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DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

Du 7 décembre 1871.

Messieurs,

Nous nous retrouvons, après deux mois et demi de séparation, dans la voie que vous avez, d'accord avec le Gouvernement, ouverte vous-mêmes, y faisant chaque jour de nouveaux pas, et nous avançant ainsi vers le but que nous nous sommes proposé d'atteindre, le rétablissement de la paix au dehors, et au dedans la réorganisation de tous les services bouleversés par la guerre extérieure et par la guerre civile, parla succession, en quelques mois, de plusieurs Gouvernements, par des circonstances', en un mot, dont l'histoire offre peu d'exemples.

Sans doute, si nous comparons les résultats obtenus à nos légitimes désirs, nous pourrons penser que nous sommes loin encore du but vers lequel nous aspirons ; mais nous apprécierions mal la situation à laquelle la Providence nous a permis de parvenir, si, en comparant la fin de cette année avec son commencement, nous ne reconnaissions pas qu'il a été opéré, dans le sens du bien, des changements considérables. (Oui ! oui ! Très-bien !)

Pour apprécier ces changements, il ne faut jamais oublier dans quel état le Gouvernement de l'Empire nous a laissé la France. (C'est cela !) Il ne faut jamais oublier qu'après dix ans de la plus fausse politique, mettant le comble à son aveuglement, ce Gouvernement a provoqué, sans motifs, sans alliés, sans préparation, la guerre la plus imprudente qui fut jamais; qu'à la folie de la résolution il a joint la plus profonde incapacité d'exécution (C'est vrai! c'est vrai!);

qu'il a perdu en deux mois toutes nos armées, livré sans aucun secours Paris à lui-même; que, tombé par ses propres fautes, nous avons vu les embarras d'une révolution se joindre à ceux de la guerre ; que l'esprit révolutionnaire, surexcité par nos revers, a fait naître une insurrection formidable ; qu'après avoir défendu Paris contre les Allemands, il a fallu l'arracher à cette insurrection pourvue de moyens immenses ; que nous avons été réduits, en outre, à conclure une paix sans aucun moyen d'en disputer les conditions, à supporter une écrasante indemnité de guerre, et, sans finances comme sans soldats, à acquitter huit milliards, créer une armée pour que le désordre contenu cessât d'être menaçant, et que l'Europe, qui le désirait, sût bien que la France existait encore. (Très-bien ! très-bien!)

Tel est l'état de cboses auquel il faut comparer l'état présent. Eh bien, messieurs, les termes de cette comparaison mis en présence, nous osons dire devant vous, car ce n'est pas nous louer, c'est vous louer vous qui avez voulu ces résultats, c'est louer le pays qui s'y est prêté, nous osons dire que la somme des maux est singulièrement diminuée. (Assentiment.)

Les relations avec l'Europe sont devenues paisibles et bienveillantes ; les principales difficultés avec la Prusse sont réglées ; il y avait quarante départements occupés, il n'y en a plus que six ; deux milliards de l'indemnité de guerre, sur cinq, sont acquittés ou vont l'être.

Malgré un embarras monétaire passager qui vous sera expliqué tout à l'heure, le crédit du pays se consolide ; les impôts nouveaux rentrent avec facilité, et nous présagent le retour prochain de l'équilibre financier. L'armée, qui a été notre consolation dans nos malheurs, se reconstitue et offre déjà un modèle de tenue, de vigueur, d'esprit militaire. (Vives marques d'adhésion.) L'industrie, occupée à refaire les approvisionnements qui manquaient dans les magasins de l'Europe et de la France, est arrivée au plus haut degré d'activité. L'ordre matériel est assez complètement rétabli, pour que la dissolution et le désarmement des gardes nationales, «accomplis avec la mesurequi convenait, n'aient rencontré aucune résistance. L'ordre inoral si prompt à troubler, si long à rétablir, laisse seul à désirer, surtout dans les départements du Midi, où les passions des partis se ressentent de l'ardeui du climat. D'ailleurs, il manque au repos complet du pays quelque chose qui est présent à tous vos esprits, quelque chose qu'il n'appartient pas au Gouvernement de lui procu rer, qu'il est dans vos pouvoirs, qu'il ne serait peut être pas dans votre sagesse de chercher à lui donner précipitamment, c'est-à-dire un avenir clairement défini . Intel bienfait, il

faut le demander au temps, à Dieu, seul possesseur du temps, à Dieu, seul dispensateur des choses, et s'y préparer par la patience, le sang-froid, la claire intelligence de la société moderne. (Sensation générale et profonde.)

Quant à nous, vos simples délégués, notre unique mais impérieux devoir est de réorganiser le pays, et c'est à cette tâche, déjà bien laborieuse, que nous avons consacré nos veilles et tout notre dévouement. C'est du progrès de cette tâche que nous devons aujourd'hui vous rendre un compte fidèle; mais pour que ce compte soit clair, il faut qu'il soit détaillé ; nous vous demandons en conséquence votre indulgente et patiente attention. (Ecoutez ! écoutez !)

La situation extérieure, comme je viens de vous le dire, est aussi calme que nous pouvions l'espérer, à la suite d'une guerre malheureuse. Notre politique est la paix, la paix sans découragement, comme sans bravade, avec la conviction que la France réorganisée sera toujours nécessaire à l'Europe, et toujours capable d'y remplir ses devoirs envers les autres et envers elle-même. (Très-bien ! très-bien !) Si, contre son gré et contre toute probabilité, de nouveaux événements pouvaient survenir, ces événements ne seraient pas son ouvrage, car elle est décidée à les éviter, loin de chercher à les faire naitre. (Très-bien !)

Elle l'a dit à tous les Gouvernements; elle s'occupe de rétablir ses finances et son armée, sans autre projet que de rester la France, ce qu'elle doit désirer, ce que tout le monde doit désirer comme elle.

Elle veut donc la paix; elle le déclare sur son honneur, et ne faillira point à celte parole solennellement donnée. (Trèsbien ! très-bien !)

Du reste, ses vues sont aujourd'hui celles de tous les Etats. Ceux qui ont pris part à la guerre sont fatigués ; ceux qui n'ont fait qu'y assister en sont effrayés. La guerre se fait aujourd'hui avec de si terribles moyens, que tout honnête homme, prince ou citoyen, doit reculer, à la seule idée d'y exposer l'humanité sans une nécessité absolue. (Vive approbation.) La France, qui aurait le droit d'être mécontente de son sort, voulant la paix, tous les autres Etats la voulant comme elle, il n'y a aucune prévision possible qui puisse faire craindre la guerre.

Cette déclaration faite, permettez-nous d'entrer dans le détail de nos relations avec les diverses puissances de l'Europe qui ont avec nous des affaires à régler.

Lorsque vous nous avez quittés, une convention allait être signée avec l'Allemagne pour l'évacuation de six départements, sur douze qui restaient encore occupés. Quelques

scrupules nés parmi vous sur les conditions de cette convention ont entraîné un nouvel examen des questions soulevées, et la conclusion a été retardée d'un mois entier.

Vous connaissez déjà les bases de cette négociation. Il s'agissait de devancer de neuf à dix mois l'évacuation de six de nos départements.

L'Allemagne y mettait pour condition la certitude du payement intégral des deux premiers milliards de l'indemnité, plus quelques avantages commerciaux en faveur de l'Alsace- Lorraine, avantages stipulés en principe dans le traité de paix de Versailles .

Quant au payement intégral des d^ux premiers milliards, déjà soldés en grande partie, la France en avait les moyens dans l'emprunt souscrit avec tant d'empressement par les capitalistes français et européens.

Mais il s'agissait de payer au dehors, ce qui était difficile, sans faire monter le change, et, par suite, sans faire sortir le numéraire de France. Aussi le Gouvernement de la République hésitait-il devant les engagements qu'on lui demandait, ne voulant pas s'exposer à une crise monétaire que nous avons évitée, mais en nous en approchant de très-près. L'Allemagne nous demandait des effets à six, sept ou huit mois, effets négociables, qu'elle promettait toutefois de ne pas négocier, tant que le Gouvernement resterait dans les mains où il se trouve aujourd'hui. Cette réserve, si flatteuse qu'elle fût, répugnait à notre loyauté, car c'eût été faire à nos successeurs, si la France avait voulu nous en donner, une condition qui aurait rendu impossible d'en trouver. (C'est vrai! — Très-bien! très-bien!)

Sa Majesté l'empereur d'Allemagne appréciant nos scrupules, connaissant notre bonne foi, n'a pas insisté, et renonçant à toute intervention des banquiers, s'est contentée de la signature du ministre des finances et du Président de la République. Cette sage concession a fait disparaître tonte difficulté, relativement au payement définitif des deux premiers milliards. Les mesures sont prises, et les versements seront effectués aux époques convenues.

La seconde difficulté, celle des avantages commerciaux promis en principe à F Alsace-Lorraine, était plus embarrassante.

L'Alsace, depuis deux siècles et demi, avait toujours pris en France les matières premières de sa riche industrie, et lui avait envoyé en échange ses produits manufacturés. C'est cel état de choses que la Prusse voulait lui conserver quelque temps encore.

