‹ Vingt mille lieus sous les mers [microforme]Chapitre 9 sur 63 · CHAPITRE IV MOBILIS IN MOBILE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV MOBILIS IN MOBILE

QuAND nous revinmes de notre surprise nous étions seuls. Tout était noir autour de nous, absolument noir, on n'y voyait goutte.?

Une demi-heure s'était déjà écoulée sans que la situation se füt modifiée, quand, d'une extrême obscu- s rité, nos yeux passèrent subitement à la plus violente lumière. Notre prison s'éclaira® soudain, c’est à dire qu’elle s’emplit d'une matière lumineuse tellement vive que je ne pus d’abord en supporter l'éclat. A sa blancheur, à son intensité, je reconnus cet éclairage élec- 10 trique qui produisait autour du bateau sous-marin comme un magnifique phénomène de phosphorescence. Après avoir involontairement fermé les yeux, je les rouvris, et je vis que l'agent lumineux® s’échappait d'un demi-globe dépoli qui s’arrondissait à la partie 15 supérieure de la cabine.

Puis, un bruit de verrous se fit entendre, la porte s’ouvrit, deux hommes parurer

L'un était de petite taille, vigoureusement musclé, large d’épaules, robuste de membres,® la tête forte, la 20 chevelure abondante et noire, la moustache épaisse, le regard vif et pénétrant. Le second mérite une description plus détaillée. Sa taille était haute, son front large, son nez droit, sa bouche nettement dessinée, ses dents magnifiques, ses mains fines et allongées. Cet 25 homme formait certainement le plus admirable type que j’eusse jamais rencontré.

Le plus grand des deux, — évidemment le chef du bord, — nous examina avec une extrême attention, sans prononcer une parole. Puis, se retournant vers son compagnon, il s'entretint avec lui dans une langue que je ne pus reconnaître.

« Que monsieur raconte toujours! notre histoire, me dit Conseil. Ces messieurs en saisiront peut-être quelques mots! »

Je commençai le récit de nos aventures, articulant nettement toutes les syllabes, et sans omettre un seul détail. Je déclinai nos noms et qualités; puis je présentai dans les formes’ le professeur Aronnax, son domestique Conseil, et maître Ned Land, le harponneur.

L'homme aux yeux doux et calmes m'écouta tranquillement, poliment même, et avec une attention remarquable. Mais rien dans sa physionomie n'indiqua qu’il eût compris mon histoire. Quand j'eus fini, il ne prononça pas un seul mot.

Le même récit recommencé en anglais par Ned Land, en allemand par Conseil et repris encore par moi en latin ne réussit pas à tirer des inconnus le moindre signe d'intelligence et ils se retirèrent, sans même nous avoir adressé un de ces gestes rassurants, qui ont cours® dans tous les pays du monde. La porte se referma.

« C'est une infamie! s’écria Ned Land. Comment! On leur parle français, anglais, allemand, latin, à ces coquins-là, et il n'en est pas un qui ait la civilité de répondre !

— Voilà le désagrément de ne pas savoir toutes les langues, répondit Conseil.

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