‹ Vingt jours dans le nouveau monde [microforme]Chapitre 49 sur 95 · UNE VISITE MATINALE AUX YARDS D’ARMOUR AND C · texte numérisé non relu

UNE VISITE MATINALE AUX YARDS D’ARMOUR AND C

Croquis à la sanguine.

- Êtes-vous allé chez Armour? me demandait-on sans cesse dans la métropole de l'Illinois.

—. Non, cela ne m’excite que médiocrement.

— Allez-y, je vons assure; venir à Chicago et ne pas visiter Armour, c’est, comme disent les Anglais, voir la pièce sans Hamlet!

Las de m’entendre répéter cette invitation à la boucherie, je me décidai à filer vers les « yards ».

Je me rendis donc par le railroad du Lake shore, tout là-bas, vers l'Ouest, à ces Union Stocks Yards où se déconvre la plns grande industrie de Chicago, celle des bestianx qui, dans un vaste enclos ayant quatre fois plus d'étendue que notre Champ de Mars, sont parqués au nombre de vingt-cinq à trente mille environ. |

A l’arrivée au milieu de cette plaine immense, parmi une armée de cavaliers, fermiers et cow-boys montés sur des chevaux superbes, d’une fringance égale à celle des coursiers de Buffalo-Bill, je me sentis comme naviguant sur un océan de bétail. A l'infini, tout à l’entour, sous le soleil du matin, des dos de moutons ou de pores ondulaient, à peine endigués par de légères balustrades ; par places, le fauve pelage des bœufs émergeants apparaissait comme de longs rochers vivants, et de cette marée animale, embrumée de poussière, sortaient des rauquements, des bêlements, des mugissements de détresse,

ainsi que d’une foire colossale et apocalyptique.

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Avec l'esprit statistique cher aux Américains, on me montra la longueur kilométrique des rues pavées en bois ; on me parla de 20,000 auges à boire, de 50,000 auges à nourrir, de six puits artésiens fournissant l’eau et de 24,000 employés pour toute la surface de ces yards.

Puis, dans une poussière noire, au travers de rails encombrés de lccomotives, de voitures d’approvisionnement, de carrioles de visiteurs, de courses de chevaux lancés au galop, par groupes de six à huit, avec un seul cavalier au centre, je fus conduit devant d'immenses et vilaines bâtisses grises et rouges, d'aspect sinistre, où l’on me confia à un boy pour la visite de ces fameuses entreprises qui font d’un L euf ou d’un cochon vivant une certaine quantité de viande aussitôt salée ct empaquetée pour la consommation quotit enne de l’univers.

Aux UNION STOocks YARDS.— Les cow-boys.

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