Quant à moi, toujours fort soucieux du sort de notre in-

dustrie, je n'étais guère alarmé pour elle de ce qu'on demandait en faveur de l'Alsace-Lorraine, car si la France avait pu pendant plus de deux siècles supporter la concurrence alsacienne sans aucune protection, il ne pouvait pas être trèsdangereux pour elle de la supporter pendant un an et demi, par exemple, avec le secours d'un droit successivement croissant. Ainsi, on avait demandé l'exemption complète de droits jusqu'au 31 décembre de la présente année, un quart de droit jusqu'au Ier juillet de Tannée prochaine, et un demidroit pendant l'année à courir du 1er juillet 1872 au 1er juillet 1873. Les produits français devaient entrer en Alsace-Lorraine aux mêmes conditions. De plus, on avait formé un syndicat composé de manufacturiers alsaciens très-intéressés à ne pas partager, avec les Suisses et les Allemands, le privilège qu'on leur accordait, et chargés de veiller à ce que les produits introduits en France fussent tous d'origine alsacienne.

Les garanties étaient donc suffisantes pour un privilège qui, d'ailleurs, ne devait durer que dix-huit mois.

La question était moins simple à l'égard des Allemands et de la concurrence que pouvaient leur faire les produits français. Toute ligne de douane avait été supprimée entre l'Alsace- Lorraine et l'Allemagne, et ni l'une ni l'autre ne voulait la rétablir. Or, de cette suppression de douane, il résultait pour l'Allemagne la probabilité et presque la certitude d'une véritable invasion des produits français, du Rhin à l'Oder.

Nous étions protégés, l'Allemagne ne l'était pas.

Cette situation n'avait pas acquis toute sa clarté, lorsque le sujet a été soumis à votre examen. Nous avions cherché, par une rédaction limitative de la réciprocité, à rassurer les intérêts engagés de part et d'autre, lorsque la demande d'une réciprocité complète, portée ici, a fait ajourner la signature. La question a été renvoyée à Berlin. La presse étrangère a alarmé les intérêts allemands; pendant un instant, la négociation a semblé rompue, et les malheureux départements français dont le sort était en suspens ont été livrés aux plus cruelles anxiétés.

Il n'a été possible de s'entendre qu'en limitant l'entrée de nos produits en Allemagne aux objets servant aux manufactures de l'Alsace-Lorraine ; et, du reste, il faut bien reconnaître que, dans ces objets, consistait la plus grande partie de notre ancien négoce avec ces provinces.

En échange de cette restriction, l'Allemagne nous a offert un avantage qui nous a paru une compensation très-suffisante de ce que nous concédions : c'est une réduction de six mois sur les dix-huit, dans la durée du privilège réclamé.

Du tn janvier au ier juillet 187-2, les produits de l'Alsace- Lorraine payeront un quart de droit ; du \tT juillet au 31 décembre de cette même année, ils payeront un demi-droit, et, à partir de ce jour, toute différence s'effacera entre leurs produits et ceux des autres pays.

Certes, c'est déjà une protection fort réelle que celle d'un quart de droit d'abord, et d'un demi-droit ensuite, contre des produits qni, depuis plus de deux siècles, entraient en France sans rien payer. Mais réduire cet état de choses de dix-huit à douze mois, c'est assurément un redoublement de précaution, à notre avis, bien suffisant! Du reste, il fallait en finir de ces longues et pénibles hésitations.

D'une part, nous avions obtenu que, pour le payement intégral des deux premiers milliards, on se contentât de notre signature sans recourir à la garantie des banquiers, ce qui, avec la diminution des troupes d'occupation, nous procurait une économie d'environ trente millions; de l'autre, le privilège commercial accordé à l'Alsace-Lorraine était réduit de dix-huit mois à douze, et enfin, ce qui nous touchait le plus, les départements de l'Est allaient obtenir leur libération immédiate.

Et ce n'étaient pas seulement les six départements immédiatement libérés qui étaient en cause, c'étaient aussi les six derniers, car avancer la libération des uns, c'était avancer d'autant la libération des autres, l'évacuation totale ne pouvant être que successive.

Eh bien, messieurs, nous l'avouons, c'est la libération du sol que nous avons fait passer avant toute autre considération. (Très-bien! très-bien!) Les intérêts matériels nous semblaient suffisamment garantis; mais, pour nous, rien n'entrait en balance avec l'évacuation du territoire avancée d'une notable durée. Le cri du cœur l'a emporté, et, nous en sommes sûrs, il ne s'élèvera pas plus de reproches ici qu'il ne s'en est élevé dans le pays tout entier. (Non ! non ! Trèsbien ! très-bien ! )

Au surplus, nous n'avons pas négligé le sort des six derniers départements qui restent encore occupés. Leur situation est sans cesse présente à notre pensée ; et en attendant le jour de leur libération définitive, nous nous sommes appliqués à leur ménager une séparation complète entre eux et les troupes d'occupation. Ces dernières sont, les unes casernées, les autres baraquées, et ont cessé ainsi de loger chez l'habitant. Les points de contact sont doue fort diminues et les conflits moins à craindre. Nos paysans ne verront plus un soldat étranger leur demander le lit ou le pain de leurs enfants.

Il reste, il est vrai, la douleur de le voir sur le sol de la

pairie; mais nous les supplions en votre nom, comme au noire, de supporter patiemment ce reste de nos malheurs, et de n'y pas ajouter par des imprudences qui n'abrégeraient pas leurs maux, et qui pourraient compromettre, de nouveau, ou la sûreté de la France, ou sa dignité ! (Très-bien ! très-bien ! ) 11 faut ajouter, messieurs, pour ceux qui croiraient que frapper un étranger ce n'est pas commettre un meutre,que c'est là une erreur détestable; qu'un étranger est un homme, que pour lui les saintes lois de l'humanité subsistent aussi sacrées qu'envers nos propres compatriotes. Nous supplions les juges de ne pas partager une erreur aussi déplorable, de ne pas oublier surtout que nos villes en expieraient immédiatement les conséquences, et que des milliers de Français seraient exposés à l'instant même à d'affreuses représailles. (Marques d'approbation et mouvement prolongé.)

Maintenant, messieurs, mon devoir est de vous entretenir d'une autre négociation et de vous en rendre un compte succinct, mais également exact et sincère.

Vous savez tous que le Gouvernement de l'Empire avait conclu, avec presque toutes les puissances dont le territoire est contigu au nôtre, des traités de commerce qui devaient le lier pendant dix années entières. Il avait été convenu qu'après dix ans, ces traités seraient ou révisés ou dénoncés, c'est-à-dire abolis.

Le principal d'entre eux, celui qui a été signé avec l'Angleterre, est expiré depuis environ une année. Celui qui a été conclu avec la Belgique est arrivé à son terme depuis six mois; le troisième, conclu avec la Prusse, a été emporté par la guerre; les autres, moins importants : avec l'Autriche, la Suisse, Tltalie, doivent durer encore trois ou quatre ans. Mais les trois plus importants, parce qu'ils intéressent notre frontière de plus près, ceux qui ont été conclus avec l'Angleterre, avec la Belgique, avec la Prusse, ne dépendent que de votre volonté. Ils dureront ou s'évanouiront, selon que vous le voudrez.

Je ne vous apprendrai rien en vous rappelant la résistance que ces traités ont rencontrée en France, à l'époque de leur conclusion. Ce n'est pas pour avoir aboli les prohibitions absolues qu'on les blâmait, car ces prohibitions étaient désormais condamnées; et moi, messieurs, qui ai l'honneur de vous parler, je n'avais pas une fois traversé le pouvoir sans en abolir quelques-unes. Ce qu'on reprochait à ces traités, c'était d'avoir été conclus sans le pays, d'avoir introduit sans préparation une liberté absolue, d'avoir dès lors découvert toutes nos industries à la fois, de s'être arrêtés à des tarifs insuffisants, rédigés par les commissaires étrangers à l'exclusion des nôtres, et d'avoir ainsi causé aux plus impor-

tantes productions nationales, telles que les fers, les tissus de toute nature, les produits agricoles, et surtout la marine marchande, un dommage immense, dont l'Alsace, la Lorraine, la Champagne, la Bourgogne, la Flandre, la Normandie, la Bretagne se ressentiront longtemps. (Marques d'assentiment sur divers bancs.)

Si aujourd'hui, à la suite de la guerre qui a fait disparaître tous les approvisionnements, une véritable activité a été rendue à ces diverses branches de notre industrie, ces approvisionnements refaits, la gêne devra reparaître sous le poids renaissant de la concurrence étrangère. Quelques mois avant la chute du dernier Gouvernement, le Corps législatif lui-même, sentant les fautes de l'Empire sans les oser dire, cherchant à les réparer sans y réussir, avait ordonné ui>e enquête sur les traités de commerce, dont la dénonciation était hautement demandée. Il était ressorti de cette enquête que la marine marchande était ruinée, que l'industrie des fers avait été ravagée, que les fils et les tissus de coton, de lin, de laine, avaient subides dommages considérables, que les tissus mélangés de Roubaix étaient presque détruits, que l'agriculture souffrait dans certains de ses produits essentiels, celui des laines notamment. On en avait généralement tiré la conclusion qu'il fallait sur tous ces points apporter quelque remède à un état de choses empirant tous les jours, et particulièrement par rapport à la marine marchande que les entrepôts étrangers allaient faire disparaître complètement .

La guerre, qui efface toutes les ruines par les siennes, a fait oublier un moment cet état de choses ; mais, la paix rétablie, il a reparu à tous les yeux, fort atténué, il est vrai, par la renaissance du travail, mais atténué pour le moment et, malheureusement, pas pour toujours.

Nous pouvions, certes, dénoncer ces traités, sauf, bien entendu, votre avis, à vous qui représentez la souveraineté ; mais il nous appartenait de négocier pour préparer cette dénonciation. D'immenses intérêts dans nos ateliers, dans nos campagnes, dans nos ports, attendaient et attendent encore cette résolution. Toutefois nous ne l'avons pas prise. Notre motif pour nous abstenir, nous l'avons puise dans l'esprit de mesure qui doit caractériser tout Gouvernement sérieux et sensé.

