer mon départ du lendemain.

Toutefois, Washington me laissait un des plus gracieux souvenirs emportés d'Amérique; sa vie calme et cependant aucunement provinciale, son aspect altier et heureux à la

fois, sa physionomie d’opulence sans morgue et de joie sans ostentation, ses jardins merveilleusement

fleuris en font pour ainsi dire une Arcadie bienfaisante où il frit bon venir respirer, flâner et rêver après un séjour plus ou moins prolongé dans les grandes villes de l'Est on de l'Ouest. Ni affaires, ni plaisirs bruyants, mais ur.e société polie et charmante : une vraie ville pour philosopher.

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