MERS CU
CAMBRIDGE. — L'Université John Harward.
De Dock Square comme centre, je pus, sans allonger outre mesure les rayons, voir, en remontant à droite, le grand marché de Quiney, bâti en granit et hant de deux étages, et, du même côté, mais un peu plus bas, l'hôtel des Douanes, en granit également, qui affecte la forme d’une croix grecque, et est orné d’un portique à ses deux façades. En continuant à se diriger vers le sud, par State street, on rencontre la Bourse des marchands, non loin de la Chambre du commerce et avant la vieille State Ilouse, historiquement célèbre, dans les étages supérieurs de laquelle on à installé un musée de reliques patriotiques. Plus loin encore, en m’engageant dans Washington street et en tournant à gauche dans School street, j'arrivai devant City Hall, édifice imposant par sa masse, d’un style italien bizarre, surmonté d’un grand dôme à pans coupés, et aux portes duquel deux statues de bronze représentant Franklin et Quincy montent une garde jamais relevée, -
On m'indiqua, non loin de là, King’s C'hapel, qui date de 1:54, et qui touche au plus ancien cimetière de Boston, où sont enterrés Isaac Johnson, « le père de Boston », John Cotton et d’autres vieilles illustrations locales. Je leur envoyai mes respects et leur tournai le dos, car il me semblait que je venais de pousser une pointe un peu lointaine.
Je n’avais encore vu qu'une partie de Boston, mais déjà j'étais conquis, pénétré, charmé par la beauté paisible, la distinction, l'harmonie architecturale de cette adorable ville, Ah! les vertes et plaisantes avenues, les ravissants squares! Toutes les jolies maisons de briques rouges m’apparaissaient tapissées de plantes grimpantes qui serpentaient jusque sur les toits et partout un air de calme bonheur, de repos sans sommeil, d’agitation mesurée comme en quelque Rotterdam aux jours de printemps.
Des rues bien pavées, des pares largement irrigués de ruisseaux, égayés de pièces d’eau, des
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bâtisses d'un style néo-roman d'une élévation moyenne, pen de boutiques, une vraie cité d'aristocratie intellectuelle où il ferait bon vivre quelque temps et qui me rappelait comme air ambiant cet inoubliable Oxford, que j'évoquai déjà tant de fois au cours de ce voyage.
Partout des tramways électriques filant sans trêve, se croisant, se suivant dans un mouvement Curieux. Boston est ln ville type, la cité modèle des cars électriques ; nulle part en Amérique le car n'a atteint comme ici un tel degré de perfection,
J'essayai de remonter vers mon centre par un autre chemin, et je pris Mike street, qui débouche dans Washington, et dont un coin est occupé par O4 South Church, tour à tour église, lieu de réunions politiques, école anglaise de cavalerie, bureau de poste, et enfin salle de conférences et musée historique ouvert à tous,
moyennant cinq sous. Je n’avais pas pénétré bien avant dans la rue, lorsque je rencontrai un édifice en granit,
BosTON. — Car électrique sur une avenue,
tout neuf, et chargé d’ornements comme un âne de reliques. On y a inutallé les Postes et la Trésorerie. On s'accorde généralement à déclarer que c’est le plus beau morceau d'architecture dont puisse se glorifier la Nouvelle-Angleterre. Vous pensez bien que ce n’est pas peu dire. Je crois, pour mon compte, que c’en est le plus cruellement « ouvragé ».
C’est dans cette partie de la ville, en s'étendant, vers le sud, que le terrible incendie de 1872 exerça ses ravages. On en a profité pour y reconstruire à grands frais une foule de banques, d'ofices d'assurances et de maisons de commerce, ix the most approred style. Le spécimen que j'en avais devant moi, en face de l'hôtel des Postes, et qui est le siège de l’Æguitable Life Assurance Company, me frappa d'une admiration respectueuse et craintive, sentiment dans lequel je détournai modestement la tête chaque fois que je passai auprès d’un de ses congénères en m'en allant déjeuner.
Comme j'allais regagner la porte principale de Vendôme Hôtel, un gentleman en lunettes m'arrêta et, m'interpellant par mes nom et prénoms, me demanda s’il ne faisait pas erreur en croyant me reconnaître d'après un portrait de moi, naguère gravé par un de mes éditeurs.