Nous n'avons pas voulu nous faire les auteurs d'une réaction industrielle, en substituant les prohibitions au libre échange absolu. Nous entendons, eu laissant aux échanges toute la liberté compatible avec la prospérité publique, assurera nos industries, à celles qui, depuis trois quarts de siècle, font la fortune delà France, la protection de tarifs

suffisants pour qu'elles n'expirent pas sous la concurrence illimitée de l'étranger. Assez de stimulants pour les empêcher de s'endormir, point assez pour qu'elles soient obligées de renoncer à produire, telle est la politique économique que nous vous proposerons. (Très-bien !)

Dans cette pensée, bien que nous éprouvions une préférence marquée pour l'abrogation des traités qui nous lient, parce que nous tenons essentiellement à recouvrer la liberté de notre politique commerciale, nous avons pensé qu'il serait plus sage de proposer à l'Angleterre de nous en tenir à une simple modification des traités existants, modification que, sous l'Empire, on jugeait indispensable.

Ainsi, en laissant exister tous les tarifs sur les fers et leurs dérivés, sur les houilles, les produits chimiques, la verrerie, la cristallerie, la céramique, les lainages unis, les poissons frais ou salés, sur la plus grande partie de nos échanges en un mot, nous avons seulement proposé de relever, dans la modeste proportion tantôt de 3 p. 100, tantôt de 5 p. 100, nos droits sur les filés et tissus de coton, de lin et de laine ; quant à ceux de laine mélangée qui avaient fait autrefois la prodigieuse fortune de Roubaix et qui malheureusement ne la font plus, nous avons réclamé une simple élévation de 12 à 18 p. ICO. (Réclamations, bruit.) Et ces modestes changements, nous les avons demandés, moins pour obtenir une élévation véritable des tarifs existants que pour assurer leur loyale application. Il arrive, en effet, que par les fausses déclarations en douane, les tarifs se trouvent réduits de 3, 4 et même 5 p. 100, de manière que l'augmentation réclamée n'aurait pour effet réel que de rendre sincère l'application des tarifs de 1860. Telle a été purement et simplement la proposition faite par nous à l'Angleterre.

« Nous préférons, lui avons-nous dit, la dénonciation du traité de 1860, parce que, comme vous, nous désirons recouvrer la liberté de nos relations commerciales; mais dans une pensée de bonne entente, de cordiales relations, nous consentons à rester dans des liens pour nous fort incommodes, à condition de les relâcher là où ils nous gênent jusqu'à arrêter la vie de nos principales industries. »

Cette manière de nous présenter était si naturelle, qu'elle ne pouvait provoquer , à première réflexion, qu'un accueil favorable. Aussi , des premières paroles des ministres anglais, soit à Paris, soit à Londres, nous avons pu acquérir, sinon la certitude, du moins l'espérance que nos propositions seraient accueillies.

Peu à peu , cependant , les dispositions se sont montrées moins favorables, et près d'une année s'est écoulée sans

réponse positive , de manière que le temps qui s'écoule est tout à notre désavantage . Si, en effet , nous avions dénoncé le traité de 1860 au mois de février dernier , nous serions très-près de devenir libres aujourd'hui, car il faut une année entre la dénonciation et l'abolition du traité. Ne l'ayant pas fait par les raisons que nous venons de vous dire, nous avons perdu environ dix mois; et aujourd'hui encore, du moment où nous auronsexprimé la volonté formelle de la dénonciation , il nous faudra perdre encore toute une année avant de recouvrer notre liberté.

Cherchant enfin à obtenir une réponse positive, il nous a été opposé , non des calculs de tarifs , mais une raison de principe. Il nous a été dit, du reste, avec toute la courtoisie qui a toujours été apportée, de part et d'autre , dans cette négociation , que l'Angleterre , en accédant à notre désir, semblerait abandonner ses principes, et se prêter à un retour en arrière de la part de la principale nation industrielle du continent.

Cette raison ne nous a pas convaincus. (Sourires. ) Si le fond du traité avait été seulement entamé, on pourrait tout au plus raisonner delà sorte. Mais une telle objection, lorsque trois objets seulement, relatifs à nos industries textiles, sont touchés, quand le fer, ses dérivés, la houille, les produits chimiques et la plupart des matières composant nos échanges ne subissent aucun changement, une telle objection est tout à fait contraire à la réalité des choses.

Est-ce donc sans motif qu'il avait été convenu qu'après dix ans le traité serait remis en question ? Etait-ce sans motif que l'article 21 du traité avait stipulé qu'après dix ans les tarifs seraient révisés ? Ou Ton prétend que le traité doit être à tout jamais immuable , et alors les réserves stipulées sont des articles vainement écrits; ou il faut reconnaître que nous usons d'un droit incontestable, et que nous en usons modérément en demandant que le traité de 18G0 soit non pas abandonné, mais seulement modifié.

Voici donc la mesure à laquelle nous nous sommes arrêtés définitivement (laquelle est comprise dans notre pouvoir de négocier, mais qui serait non avenue si vous ne l'approuviez pas) : c'est de dénoneer le traité, en consentant à négocier encore toute une année, de manière à prendre date dès aujourd'hui, et que le temps à perdre pendant ces nouvelles négociations ne soit pas perdu pour nous seuls et qu'il soit pris sur l'année pendant laquelle le traité doit rester en vigueur après sa dénonciation. (Vives marques d'approbation sur un grand nombre de banes.)

Quoi qu'il arrive du reste, abrogation ou simple moditi-

cation du traité, nos relations politiques avec l'Angleterre seront aussi amicales que par le passé, et nos tarifs resteront même ce qu'ils étaient, sauf sur les points qui ont été de notre part l'objet d'une réclamation.

Certes, nous pouvons le dire, aucune négociation n'aura jamais été conduite avec plus de modération , d'esprit de paix; et aucun juge impartial en Europe, même en Angleterre, ne pourra nous condamner.

Ces deux négociations, celle qui était engagée avec l'Allemagne pour l'évacuation anticipée de six de nos départements, et celle qui était engagée avec l'Angleterre au sujet du traité de commerce, composent nos seules affaires avec l'Europe. Avec toutes les autres puissances, il n'en existe aucune, et avec toutes nos relations sont celles du bon voisinage. Sur notre grande frontière des Pyrénées, nous ne souffrons pas contre l'Espagne, elle ne souffre pas contre nous, les menées de partis. De même avec la Suisse; de même avec la Belgique, dont l'indépendance profondément respectable sera toujours par nous profondément respectée. (Très-bien !) Avec l'Italie, aucune difficulté n'existe pas plus de sa part que de la nôtre, et nous ne lui adressons pas des conseils, car nous n'en donnons à personne, mais des recommandations au nom de l'univers catholique pour que l'Indépendance du Saint-Siège soit rigoureusement maintenue (Approbation à droite) ; et à l'égard de Rome ellemême, nous ne faisons arriver que de profonds et sympathiques respects pour le vénérable pontife que ses malheurs rendent aussi respectable que ses rares vertus. (Très-bien ! très-bien ! sur divers bancs. — Bruit et rumeurs sur d'autres.) A l'égard de l'Autriche, qui tend à se relever de ses revers, comme nous des nôtres, nous n'avons que des vœux à former, comme elle en forme pour nous. A l'égard de la Russie, placée si loin de nous, nos relations sont celles qui peuvent résulter d'une mutuelle confiance et d'une appréciation éclairée des intérêts réciproques des deux Etats, intérêts qui ne sont pas de nature à les désunir.

Ainsi, pas une inquiétude ne peut subsister au sujet de nos rapports avec l'Europe, et les esprits les plus ombrageux peuvent se calmer, le travail peut étendre ses spéculations, car rien ne motiverait de sa part la moindre hésitation. Notre prudence et notre loyauté nous défendraient également de le tromper.

Passons à nos affaires intérieures, qui n'ont cessé de partager avec nos affaires extérieures toute notre attention.

L'administration, vous le savez, consiste surtout dans un personnel préfectoral bien choisi... (Rires ironiques et inter-

ruptions sur quelques bancs à droite]; — Humeurs en sens divers), dans un personnel préfectoral bien choisi, et bien adapté aux populations qu'il est appelé à régir. (Nouvelle interruption.)

Un membre. — C'est incontestable !

M. le Président de la République. — Cette œuvre, difficile en tout temps, l'est surtout à une époque aussi profondément troublée que la nôtre, car tous nos départements, dans des proportions différentes, il est vrai, et selon les régions auxquelles ils appartiennent, contiennent les divers partis qui divisent et malheureusement agitent notre pays. (Léger mouvement.) Or, il en est des préfets comme du Gouvernement lui-même. S'ils conviennent à un parti, ils sont exposés à déplaire à l'autre (C'est vrai !) ; mais de même que le Gouvernement doit, par son impartialité, son esprit de justice, être une moyenne, acceptée par les partis raisonnables, et imposée à ceux qui ne le sont pas, de même les préfets doivent à force de tact, de mesure, et au besoin de fermeté, se saisir des hommes et des choses, et les diriger vers le bien commun de tous. (Très-bien ! )

Ce n'est pas du premier coup que l'on réussit à composer toute une administration ; et nous n'avons 'pas la prétention d'y avoir réussi. Nous avons pris d'abord dans les classes éclairées, sans faveur comme sans esprit de parti, les sujet* selon nous les plus méritants, accordant la préférence au mérite sur la situation sociale, mais ne négligeant pas non plus cette situation, qui est un moyen d'influence, et nous croyons avoir donné aux populations des hommes dignes de les administrer. Si dans les premiers jours toutes les convenances n'ont pas été saisies, peu à peu l'appropriation aux localités s'est faite, soit par quelques [changements, soit par l'intimité qui s'est établie avec les populations en vivant au milieu d'elles; et en ce moment, d'après Us témoignages que nous recevons, nous sommes fondés à croire que le personnel administratif a été aussi bien composé qu'il pouvait l'être dans les circonstances présentes. (Rumeurs et dénégations sur plusieurs bancs à droite.)

