‹ Vingt jours dans le nouveau monde [microforme]Chapitre 47 sur 95 · NS · texte numérisé non relu

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grande variété qu’il faut quelque temps pour arriver à les connaître et à en classer les saveurs sur ses muqueuses ; les huîtres apprêtées de vingt manières,

Madère, le Golden buck, le Oat meal et toute la série \e

les bananes frites ou pochées an vin de inoubliable des cakes, pies et puddings valent bien, à mon sens, les banals et fades services des tables d’hôte européennes où le poulet rôti nous poursuit d'étapes en étapes avec une obstination qu’on n’oserait sonpconner jamais chez ce volatile à l’état vivant.

Les premiers hôtels de Chicago, ceux du centre de la Michigan Avenue, espéraient, à la veille de l'inauguration de la World’s fair, pouvoir métamorphoser leurs prix, et déjà ils avaient transformé l'American plan, qui fixe à 5 ou ? dollars par jour le prix du loyer et de la nourriture ad libitum, en European plan, c’est-à-dire au logis payé à part avec nourriture à la carte. Ils ont rabattu de leurs prétentions, car il y eut disproportion entre le nombre des visiteurs et celui des hôteliers.

Tous ces hôtels avec leurs vastes salles de lecture, leurs énormes péristyles, leurs lavatories,

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A CHIcAGo.— La « revue des semelles ».

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leurs bars, leurs marchands de journaux et de cigares sont assez stupéfiants pour nn Européen. Le dimanche, la vie s'arrête un peu partont, et lorsque l’on défile devant les larges baies des “mokings Rooms de ces caravansérails, on ne voit que des chaussures alignées aux fenctres; on passe

une revue de semelles, comme disait déjà Victor Hugo, parlant de l’Amérique. Tous les gentlemen inoccupés sont en rangs d'oignons sur leurs Rocking chairs et se balancent, en lisant, à l’intérieur des æuidows, les pieds sur le rebord de la croisée ; c'est le repos du dimanche et les promeneurs ne voient que des pieds aux fenêtres.

Aussitôt après l’ouverture de l'Exposition, qui avait attiré tout un monde officiel diplomatique et commercial, les hôtels peu à peu se sont vidés, et la métropole de l'Illinois a repris son allure ordi-

naire, comme si l'Exposition n'était qu’nn rêve; le monvement de la ville ne s’est accéléré en aucune manière ; le soir, aux heures tardives, dans les rues désertes, on ne rencontre que de rares fêtards

Chicago River.

indigènes venant d'explorer tous les bouges et maisons de plaisir qui pullulent en certains quartiers, et

dont on ne connaît pas encore le Parent-Duchitelet,

Un chapitre spécial pourrait être consacré aux Cythères de Chicago; il ne serait pas édifiant. Il

y a surtont des Bains turcs et des Europeans hôtels qui ne font guère honneur à la Turquie ni à l'Europe. — Passons. Mais si parfois on vons vante avec excès la pureté incomparable, la chasteté des mœurs américaines, par un sentiment d’hypocrisie qui est de mise outre-Océan, ne craignez pas de pénétrer.

Il y a moins de désordres publics peut-être, mais la débauche clandestine est pire que chez nous.

Quartiers excentriques sud et nord. — Il est, au sud de Chicago, un quartier très intéressant à visiter pour les observateurs, c’est le pays des juifs, où s’agite une population de Russes, de Hongrois, de Roumains, dans une portion de la ville à peine ébauchée et remplie de détritus, de terrains défoncés, de baraques en bois qui évoquent notre ancieune cité des Chiffonniers : — c’est la lèpre de la masure et la misère du ghetto ; cela rappelle l'aspect crasseux, lamentable, de certaines villes du Danube entrevues pendant l'arrêt du steamer sur la côte serbe. Ici tout est sémite : enseignes, visages, journaux et affiches de théâtre imprimées en caractères hébraïques. Dans les restaurants, on mange koskir, et c’est bien l'envers de Chicago que ce coin affreux, c’est bien la coulisse de cet énorme théâtre, la coulisse où s’habillent les gucux qui vont peu à peu et tour à tour entrer en scène sous des costumes de brasseurs d’affaires, d'entrepreneurs marchant à la conquête hâtive du dollar.

Chicago forme un monde inexprimable en quelques pages de récit écrit. Tout y est intéressant pour le flâneur ami du pittoresque, de l'original et du surhumain : — le peuple, la réclame, le journalisme, les petits métiers, la vie des hôtels, les restaurants, les barbiers, la population nègre dans ses diverses professions, la prostitution, la bourgeoisie, la société élégante, tout demanderait un examen impossible à entreprendre dans cette course sommaire de narrateur dévorant la narration en bicyclistyle.

la Turquie ni à able, la chasteté -ne craignez pas

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Du sud de la ville, si, par une brusque envolée, nous passons au nord, le changement est total. La vie de Chicago, côté du nord, avec les jolies résidences du verdoyant Lincoln Park, offrira toujours aux étrangers plns d’attraits que ces nouvelles créations du sud où l’on est en exil des plaisirs,

de la lumière, de la propreté même que l’on rencontre à la

hauteur de Congrès Corner, d’Adams, de Monroe ou de Washington strects.

