‹ Vingt mille lieus sous les mers [microforme]Chapitre 4 sur 63 · CHAPITRE I LE NARWAL · texte numérisé non relu

CHAPITRE I LE NARWAL

LE voyage de l'Abraham Lincoln, pendant quelque temps, ne fut marqué par aucun incident. Le 6 juillet, vers trois heures du soir, la frégate doubla le cap Horn! et bientôt son hélice battit les eaux du Pacifique. Le 20 juil!et, le tropique du Capricorne fut coupé par s 105 degrés de longitude, et Je 27 du même mois, nous franchissions l'équateur sur le cent dixième méridien. Ce relèvement fait,? la frégate prit une direction plus décidée vers l’ouest, s'engagea dans les mers centrales du Pacifique, passa au large® des Pomotou,t des Mar- 10 quises, et, après avoir refait son charbon’ aux iles Sandwich, coupa le tropique du Cancer et se dirigea vers les mers de Chine.

Nous étions enfin sur le théâtre des derniers ébats du monstre! Les cœurs palpitaient effroyablement. 15 L'équipage entier subissait une surexcitation nerveuse, dont je ne saurais donner l’idée. On ne mangeait pas, on ne dormait plus. Vingt fois par jour, nous pensions découvrir ce que nous cherchions, et cela nous causait des émotions qui, vingt fois répétées, nous 20 maintenaient dans un état d’exuitation trop violent Pour ne pas amener une réaction prochaine.

: Et, en effet, la réaction ne tarda pas à se produire. Pendant trois mois, trois mois dont chaque jour durait un siècle! l’Abraham Lincoln sillonna toutes les mers 25 septentrionales du Pacifique, et il ne laissa pas un point

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inexploré des rivages du Japon à la côte américaine, Et rien! rien que l'immensité des flots déserts!

La réaction se fit donc. Le découragement s'emparait des esprits, et ouvrait une brèche à l'incrédulité, quand le cinq novembre, à l'approche de la nuit, la frégate se trouvant alors à deux cents milles environ des côtes du Japon, une voix se fit entendre. C'était la voix de Ned Land, et Ned Land criait :

— Ohé! la chose en question, sous le vent !'

À ce cri, l'équipage entier se précipita vers le harponneur. L'ordre de stopper avait été donné. Ned Land ne s'était pas trompé, et tous, nous aperçümes l'objet qu'il indiquait de la main.

À deux encâblures de l'Abraham Lincoln et de sa hanche de tribord, la mer semblait être illuminée par dessous. Le monstre, immergé à quelques toises de la surface des eaux, projetait un éclat très intense, mais inexplicable. Le co mandant s'approcha Ge moi et me dit:

« Monsieur Aronnax, je ne sais à quel être formidable j'ai affaire, et je ne veux pas risquer imprudemment ma frégate au milieu de cette obscurité. D'ailleurs, comment attaquer l'inconnu, comment s’en défendre? Attendons le jour.

— Vous n'avez plus de doute, commandant, sur la nature de l’animal ?

— Non, monsieur, c'est évidemment un narwal gigantesque, mais aussi un narwal électrique.

— Peut-être, ajoutai-je, ne peut-on pas plus l'approcher qu’un gymnote? ou une torpille ! É

— En effet, répondit le commandant, et s’il possède en lui une puissance foudroyante,® c’est à coup sûr‘

Aria | sabtsmist

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