Voix à gauche. — Ecoutez donc !

M. le Président. — Il est convenable de ne pas interrompre la Lecture d'un tel document. (Approbation à gauche.)

M. le Président de la République. — D'ailleurs, il vient d'être mis à l'épreuve de l'élection et de la réunion des conseils généraux, convoqués pour la première l'ois depuis la cruelle année que nous venons de traverser.

Deux mille huit cents élections opérées au milieu d'un

calme profond, en toute liberté, sans aucune pression administrative, nous ont prouvé que le pays livré à lui-même n'était pas incapable de se conduire. (Vive approbation à gauche et au centre gauche.) Si les partis extrêmes ont pu se faire jour et obtenir un certain nombre de sièges dans les conseils généraux, l'immense majorité a été composée d'hommes sages, modérés, animés sans doute d'opinions diverses, mais sachant sacrifier leurs opinions individuelles à l'intérêt général. (Très-bien ! très-bien !)

Les délibérations de ces conseils ont révélé le meilleur esprit; et si elles ont été quelquefois erronées, dans leur ensemble elles ont été signalées par la modération et par une véritable sagesse administrative et financière. (Très-bien!) Et nous pouvons le dire, si tout le monde s'est étonné de nous trouver si riches au milieu de nos malheurs, on a pu aussi s'étonnerde nous trouver si sages au milieu d'une révolution. (Approbation à gauche.)

Je sais bien que beaucoup d'esprits sincères, attristés par nos malheurs, se refusent à admettre cette amélioration ; mais nous leur répondrons que c'est décourager l'esprit public que de ne pas reconnaître ses progrès. (C'est vrai 1 ) Espérer beaucoup des hommes est plus sage et plus habile que d'en désespérer. (Très-bien ! )

M. le vicomte de Lorgeril. — Il est donc permis d'applaudir, mais non pas de blâmer. (Réclamations et murmures sur un grand nombre de bancs.)

M. le Président de la République. — Messieurs, ayant à lire un document écrit, il m'est impérieusement défendu de répondre aux interruptions. (Très-bien ! — Lisez ! — Continuez ! continuez ! )

L'administration sans doute est un point important; mais la finance, l'armée le sont plus encore, si c'est possible. La finance nourrit l'Etat; l'armée le soutient et constitue sa grandeur. Jamais l'une et l'autre n'ont eu plus à faire pour suffire à leur double tâche.

Il est plus digne, sans doute, et quant à moi, plus conforme à mes goûts, de chercher à réparer les fautes d'autrui que d'être sans cesse occupé à les relever. Pourtant le langage que tiennent les partisans du Gouvernement déchu nous contraint à retracer l'état dans lequel il a laissé la finance et l'armée. C'est d'ailleurs indispensable pour vous faire apprécier notre situation tout entière.

Notre budget, qui, en moyenne, était de 1,500 millions en 1848, tous les services compris, la dette, l'amortissement, les ministères, les travaux extraordinaires, les frais de per-

oeption, le service départemental, était arrivé en 1870 à un total de 2 milliards 100 à 200 millions.

Avec une augmentation pareille, deux services capitaux étaient déplorablement négligés: l'amortissement et l'armée. Il n'y avait pus d'amortissement, ou si peu qu'il était dérisoire; et quant à l'armée, le matériel était à la fois insuffisant et arriéré , l'artillerie au-dessous de toutes les proportions généralement usitées, et l'effectif de nos régiments d'infanterie rarement au-dessus de onze à douze cents hommes, ce qui explique comment, après la déclaration de guerre la plus téméraire, nous n'avions pas à l'ouverture du feu plus de 200,000 hommes à présenter à l'ennemi, qui s'avançait avec 400,000 hommes soutenus par 300,000 autres. (Mouvement.)

Telle était la situation de nos principaux services, avec un budget de 2 milliards 100 ou 200 millions. Depuis, la guerre nous a coûté 3 milliards environ; l'indemnité convenue avec les Allemands nous en coûtera 5, que nous ne payerons que successivement, mais dont nous supportons déjà le fardeau, puisque, dès aujourd'hui, nous en payons l'intérêt. Ajoutez à ces charges les ravages de la guerre à réparer, des ponts à relever, des routes à rétablir, des indemnités à payer aux déparlements envahis, le matériel de l'armée à refaire, notre frontière à reconstituer au moyen de nouveaux travaux de fortification; et on concevra tout ce que doivent ajouter à nos budgets futurs les erreurs du dernier Gouvernement. (Vives marques d'assentiment.)

Voix à gauche. — Dites : les crimes !

M. le Président de la République. — Pourtant avec de la patience, du travail, une extrême prudence financière, tous ces maux pourront être réparés, et nous ne désespérons pas (vous en serez bientôt juges) de vous présenter un budget en équilibre, toutes nos charges étant portées en ligne de compte, l'amortissement et l'année notamment étant largement et suffisamment dotés. Mais personne n'a dans sa main de baguette magique pour faire tout avec rien. Ces résultats, c'est avec de l'économie et des impôts qu'on pourra les obtenir, c'est-à-dire en ajournant des travaux utiles et en taisant îles prélèvements plus grands sur la fortune privée au profit de la fortune publique. Os sacrifices, du reste, en parfit1 déjà connus, et qu'il reste seulement à compléter, ne seronl pas tels que le développement de la richesse publique en puisse souffrir, et que les jouissances honnêtes du foyer domestique soient supprimées.

Nous allons, du reste, vous l'aire connaître tout de suite et brièvement les bases du nouveau budget que nous présenterons bientôt à vos suffrages,

Le changement de la forme du Gouvernement a fait disparaître la liste civile, les dotations princières et sénatoriales, et permis une économie de près de quarante millions, si on tient compte du produit des domaines de la couronne. Cette économie facile à opérer une fois admise, il ne reste de réductions notables à faire que sur les travaux publics et les constructions navales, non pas que nous ayons renoncé aux économies qui peuvent résulter de réformes administratives bien conçues ; mais l'expérience a dû apprendre à tout le monde que ces réductions ne pourraient jamais être trèsconsidérables. (Assentiment.)

Quant aux travaux publics poussés à l'excès sous le dernier régime et devenus trop souvent des actes de complaisance envers les individus ou envers les localités, nous avons soigneusement recherché les ajournements dont ils pouvaient être l'objet sans graves inconvénients. Ainsi, tout ce qui était réparation des ravages de la guerre est déjà fait ou va se faire avec les ressources portées aux budgets de 1871 et de 1872. Quant aux travaux commencés, ils seront achevés, ne fût-ce que par une raison d'économie bien entendue ; quant aux travaux nouveaux , les plus urgents seront repris dès que le mouvement ascendant des revenus publics recommencera sous l'influence de l'ordre et de la paix. Cette manière d'entendre le classement des besoins nous a permis d'opérer sur le budget des travaux publics une réduction de 28 millions environ. (Mouvements sur plusieurs bancs.)

Quant à la marine, qui, associée à l'armée, s'est couverte de gloire par les services rendus sur nos frontières dans la défense du territoire et deux fois autour de Paris, contre les Prussiens et contre l'anarchie (Vives et nombreuses marques d'assentiment), aucune réduction ne vous sera proposée qui puisse nuire à l'entretien de son héroïque personnel, ni à ses armements indispensables. (Très-bien !) Les constructions qui auront le double avantage de maintenir l'effectif de notre flotte, et de conserver dans nos arsenaux nos ouvriers les plus habiles, seront continuées. Toutefois ces vastes travaux, qui nous ont coûté depuis quelques années plusieurs centaines de millions, pour des essais très-remarquables, mais qui ont fait plus d'honneur à notre génie naval que de profita la force définitive de notre flotte, ils seront ajournés. Le temps est venu de profiter a notre tour des essais des autres nations après les avoir tant enrichies des nôtres.

En faisant porter les réductions spécialement sur les constructions d'essai et sur les armements, nous gagnerons sur ce chapitre de dépenses environ 2'.) millions.

En ajoutant à ces réductions dos travaux publics et de la marine quelques économies sur les divers services administratifs, on obtiendra cent et quelques millions d'une réduction en grande partie permanente.

Après ce travail de réduction, restait à construire le budget vraiment normal que nous vous avions promis. Nous avions eu bien garde, dans ce travail, de revenir à l'artifice des budgets extraordinaires au moyen desquels on dissimulait de 120 à 150 millions de dépenses annuelles que l'on qualifiait d'extraordinaires, bien que par leur nature elles dussent reparaître chaque année. Cependant nous étions bien autorisés, sans recourir à aucun artifice, à considérer comme extraordinaires et ne devant pas se renouveler, les réparations à faire aux murs de Paris, les travaux de fortifications, qui devront nous rendre une frontière à défaut de celle qui nous a été ôtée, le renouvellement de notre matériel de guerre, ou perdu ou hors de service, ou arriére, l'indemnité promise aux départements envahis, l'entretien de l'armée allemande d'occupation, le solde de quelques officiers laissés hors des cadres, mais destinés à y rentrer bientôt.