Il se nomma lui-même : c'était un collègue bibliophile, homme de grand savoir avec lequel j'avais pris le plaisir de correspondre depuis longtemps déjà. La reconnaissance fut cordiale et chaude, et comme tout bon Américain, mon ex-correspondant tint à honneur de ne pas me laisser déjeuner seul, Nous nous essayâmes à parler mutuellement, lui le français, moi l'anglais ; j'avais l'avantage, paraitil, car il déclara ne plus vouloir parler d'autre langage que celui de Pope et de Sterne. Cruel avantage, car je suivais d’une attention boiteuse son impétueux dialecte, la compréhension essoufflée et meurtrie devant une telle besogne à déblayer aussitôt.
Ce fut à l'University Club, sur la rivière Charles où m'avait amené mon nouvel ami, que nous déjeunûmes, — après quoi je montai dans un buggy qui attendait à la porte du elub et que conduisit mon hôte en se dirigeant vers le Common, beau et vaste parc, planté d’arbres superbes, au milieu même de Boston. Sans parler du Frog Pond, bien connu des Américanistes, sur l'emplacement duquel on a établi une
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pièce d'eau avec fontaine jaillissante, le parc contient deux autres fontaines monumentales, dont l'une, Brewer Fountain, est en bronze et
a été fondne à Paris, [ n'y a rien à en dire : Roses l'arrangement en est décoratif et l'exécuion d'une honorable médiocrité, Quant à is Min var l'autre, Cogsewell Fountain, c'est un chefd'œuvre national d'art quelconque, Les naturels eux-mêmes en conviennent, Mais la chose à voir dans Common, c'est le Soldiers and Suilors” lonument, qui s'élève de 90 pieds au sommet d’une éminence appelte Flagstaff Hill. Il se compose de quatre statues plus grandes que nature, symbolisant l’armée et la flotte, à la base, et d’une statue colossale de l'Amérique debout sur une moitié de sphère et gardée par quatre grands aigles aux ailes éployées. L'effet en est vraiment imposant,
De l’autre côté de Charles street, le parc se continue, où plutôt un autre parc commence, C’est le Public (rarden, de
création beaucoup plus récente. J'y vis une statue équestre de
Harrison Avenue.
Washington, an monument au colonel Cass, qui s’illustra pendant ia guerre de Sécession; deux ou trois autres statues en bronze ou en marbre de Yankces célèbres chez leurs compatriotes, — je ne prétends pas qu’ils ne mériteraient pas de l'être ailleurs, mais nous sommes si ignorants ici que leurs noms ne rappelleraient rien, — une Vénus surgissant de la mer, du sculpteur américain Thomas Ball, et, sans doute comme pendant, un monument très compliqué et savamment € élaboré », en l'honneur de la déconverte des propriétés anesthésiques de l’éther! L’amonr et la vie sortant des flots, l’éther anéantissant la douleur, ce rapprochement du mythe antique et de la réalité moderne me paraît fortement suggestif. Il est telle statue d’électricien à Paris qui est encore plus bizarre.
Mais je n’ai point de temps à donner aux rêves. Je suis ici pour explorer ct visiter, Visitons !
Mon ami venait justement de me quitter, me doununt rendez-vous poar diner, à Newbury street au S' Botolph Club, qui est avec le Taverne Club an des plus littéraires et des plus artistiques de la ville.
Le premier édifice devant lequel je m’arrêtai dans ma pre nenade à la découverte, autour de Common, nous paya d’une ascension assez fatigante le long des rues qui montent au sommet de Beacon Lil. Boston, en effet, est bâti sur trois collines, comme l’indique le nom que lui avaient donné les premiers colons, Trimountain, où Tremont, et qu’une de ses rnes conserve encore aujourd’hui. Cet édifice, orné sur sa façade d’une belle colonnade et surmonté d’un dôme doré, ni plus ni moins que nos Invalides, est la State House, le palais où s’assemble la représentation de l'État de Massachusetts. La première salle est décorée de drapeaux et contient plusieurs bustes et statues ; une autre, qu’on appelle, en raison de sa forme, lu Rotunda, est consacrée au grand héros de l'indépendance : on y voit sa statue par Chantrey, des reproductions des tombes de la famille Washington telles qu’elles sont dans le cimetière de Brington, en
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ewbury street 1es de la ville.
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Angleterre, et d’autres souvenirs des temps héroïques, pieusement conservés. On me vantait la vue qu’on
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Tremont street, du côté de Common.
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