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Chicago, le soir,
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nité, de grâce, de souplesse des actrices les plus réputées. Je ne voudrais point blesser les charmantes actrices de ce pays, mais je dois constater que la femme américaine a contracté dans la vie des allures masculines qui ciennent à ses façons indépendantes et à l’absolutisme de ses volontés. Au théâtre, ces allures s’exagèrent à nos yeux, et nous nous apercevons que ces jolies filles ne savent ni marcher, ni s'asseoir, ni s'étendre, ni s’alanguir avec ces morbidesses, ces langueurs, ces chatteries, ces lassitudes si charmantes chez nos Françaises. Ici elles déambulent tout d’un bloc comme des hommes déguisés, elles s'étendent rudement, elles n’ont ni enlacement, ni frisson de peau, ni enveloppement féminin. M'e Davenport a tous ces défants, mais, même dans la diction, je ne lui reconnais guère de qualités qui les rachètent.
La meilleure soirée qui m'ait été donnée à Chicago est celle des Winstrels. On connaît pen où pron chez nons ces faux nègres rangés en rangs nombreux, par demi-cercle, autour d’un Znterlocuteur, généralement chef de la bande. Aux deux extrémités se voient deux comiques qui font face au publie, et de tontes ces figures noires, silencieuses, aux lèvres saignantes de carmin, aux dents éclatantes, jaillissent des regards étrangement avivés, des regards d’une mobilité extrême qui déjà provoquent une hilarité tonte spéciale chez le spectateur. Les scènes qu'ils jouent, chantent, dansent ou acrobatisent sont inexprimables et d’une drôlerie qui ne lasse pas.
Je ne puis m'’étendre sur les extraordinaires pitreries des excellents minstrels en représentation à Adams street, mais tous ceux qui, soit à Londres, soit à Jersey, soit en Australie, ont fréquenté ces délicieux acteurs encharbonnés, comprendront de quelles notes d’inattendue et violente gaieté ils peuvent secouer les amoureux des vieux styles comiques d’où ni l'esprit, ni la finesse, ni la mesure ne sont exclus.
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On voit, du reste, que le Chicago du soir possède de nombreuses attractions. Il y en a d'autres encore sur lesquelles je ne saurais insister, mais qui sont non moins phénoménales que les buildings à vingt-deux étages, L'illustre Bérenger, notre grand moraliste, pourrait ici, comme le papa Piter de l'optrette d'Offenbach, faire rétamer ses foudres vengeresses ; il aurait toutes les occasions possibles de les agiter,
Les Français à Chicago. — J'ai rencontré quelques Français à Chicago, et j'éprouve le besoin de les physiologier légèrement au passage.
Sur une population de 1,300,000 habitants, Chicago compte, dans son afllux d'étrangers : 400,000 Allemands, 230,000 Irlandais, 60,000 Bohèmes, 54,000 Russes, 50,000 Suédois, 45,000 Norvégiens, 35,000 Anglais et 12,000 Français et n Canadiens. | JS é lens
Avec l'Exposition, le chiffre de nos nationaux, j | réels on de descendance, sur les bords du Michigan, peut être porté à 13,000 environ; on rencontre donc, assez fréquemment en se promenant ou flänant, quelques types expressifs de nos provinces dont la physiologie est plaisante à fixer. e
Au milieu de la vie agitée et silencieuse de la CBicaGo, — Monument du général Grant.
grande ville de l’Illinois, le Français se reconnaît aussitôt à son allure un peu abandonnée, à sa démarche plus moelleuse que celle des Anglo-Saxons, à l'expression plus hirsute de sa chevelure et de sa barbe, et surtout à son impatience de ne pouvoir fumer en tout endroit public la blanche petite cigarette qu’il roule fébrilement entre le pouce et l’index.
Dans les cars à câble électrique, parmi les banquettes des longs compartiments des elevateds, aux offices et restaurants d’hôtel, sur le trottoir des avenues, le Français provoque aussitôt l'attention par sa fougue oratoire, son geste démonstratif qui souligne le dire, son rire cascedant et aussi par l’avide recherche de son regard pour tout ce qui peat éveiller l’idée d’un plaisir, d’une curiosité, d’une sensation imprévue. Tranchant sur ie mutisme complet des Américains, qui ne se livrent que dans le kome, le Français sans gêne se montre partout chez lui.
Vis-à-vis des femmes, alors que l’Américain n’exprime que son flegme coutumier, le Français s’électrise, s’allume, se contorsionne, se retourne, sourit, implore de l’œil avec une galanterie évidemment dépaysée qui reste le plus souvent incomprise par ces belles garconnières, dont la liberté publique ou privée ne conuaît que l'intérêt comme borne d'horizon et dont le sens pratique repousse froidement l'arsenal romantique du sentiment.
Sur la terre américaine, quelle qu’y soit la durée de son séjour, on sent que le Français s’assimile plutôt qu’il ne s’acclimate ; il est imperméable à l’esprit yankee, alors même qu'il adopte les usages et la discipline forcée de l’existence sociale à laquelle il participe. C’est à peine s’il parle l’anglais, en dehors du langage courant et du style oral indispensable. Avec un but plus ou moins précis à atteindre, il fait courageusement son temps dans le Nouveau Monde ; mais la terre promise, l’Eden rêvé pour ses derniers
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jours, c’est la France, la chère France accueillante, au terroir aimable, à la vie facile, où le dollar ae vaut plus qu’un franc, où l’homme pèse par son mérite tout autant que par sa fortune.
Il sourit à la pensée du retour auprès de ses vieux dieux Lares qu’il couve d’un amour assionné, attendri, patient et aveugle même, car son désir de partir crée chez lui une sorte de fakirisme à objectif spécial qui trop souvent l'empêche de voir avec sagacité, de comparer avec justice, de juger sans parti pris. Cette manière de cordon ombilical qui attache chaque Français par delà l'Océan à la mère patrie, et que l’éloignement ne parvient ni à rompre ni à dessécher, a été naguère notre force de canalisation dans l'importation de nos traditions sur tant de points de ce territoire des États-Unis; on peut craindre aujourd'hui que cet attachement excessif à notre pays ne soit notre faiblesse, avec les conditions nouvelles des groupements sociaux et l’égoïsme individuel imposé à tous les migrateurs volontaires.
À Chicago, sauf avec ses compatriotes, le Français a des mines d’exilé ; son esprit frondeur le rend intolérant pour tous les barbarismes de ce monde encore primitif, mais soyez sûr que, rendu à ses pénates, à ses administrations taquinières et lentes, au mandarinisme de ses institutions, il protestera alors de nouveau en invoquant les libertés publiques, l’aisance pratique, la simplification ingénieuse des organisations du Nouveau Monde. Le Français, ici comme partout, donne l’mpression d’un colporteur d'idées, d'esprit, de gaieté, de courtoisies et de galanteries innées. Il ne laisse point de doute sur la colonisation trop souvent anonyme et démarquée de son génie national, mais il indique non moins clairement que son attachement à la métropole l'empêche encore d’être un colon sérieax et sincère, nn colon penché sur sa nouvelle famille, enraciné à un sol à féconder, un colon sans espoir, désir, ni volonté de retour. Cela est touchant et navrant à la fois.