Ainsi donc, sans renouveler à aucun degré l'artifice des budgets extraordinaires, nous avons ouvert un compte de liquidation ayant pour objet de réparer les désastres de la guerre et dont le passif sera d'environ 400 millions, sans nous livrer à aucune illusion.

Nous avons en ressources de divers genres, et très-réelles, un actif de 1G0 à 170 millions à opposer à ce passif, et il ne présentera dès lors qu'un solde de 230 millions à payer en tin de compte.

En adoptant ces bases, le budget tolal , tous les budgets anciennement divisés à dessein étant confondus en un seul, tels que budget ordinaire, budget extraordinaire, dette publique, amortissement, ministères, trais de perception, service départemental, nous arriverons à la somme énorme, nous en convenons, de 2 milliards 129 millions et 2 milliards 749 millions, en y ajoutant les dépenses départementales. .Mou vement.) C'est donc une dépense annuelle de 600 millions que la guerre contre Ih Prusse aura ajoutée à noire budget.

Ainsi, de 1852 à 1870, la prodigalité l'aura porté de I milliard 500 millions à 2 milliards 100 OU 200 millions, et en 1870, en une seule année, une folle guerre l'aura poi 2 milliards 749 millions; ce 4iui fera, en dix-huil ans , une augmentation totale et annuelle de J milliard 250 millions, c'est-a-dirc presque le doublement îles charges publiques; a quoi il faut ajouter la perte de deux provinces, el la perlo

même de la grandeur française, si la grandeur de la France pouvait périr. (Vive sensation.)

Il ne faut pas oublier , en effet , qu'avec un budget qui était monté, comme je viens de le dire, de 1 milliard 500 millions en 1852, à 2 milliards 100 ou 200 millions en 1870, il n'y avait pas d'amortissement, ou presque pas, et que l'armée était dotée de manière à ne pouvoir se présenter à l'ennemi que dans la proportion d'un combattant contre deux ; sans compter que la dette flottante n'avait pas cessé de varier entre huit et onze cents millions.

Voici quelle sera désormais notre situation financière.

Moyennant la somme totale que nous venons d'annoncer, tous les services seront assurés d'une manière permanente, sans besoin de recourir à la dissimulation des budgets extraordinaires ; les travaux publics auront le nécessaire; et l'armée , si suffisamment dotée, recevra annuellement de 75 à 80 millions de plus , dotation dont elle n'avait jamais joui.

Elle aura, en vieux cadres, 150 régiments d'infanterie au lieu de 130, un effectif de paix de 2,000 hommes par régiment, au lieu d'un effectif de 1,100 à 1,200, une proportion d'artillerie d'au moins 4boucb.es à feu par 1,000 hommes, au lieu de 2 environ ; ce qui nous procurera une armée véritable, réunissant à la fois le nombre et la solidité et une promptitude d'entrée en campagne égale à celle des armées de l'Europe les mieux organisées.

Quant au rachat de la dette , nous aurons un amortissement sérieux de 200 millions , bien suffisants pour contrebalancer une dette montée à la somme de 1 milliard 100 millions. Enfin, et cette dernière considération n'est pas moins importante , la dette flottante variant sous le dernier Empire de 800 millions à 1 milliard 100 millions, sera réduite à 625 millions qu'elle compte aujourd'hui.

Ainsi , un budget en équilibre , avec une armée bien dotée, un amortissement de 200 millions et une dette flottante audessous de toutes les proportions ordinaires , telle sera notre situation définitive.

Il est vrai qu'il aura fallu pour arriver à ce résultat 600 millions d'impôts nouveaux; 350 sont déjà créés et sont en plein rapport, sans que la charge, tout en étant sentie, paraisse comprimer l'essor des forces du pays. 11 reste à en créer 250 millions. 11 vous ont déjà été proposés, et portent en partie sur les matières premières. Vous les avez examinés; vous les examinerez encore ; et, en tous cas, il en sera mis d'autres sous vos yeux pour que vous puissiez choisir. (Mouvements divers.)

11 reste à vous donner l'explication d'un embarras momentané qui s'est produit à l'occasion des grands efforts que nous avons eu à faire pour payer les deux premiers milliards de l'indemnité de guerre.

Lorsque, à la fin de votre session dernière, vous discutiez le projet de traité relatif à l'Alsace-Lorraine, on nous avait dit que peut-être il aurait mieux valu solder tout de suite l'indemnité de guerre tout entière, et libérer à ce prix la totalité de notre territoire. A cela nous avions répondu que seulement pour payer deux milliards sur cinq, il fallait une extrême prudence d'exécution, si nous ne voulions pas nous exposer à une crise monétaire des plus graves. L'incident financier de ces derniers jours a plus que justifié cette prudente réserve, qui , au premier aspect, pouvait paraître trop timide.

Comme nous l'avions dit, s'il n'avait fallu que se procurer des fonds par la voie des emprunts, rien n'était, sinon plus facile, du moins plus praticable. L'ardeur de la spéculation, !a confiance dans le débiteur qui s'appelle la France, auraient suffi pour nous procurer beaucoup plus de deux milliards. Nous devons ajouter que sur la somme de deux milliards 200 millions empruntés cet été, il nous a été versé en cinq mois plus de 1 milliard 600 millions, valeur comptant, ce qui n'a pas d'exemple, et ce qui prouve que les prêteurs qui s'étaient offerts étaient des prêteurs fort sérieux.

Mais la difficulté ne consistait pas à trouver à emprunter et à réaliser immédiatement le produit des emprunts, elle consistait à payer deux milliards hors de France.

On ne peut payer hors du pays une somme grande ou petite que de deux manières : ou en métal, or et argent, ou en marchandises, lesquelles sont représentées avant ou après leur livraison par des traites sur l'étranger, qu'on appelle papier sur Londres, sur Francfort, sur Hambourg. Il nous a donc fallu acheter tout le papier disponible. Notre commerce avec l'Angleterre étant plus considérable que celui que nous faisons avec l'Allemagne, nous avons dû acheter à Londres beaucoup de papier sur l'Allemagne, et il était inévitable que le change n'augmentât, c'est-à-dire que la livre sterling, qui représente 25 fr. et 25 fr. 25, en y ajoutant les frais du deplacement de cette valeur, ne montât à 25 fr. 50c, 25 fr. 75. même à 20 fr. et un moment davantage.

Or, tout le monde sait que, lorsque la hausse du change dépasse une certaine limite, le numéraire sort à l'instant même. Lorsqu'en effet une livre sterling, qui vaut 25 francs, monte à 20 fr., il y a un bénéfice très-suflisant à porter à Londres 23 IV. de métal, parce qu'il n'en coûte pas un franc pour ce transport.

Ce phénomène est si usuel, qu'il est inutile de l'expliquer, et si nous le faisons, c'est pour que la masse du public comprenne ce qui s'est passé, et n'en conçoive pas plus d'inquiétude qu'il ne faut.

Nous avons acheté du papier sur l'étranger non-seulement pour le premier milliard, mais aussi pour le second, à des échéances successives jusqu'au mois de mai prochain. En achetant du papier, nous avons nécessairement fait monter le change; la hausse du change a fait sortir le métal ; et heureusement nous étions préoccupés à l'avance de la difficulté, comme vous l'a prouvé notre langage de l'année dernière, ce qui nous a rendu très-circonspects dans ces achats. La sortie du métal, bientôt accélérée et accrue par la spéculation, qui exagère tous les mouvements, a produit la rareté du numéraire, et par suite une difficuté dans les payements, qui a été un moment très-vivement sentie.

Cette difficulté s'est d'abord produite dans les petits payements, surtout dans ceux qui étaient moindres de 20 francs, parce que pour ceux-là la Banque de France n'avait pas de billets à offrir au public, ses coupures n'étant pas encore descendues au-dessous. Pour les payements au-dessus, c'està-dire pour ceux qui s'effectuent avec des billets de 50, de 100, de 500, de 1,000 francs, la difficulté de s'acquitter ne s'est pas fait sentir au public, qui avait à sa disposition des billets de cette valeur, mais à la Banque, qui a failli plusieurs fois être arrêtée dans ses émissions par la limite de 2 milliards 400 millions que vous lui avez imposée.

Quelques mesures passagères mais bien calculées, comme les petites coupures qu'ont émises des établissements solidement garantis, et surtout les versements du Trésor qui a pu augmenter l'actif de son compte courant avec la Banque, nous ont permis de franchir l'espace qui nous séparait du 4 décembre, moment où vous pouvez, la loi à la main, faire disparaître toutes les difficultés.

Les principales difficultés à lever sont au nombre de deux : la première consistant dans la limite de 2 milliards 400 millions imposés aux émissions des billets de la Banque, limite trop étroite dans les circonstances présentes, et la seconde consistant dans le défaut de coupures au-dessous de 20 fr.

Une fois ces deux mesures adoptées, aucune difficulté sérieuse n'est à prévoir dans la circulation monétaire, et tout nous fait espérer une marche facile des affaires, et un nouvel et heureux mouvement du crédit public.

Permettez-nous de résumer en quelques mots cette situation financière pour la rendre plus saisissante et ôter à la malveillance tout moyen de l'obscurcir.

Nous vous avons fait connaître notre budget, qui, tantôt par la prodigalité, tantôt par la guerre, est monté en dix-huit ans de 1 milliard 500 millions à 2 milliards 750 millions. Queldoute peut-il subsister maintenant à l'égard de ce budget? Est-ce sur la dépense ? est-ce sur la recette?

Sur la masse de la dépense, aucune incertitude n'est possible ; car tous les services y sont portés au budget ordinaire et extraordinaire, service départemental, amortissement, et enfin intérêt des cinq milliards de l'indemnité de guerre.