Du côté de Lincoln Park, un nouveau Chicago apparaît, campé sur les bords du Michigan, tel Richemond sur la Tamise. Ici, c’est l'élégance, la quiétude opulente, le luxe discret, le bonheur domestiqne à demi enfoui sous la verdure, qui se font enfin jour. — Le bruit,

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CHICAGO, — Haym-rket square et Police monument.

la poussière, l’affrense activité des grandes voies centrales ont cessé ; il règne une bienfaisante reprise de possession de la nature. C’est l'aristocratie de la ville qui semble avoir adopté ce quartier adorable, envahi par les gazons, les arbres et les jolies maisonnettes d’une architecture souriante. Le style mammouth des édifices a respecté cette place, et l’on n'y voit que des gentlemen anssi corrects que ceux de Rotten Row à Hyde Park, des Yankees select, soit conduisant un vigoureux trotteur attelé à un buggy délicat, soit ambulant paisiblement sur les bords du lac, très séduisant à voir en cet endroit, car rien ne vient souiller ses rives.

Mn ami, confrère et compagnon de route Marcel Monnier, l'excellent correspondant de notre grand journal du soir, a tracé, dans le Temps, un léger, exact et délicieux croquis de cette oasis inattendue dans le simoun de Chicago. Donnons-lui audience un instant : ‘

« Nous voici dans le quartier nord, au milieu des villas de Lincoln Park. Le grondement d'usine à cessé, Maintenant c’est la paix, le calme des existences abritées dans ces habitations de styles mélés où fraternisent le classique et le rococo, le granit et la brique, le fer et le stuc. Sur la chaussée qui borde le lac, des cavaliers, des équipages, des landaus cossns voiturant des vieillards au teint blème , à barbiche blanche, d'imposantes mamans, des wisses rieuses. Le clubman, en tenue irréprochable, promène une jeune fille, parfois deux, et, des jupes étalées, du bouillonnement des étoffes savamment chiffonnées par la bonne faiseuse, seul le buste du conducteur émerge, les bras tendus, les mains crispées sur la poignée des rênes.

« Cependant, dans le va-et-vient de cette aristocratie nouvelle, l'observateur pourra reconnaître encore, de-ci de-là, les origines, le trait distinctif aperçu, une heure auparavant, sur un visage de pauvre, dans

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le populeux et poudreux quartier des juifs, au saut de la bicoque en planches de l'immigrant récemment arrivé d'Irlande on de Scandinavie, La sélection s’est opérée. La ville, laboratoire géant où la flamme est activement poussée jour et nuit, a vola-

tilisé les particules inutiles, rejeté les éléments impurs. Il ne reste au fond du creuset que la parcelle d’or.

€ es heures passent, le soleil décline, très rouge. Dans la tombée du jour le lac s’anime : une fraicheur glisse, brise de terre gonflant les voiles des clippers et des goélettes qui appareillent au delà du môle. De grands steamers à quatre mâts, jaugeant plusieurs milliers de tonneaux, des paquebots à deux étages, chargés de passagers, prennent le large ; et l’on éprouve une impression singulière en présence de ce monvement maritime au cœur d’un continent, de ce Havre à quatre cents lieues des mers. »

Les )laisirs du soir à Chicago. — Les amusements, le soir, ne chôment pas, et Chicago compte infiniment plus de théâtres que Paris,

A CHiCAGo9, — Résidences de Lincoln Park.

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avec des troupes qui s’y renonvellent sans cesse. Les principaux étaient au moment de mon passage : l’Auditorium, où l'on représentait un ballet à grand spectacle, admirablement mis en scène, sous i. titre imerica. La salle de lAu-

ditorium, bâtie dans l'hôtel de ce nom, est, comme construction, très hardie et éminemment pratique, La scène est machinée pour d’extraordinaires fécries, et je dois dire, en vérité, que America est une exhibition assez naïve comme sujet, mais réellement de beaucoup de goût comme coloration de costumes et de ballets. Le Schiller Theatre, où l'on venait de donner Diplomacy, pièce-vaudeville avec chansons; le Chicago, opéra house, qui fournit aux succès d’un opéra-comique nouveau, the Fancing master (le professeur d'escrime); Île Grand Opéra house, qui joua sans trêve Peaceful valley; le Vicker’s Theatre, dont le Black crook obtint, grâce à un quaurille français avec danse « fin de siècle », disait l'affiche, une vogne assez durable.

A l’Alhambra on donnait Arcadia; à Haulins Theatre : Spider and fly; à Clark street : Tony

CuicaAGo.— L'Auditorium.

s qui s’y renone. Les principaux ent de mon pasum, où l’on repréà grand spectacle, nis en scène, SOUS La salle de l’Awe nom, est, comme minemment pra- > pour d’extraorérité, que America mme sujet, mais mme coloration de r Theatre, où l’on e-vaudeville avec e, qui fournit aux ; le Grand Opéra , obtint, grâce à un le.

ark street : Tony

pastor; au Trocadéro, on variait chaque soir; au Colombia Theatre, l'excellente troupe de Daniel Froliman, du Lyceum de New-York, venait d'achever les représentations d’American Abroad de Victorien Sardou, pièce exclusive pour l'Amérique et qui me sembla jouée dans la perfection par des acteurs dignes de notre vaudeville moderne,

J'ai pris plaisir à aller voir à Hooley’s Theatre la Cléopâtre de Sardou, interprétée par l'illustre Fanny Davenport, que les Américains essayent d’opposer à notre immarcessible Sarah.

J'avoue avoir été quelque peu désappointé; Fanny Davenport est une jolie femme déjà mûre, rose, grassouillette, très an point et qui rappelle an pen, avec plns de famme, M'° Aciana, du théâtre de Cluny. Lui voir jouer Cléopâtre est un plaisir médiocre; par son type, cette actrice, fameuse dans les deux Amérianes, s'éloigne autant de l'aspect tragique de la reine égyptienne qu’un bébé Jumeau de l’Ardromède de Gustave Moreau.

Plus je regardais à Chicago les représentations diverses de la scène, plus je m’étounais du manque de fémi-

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