Quant au détail de la dépense, nous avons pris pour base les dix-huit dernières années, qui sont les plus dispendieuses de notre histoire. Il n'en a été retranché que le résultat de quelques réformes administratives, les travaux publics non urgents, et quant aux travaux de la marine, il n'a été ajourné que les constructions d'essai, qu'on peut remettre à d'autres temps ou laisser aux nations voisines qui n'ont pas fait autant que nous pour l'art des constructions navales.

Le service de la guerre, qui ordinairement déborde les imites posées, a été pourvu d'un accroissement de 75 à 80 millions, somme qui ne rend plus possible un seul imprévu. Enfin l'amortissement, si négligé, a reçu une dotation de 200 millions, qui est de force à se mesurer avec l'énormité de la dette.

Donc, rien à dire sur la dépense. Quant aux recettes, la base prise est celle de l'année courante, c'est-à-dire de l'année la plus calamiteuse. Il faut y ajouter 600 millions d'impôts nouveaux. Sur les 600, 350 sont en recouvrement et se perçoivent sans arrêter la prospérité publique. Quant aux 250 millions restant à créer, la matière imposable en est connue, et rien ne peut faire douter de sa puissance.

Ce budget a donc tous les caractères possibles de la certitude financière.

Reste, il est vrai, un compte de liquidation ouvert à la réparation des malheurs de la guerre, compte dont tous 1rs articles sont connus, et qui ne peuvent certainement pas se renouveler annuellement, tels que réparations de nos places, rétablissement de notre matériel de guerre, entretien de l'armée d'occupation, solde de quelques officiers actuellement à la suite et destinés à rentrer dans les rulies, l'indemnité, enfin, due aux départements envahis. Le passif de ce compte est de 400 millions environ, et son actif, cousis tant en rentes que l'Etat possède, et reliquats de l'emprunt, ne peut pas s'élever à moins de 160 à 170 millions, 06 qui réduit à environ 230 millions le solde à acquitter. Or, les dépenses de ce compte ne seront pas exécutées en moins de trois ans, et quand même les plus-values des revenus, ha-

bituelles en temps de paix, n'y suffiraient pas, la dette flottante est là, laquelle n'est pas, comme elle a été, de 1 milliard ou de 1 milliard 100 millions, mais de 625 millions.

Reste enfin une dernière difficulté. La Banque, chargée de la circulation monétaire depuis que la conversion de ses billets en numéraire métallique n'est plus obligatoire, la Banque va être autorisée à étendre ses émissions. Elle était autorisée à émettre 2 milliards 400 millions de billets ; elle sera autorisée à en émettre 300, 400, 600 millions de plus, selon ce que vous jugerez convenable.

Est-ce un danger? Ce billet infaillible de la Banque de France, qui n'a jamais baissé de 2 pour 100 dans ses plus mauvais jours, tandis qu'on a vu baisser de 10, 15, 20 p. 100 les billets des banques les plus renommées, sans qu'une catastrophe s'ensuivit, serait-il menacé de baisser de 2, de 3 pour 100? D'abord, au moment où nous parlons, il faut à l'étranger une prime pour s'en procurer.

La baisse n'est donc pas à prévoir ; la Banque de France a pour l'arrêter le bilan suivant :

L'émission des billets, qui est aujourd'hui de 2 milliards 400 millions, s'augmenterait-elle de 300, de 400 millions, la Banque offrirait les gages suivants :

Millions.

En caisse, or et argent 634

Portefeuille 750

Prêts sur dépôt de titres ou lingots. . . . 100

Rentes non négociables 100

Rentes disponibles 66

Rentes à la réserve 13

Immeubles 10

Créance sur la ville de Paris 210

Créance sur l'Etat appuyée par 200 millions d'amortissement qui lui sont réservés 1 . 500

Total 3.383

La Banque aurait donc de quoi faire face à 3 milliards de billets, si elle était prête à les émettre, et à 300 ou 400 millions de comptes courants. Ajoutez que le Trésor n'a plus rien à lui demander, et que si elle augmentait ses émissions, ce serait pour élargir ses escomptes au commerce, ce qui ferait augmenter d'autant son portefeuille et accroîtrait son gage en une proportion égale à ses émissions. Jamais banque n'a donc présenté une semblable solidité, et elle peut aug-

inenter ses émissions si les besoins de la circulation monétaire l'exigent, ce qui n'est guère vraisemblable, l'Etat ayant acheté sur l'étranger la plus grande partie du papier dont il peut avoir besoin, et n'étant, par conséquent, plus exposé à taire monter le change et sortir le métal.

Nous pouvons donc répéter que la situation financière, en exigeant du pays de grands efforts, mais des efforts qu'il veut et peut faire, tout en étant douloureuse, est d'une solidité inébranlable; elle se résume en ces mots : Budget en équilibre, toutes les charges de la guerre soldées, compte de liquidation ouvert, ne présentant qu'un reste de 200 à 230 millions, à solder en trois ans par la dette flottante ou par les plus-values ordinaires des impôts ; Amortissement de 200 millions ; Dette flottante de 623 millions ; Banque d'un crédit inébranlable, en mesure de pourvoir à tous les besoins de la circulation monétaire.

De divers côtés. — Reposez-vous ! reposez-vous !

M. le Président de la République. — Je désire continuer, parce que je n'ai plus à retenir longtemps encore l'Assemblée.

De toutes parts. — Continuez ! continuez !

M. le Président de la République, reprenant la lecture du Message. — Pour terminer ce long tableau de nos affaires, il faut maintenant vous parler de l'armée.

A la suite d'une guerre désastreuse, qui a fini par une guerre civile des plus douloureuses, il y avait à nous occuper de la réorganisation de nos forces militaires pour le présent et pour l'avenir.

Pour le présent, il fallait pourvoir au plus pressé, réunir sous leur numéro les fragments épars de nos régiments, les pourvoir de cadres, les réarmer, les vêtir, les équiper, recommencer leur instruction interrompue, et s'occuper aussi de rétablir la santé des hommes venus de captivité. De plus, il ne suffisait pas d'avoir des régiments dispersés sur tout le territoire; il fallait avoir ici, au centre même de l'Etat, une armée forte par le nombre et la qualité, modèle de la discipline rétablie, capable à la fois d'imposer au désordre, et en même temps de présenter à l'Europe la preuve visible de la reconstitution de l'armée française avec tous ses anciens mérites. (Très-bien ! très-bien !)

Elle devait en outre nous fournir l'occasion d'une grande épreuve, celle des formations de corps d'année permanents, dont les Allemands offrent chez eux un si remarquable modèle.

Enfin la seconde partie de notre tâche devait consister

dans un système de recrutement qui répondit a toutes les exigences de notre situation politique dans le monde, sans faire peser sur la population des charges trop nuisibles à son accroissement.

Voici où en est aujourd'hui l'accomplissement de cette double tâche.

La réorganisation régimentaire consistait, comme je viens de le dire, dans la réunion en un seul tout, sous leurs numéros d'origine,des divers fragments de nos régiments, successivement détachés des dépôts sous les titres de bâtai Ions et de régiments de marche. Elle consistait aussi dans le classement à titre définitif de nos régiments provisoires. Le travail est presque terminé, et quand il le sera entièrement, nous aurons laO régiments d'infanterie, nombre que nous n avons iamais atteint, et qui permettra d'incorporer la force considérable de six cent mille hommes d'infanterie dans des régiments de trois mille hommes en campagne, et mille au dépôt. Cette constitution vigoureuse de notre infanterie nous assurera une alimentation continuelle de 1 armée agissante quel que soit le ravage des batailles, des marches et des maladies. Le dernier armement, celui de l'Empire, comprenait 401 ou 10-2 régiments d'infanterie, plus la garde qui en comptait 8, les^chasseurs à pied qui en valaient 10, 4 régiments de zouaves, i de punitionnaires, 1 étranger, 3 de tirailleurs algériens, total 128 à 129 régiments d infanterie. Avec 150 nous pourrons former 37 a 38 divisions toujours organisées, et qui n'exigeront jamais la création de cadres nouveaux au moment de l'entrée en campagne, car les cadres ne s'improvisent pas, et tout cadre fait au début de la guerre peut être considéré comme sans valeur.

Ces diverses formations se poursuivent ; et lorsqu'elles seront achevées, elles ne laisseront rien désirer, surtout lorsque notre artillerie, recevant un développement correspondant présentera la proportion de quatre bouches à feu par i,000 hommes, tandis que nous en avions a peine 2 1/2, insuffisance qui a été l'une des principales causes de nos revers.

A l'heure au'il est, nos régiments ont repris leur ensemble On nous menaçait d'une division fâcheuse entre les anciens officiers qui avaient dû leur avancement a la durée et à l'éclat des services, et les nouveaux qui avaient du e leur à des services très-réels sans doute, mais aussi a la précipitation des événements. Un rigoureux esprit de justice, Sue le Gouvernement et la commission des grades s efforcent d'observer, le temps qui efface toutes les différences d'origine, le bon sens de nos officiers qui leur fait comprendre la nécessité des sacrifices pour rentrer dans un reg.me

régulier, ont prévenu les dangers qu'on nous faisait craindre, et l'union est rétablie entre les hommes dignes de servir ensemble. (Très-bien ! très-bien !)

Les jeunes officiers, par leur déférence envers les anciens, ont beaucoup fait pour ce rapprochement, qui est aujourd'hui complet dans la plupart de nos régiments. (Très-bien ! très-bien !)

L'expérience de nos malheurs, le spectacle d'une obéissance rigoureuse en Allemagne, ont fait comprendre à nos soldats comme à nos officiers que la discipline était le nerf des armées, et nos troupes offrent déjà un remarquable spectacle de soumission, de respect pour les supérieurs, d'ordre enfin.

L'instruction a été reprise avec beaucoup de soin. Elle ne peut être complète que par la reconstitution des cadres, qui ont été presque tous détruits dans la dernière guerre. En effet, le nombre manquant au moment de l'entrée en campagne, puisque nos régiments comptaient en moyenne tout au plus l^OO hommes, on s'est procuré le nombre en multipliant les régiments, c'est-à-dire que la guerre a été faite avec des cadres. Aussi, après les désastres de Metz et de Sedan, restait-il à peine trois ou quatre cadres de régiments ; et c'est là ce qui a rendu nos malheurs irrémédiables. Nos campagnes avaient jeté sur la Loire des hommes vigoureux, braves, mais ne pouvant rien que mourir inutilement, faute d'officiers et de sous-officiers pour les conduire. (C'est vrai ! c'est vrai!)

Nous sommes occupés à reconstituer ces cadres détruits ou dispersés. En général, ce n'est pas en moins d'une année qu'on peut faire un caporal, en moins de deux qu'on peut faire un sergent, en moins de trois qu'un corps entier de sous-officiers a acquis toute sa consistance. Heureusement qu'il nous est revenu de captivité un nombre considérable d'hommes qui ont assisté à de terribles batailles, et avec ce secours notre armée sera bientôt fortement encadrée.

Son instruction suit le progrès de ses cadres. Elle est bien armée, moins bien équipée et vêtue, parce qu'il a fallu employer des matières précipitamment fabriquées pendant la guerre. Mais la vieille et solide qualité de nos fabrications est rétablie, et l'armée offre déjà l'aspect de la propreté, de la bonne tenue, delà réorganisation matérielle et morale.

Le tir est très-pratiqué ; malheureusement dans nos oa sernements l'espace n'est pas proportionné à la portée des armes nouvelles. Ufl autre inconvénient résulte de la dispei sion des régiments en bataillons, quelquefois même en compagnies, amenée par l'insuflisanee OU la mauvaise disposition isernement, et surtout par le désir de donner plusieurs

VINGT xMOIS DE PRÉSIDENCE. 235

communes à garder au même régiment. C'est un inconvénient auquel il sera nécessaire de pourvoir, car un régiment divisé, ayant ici un bataillon, là un demi -bataillon ou une compagnie, n'a ni instruction ni esprit militaire. (C'est vrai ! très-bien!) C'est une amélioration indispensable et urgente dont le Gouvernement s'occupe, et qui pourra plus facilement s'accomplir lorsqu'on ajoutera la formation de corps d'armée permanents à notre organisation de paix.

A Paris et tout autour de Paris, la réunion obligée, indispensable d'une puissante armée, nous a fourni l'occasion d'une grande et décisive expérience.

Autrefois, en France, il ne restait d'organisé pendant la paix que le régiment, et lorsqu'il fallait de nouveau se remettre sur pied de guerre on était obligé de former précipitamment la brigade, la division, le corps d'armée, et on perdait ainsi un temps précieux pour réunir des soldats, des officiers, des généraux qui ne se connaissaient pas et qui manquaient le plus souvent du matériel le plus indispensable. Nous l'avons éprouvé de la manière la plus dommageable au début de la dernière guerre .

L'expérience que nous faisons en ce moment nous permettra de pourvoir à ces inconvénients et d'éclairer toutes les parties de cette grave question.

Nous avons quatre-vingts et quelques mille hommes casernes à Paris et dans les communes environnantes, et quarante mille à peu près campés sous baraques , les unes en maçonnerie, les autres en bois doublé de bois. Le soldat y est sainement, commodément, et s'y trouve mieux que dans la plupart des casernes.

L'officier, il est vrai, y trouve la rude vie des camps, sans la puissante et noble distraction des champs de bataille. Mais nos officiers doivent prouver que les peines de la vie militaire ne leur sont pas plus difficiles à supporter que les projectiles ennemis. Nous avons cherché à leur procurer la plus saine des distractions, celle de l'étude. Outre leur logement individuel et séparé, ils ont une salle commune pour prendre leurs repas, une autre pour conférer, lire, s'instruire. Une bibliothèque militaire, composée de tout ce que l'esprit humain a produit de plus admirable en fait de récits militaires, s'imprime en ce moment. Il y a déjà plusieurs volumes imprimés et qui vont être distribués. Avant la fin de l'hervec cette bibliothèque sera distribuée dans nos régiments aiv, accompagnement de cartes excellentes. Celui qui l'aura lue et comprise saura ce que doit savoir un homme de guerre parfaitement instruit.

Restait la seconde partie de la tâche, c'est-à-dire le recru-

tement de l'armée. Ici les questions fourmillent, s'entre-croisent, et les traiter dans ce Message serait impossible et prématuré. Elles seront approfondies à l'occasion du projet de loi qui va vous être présenté. Nous nous bornerons à vous indiquer ici le sens général selon lequel elles ont été résolues. Le nombre d'hommes jetés par l'Allemagne sur les champs de bataille, nombre qui n'a été ni de douze cent mille, ni même d'un million, comme on l'a dit, a fait attribuer au nombre une importance exclusive, et de là l'idée très-répandue aujourd'hui que le service obligatoire a fait la grandeur de la Prusse et nos revers.

Tout cela est un mélange de vrai et de faux, où le faux l'emporte. Le nombre importe sans doute, mais la qualité bien davantage, car le nombre ruine les finances de l'Etat, et le plus souvent dépasse le génie des généraux les plus distingués. Mais ce n'est pas le moment d'approfondir ce sujet; et pour le présent, il nous suffira de tracer une ligne essentielle entre ce qui nous semble être le vrai et le faux dans les idées généralement répandues.

Si par service obligatoire on entend qu'il faut remplir l'esprit des Français de cette pensée patriotique et morale que dans les grands périls ils doivent tous leur vie au pays, on a raison, et nous applaudissons au service obligatoire ainsi compris; mais si l'on entend qu'en paix comme en guerre tous les Français doivent figurer dans l'armée active, on poursuit l'impossible, on s'expose à la désorganisation de la société civile (Réclamations sur plusieurs bancs ; — Approbation sur d'autres), à la ruine absolue des finances, et on se prépare une armée très-nombreuse sans doute, mais incapable de faire sérieusement la guerre. (Nouveaux mouvements en sens divers.)

11 y a d'ailleurs une impossibilité de fait que vous allez apprécier sur-le-champ. La classe qui, tous les ans, atteint à vingt et un ans l'âge du service, est en France de trois cent mille hommes environ. Si on levait ces trois cent mille hommes, on aurait, avec trois ans de service, trois contingents, faisant environ neuf cent mille hommes, ce qui constituerait un armement fort imposant sans doute; mais les forces du budget, poussées à bout, ne pourraient pas en solder plus de quatre cent cinquante nulle; il faudrait donc successivement en renvoyer la moitié clans leurs foyers, au milieu de leur temps de service, pour faire place aux nouveaux arrivants.

Vos soldats ne compteraient donc en moyenne que dix-huit mois de présence au drapeau, et, dans un pareil espace de t''inps, on ne fait pas des soldais, encore moins des sous-ofti-

tiers. (Assentiment sur divers bancs. — Rumeurs sur d'autres.) Le jour où une telle résolution serait adoptée, la France serait perdue.

Plusieurs voix. — C'est vrai ! c'est vrai ! (Vive interruption et mouvements prolongés en sens contraires.)

M. le Président de la République. — Nous vous fournirons à cet égard des autorités irrécusables et notamment l'exemple de la Prusse elle-même, qui a dû ses succès à l'énergie avec laquelle le roi et son principal ministre ont lutté pendant plusieurs années pour obtenir la prolongation du service.

Nous vous offrirons un terme moyen entre les exagérations contraires, un terme moyen qui, nous l'espérons, répondra à toutes les nécessités de ce grave sujet.

Nous vous proposerons de rendre le service obligatoire pour tous les Français en temps de guerre; mais en ne prenant chaque année, pendant la paix, que ce qui est nécessaire à l'armée active, c'est-à-dire un contingent de 90,000 hommes, mais net de toute déduction, et en écartant successivement tous les hommes que nos lois exemptent. Les 300,000 hommes qui, tous les ans, arrivent à l'âge du service tireront au sort. On appellera ceux que leurs numéros auront désignés les premiers, on laissera ceux que la loi exempte, jusqu'à ce qu'on ait atteint le contingent précité, 90,000 hommes. En exigeant huit ans de service, dont cinq sous les drapeaux et trois en congé renouvelable, on aura huit contingents de 90,000 hommes chacun, faisant un total de 720,000. En y ajoutant les 120,000 hommes qui ne se recrutent point par les appels, on obtiendra un total de 840,000, ramenés à 800,000 par la mortalité et par le contingent annuel qui doit être fourni à la marine.

On aura ainsi 800,000 hommes d'armée active, dont450,000 restant cinq ans sous les drapeaux, et 350,000 dans leurs foyers, pouvant être rappelés au premier besoin. Si à cette armée active on ajoute l'armée territoriale, composée de tous les hommes qui, en prenant part au tirage, seront restés dans leurs foyers, et qui, en guerre, devront fournir la garde des places et des frontières, on aura une armée active suffisamment nombreuse, toujours bien encadrée, pourvue d'une puissante artillerie, fortement appuyée sur la nation elle-même, qui gardera les frontières et les places; et, au lieu d'une exagération fantastique, on possédera une réalité vivante que jamais nous n'avons possédée aussi forte, et qui, en 1870, tenue au complet et bien armée, aurait certainement remporté ou du moins disputé la victoire et sauvé nos provinces et nos milliards.

Si à ces conditions de recrutement et de durée de service on ajoute les formations de corps d'armée permanents, cette armée joindra à la solidité une disponibilité sans égale. Quant à la population, cinq ans sous les drapeaux, trois ans en congé renouvelable ne constitueront pas pour elle une charge trop lourde. D'ailleurs, la faculté de la substitution d'un numéro à un autre contribuera à l'adoucir. (Exclamations à gauche. — Approbation dans diverses parties de l'Assemblée.)

C'est dans l'armée territoriale demeurée dans ses foyers qu'on pourra organiser la force intérieure chargée de la garde de la cité. (Rumeurs et mouvements divers.) J'ai déjà dit, messieurs, que, lisant un document écrit, je ne pouvais pas répondre aux interruptions.

Plusieurs voix. — Vous avez raison ! Continuez !

M. le Président de la République. — Apparemment vous voulez connaître la pensée du Gouvernement. (Oui 1 oui!) Je vous l'apporte, car il est important que vous la sachiez le plus tôt possible... (Très-bien ! très-bien ') Je me chargerai plus tard de répondre aux objections ; si je n'y réponds pas conformément à la pensée de la majorité de l'Assemblée, qui seule ici est mon juge, alors j'aurai tort, et je sais ce qu'il faut faire quand on a tort. (Mouvement prolongé en sens divers.)

Sur plusieurs bancs. — Continuez ! ne répondez pas aux interruptions.

M. le Président de la République, reprenant la lecture du Message. — Nous vous proposerons de la choisir parmi les hommes seuls qui ont à l'ordre un intérêt véritable. (Nouvelle interruption.) Vous jugerez si les conditions vraies de ce choix se trouvent réunies dans les dispositions du projet qui sera mis sous vos yeux.

Je viens de vous retracer, messieurs, le tableau entier de nos affaires. 11 me reste à les résumer pour vous en faire saisir l'ensemble et en tirer les conclusions.

Nos relations avec les puissances étrangères sont, comme je vous l'ai dit, non-seulement pacifiques, mais bienveillantes. Tout le monde sait que nous voulons la paix, que nous ne désirons pas de nouveaux événements, que, par conséquent, nous ne travaillons pas à en provoquer. Nous cherchons, il est vrai, à nous réorganiser financièrement et militairement, parce que c'est notre droit envers tout le monde, et notre devoir envers nous-mêmes.

D'ailleurs, toutes les puissances le font aujourd'hui dans toute l'Europe, et aussi comolétement que possible, et

usent d'un droit incontestable et incontesté. Or, s'il y a une nation à qui ce droit ne puisse pas être disputé, c'est assurément celle qu'un Gouvernement aussi négligent que téméraire a précipitée dans d'affreux malheurs pour avoir été à la fois désarmé et provocateur. (Cest vrai ! très-bien !)

Rien donc, au dehors, ne saurait menacer ni même inquiéter notre sécurité.

Au dedans, l'administration se reconstitue, hommes et choses. Nos préfets ont, pour la plupart, conquis les suffrages de leurs conseils généraux (Légère interruption à droite), et pénètrent chaque jour plus avant dans la confiance de leurs administrés. La nouvelle loi des attributions des conseils généraux est entrée en vigueur et jusqu'ici n'a rien amené de regrettable. Sans doute toutes les passions sont loin d'être éteintes, dans certaines parties du pays, et il serait miraculeux qu'au sein d'une révolution, il n'en restât point : mais elles sont impuissantes à troubler l'ordre.

Sans doute, sous tous les rapports si divers qu'embrasse ce Message, nous ne dirons pas que tout soit fait, que rien ne reste à faire : hélas! non. Pour que tout ce que nous vous annonçons soit réalisé , il faut encore beaucoup de travail, de constance, de dévouement; mais le port est devant nous et nous pouvons déjà l'entrevoir; pour apprécier justement l'importance des résultats obtenus, il faut, comme je vous le disais en commençant, se reporter toujours à dix mois en arrière, lorsque, arrivés de Bordeaux devant Paris, il nous fallait, sans armée, sans finances, au sein de la France envahie, inondée de sang, verser encore des torrents d'un sang précieux pour écraser la plus effrayante révolte qui fut jamais.

Cette seule différence suffit pour apprécier le présent et remercier la Providence de nous avoir permis de le tant améliorer. (Très-bien! très-bien!)

En terminant ce long exposé, il me reste à toucher un sujet grave, délicat, brûlant. (Ecoutez! écoutez!)

Après avoir parlé de nos affaires du dehors et du dedans, de diplomatie, d'administration, de finances, d'armée, il semble étrange de dire que je ne vous ai point parlé de politique, ou du moins de cette politique ardente du moment qui occupe tous les esprits. Et pourtant, il est vrai que la situation est si extraordinaire, que tous ces objets, diplomatie, finances, organisation militaire, ne semblent pas être la politique, en présence de tant de Gouvernements détruits depuis cinquante années et de tant de partis se disputant la création d'un Gouvernement nouveau ! Mais ici, messieurs, commence votre tâche : car vous êtes le souverain, et nous

ne sommes, nous, que des administrateurs délégués pour opérer ce que j'ai appelé la réorganisation du pays. (Trèsbien ! très-bien ! )

Eh bien! cette politique actuelle, ayant pour objet la constitution d'un Gouvernement définitif, c'est vous surtout qu'elle regarde, et nous empiéterions sur vos droits si nous prenions a cet égard une initiative précipitée. (Très-bien ! très-bien ! )

Quant à moi, accablé de fatigue et quelquefois de douleur, lorsque je me détourne un moment d'un travail incessant pour penser à nos malheurs, je n'ai accepté qu une tâche, c'est de réorganiser le pays brisé par sa chute, en refaisant au dehors ses relations, au dedans son administration, ses finances, son armée, en maintenant un ordre rigoureux pendant que cette tâche s'accomplit, et en me tenant toujours prêt à vous remettre intact, dans sa forme scrupuleusement et loyalement conservée, le dépôt que vous m'avez confié. (Très-bien ! à droite.) Le voilà, en effet, tel que vous me Pavez remis, en partie réorganisé et surtout conformément au contrat passé entre nous. Je vous le remets... Qu'en ferezvous? Vous êtes le souverain; je ne le suis pas, moi simple administrateur délégué ; vous êtes le souverain, ou le mot de droit n'est qu'un vain mot, car vous êtes les élus, librement élus du pays! (Très-bien ! à droite.)

Vous faire aujourd'hui des propositions sur tout ce qui est constitutif serait de notre part, à mes collègues et à moi, une témérité, une entreprise sur vos droits. (Très-bien!) Mais nous sommes, nous aussi, des élus du pays et nous avons des devoirs à remplir comme membres de cette Assemblée, et comme membres du Gouvernement. Lorsque, en soulevant vous-mêmes les graves questions qui préoccupent les esprits, vous nous provoquerez à nous expliquer sur leur solution, nous vous répondrons avec franchise el loyauté. Jusque-là, nous n'avions, mes collègues et moi, qu'un compte à rendre, loyal, exact, et nous vous l'avons rendu.

Il nous reste un mot à vous dire pour mettre, si j'ose ainsi parler, le comble à la sincérité.

Le pays, dans son ensemble, sauf quelques exceptions peu nombreuses, le pays est sage. 11 sent ses malheurs , veut les réparer, et si l'esprit de parti se montre quelquefois, cet esprit est bientôt comprimé par une majorité modérée, qui sent la nécessité d'immoler toutes les passions de parti à l'intérêt public, évident, démontré. Le pays, je te répète avec une conviction profonde , le pays est sage. Les partis seuls ne VOU draient pas l'être.

C'est d'eux, d'eux seuls, qu'il y a quelque chose à craindre; c'est d'eux seuls qu'il faut vous garder , contre lesquels il faut vous armer de sang- froid , de courage, d'énergie. C'est contre les partis, leurs passions, même les plushonnê tes, qu'il faut vous raidir, et, dans une situation où une longue suite de révolutions a laissé sur le sol tant de partis et de subdivisions de partis, vous élever au-dessus d'eux à une suprême justice, à une suprême modération, à une suprême fermeté.

Vous l'avez fait déjà bien souvent, et dans les jours les plus agités , lorsqu'il semblait devoir sortir de vos délibérations des tempêtes, il en a jailli sur-le-champ des volontés d'une haute et profonde sagesse. C'est à la majorité, auteur de ces volontés salutaires, que je m'adresse en ce moment; et, tout fatigué que je suis, si dans cette même voie de sagesse mon dévouement vous est utile quelques jours encore, vous y pouvez compter. Mais s'il ne vous est pas indispensable, si votre sagesse n'approuvait pas mes vues à quelque degré, oh ! n'hésitez pas, faites un signe , un seul; et, redevenu ouvrier fidèle et soumis, je vous remettrai l'œuvre que vous m'avez confiée , et, grâce au loyal et habile concours de mes collègues, en meilleur état que je ne l'ai reçue. (Mouvement.)

Et je ne m'exprime ainsi que parce que vous tous vous pourrez en dire autant et même plus, lorsque le jour sera venu de reparaître devant le pays. (Très-bien ! à droite.) Ce jour-là, il vous devra, il vous rendra des actions de grâces (s'il est juste, et il lésera), pour les immenses services que vous lui avez rendus et pour ceux que probablement vous lui rendrez encore. (Très-bien ! très-bien ! — Bravos et applaudissements prolongés.)

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